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Général Brice - Partisans lorrains 1815 (1/2)
Le Pays Lorrain - 1923

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UNE CARRIÈRE AVENTUREUSE
LE GÉNÉRAL BRICE
CHEF DE PARTISANS LORRAINS (1814-1815) 

CHAPITRE PREMIER - UNE MISSION DE L'EMPEREUR

Au bivouac de Saint-Dizier

Dans l'après-midi du 27 mars 1814, devant Vitry, Napoléon apprit que les armées alliées, se dérobant à ses coups, marchaient sur Paris. Les ordres saisis sur un courrier cosaque, les rapports des batteurs d'estrade, les aveux des prisonniers concordaient ; l'ennemi, laissant derrière lui un rideau de cavalerie, pour abuser un adversaire qu'il était incapable de vaincre, voulait s'emparer de la capitale.
Abandonnant l'attaque qu'il projetait, l'Empereur revint, bride abattue, à Saint-Dizier. Il avait besoin d'être seul, de compulser à loisir les rapports, d'étudier la carte.
Sa destinée dépend de la décision à laquelle il s'arrêtera. Quel parti prendre ?
Gagner Paris en toute hâte, ou bien, s'appuyant sur les Vosges et les forteresses de Lorraine, agir sur les derrières des coalisés ? Il pourrait rallier les garnisons des places fortes, leur adjoindre les contingents de paysans révoltés, et, avec ces forces nouvelles, couper les communications de l'ennemi qu'il emprisonnerait dans sa conquête.
Il avait sous les yeux un rapport de Drouet, du 25 mars (1) « Sept cent cinquante partisans déterminés tiennent les défilés de l'Argonne, six mille paysans ont répondu à l'appel du tocsin », des lettres de Defrance et de Piré. Il lisait « Je suis assailli par des paysans qui me demandent des armes et de la poudre pour marcher à l'ennemi. Le sang français se fait sentir dans toutes les veines, et je crois le moment arrivé où l'Empereur se servira de la Nation.
Rien ne serait si facile que d'établir dans trois jours l'insurrection dans tout le Bassigny. Le feu se communiquerait rapidement à la Lorraine, à l'Alsace, à la Franche-Comté, à la Bourgogne. Toutes les têtes sont montées. On a vu passer des colonnes immenses emmenant le résultat des pillages. Les paysans veulent reprendre leurs bestiaux, leurs effets ; ils veulent se venger des coups qu'ils ont reçus, des outrages faits à leurs femmes et à leurs filles... (2) »
Oudinot rendait compte que les populations de la Meuse, de la Moselle et des Vosges, déjà en partie armées et insurgées, attendent et réclament le signal de la levée en misse pour se délivrer des troupes qui ravagent leur territoire. Il demandait même l'autorisation de se mettre à leur tête.
Depuis le 15 mars, Napoléon avait envisagé de sacrifier Paris. Son instinct de général l'incitait à prendre ce parti. Mais, pressentant que le sort de l'Empire était lié à celui de sa capitale, il résolut de prendre le conseil de son entourage. Caulaincourt et Maret exposèrent de puissants arguments politiques Berthier, Ney, les généraux, appuyèrent leur avis sur des considérations militaires et peut être personnelles il fallait sauver Paris.
Napoléon céda.
Mais, tandis qu'il donnait l'ordre de mise en marche de l'armée, il n'abandonnait pas l'idée de cette insurrection paysanne sur laquelle il avait fondé ses espoirs. Comme il se demandait quels hommes seraient capables de la réaliser, il se souvint d'un officier lorrain réputé pour sa bravoure : c'était le porte- étendard du régiment de Chasseurs à cheval de la Vieille- Garde, Joseph-Nicolas-Noël Brice. Il le fit venir, lui exposa ses vues et le chargea d'ameuter ses compatriotes. J.-N. Brice accepta, sans hésiter, la mission qu'on lui confiait. Il demanda seulement que son frère, Charles-Nicolas, officier au même régiment, fut appelé à l'honneur de partager son sort.
La nuit même de ce 27 mars, les deux frères, déguisés en voituriers, la blouse bleue cachant l'uniforme, la casquette remplaçant le colback, quittaient le bivouac de Saint-Dizier, sur une carriole de paysans. C'est dans cet équipage que, passant audacieusement au travers des détachements ennemis, ils parvinrent à leur village natal.

Une famille de soldats

Les frères Brice étaient de Lorquin, dans l'arrondissement de Sarrebourg, en Lorraine.
Lorquin est un chef-lieu de canton, simple village bâti en bordure des prés où se rejoignent la Sarre Blanche et la Sarre Rouge. La côte qui le domine au nord, conduit à un plateau au-delà duquel de vastes étangs sommeillent à l'ombre des bois. Vers le Sud, la vue s'étend vers le moutonnement infini de la montagne vosgienne. C'est une succession de croupes gréseuses qui montent, coiffées de forêts, jusqu'à la puissante masse du Donon. La grand'route de Sarrebourg à Blâmont, une des voies d'accès qui conduisent d'Allemagne en France, passe à quelques kilomètres de Lorquin. Elle se modèle sur les plis d'un sol capricieux, car la contrée qu'elle traverse est tourmentée et d'aspect plus maussade que pittoresque.
Nicolas Brice, le père des deux officiers de la Garde impériale, quittant le village de Létricourt, sur les bords de la Seille, où était le berceau de sa famille, était venu, en 1780, s'installer à Lorquin, comme régent des écoles, chantre et marguillier de la paroisse. Ces titres s'appliquaient à une situation modeste. Régent des écoles, cela signifiait simplement magister d'une classe mixte où il instruisait, de la Toussaint à Pâques, dans une même salle, les filles et les garçons dont les parents consentaient à payer cinquante sous l'an pour leur faire apprendre à lire, à écrire et à compter. L'été, les écoliers glanaient à la moisson l'automne, ils menaient le bétail à la vaine pâture. Les loisirs du régent lui per- mettaient de cultiver son jardin et un champ dont les produits l'aidaient à vivre. Comme il tenait l'orgue à l'église et chantait aux mariages, aux décès, il ajoutait quelques écus à ses maigres émoluments. Il n'était cependant pas à plaindre, car il avait fait un heureux mariage. Il avait épousé Jeanne-Ursule Thiry, fille d'un marchand tanneur de Lorquin, qui apprêtait les peaux de bêtes, dans sa tannerie de la Guinguette, sur la Sarre Blanche. Seulement la famille Thiry était nombreuse, ce qui excluait la fortune. Un de ses beaux-frères, laissant la tannerie à son aîné, avait même dû s'enrôler à dix-sept ans, comme canonnier au régiment royal de Grenoble-Artillerie. Ce beau-frère, Nicolas-Marin Thiry, ainsi lancé dans l'aventure militaire, devait exercer une influence capitale sur la destinée des enfants du régent des écoles.
Car le ciel bénissait l'union de cet excellent homme. Un fils lui naquit, le 24 décembre 1783, à une heure du soir. Le curé de Lorquin et Laneuveville le baptisait, le même jour, sous les noms de Joseph-Nicolas-Noél. Le parrain était son oncle maternel, Joseph-Marin Thiry, le tanneur, et la marraine, la fille de celui-ci, Anne Thiry. Un second fils. Charles-Nicolas, était inscrit, le 23 juin 1785, au registre de la paroisse comme filleul de Charles Aubry, notaire royal, contrôleur des actes à Badonviller, son oncle par alliance. et de son épouse, Marie-Rose Thiry.
Ces enfants sont les frères Brice, les partisans (3).
Ils grandirent au milieu de l'effervescence révolutionnaire. Les idées républicaines s'étaient répandues dans les villages de la campagne lorraine. Les gamins qui écoutèrent leurs parents répéter et commenter les mots magnifiques de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen devaient, toute la vie, les entendre résonner à leurs oreilles.
Au voisinage de la frontière, l'enthousiasme populaire se traduisait surtout par des manifestations belliqueuses. La création de la milice citoyenne, en août 1789, souleva d'unanimes transports de joie, car elle signifiait que les citoyens sauraient défendre leur liberté. Les hommes valides se mirent à jouer au soldat. Quel passionnant spectacle, quel fertile exemple pour des bambins que de voir les gens d'âge faire l'exercice, chaque dimanche, sous les ordres des vétérans !
Un des instructeurs de la compagnie de Lorquin était Marin Thiry. Rentré dans ses foyers sans avoir pu dépasser le rang de simple canonnier, il sut se faire valoir dans cette troupe improvisée lorsqu'elle marcha, en septembre 1790, contre les régiments révoltés de la garnison de Nancy (5). Bientôt, cédant à la nostalgie du métier, il reprenait du service au régiment de Royal-Liégeois, à Phalsbourg. Dés lors, sa carrière connut un rapide essor. Sergent-major an régiment devenu la 101e demi-brigade, il passait, le 9 novembre 1792, comme maréchal des logis chef aux Hussards-Egalité qui formèrent le 14e chasseurs. Peu après, il était nommé adjudant sous-1ieutenant. Le 1er février 1793, il obtenait le grade de capitaine. Sa vocation s'était révélée en changeant d'arme : Marin Thiry était un sabreur. A Quiberon, il tailla en pièces une colonne de quatre à cinq cents émigrés et mérita, pour cet exploit, l'arme d'honneur que la République décernait aux braves. Sa renommée emplissait le village de Lorquin. Sa famille s'enorgueillissait de compter un héros. Les enfants du régent apprirent à lui vouer une admiration magnifique.
Cependant le pays lorrain vivait dans une constante angoisse. Dès les premiers mois de 1792 on s'attendait à la guerre. Le 26 avril, les cloches sonnèrent pour convoquer les populations à la lecture de la déclaration des hostilités. Le 11 juillet, l'Assemblée Nationale déclarait la patrie en danger le décret fut solennellement proclamé dans toutes les communes. Les volontaires s'inscrivirent en masse aux cris de Vivre libres ou mourir ! - Leurs bataillons, à peine formés, furent dirigés sur la frontière. Nombre d'entre eux prirent la route de Blâmont à Sarrebourg qui passe près de Lorquin (6). Les habitants du village se portaient à leur rencontre : les enfants les escortaient jusqu'à l'étape. L'anxiété croissait d'heure en heure. Le 16 août, le Directoire de la Meurthe faisait savoir que vingt mille Autrichiens entraient en France par Sarreguemines. Bientôt celui de la Meuse annonçait la chute de Longwy, la capitulation de Verdun et le glorieux suicide de Beaurepaire. C'est alors que le Conseil général de la Meurthe prescrivit la mise en activité des citoyens de quinze à soixante ans. Certains districts organisèrent des compagnies de Bons Chasseurs ou de Francs Chasseurs. La victoire de Valmy, les succès de Dumouriez apaisèrent les inquiétudes. Les cloches sonnaient encore à toute volée, mais leurs accents célébraient le salut de la patrie.
L'année suivante, la France courut le plus grand péril. Les ennemis l'attaquaient par toutes ses frontières. La Convention ordonna la levée en masse elle prescrivit la mise en réquisition permanente de tous les hommes et même des femmes, des vieillards, des enfants. On entendait partout le cri répété de Vive la Nation ! et le chant du Çà ira ! Chaque village arborait son drapeau coiffé d'un bonnet de paysan en lame rouge. Ce n'étaient qu'embrassades, acclamations, serments. Des gamins pleurèrent parce qu'ils n'avaient pas l'âge d'entrer dans les tambours et les trompettes.
Nos armées purent épargner au territoire les outrages de l'ennemi. Mais les générations qui vécurent leur enfance au milieu de ce branle-bas de combat devaient garder dans leur coeur la passion de l'héroïsme. La République, chassant devant elle les rois et les princes, agrandissait le domaine de la Liberté. Les noms des victoires et des généraux qui les remportaient battaient le rappel dans les cerveaux. Les fils du régent des écoles de Lorquin, éblouis par la fortune militaire de Marin Thiry. le sabreur de Quiberon, brûlaient de s'engager pour conquérir leur part de gloire et d'honneurs. Et c'est ainsi qu'un paisible magister de village fit souche de soldats.
Ce fut le cadet, Charles-Nicolas, qui se présenta le premier à l'enrôlement.
Il n'avait cas dix-huit ans quand il se fit inscrire. le 13 février 1803, à la 83e demi-brigade d'infanterie. II fut réformé, cinq mois après, lorsqu'on s'aperçut qu'il n'avait pas l'âge réglementaire.
L'aîné, Joseph-Nicolas-Noël, entrait comme volontaire au 14e chasseurs à cheval, le 9 mars 1803. Il comptait à peine dix-neuf ans. Le régiment qu'il avait choisi était celui où son oncle tenait, depuis le 1er brumaire an VIII, un emploi de chef d'escadrons.
Le nouvel engagé était un garçon robuste, de belle taille et de bonne mine. Son visage, légèrement marqué de la petite vérole, présentait des traits réguliers et fins. Ses yeux gris brillaient d'un éclat net qui signifiait la décision et la franchise. On vantait la douceur de son caractère, mais on ne manquait pas d'ajouter qu'elle se doublait d'une résolution et d'une ténacité assez communes chez les Lorrains. A défaut de fortune, le régent des écoles lui avait transmis son savoir. Aussi pouvait-il passer pour cultivé au milieu de soldats qui maniaient plus aisément le sabre que la plume. Son écriture, parfaitement régulière, non sans élégance, dénote la spontanéité de la pensée, la rectitude du jugement, l'égalité d'humeur.
Sa prestance, son instruction, l'ardeur qu'il apportait au métier militaire, et, certainement, l'appui de son oncle, lui permirent de franchir rapidement les premiers grades. Au bout de quatre mois, le 6 juillet 1803, il était brigadier; le 17 septembre, fourrier le 23 novembre, maréchal des logis. Il se trouvait A l'armée des Côtes de l'Océan, à l'époque de sa nomination au grade de maréchal des logis-chef (29 juillet 1804). C'est en cette qualité qu fit, l'année suivante, sa première campagne de guerre à l'armée d'Italie. Il combattit à Caldiero et figura à la prise de Vicence. En juillet 1806. Marin Thiry, ayant été nommé chef d'escadrons au régiment de Chasseurs de la Garde, avec rang de major dans la ligne, Joseph Brice dut faire la remise de ses galons pour l'y suivre. Mais cet abandon de grade était presque un avancement, tant il était difficile d'être admis dans ce corps d'élite.

Chasseurs à cheval de la Garde Impériale

Le régiment des Chasseurs à cheval constituait la Garde particulière de l'Empereur. II provenait des Guides de l'Armée d'Orient, que Napoléon avait attachés à sa personne pendant la campagne d'Egypte. Ces guides étaient devenus, en 1800. les Chasseurs à cheval de la Garde consulaire En 1804, ils formèrent le régiment des chasseurs à cheval de la Garde impériale, portant la culotte de peau de daim, le dolman vert à brandebourgs aurore, la pelisse écarlate, bordée de fourrure noire et garnie de quatre-vingt-seize boutons d'or.
En campagne, les chasseurs assuraient le service d'honneur et reprenaient, à cette occasion, leur ancien nom de guides. Un lieutenant, un maréchal des logis, deux brigadiers, vingt-deux chasseurs et un trompette escortaient Napoléon. Un brigadier et quatre chasseurs, dont l'un chargé du portefeuille, l'autre, de la longue-vue, galopaient devant lui. S'il mettait pied à terre, les chasseurs l'imitaient et l'encadraient, baïonnette au canon. Au cantonnement, les chasseurs d'escorte stationnaient, bride au bras, à la porte du logis impérial. Leur officier se tenait dans la pièce la plus rapprochée, prêt à répondre au premier appel. C'était donc le poste le plus envié de l'armée qui était confié aux chasseurs. Ils veillaient jalousement sur leur Empereur. Ils en répondaient sur leur propre vie, mieux encore, sur leur honneur. Comme ils se tenaient dans le rayonnement de sa lumière, ils participaient à son éclat et s'estimaient supérieurs à tous leurs camarades de l'armée. On sait que Napoléon exerçait sur ses soldats une sorte de pouvoir magnétique. Un regard posé droit dans les yeux, un mot affectueux, une louange suffisaient à lui consacrer à jamais ceux qu'il avait distingués. Les chasseurs, qu'il connaissait tous, subissaient plus que quiconque cette fascination. J. Brice, pris du vertige sacré, se donna, lui aussi, corps et âme à son Empereur.
La seule façon d'honorer ce Maître était de faire acte de bravoure. Le 25 décembre 1806, à l'affaire de Pultusk, le chasseur Brice s'empara de deux cosaques, porteurs de dépêches adressées à un général, et les amena lui-même devant Napoléon. Félicité, porté pour l'avancement, il était nommé fourrier le 16 janvier 1807. Bientôt, il devait mériter mieux encore. A Eylau, bataille de la neige, la victoire parut abandonner nos armes. La colonne du maréchal Augereau, aveuglée par une tourmente, ayant perdu sa direction, les Russes purent un moment menacer le centre français. Il fallut, pour le dégager, faire charger quatre-vingt escadrons de cavalerie sous la conduite de Murat. L'infanterie russe fut culbutée, perdit son artillerie et n'échappa qu'en s'appuyant aux bois, le long du village de Klein-Sausgarten. Dans son ardeur, le général Dahlmann, qui commandait les chasseurs de la Garde, traversa jusqu'à deux fois les lignes adverses. Blessé si gravement qu'il en devait mourir quelques jours après, il fut fait prisonnier. Le fourrier Brice se précipita pour enlever son chef des mains de l'ennemi. Dans la lutte engagée autour du corps inerte du général, il reçut un violent coup de sabre à l'épaule droite. L'arme, fracturant l'acromion et l'apophyse coracoïde, pénétra profondément dans le muscle. Mais le fourrier ne lâcha pas prise. Il parvint, avec l'aide du chasseur Dufour, à hisser le général sur le cheval du lieutenant Venières, des grenadiers à cheval de la Garde, et à le ramener dans nos lignes.
L'Empereur connut cet exploit et se fit nommer celui qui l'avait accompli. J. Brice, sitôt sa blessure guérie, reçut la Légion d'honneur, le 14 avril, pendant une revue au camp de Finkenstein. En accrochant lui-même la décoration, Napoléon demanda
- De quel pays es-tu ?
Brice déclara fièrement
- Du pays des braves, Sire.
- Tu es donc Lorrain ?
- Oui, Sire, répondit-il.
Et, par-dessus les plaines et les fleuves d'Allemagne, sa pensée dut s'envoler au village natal. Il imaginait la joie de ses parents apprenant que leur fils aîné avait gagné, à vingt-trois ans, la Croix d'honneur.
Marin Thiry pouvait estimer que son neveu était digne de lui. Il s'était, lui aussi, vaillamment conduit à Eylau. 11 avait été blessé un boulet l'avait contusionné à la jambe. Quelques jours après la bataille, l'Empereur l'avait promu major, ce qui lui attribuait le rang de colonel. Charles-Nicolas, son deuxième neveu, vint le rejoindre comme simple chasseur, en août 1807. Trois ans auparavant, il avait obtenu de s'engager au 4e hussards et son ancienneté permettait son admission dans la Garde. Ainsi, les deux frères et l'oncle se trouvaient inscrits au même régiment.
Malgré la Croix et les citations, Joseph Brice ne dépassa le grade de fourrier qu'à la fin de 1808. C'est en Espagne, le 20 décembre, qu'il fat nommé maréchal des logis-chef.
A la bataille de Wagram, engagé au fort d'une mêlée, il reçut deux coups de sabre a la main droite. L'une des blessures, ayant atteint l'articulation du pouce, ne guérit que par ankylose ; l'autre, qui tranchait sur le dos de la main les tendons extenseurs des doigts. fractura deux métacarpiens et causa l'impotence définitive de l'annulaire et de l'auriculaire. Ses doigts intacts pouvaient tenir une arme à la parade, ils n'avaient plus la force d'en serrer la poignée. Incapable de porter des coups ou de parer ceux de l'adversaire, J. Brice ne devait plus figurer utilement dans un combat de cavalerie.
Malgré cette mutilation, il fut nommé lieutenant en second le 3 août 1809, mais fut appelé aux fonctions d'officier payeur. Il demanda à être maintenu aux escadrons de guerre du régiment et tint son emploi pendant l'expédition de Russie en 1812. La désastreuse retraite de Moscou ayant vidé les cadres, J. Brice fut promu, le 27 janvier 1813, lieutenant en premier, sans changer de situation. Ce n'est pas qu'il l'affectionnât. Aux jours de combat, il enrageait de rester auprès de sa caisse et de ses registres. A la bataille de Dresde, il ne put se retenir de prendre place auprès de ses camarades. Le régiment des chasseurs de la Garde n'eut pas l'occasion de donner, ce jour-là. Il se borna à subir une pluie battante et les boulets de l'ennemi. Par malchance, l'un de ceux-ci frappa lé cheval du téméraire payeur qui eut à en déplorer la perte. C'était une bête superbe qu'il n'eut pas donnée pour trois mille francs. Ce désagrément ne fut pas le seul, car J. Brice se vit durement réprimander par son colonel, le général Lefebvre-Desnouettes qui jugeait, non sans raison, que la place d'un comptable n'était pas sur le terrain, mais à Dresde, avec la caisse du corps. L'amateur de dangers ne manqua que de peu d'être mis aux arrêts. Il demanda d'être relevé de son emploi. Sa seule punition fut qu'on l'y maintint jusqu'à la fin de la campagne.
Le 21 décembre 1813, J. Brice était désigné comme porte-étendard du régiment et, peu après, il recevait les galons de capitaine.
Son frère Charles avait suivi une carrière parallèle. Maréchal des logis. le 21 août 1809, chef, le 3 janvier 1810, lieutenant en second, le 27 février 1813, il avait été promu capitaine dans la jeune garde, le 15 mars 1814, quelques jours avant de participer au soulèvement de ses compatriotes lorrains.
En dépit de leurs états de service, les deux frères n'avaient obtenu qu'un modeste avancement. Outre qu'il était difficile de progresser dans un corps comme les Chasseurs de la Garde où abondaient les concurrents de mérite, ils avaient perdu l'appui immédiat de leur oncle Thiry. En effet, le sabreur était monté en grade et avait dû quitter le régiment. Le 5 juin 1809, après Essling, il avait été nommé général de brigade dans la ligne. L'Empereur l'avait envoyé commander la cavalerie légère de l'armée d'Illyrie. En 1811, le général Thiry recevait le titre de baron de l'Empire.
Cette noblesse, gagnée sur les champs de bataille par le fils d'un tanneur, était vraiment d'épée. Le général baron Thiry la faisait ratifier par d'incessants exploits. Pendant la campagne de Russie, il eût, au-delà de Smolensk, « une affaire de cavalerie des plus avantageuses » à la Moskova, les Russes l'entaillèrent de deux coups de sabre un coup de biscaïen, qui tua son cheval entre ses jambes, manqua de l'entamer plus sérieusement, En 1813, il contribua, pour une large part, à la bataille d'Hanau, en forçant le défilé à la tête d'une brigade de cuirassiers et en chargeant, avec sa fougue habituelle, l'artillerie bavaroise.
Seulement, l'oncle Marin Thiry, promu général et titré baron, n'était plus pour ses neveux qu'une étoile lointaine dont leur lente carrière ne reflétait point l'éclat.

Les Partisans des Vosges

Au moment où J. Brice exécutait la mission que Napoléon lui avait confiée, il était trop tard pour qu'elle influençât la marche des événements. L'Empire agonisait. Il allait recevoir le coup de grâce à la prise de Paris par les alliés, le 30 mars 18 14.
J. Brice avait foi dans la destinée de son Empereur. II ne supposait pas qu'elle pût jamais faillir. Avant de quitter Saint-Dizier, il avait composé une proclamation grandiloquente aux habitants de la Meurthe pour les inviter à se réunir sous sa direction et à apporter les armes qu'ils détenaient. Puis il était parti, dédaignant les obstacles de la route, uniquement soucieux de justifier par sa conduite le choix dont il venait d'être l'objet.
Il n'eut pas à attendre que les hommes de bonne volonté vinssent le rejoindre. II trouva dans la région de Blâmont, son pays, des groupements de paysans et d'anciens soldats qui, exaspérés par les pillages et les violences, s'étaient armés de fusils de chasse pour abattre les ennemis comme des bêtes malfaisantes. Ils se tenaient à l'affût à la lisière des bois ou aux abords des défilés, surveillant les routes, dans l'attente des isolés ou des faibles détachements. Le capitaine Brice se fit connaître, montra la lettre de service signée du major général Berthier, prince de Wagram, et rassembla les partisans sous son commandement.
On ne sait à peu près rien des coups de main qu'ils a\ aient pu accomplir avant la venue des frères Brice. Cependant une bande, qui avait à sa tête un nommé Boulanger, avait fait prisonnier, le 22 mars, près de Blâmont, un major russe du nom de Kriwsky. Les partisans, embarrassés de sa personne, le relâchèrent, mais se saisirent de ses bagages où ils trouvèrent, parmi de nombreux objets volés, des vases pieux dérobés aux églises. Le gouverneur russe de Lorraine, comte d'Alopeus, condamna, le 13 avril 1814, Brice, de Lorquin, et sa famille à payer 23.236 fr. d'indemnité au major Kriwsky; en cas d'insuffisance, les habitants de la commune devaient être déclarés solidaires. Le maire de Lorquin fut incarcéré jusqu'à ce que l'amende fut acquittée. Les communes de Lorquin et de Blâmont la payèrent, chacune par moitié mais. en 1818, le gouvernement la leur remboursa au titre des frais de guerre (6). Ainsi, Brice était considéré comme responsable des actes auxquels, par la force des choses, il ne pouvait être qu étranger.
Il n'exerça qu'un commandement éphémère sur les partisans de la Meurthe. Comme il n'a écrit aucun compte rendu, ni laissé aucune note sur ses opérations, il est difficile de le suivre dans sa brève campagne. Elle se déroula à l'est de Blâmont et de Badonviller, dans un pays bosselé de monticules, que recouvre un manteau continu de forêts, et creusé de profondes vallées - des basses - où des ruisseaux coulent de rochers en rochers. Chaque détour des routes y est favorable à l'embuscade et l'épaisseur des bois assure la sécurité des retraites.
Quelques documents d'archives jettent une brève lumière sur les exploits des partisans de J. Brice. Le 8 avril, à trois kilomètres de Blâmont, ils attaquèrent un convoi de vivres qui suivait un chemin de traverse de la forêt. Le détachement prussien, qui l'escortait, comptait un sous-officier et treize soldats. Ils furent tués, à l'exception de deux qui purent s'enfuir. Les charretiers durent suivre les vainqueurs à deux lieues du combat jusque dans une clairière où se tenaient J. Brice et une troupe de paysans armés qu'ils estimèrent à trois ou quatre cents hommes. Brice les interrogea : ils lui répondirent qu'ils avaient été réquisitionnés par l'ennemi et qu'ils venaient de Pistori. de Zollingen et de Ztmsdorff. A son tour, il leur déclina sa qualité d'officier des Chasseurs à cheval de la Garde, commandant une troupe régulière qu'il appelait le régiment des Eclaireurs de la Meurthe. Après avoir fait décharger les voitures, il rendit la liberté aux charretiers, non sans retenir six chevaux pour les besoins de ses hommes.
Le lieutenant général badois, comte de Hochberg, commandant du blocus de la Basse-Alsace, connut, le jour même, la capture du convoi. Il résolut de détruire la bande de partisans qui troublait la sécurité de ses lignes d'étapes. Il prescrivit au capitaine de Blarer de rechercher Brice et sa troupe. Pour cette mission, le capitaine disposait d'une compagnie d'infanterie un peloton de dragons commandé par le lieutenant Hilbert devait lui servir d'éclaireurs.
Le 9 avril, Blarer était à Lorquin. Il questionna le maire. Celui-ci, terrorisé, déclara que, le matin même, un détachement de cent cinquante hommes avait quitté le village il assura qu'ils s'étaient dirigés sur la commune du Val, au sud de Cirey.
Blarer fait reposer sa troupe et part le lendemain à la poursuite des partisans. La route est accidentée la contrée n'est pas sûre le capitaine badois prend ses précautions pour éviter une surprise. A deux kilomètres du Val, prés du château de Châtillon, les dragons d'Hilbert aperçoivent un groupe d'une dizaine de paysans dont l'un porte un fusil. Ils les chargent, mais les paysans se jettent dans le taillis et échappent. Le maire du Val, à qui Blarer, demande de révéler le refuge des partisans, prétend qu'il ne les a pas vus depuis quatre ou cinq jours et qu'ils doivent camper auprès de Badonviller. Mais le maire de cette bourgade lui affirme que les partisans ont gagné la montagne. Blarer qui, dans la journée, a tait faire trente-cinq kilomètres, par de mauvais chemins, à ses fantassins, décide de coucher à Badonviller et d'y attendre des renseignements plus précis sur son insaisissable adversaire. Dans la journée du 11, un espion lui rapporte que la bande de Brice est à Neufmaisons, à deux lieues au sud-ouest. Blarer y court et n'y trouve personne.
On le bernait. Le 9 avril, Brice était passé à Saint-Quirin, sur la Sarre Rouge, dans la direction opposée à celle qui avait été indiquée à Blarer, vers le nord-est. Trente kilomètres à vol d'oiseau par-dessus les monticules des Basses-Vosges le séparaient de l'ardente meute du capitaine badois Mais le chef des partisans avait reçu la nouvelle de l'entrée des alliés à Paris et de l'abdication de Napoléon, Il avait décidé de licencier sa troupe. Les partisans regagnèrent leurs fermes, leurs scieries ou leurs maisons forestières. Blarer en rendait compte, le 29 avril, au général de Hochberg (7).
Le. rôle joué par Brice s'était réduit à peu de choses. Quel contraste entre le vaste espoir napoléonien et cette simple échauffourée où un convoi prussien tomba entre les mains des partisans Mais l'effet de cette guerre de harcèlement ne se mesure pas à l'importance des combats. Il se traduit par l'inquiétude que cause le manque de sécurité; elle épuise le moral des soldats. La troupe de Brice commençait à alarmer l'ennemi. La preuve en est donnée par la correspondance des lieutenants de Hochberg. Ils voyaient Brice partout à la fois. L'un d'eux, Mentzingen, chef d'escadron des Chasseurs volontaires Vadois, le signale, le 10 avril. comme se trouvant auprès de Phalsbourg, dans la région de Buchelberg. Il est certain qu'il n'y parut jamais.
Brice avait fait de son mieux avec de faibles ressources. II avait essayé de se concerter avec le chef de partisans Wolft qui opérait dans la vallée de la Bruche ; mais ils étaient trop éloignés l'un de l'autre pour pouvoir s'entr'aider.
Quoiqu'il en soit, Macdonald rapporte dans ses Mémoires, un curieux propos du Csar Alexandre sur les pertes que les alliés auraient subies, dans les Vosges, en 1814, du seul fait des attaques de partisans. Le chiffre de trois mille tués es de beaucoup exagéré. Il donne cependant la mesure d'une terreur qui avait pris des proportions légendaires.

CHAPITRE II - 1815 - LA DERNIÈRE ENVOLÉE DES AIGLES

La conspiration des Chasseurs royaux

Un arrêté du roi Louis XVIII, à la date du 6 mai 1814 prescrivit la dissolution des corps de partisans crées conformément au décret impérial du 4 janvier. Les officiers, sous-officiers et soldats de l'armée active, qui avaient fait partie de ces formations, devaient rejoindre leurs régiments d'origine les autres volontaires étaient renvoyés dans leurs foyers. C'est ainsi que J. Brice reprit sa place, le 30 juillet, dans son ancien régiment devenu Corps royal des Chasseurs à cheval de France.
Cette superbe dénomination ne suffisait pas à rallier au nouveau régime les ex-guides de l'Empereur c'est à contre-coeur qu'ils portaient la cocarde blanche. De nombreux rapports signalent le mauvais esprit qui régnait dans leurs escadrons. Ainsi le comte Beugnot écrivait, dans le bulletin de police du 29 juin, qu'à une revue passée la veille au Champ de Mars les chasseurs avaient, pour la plupart, crié Vive le roi ! mais que plusieurs s'y étaient refusés. Loin d'oublier leur idole, ses grognards l'appelaient de tous leurs voeux ; ils prétendaient même que Napoléon avait quitté l'île d'Elbe et qu'il était en route pour se mettre à la tête des armées de l'empereur d'Autriche. L'indiscipline ne faisait que croître. Durant tout le mois de juillet, l'appel de onze heures ne manqua pas de se terminer par les cris de « Vive l'Empereur ! » Le ministre s'émut, prit des sanctions et prononça des renvois puis, désespérant de ramener le régiment à des sentiments loyalistes, décida de le déplacer à telle distance que ses acclamations ne parvinssent plus aux oreilles du Roi : l'ex-Chasseurs à cheval de la Garde fut désigné pour tenir garnison à Saumur.
J. Brice s'y retrouva sous les ordres du général Lefebvre-Desnouettes. C'était un fervent adorateur de Napoléon dont il était le parent par alliance. Son adjudant-major sacrifiait au même culte ils s'entendirent à merveille.
Dans le salon de Mme Lefebvre-Desnouettes « on s'exprimait sur la cour de la manière la plus démesurée », la générale, elle-même « tenait des propos inconvenants sur la famille royale ». Non contents de dauber sur les Bourbons, les habitués « prédisaient le retour prochain de Napoléon. » (8). Cet ardent foyer de bonapartisme inquiétait le ministère qui prescrivit des licenciements d'officiers et de soldats. Un délégué de la Direction Générale de la Police rendit compte, le 21août, de l'enquête à laquelle il venait de procéder « Depuis la réorganisation
qui en a été faite par le maréchal Ney, l'opinion s'est beaucoup améliorée. Mais on a été obligé, par mesure de sûreté, de morceler en cantonnements dans l'arrondissement de Baugé les cinq à six cents hommes qui en ont été extraits et cessent d'en faire partie... La masse réorganisée paraît bonne... »
Les princes ne savaient que faire pour se concilier cette troupe réfractaire. Le duc d'Angoulême vint passer le régiment en revue, et, comme témoignage de satisfaction, augmenta de cinq sous la paye, ce qui la portait à dix-huit sous. Les chasseurs acceptèrent l'argent, mais ne se laissèrent pas séduire : ils regrettaient le Tondu.
L'encouragement à la résistance leur venait d'en haut leur colonel ne perdait aucune occasion de manifester ses opinions bonapartistes. Le 4 novembre, jour de la Saint-Charles, Mme Lefebvre-Desnouettes donna un repas de deux cents couverts en l'honneur de la fête de son mari. Le sous-préfet de Saumur n'osa pas assister à ce banquet « où il n'aurait pu porter le toast réglementaire à la santé du roi ». Aussitôt après avoir salué la générale, il se retira, dans la crainte d'être le témoin d'un esclandre. Débarrassés de sa fâcheuse présence, les invités avaient tenu des discours séditieux. Ils furent dénoncés. Le régiment, qui causait de tels scandales, dut quitter Saumur pour Cambrai au début de 1815.
Cependant Lefebvre-Desnouettes ne s'en tenait pas à des protestations verbales. De concert avec Fouché, quelques hommes politiques et de nombreux généraux, il préparait le retour de l'Empereur. La conspiration était purement militaire. Les garnisons du Nord devaient descendre sur Paris et s'emparer du pouvoir au nom de Napoléon.
J. Brice, qui, le 14 novembre, avait été promu adjudant-major (rang de chef d'escadron dans la ligne) était devenu l'auxiliaire du colonel dans le commandement du régiment. Lefebvre-Desnouettes le mit, des premiers, au courant du complot. Il le chargea de préparer le soulèvement des escadrons. Brice était aimé de tous les vieux chasseurs ;.il n'eut pas de peine à recueillir l'unanimité des adhésions. Le régiment n'attendait que le signal. On sait qu'il fut donné à contre-temps et que la conspiration échoua mais ce ne fut pas la faute des chasseurs de la Garde qui, abandonnés de tous, risquèrent cependant l'aventure. Le général comte Drouet d'Erlon devait partir de Lille à la tête de sa division, forte de seize mille hommes. Le général Lallemand, l'aîné, se chargeait d'amener la garnison de Laon et le détachement des Dragons du Roi. Le rendez-vous fixé était à Senlis, au lieu dit La Patte d'Oie. L'arrivée imprévue à Lille, le 8 mars, du maréchal Mortier déjoua les projets de d'Erlon. Il donna contre-ordre et les régiments restèrent dans leurs casernes.
Lefebvre-Desnouettes et ses chasseurs persistèrent dans la tentative de marcher sur Paris. Ils quittèrent Cambrai, le 9 mars, et vinrent coucher à la Père. Ils y furent rejoints, dans la matinée, par les deux généraux Lallemand (9). Mais ce fui en vain qu'ils essayèrent d'entraîner la garnison. Le général d'Aboville et le major Pion des Loches, du 2e d'artillerie à pied, surent retenir les troupes dans l'obéissance. Les chasseurs se rabattirent vers Chauny, sans réussir à entamer la fidélité du 2e escadron des Dragons du Roi qui tenait garnison dans cette ville. Le 11, les chasseurs royaux entraient dans Compiègne. Le 7e chasseurs, qui s'y trouvait, fut inébranlable. Son colonel, de Talhouet, soustraignit, par un départ brusqué, le régiment à l'action des rebelles. Ceux-ci ne purent que briser les enseignes décorées de fleurs de lys et bousculer les habitants qui refusaient de crier Vive l'Empereur ! Ces manifestations ne suffirent pas à apaiser leur déconvenue. La plupart des officiers se rendaient compte que le coup de main était manqué, puisque le régiment ne parvenait pas à rallier d'autres corps. Les chasseurs murmuraient leur mécontentement. Le général Lion, major, et les chefs d'escadron décidèrent d'arrêter cette course stérile. Ils déclarèrent à Lefebvre-Desnouettes qu'ils ne voulaient plus le suivre et qu'ils retournaient à Cambrai. Le colonel les supplia de tenter, pour le moins, de rejoindre Napoléon sur la route de Lyon mais il ne fut pas écouté. Le régiment fit demi-tour.
Lefebvre-Desnouettes s'était entêté dans sa résolution de courir, coûte que coûte, au devant de l'Empereur. Abandonné de ses soldats, il groupait encore autour de lui quelques fidèles : les deux généraux Lallemand, le colonel Marin, ex-chef d'escadron de l'artillerie de la Garde, l'adjudant-major Brice et un aide de camp. Ils gagnèrent d'abord Soissons, puis se dirigèrent sur Châlons. Une troupe de gendarmerie, envoyée à leur poursuite, arrêta, prés de La Ferté, les deux Lallemand et l'aide de camp qui. furent conduits à la prison de La Fére. Lefebvre-Desnouettes parvint à se réfugier chez son ami le général Rigaud, commandant la subdivision de Châlons. Quant a l'adjudant-major Brice, il eut la chance d'échapper aux recherches. Après s'être caché quelques jours dans Epernay, il regagna audacieusement Cambrai. Là, il apprit qu'une dépêche ministérielle ordonnait son arrestation. Il ne s'en effraya pas. Confiant dans la noblesse d'âme de ses vieux camarades, il se rendit à la caserne et déclara qu'il se mettait sous-la protection du régiment. Les chasseurs lut firent ovation. Ils jurèrent, sabre au clair, de le défendre; si bien que l'autorité supérieure, dans la crainte d'une révolte, n'osa pas exécuter l'ordre venu de Paris.
Le 17 mars, le duc d'Orléans et le maréchal Mortier passèrent en revue le Corps royal des Chasseurs à cheval. L'adjudant-major Brice était à son rang réglementaire. Il soutint avec calme le regard du prince qui feignit de ne pas remarquer sa présence. Le but de la revue était de gagner le régiment à la cause royale. Quelqu'efforts que fissent le duc d'Orléans et le maréchal pour obtenir des cris de : Vive le Rot ! un seul officier leur fit écho. Ils se retirèrent en hâte. La troupe grondait.
La patience des soldats avait été mise à une dure épreuve. Sitôt rentrés à la caserne, au feu des propos subversifs, les esprits s'échauffèrent. Les plus excités des chasseurs s'écrièrent qu'ils allaient se porter à l'assaut de l'archevêché où était logé le prince, et qu'ils sauraient bien obliger « le d'Orléans » à acclamer leur Empereur. Brice, dans sa générosité, oublia les menaces officielles dont il était l'objet. Grâce à son ascendant sur les hommes et grâce surtout à l'affection qu'il leur avait inspirée, il parvint à rétablir le calme. Il fut aidé dans cette tâche par le chef d'escadron Assant. Le duc d'Orléans put quitter Cambrai sans avoir eu à subir les injures, sinon les brutalités, d'une troupe furieuse.

La levée des corps francs

Si, pendant la première Restauration, J. Brice avait, en toutes circonstances, affirmé sa ferveur napoléonienne, le général baron Thiry (10), son oncle, s'était montré très opportuniste. Le « sabreur » avait déjà servi plusieurs régimes. Canonnier du Roi, hussard de la République, chasseur de la Garde Impériale, il était avant tout soldat de carrière. Peu lui importait le maître aux ordres duquel il se trouvait, si celui-ci le payait en honneurs et en argent.
Tandis que ses neveux guerroyaient en Lorraine, à la tête de partisans, le général Thiry avait commandé, sous Bordesoulle, une brigade de grosse cavalerie. Il fut compris dans la capitulation du corps de Marmont, an lendemain de la prise de Paris. Les soldats du duc de Raguse, apprenant qu'ils avaient été livrés à l'ennemi, se révoltèrent et tentèrent de rejoindre à Orléans l'impératrice Marie-Louise. Le baron Thiry fut un des généraux qui intervinrent pour les en empêcher. Aussi estima-t-il, lorsque Louis XVIII eut pris possession du trône, que l'appui donné à la trahison de Marmont devait lui valoir la reconnaissance royale. Il demanda un emploi dans la maison militaire du Roi. Le « sabreur » négligeait volontiers, dans l'exposé de ses services, la colonne d'émigrés qu'il avait taillée en pièces à Quiberon mais il est certain que le ministère s'en souvenait. Marin Thiry obtint seulement la croix de Saint-Louis, et, le 31 août 1814, le commandement de l'arrondissement de Sarrelouis. Il s'attendait à mieux; mais, satisfait d'être replacé dans les cadres, il n'estima pas qu'il dût se plaindre.
Napoléon, relégué à l'île d'Elbe. ne pouvait plus lui dispenser ses faveurs. Le général Thiry, n'ayant d'autre politique que son ambition, ne voulait pas risquer de la compromettre par un attachement intempestif. Les sentiments de l'oncle et du neveu étaient trop dissemblables pour ne pas les séparer. Le général, rallié aux Bourbons, apprit avec peine les écarts bonapartistes de J. Brice. Il les blâma parce qu'il en craignait la répercussion. Son neveu, d'un naturel plus droit et d'un caractère plus ferme, détestait les variations de ce parent qu'il avait pris naguère pour modèle. Il était près de le considérer comme un renégat parce qu'ils ne sacrifiaient plus au même Dieu.
Cependant la roue du destin vint à tourner. Napoléon, débarqué au golfe Juan le 1er mars 1815, entrait le 20 mars aux Tuileries dont Louis XVIII venait de s'enfuir. Le baron Thiry ne savait pas résister à l'ascendant du pouvoir. Dès les premiers jours d'avril, il s'empressait d'accourir à Paris. Le général' Gérard, qui était à la tête des 3e et 4. divisions militaires, l'avait proposé pour le commandement d'une brigade ou d'une division de grosse cavalerie. Il s'agissait d'appuyer cette candidature par une profession de foi d'autant plus solennelle qu'elle pouvait entraîner la promotion au grade de lieutenant général. N'ayant pu être reçu en audience privée, Thiry écrivait, le 25 avril, à Napoléon « J'ai toujours fait preuve de dévouement envers votre personne sacrée. » et il sollicitait la nomination si désirée. Le 29 avril, le ministre lui répondait en le désignant pour le commandement du département de la Meurthe, mais. hélas, la suscription de la lettre adressée hôtel du commerce, rue Ventadour, portait simplement au maréchal de camp baron Thiry.
Pour mieux faire sa cour à l'Empereur, Marin Thiry avait offert de lever un corps franc dans son pays « ... Quant a la demande que vous faites d'être autorisé de lever un corps franc en Lorraine, je vous engage, ajoutait le ministre, à lire le décret de S. M. sur ce sujet inséré dans le Moniteur d'hier et à me faire connaître ensuite vos idées. J'ai l'honneur, en outre, de vous prévenir que le colonel Viriot a déjà obtenu une commission pour le département de la Meurthe et des Vosges, »
Le retour de Napoléon en France, c'était en effet, non seulement la guerre inévitable, mais la guerre imminente. Ni l'Empereur. ni le pays ne la désiraient, mais il était certain que les alliés l'imposeraient. Une des premières mesures prises par Napoléon avait été le rappel des hommes en congé; elle fut aussitôt suivie du décret de mobilisation de la Garde Nationale. La France toute entière était en recrutement. En outre des bataillons et batteries de forteresse constitués en groupant dans les places fortes les retraités, officiers et soldats, en outre des bataillons de tirailleurs fédérés formés des ouvriers de Pans et de Lyon, la levée en masse était envisagée dans l'Aisne, les Ardennes et tous les départements de l'Est. C'est ainsi que le colonel Virot avait déjà obtenu l'autorisation de lever un corps franc de quatre mille fantassins et douze cents cavaliers. Il s'intitulait Commandant en chef des Ier corps francs des quatre départements Meurthe, Meuse, Moselle et Vosges.
Le général Thiry, rempli de zélé et plus encore d'ambition, tenta de le surpasser. Il entreprit d'organiser trois autres corps francs dans la Meurthe et de les mettre sous les ordres de ses deux neveux. Joseph et Charles Brice, et de son aide de camp, le chef d'escadron Verlhac. J. Brice, l'aîné, était redevenu capitaine adjudant major aux chasseurs à cheval de la Garde Impériale par le fait que ce Corps royal avait repris son nom glorieux (13 avril 1815). Le cadet avait été réintégré le 3o avril au même régiment de la vieille Garde comme lieutenant en premier sous-adjudant major (grade de capitaine dans la ligne). Ils furent détachés de leur arme et nommés commandants des 2e et 3e Corps des Chasseurs volontaires de la Meurthe le chef d'escadron Verlhac commandait le 4e Ainsi furent constitués, d'une façon assez paradoxale, les quatre corps francs de la Meurthe, le 1er étant celui de Viriot qui avait, en même temps, autorité sur trois autres 1er corps francs, dans trois autres départements.
Cette situation embrouillée devait causer de semeuses difficultés dans la création des corps de partisans. Ce n'est pas que l'enthousiasme manquât parmi les populations lorraines. L'opinion publique ne s'y était jamais montrée favorable à la Restauration. Le retour de Napoléon signifiait, croyait-on, le renouveau de la Liberté escamotée par les nobles et les prêtres. Le plébiscite sur l'Acte additionnel avait réuni, dans la Meurthe, la presque unanimité des suffrages. Jamais la politique impériale n'avait connu autant d'approbateurs. Leur sincérité n'était pas de surface ils se préparèrent à défendre généreusement leur pays menacé d'une nouvelle invasion. Le décret du 14 avril avait ordonné, dans le département, la formation de quatorze bataillons de garde nationale active et. de vingt-huit bataillons de garde sédentaire. En un mois, les quatorze bataillons actifs étaient sur pied; mais, faute d'armes, les bataillons sédentaires ne purent être organisés. Ce ne furent pas les hommes qui manquèrent. mais les moyens de les utiliser.
Ceux qui voulaient se battre à tout prix s'enrôlèrent dans les corps francs. Le décret impérial du 22 avril, qui convoquait la population entière à la défense de la patrie, les avait réglementés. Leurs chefs recevaient de l'Empereur une « commission » pour lever des troupes de partisans composées de cavaliers et de fantassins entièrement équipés à leurs frais. Mais, si les bonnes volontés se manifestaient nombreuses, rares étaient ceux qui possédaient des ressources suffisantes pour se procurer l'armement et l'uniforme. Les partisans se recrutaient, en effet, dans le peuple, et, pour la plupart, parmi les anciens soldats et les paysans. Il s'ensuivit que les chefs de corps francs eurent quelque difficulté à racoler leurs effectifs. Lorsqu'ils étaient plusieurs à opérer sur le même territoire, comme le colonel Viriot et le général Thiry, leur rivalité ne pouvait que dégénérer en conflits.
Un ordre du jour du maréchal de camp, baron de l'Empire Thiry, commandeur de la Légion d'honneur, chevalier de la Couronne de fer, commandant en chef dans le département de la Meurthe, daté de son quartier général, le 17 mai 1815, prévenait ses concitoyens qu'il était chargé de l'organisation des corps francs pour la défense du pays : « ....Les volontaires des arrondissements de Château-Salins, Lunéville et Sarrebourg devront se mettre sous les ordres du chef d'escadron Brice. Ceux des arrondissements de Toul et de Nancy sous ceux du chef d'escadron Verlhac, aide de camp du général. » Les anciens soldats et gardes forestiers devaient conserver l'uniforme. Les autres volontaires devaient avoir l'habit veste vert les fantassins, le fusil de voltigeur et le collet jaune, le chapeau rond repoussé de côté à défaut de schako, la capote grise à collet jaune; les cavaliers devaient avoir la tenue des lanciers, les boutons à la hussarde et le collet écarlate. Les uns et tes autres porteraient la cocarde tricolore relevée par une ganse noire et un bouton à la hussarde (11).
Aux deux corps francs dont la levée' avait été décidée, de prime abord, par le général Thiry, vint bientôt s'en ajouter un troisième provenant du dédoublement du corps de Joseph Brice. Le frère de ce dernier, le capitaine Charles Brice fut chargé de le recruter dans la région de Château-Salins. Ainsi, le général Thiry, en parfait accord avec ses neveux, espérait s'attirer par la création de ces troupes de volontaires les bonnes grâces de Napoléon. Il mettait une telle ardeur à mener son entreprise à bien qu'il n'admettait pas que le colonel Viriot se permit de poursuivre son racolage dans le département de la Meurthe. Le général Gérard, commandant la 4e division militaire, écrivait au ministre de la guerre : « ... Le général Thiry persiste à se plaindre de ce que le colonel Viriot en continuant de recruter pour son propre compte lui enlève les moyens de recruter pour le sien et établit une concurrence dangereuse, On propose à Votre Excellence de lui répondre qu'il ne faut pas se passionner ainsi que, par la place qui lui a été donnée, il n'est pas plus chef des corps francs de messieurs Brice, ses neveux, que de ceux du colonel Viriot, et que, pourvu que des corps francs se lèvent et s'organisent, peu doit lui importer si cela a eu lieu pour tel chef ou pour tel autre. » Le ministre répondait qu'il avait reçu, de son côté, les doléances du colonel Viriot : « ... Interposez votre autorité pour faire cesser cet espèce de schisme. Dans ce moment, il faut mettre toute prétention de côté ; notre but à tous doit être de défendre l'Etat et d'avoir une union parfaite pour pouvoir résister aux ennemis. »
Des trois corps de Chasseurs volontaires de la Meurthe levés à l'instigation du général Thiry, celui que commanda J. Brice, l'aîné, eut seul quelque importance et joua un rôle effectif dans la défense du pays. Ceux de Ch. Brice, le cadet, et de Verlhac ne peuvent figurer que pour mémoire dans un exposé de la guerre de 1815 Lorraine. Leurs faits d'armes sont incertains. Il n'est guère question des partisans de Charles Brice. Le corps de Verlhac qui s'appuyait sur la place de Toul, tint la campagne dans les bois environnant la ville. Il parait que ses détachements firent prisonniers, a diverses reprises, des officiers ennemis et les conduisirent au gouverneur de la forteresse. On n'en sait rien de plus.

Le deuxième corps de Chasseurs volontaires de la Meurthe

La « commission provisoire de chef de corps franc » délivrée au « sieur Brice (Nicolas) (sic) chef d'escadron, capitaine aux Chasseurs à cheval de la Garde » lui accordait l'autorisation de lever, dans l'arrondissement de Sarrebourg. Un corps de partisans composé de mille hommes à pied et de trois cents hommes à cheval. Elle était datée du 12 mai et portait la signature du lieutenant général comte Gérard, commandant l'armée de la Moselle. On ne possède aucun papier officiel donnant l'effectif exact du 2e corps de Chasseurs volontaires de la Meurthe. Il est à présumer qu'il se monta au moins à trois ou quatre cents combattants. Le général Heudelet de Bierre, chargé en août, d'assurer la dissolution des corps francs, écrivait (12) « Celui commandé par le chef d'escadron Brice est le seul qui eût quelque importance... »
Non seulement J. Brice recrutait dans son pays natal où sa famille était fort connue, mais la notoriété qu'il avait acquise pendant sa courte campagne des Vosges en 1814 facilitait sa tâche. A cheval, têtu de son brûlant uniforme de chasseur, il était allé de village en village prêcher la lutte à outrance contre le Prussien et le Cosaque. Il se faisait suivre d'un ancien mamelouck de l'Empereur, nommé Pierre, qu'au pays on appelait « le Pierre de Lagarde » du nom du village où il s'était retiré dans le canton de Vic. Ce vieux soldat avait repris son costume à la turque, le turban de soie, la veste brodée, le large pantalon. L'apparition de ces deux splendides cavaliers, le chasseur vert et or, le mamelouck écarlate, frappait l'imagination paysanne. Leur souvenir est resté longtemps légendaire en Lorraine. Dans les veillées d'hiver où l'on racontait, en les amplifiant comme il convient, les exploits des partisans, le narrateur ne manquait pas d'évoquer ces images coloriées à la façon des estampes d'Epinal : Brice, le commandant, et Pierre, son mamelouck.
Les cadres du corps franc avaient été faciles à constituer. Il y avait dans l'arrondissement nombre d'officiers en retraite ou à demi-solde qui, manquant d'emploi, s'offrirent d'eux-mêmes à exercer les commandements subalternes. A l'époque du licenciement du 2e corps de Chasseurs volontaires on relève les noms de quatre capitaines, sept lieutenants, trois sous-lieutenants et un maréchal-des-logis.
La troupe ne manquait pas mais beaucoup de volontaires s'inscrivirent qui ne purent rejoindre utilement le corps franc parce qu'ils n'étaient pas armés. Ils avaient néanmoins promis de prêter main forte en cas d'attaque. Les prescriptions générales portaient qu'à défaut de fusils, les hommes de la levée en masse se muniraient de pistolets, de faulx et de fourches et se porteraient dans des retranchements ou abattis préparés à l'avance. Les autorités savaient que de tels défenseurs ne pouvaient faire l'office que de figurants mais elles estimaient que l'ennemi concevrait certaine inquiétude en voyant du monde dans les ouvrages et qu'il n'oserait s'avancer qu'avec précautions. Ainsi J. Brice était assuré d'une aide nombreuse il ne pouvait, en réalité, compter que sur quelques centaines de vrais combattants.

CHAPITRE III - 1815. LA GUERRE DES PARTISANS

Aux aguets

Le prince de Schwartzemberg, qui commandait l'armée des alliés sur le Rhin, resta dans l'expectative jusqu'à ce qu'il sût le résultat de la poussée de Napoléon vers Bruxelles. Il se contenta d'ordonner que le corps bavarois du maréchal de Wrède s'approchât de la Sarre. Le mouvement commença le 19 juin. Ce même jour, un chasseur, échappé du champ de bataille de Waterloo, apportait à Nancy la nouvelle de la défaite de l'Empereur. Le prudent Schwartzemberg n'allait plus tarder à mettre en marche ses corps d'armée.
J. Brice se tenait aux aguets dans le massif boisé qui domine la vallée de la Sarre, entre Fénétrange au nord et Sarrebourg au sud. L'expérience de 1814 lui avait appris que, pour une troupe irrégulière comme un corps franc, une seule tactique était possible : l'attaque par surprise ; et, qu'au cas où elle ne réussissait pas, il n'y avait qu'un seul lieu de retraite : les forêts. Il avait habilement choisi sa position. Selon les événements, il pouvait se porter rapidement sur la route de Nancy par Fénétrange, Dieuze et Château-Salins ou descendre sur celle de Sarrebourg à Lunéville par Blâmont. L'ennemi devait suivre nécessairement l'un ou l'autre itinéraire, soit qu'il passât la Sarre, au-dessus de Fénétrange, à Wolfskirch, soit qu'il franchit les Vosges par Phalsbourg. Brice avait reconnu les chemins qui sillonnent la région des grands étangs de Lorraine; ils étaient familiers à la plupart de ses partisans. Les bois lui servaient de forteresse. Leurs épaisses futaies dissimulaient les approches des patrouilleurs et facilitaient la préparation des coups de main. Le pays tout entier participait à la réussite de ses opérations chaque paysan était prêt à le renseigner sur les mouvements et sur la force de l'ennemi. Le ravitaillement de sa troupe était assuré dans les fermes. Les partisans n'avaient qu'à se présenter. On ne leur marchandait ni la miche de pain, ni le lard, ni les pommes de terre. Et pour leur donner du coeur à la chasse du kaiserlick ou du cosaque, le maître remplissait leur gourde de vin ou bien la maîtresse leur versait la goutte d'eau-de-vie de questch.
En outre des mesures à prendre pour gêner le passage de la Sarre, les ordres du général Belliard (13) prescrivaient de donner aux officiers des corps francs la surveillance des « points à défendre ». Ils devaient se tenir en relations avec les maires et les habitants des villages, et, en cas d'alerte, faire sonner le tocsin qui appellerait aux armes les défenseurs du pays. Les émissaires du 2e corps de chasseurs volontaires observaient le cours de la Sarre jusqu'à Sarreguemines et les défilés de la Zorn entre Phalsbourg et Saverne. Brice apprit par leurs rapports, le 22 juin, que l'armée bavaroise se concentrait au delà de la Sarre, en face de Sarreguemines, dans l'intention de franchir la rivière et de prendre la direction de Nancy, soit par Morhange et Château-Salins, soit par Sarre-Union (Bouquenom), Fénétrange et Dieuze.
Schwartzemberg rassuré par le désastre de Waterloo, se croyait désormais assez fort pour en venir à l'offensive. Le 23, le maréchal de Wréde attaquait simultanément à Sarrebruck et à Sarreguemines et forçait le passage. Le combat livré à Sarreguemines fut à peine une escarmouche. La division d'infanterie Raglowitch et la division de cavalerie du prince Charles ne s'étaient heurtées qu'à une faible compagnie de douaniers, et, malgré la canonnade de 25 pièces d'artillerie mises en batterie devant la tête de pont, la « bataille » de Sarreguemines ne coûta la vie à personne. La division Raglowitch déboucha sur la route de Sarre-Union, précédée de la cavalerie du prince Charles qui poussa jusqu'à Sarralbe.
Le feld-maréchal prince de Wrède s'installa à Sarreguemines. Il y publia, à la date du 24 juin, un ordre du jour au peuple français il s'y montrait particulièrement menaçant à l'égard des partisans « ...Considérant que cette canaille armée qui, sous la dénomination de corps francs, court la campagne pour piller leurs concitoyens sans contribuer à leur défense, est un fléau avec lequel Bonaparte afflige la France, j'ordonne
« 1° Que tout individu appartenant à ces corps francs ou pris les armes à la main sans faire partie de la troupe de ligne, soit mis devant une commission militaire et jugé dans les vingt-quatre heures
« 2° Que toute ville ou commune sur le territoire de laquelle un individu des armées alliées est assassiné, soit punie, pour la première fois, d'une contribution de 200.000 francs la ville, 50.000 francs le village. En cas de récidive, la ville ou le village sera abandonné au pillage et dévasté par le feu... »
Par cet avertissement de Wrède espérait empêcher l'intervention de ces bandes armées qui avaient tant inquiété les alliés en 1814. Si terribles qu'elles fussent, les menaces ne produisirent aucun effet.
Brice avait reçu, apportés par des paysans des environs de Sarreguemines, et la proclamation de de Wrède et des renseignements sur la progression des troupes ennemies. Le 24 juin, les Bavarois, remontant la vallée de la Sarre, se dirigeaient sur Sarre-Union pour gagner de là Fénétrange et la route de Nancy. Il crut n'avoir affaire qu'à une avant-garde avec laquelle il pourrait se mesurer. Il résolut de lui interdire le passage de la rivière au pont de Wolfskirchen entre Pistorf et Niederstinzel. Il lança son appel aux armes. Ses envoyés se rendirent en hâte dans toutes les directions pour déclarer la levée en masse (14).

La Gabel Armée

Le rendez-vous était à Fénétrange, le dimanche 25 juin, au matin. Et des villages, des hameaux, des fermes accoururent des laboureurs, des charretiers, des bûcherons, des charbonniers, des artisans. C'étaient des hommes de la terre ou de l'atelier, à la peau tannée, au poil rude, aux mains calleuses. Quelques-uns étaient armés de fusils, la plupart ne portaient que des piques, des fourches ou des haches. Certains avaient amené leur chevaux de charrue. Misérable troupe, mais pleine d'ardeur. Elle surgissait du sol comme une haie de ronces ou d'épines pour déchirer l'envahisseur. Il était bien sûr que ces gens ameutés n'auraient pas le pouvoir d'arrêter la marche de l'ennemi. Ils étaient presque sans armes et, du reste, ils ne savaient pas se battre mais ils n'admettaient pas que l'étranger pût fouler impunément leurs champs, profaner leurs maisons, maltraiter les enfants et les infirmes, inquiéter les femmes, sans qu'ils se fussent dressés devant lui, même les poings vides.
Ils étaient un millier, au matin du 25 juin, dans cette petite ville de Fénétrange où Brice les avait convoqués. Le juge de paix Gebell était à cheval au milieu d'eux: d'anciens officiers, Westermann, Renard, Midavaine, Hertz s'efforçaient de les ranger et de les grouper en compagnies dont ils prenaient le commandement. Cette foule de volontaires où voisinaient les casquettes de peau et les chapeaux de feutre, les blouses de toile bleue et les vestes de bure, formait une cohue si disparate qu'on en garde encore le souvenir sous le nom de la Gabel Armée, l'armée des fourches. Dans la fièvre de l'impatience, elle attendait des ordres.
Brice avait couché, la veille, avec son corps de partisans à Berthelming, à une lieue au sud de Fénétrange. Il avait logé lui-même chez un de ses officiers, le lieutenant adjudant-major Klein. Il en était parti à la pointe du jour. Traversant Fénétrange avant que la Gabel Armée y fut rassemblée, il se dirigea vers Sarre-Union pour déterminer la situation de l'ennemi. Il laissa le gros de sa troupe à Wolfskirchen dont il comptait défendre les abords; puis, prenant avec lui vingt-cinq de ses éclaireurs montés, il s'avança jusqu'à Sarre-Union.
A cette heure matinale les ennemis n'avaient pas encore paru dans la ville. Lorsque Brice y pénétra avec son peloton, les habitants se mirent aux fenêtres et l'acclamèrent ; mais il se souciait peu des applaudissements : ce qu'il voulait, c'était alarmer l'ennemi et retarder sa marche. Il s'avisa d'une vieille ruse de guerre. Il prétendit qu'il précédait l'armée française en fourrier et il fit battre à son caisse, par toutes les rues, qu'on préparât des vivres pour un effectif de 16.000 hommes. Cependant la patrouille, qu'il avait envoyée dans la direction de Sarralbe épier la progression des Bavarois, vint lui rendre compte que l'ennemi s'avançait en une colonne serrée de la valeur d'un corps d'armée. Devant pareille force, le seul parti raisonnable était de se replier. Brice reprit la route de Fénétrange mais, avant de rejoindre la Gabel Armée à Wolfskirchen, il plaça son mamelouck Pierre en vedette sur la hauteur plantée de vignes, qui domine Ptstorf. De cet endroit, la vue s'étend par la coulée sinueuse de la rivière, jusqu'à la sortie de Sarre-Union. Il était aisé de surveiller les agissements des Bavarois. Brice sut ainsi que l'infanterie occupait la ville et paraissait devoir y séjourner, mais qu'un gros détachement de cavalerie avait été vu se dirigeant vers l'ouest par la vallée de la Naubach. Il semblait probable que son intention fût de tourner les troupes françaises en prenant à travers bois par la Bonne-Fontaine et en se rabattant sur Fénétrange par la route d'Albestroff.
De Wrède était, en effet, entré dans Sarre-Union. Il y avait appris de la bouche du maire la fausse nouvelle que le chef de partisans avait si bruyamment proclamée. Il y ajouta foi, sans même penser qu'il eût été logique de la faire contrôler. N'osant pas se risquer à poursuivre sa route, il avait fait prendre position à l'infanterie de Raglowitch tandis que la cavalerie du prince Charles poussait des reconnaissances sur les points où il craignait de voir déboucher l'armée française. Mais l'arrêt des Bavarois ne fut que de quelques heures. Rassuré par les rapports de sa cavalerie, de Wrède décida, dans la soirée de reprendre sa marche. L'artifice de Brice avait retardé d'un jour l'avance de tout un corps bavarois. Vingt mille hommes s'étaient tenus sur le qui-vive, en formation de combat, prêts à repousser un adversaire chimérique Les habitants de Sarre- Union en firent longtemps des gorges chaudes.
Au moment où le chef de partisans et ses éclaireurs reprenaient le contact, à Wolfskirchen, avec l'infanterie du corps franc grossie de la Gabel Armée, un peloton de cavalerie ennemie survint au grand trot par la route. Brice fit demi- tour et chargea les Bavarois, qui, bousculés, se dispersèrent dans un galop éperdu. Comme il était inutile d'attendre le retour offensif d'une troupe plus importante, Brice décida de renvoyer la Gabel Armée. L'ordre de dislocation produisit une panique. Les paysans crurent qu'ils risquaient d'être cernés et massacrés. Ils abandonnèrent sur place leurs armes de fortune et se sauvèrent dans les vignes et dans les bois. Cependant quelques coups de feu furent tirés sur des patrouilles de cavaliers qui s'approchaient trop audacieusement. Ils suffirent à les maintenir en respect.
Brice dirigea le repli de son corps de partisans sur la forêt du Freywald. Les éclaireurs montés protégeaient à distance le mouvement des fantassins. Quelques- uns d'entre eux se trouvaient encore dans Fénétrange lorsque la tête de la colonne de cavalerie venant de Bonne-Fontaine apparut sur la place des Halles. Ils la reçurent à coups de carabine. Les Bavarois s'élancèrent pour les sabrer; mais les partisans n'attendirent pas leur choc. Abandonnant prestement leurs chevaux, ils se glissèrent dans les maisons où les habitants les cachèrent. Ils purent échapper aux recherches et, la nuit tombée, rejoindre leurs camarades.
La cavalerie bavaroise, quittant Fénétrange, se dirigea sur Dieuze où elle cantonna. Un peloton de ses hussards se présentait le lendemain soir, à 7 heures, à l'Hôtel de Ville de Nancy. Le 27 juin, de Wrède, à son tour, traversait Fénétrange. En manière de représailles ses soldats cassèrent au passage quelques vitres mais leurs manifestations hostiles se bornèrent à cet acte anodin.
Cependant le feld-maréchal, furieux de sa ridicule mésaventure, lançait du quartier-général de Nancy l'ordre du jour suivant daté du 30 qui devait être affiché dans toutes les communes des départements de la Meurthe, de la Moselle et des Vosges
« Le nommé Brice, domicilié à Lorquin, s'étant, encore hier, trouvé à la tête d'une bande de brigands, est, conformément à l'article Ier de ma proclamation du 24 juin, déclaré hors la loi. Il sera arrêté partout où il sera trouvé, traduit devant une commission militaire et jugé dans les vingt-quatre heures. Ses biens seront confisqués pour la caisse des hôpitaux militaires des armées alliées, sa maison sera rasée dans les vingt-quatre heures par les habitants de Lorquin que je rends responsables de l'exécution... »

Les trois empereurs

Le chef de partisans n'avait pas été découragé par l'insuccès de son premier contact avec l'ennemi. Sa troupe, allégée de la Gabel armée n'était plus composée que d'officiers, d'anciens soldats, de forestiers, de gardes-champêtres ou de chasseurs qui, habitués au braconnage, n'avaient pas peur des coups de fusil. Ils étaient tous prêts à le suivre où qu'il les conduisit.
De la forêt du Freywald, Brice avait gagné Dolving, au creux d'une profonde vallée où coule le Landbach, ruisseau affluent de la Sarre. Il y passa une courte nuit, réfléchissant sur le parti à prendre. Il eut d'abord l'intention de se rendre à Lunéville pour y rassembler les gardes nationaux de la ville et ceux de Blâmont. Il espérait, avec son corps franc grossi d'éléments nouveaux, pouvoir jouer un rôle plus efficace. Il envoya, le 26 juin dans la matinée, un de ses officiers prévenir de son dessein la municipalité de Lunéville (15). Celle-ci fut effrayée de cette démarche. Elle venait de recevoir, le même jour, à 9 heures, deux officiers du prince Charles de Bavière qui « annonçaient des intentions amicales » pourvu que la ville assurât la sécurité des troupes alliées. Le maire de Lunéville ne sut que répondre à l'émissaire du chef des partisans. Ses explications embarrassées démontrèrent à Brice que son projet était difficile à réaliser. Il y renonça. Ce fut une heureuse inspiration, car il risquait de se faire prendre au piège. La pusillanime municipalité le trahissait par peur des représailles de l'ennemi elle avait adressé une requête à « S. A. R. le prince Charles » pour implorer sa protection sous la forme d'une garnison bavaroise.
Délaisser l'appoint des gardes nationaux de Lunéville et de Blâmont, c'était renoncer aux opérations de quelque envergure. Brice se rendait compte qu'elles seraient dangereuses et stériles. Avec sa poignée d'hommes déterminés il pouvait harceler l'ennemi, mais non le combattre. De Wrède le traitait de chef de brigands, il agirait comme tel, mais ses brigandages ne s'exerceraient que sur de petits détachements, sur les convois et les courriers de l'envahisseur.
Sa parfaite connaissance du pays lui permit de découvrir un admirable repaire. Il établit son poste de commandement en pleine forêt, à la ferme des Hautes- Maisons, qui est un écart de la commune de Languimberg. Du côté de la route de Sarrebourg à Blâmont, il était couvert par la ligne des étangs de Stock et de Gondrexange. Elle livre passage à la seule route de Château-Salins, encore celle-ci, traversant le bastion boisé où se tenaient les partisans, se trouvait-elle sous leur contrôle. Derrière les étangs, épousant leurs bords dentelés, se dresse une épaisse bande de forêts qui se succèdent à peu près sans interruption de Sarre-Union jusqu'aux montagnes des Vosges. Ces hautes futaies dont l'ombre profonde masque des bas-fonds humides, des mares, des fossés bourbeux, étaient d'un accès difficile. Les sentiers qui les pénétraient n'étaient guère connus que des bûcherons et des charbonniers. Aucune troupe n'aurait osé s'y aventurer sans guide.
Sans s'écarter de cet excellent refuge, les partisans pouvaient surveiller le pays. A quelques centaines de mètres des Hautes-Maisons le hameau de Miniqueguerre est bâti sur une hauteur d'où la vue s'étend au loin. Ce « beauvoir » leur servait de poste de vigie. L'ennemi signalé, il était possible, soit de le surprendre en cheminant sous bois, soit de se soustraire ses recherches en gagnant d'inaccessibles couverts.
Grâce à l'étendue des forêts qui dissimulaient ses expéditions, le corps franc du commandant J. Brice exerçait son action loin de sa base.
Il est impossible de donner le journal complet de ses exploits. Les documents que l'on possède permettent seulement d'en reconstituer certains épisodes. Le plus fameux est rapporté par Guillaume de Vaudoncourt dans sa relation des campagnes de 1814-15. La plupart des historiens l'ont négligé quoiqu'il fut d'importance ; certains même ont prétendu qu'il était apocryphe. Il suffit, pour en établir la véracité, de remarquer que le général de Vaudoncourt, se trouvant à Metz en 1815, a écrit cette partie de son historique d'après des renseignements directs. Son témoignage est celui d'un contemporain autorisé et ne peut être mis en doute. Il confirme une puissante tradition populaire.
Les trois souverains alliés, le czar de Russie, l'empereur d'Autriche, le roi de Prusse s'étaient longtemps tenus à Heidelberg, dans l'attente des événements de Belgique. Ils ne quittèrent cette ville que le 27 juin, en même temps que le IVe corps de l'armée russe. Le 30, ils étaient à Haguenau où ils reçurent les plénipotentiaires français envoyés par le gouvernement provisoire. La proposition de paix qui leur était soumise, la nouvelle de la présence de Wellington et de Blucher devant Paris, leur donnèrent l'assurance qu'ils pouvaient pour- suivre leur route, sans courir aucun risque, sous la protection d'une faible escorte.
Ils arrivèrent à Sarrebourg le 9 juillet et y séjournèrent le lendemain. « Il s'en fallut de peu qu'ils ne fussent enlevés par le corps franc du lieutenant-colonel Brice. » (16). L'officier commandant l'avant-garde des partisans démasqua l'entreprise en échangeant des coups de feu inopportuns avec la cavalerie russe qui se trouvait à Héming. La fusillade s'entendit à Sarrebourg. Elle alerta les deux bataillons d'infanterie qui y cantonnaient. Ils se disposèrent à défendre les abords de la ville. Le corps franc ne s'attendait pas à rencontrer une résistance aussi avertie. Brice dut renoncer à poursuivre un combat inégal. Le zèle de son trop ardent adjoint avait fait manquer une prise qui eut été unique dans l'Histoire.
La tradition lorraine raconte à sa manière la tentative de capture des « Trois Empereurs ». Elle assure que les souverains alliés prenaient leur repas dans une auberge de la ville, lorsqu'un traître - la servante de l'auberge selon les uns, un revendeur juif selon d'autres - vint les prévenir de l'approche des partisans. Ils se levèrent précipitamment de table et coururent à leurs voitures qu'ils firent atteler en toute hâte. Certains prétendent même qu'ils s'enfuirent.

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La tradition travestit la vérité qui lui semble toujours terne. Elle n'invente que les détails, mais sur l'étoffe la plus simple, elle brode de tels ornements qu'on ne distingue plus la trame. L'histoire du dîner interrompu réjouissait les esprits populaires qui aimaient à se représenter les « empereurs » privés d'un plantureux festin. Ce tableau ajoutait une note narquoise à la description de la frayeur que les partisans leur causèrent.
Quoi qu'il en soit, le coup de main de Brice avorta. L'inquiétude des souverains avait été vive la colère de Schwartzemberg qui se trouvait avec eux à Sarrebourg, fut extrême. Elle se traduisit par une proclamation où la menace atteint le paroxysme
« Tout citoyen habitant des villes ou des campagnes n'appartenant pas à un corps régulier, pris les armes à la main, se qualifiant même de partisan ou de Soldat des soi-disant corps francs, sera regardé comme perturbateur du repos public et fusillé sur le champ ; les villes et villages dont les habitants prendront les armes pour leur défense seront réduits en cendres les maisons d'où partiront des coups de feu seront rasées et les habitants tenus en prison jusqu'à ce qu'ils aient nommé le coupable.
Des colonnes mobiles devront parcourir tout le pays. Si un soldat allié est tué, il y aura dix mille francs d'amende pour la commune...» (3 juillet).
Cet écrit, qui est l'expression d'un mouvement de rage ne constitue-t-il pas la meilleure preuve de l'audacieuse entreprise tentée par Brice et ses partisans ? Le séjour à Sarrebourg, le3 juin, séjour nécessité par l'attente du régiment de Cosaques qui désormais encadrera les équipages des souverains alliés, la lenteur du voyage dans le pays accidenté et peu sûr (17) [ils mirent deux jours pour arriver à Nancy] viennent apporter des arguments secondaires qui, néanmoins, ne sont pas négligeables.
Quelles conséquences auraient pu résulter de l'enlèvement des Trois Empereurs par Brice et son corps franc ? Quel roman ne pourrait-on pas bâtir sur cette fantastique hypothèse ?

Embuscades et surprises

Il convient de revenir à la simple histoire, si incertaine soit-elle, puisqu'elle ne s'appuie sur aucune pièce d'archives. Brice, d'autre part, n'a pas écrit le compte rendu de sa campagne. Trop modeste pour se glorifier dans ses mémoires, il estimait même n'avoir accompli que son devoir en combattant l'envahisseur de son mieux et le plus longtemps possible. Dans une réclamation adressée, en octobre 1832, au ministre de la Guerre, il rappelait sa conduite comme « com mandant d'un corps de chasseurs volontaires de la Meurthe, corps qui, pendant la campagne, a été plus particulièrement connu sous le nom de corps franc et qui a agi, jusques un mois après la bataille de Waterloo, avec quelque succès (sic) contre l'ennemi... » Il ne dit rien de plus sur ses faits d'armes. L'expression « quelque succès » ne suffit guère à évoquer cette ardente chasse où tantôt le partisan surprenait le Bavarois ou le cosaque, tantôt traqué lui-même, rusait pour échapper à leurs poursuites.
Une polémique de presse et une instruction judiciaire qui seront exposées par la suite révèlent certains exploits du 2e corps de chasseurs volontaires. A l'attaque d'un convoi russe auprès de Héming, le corps franc de Brice remporta un succès marqué. La garnison de Sarrebourg, prévenue par des feux de paille allumés au sommet de hautes perches, accourut sur le lieu du combat. Elle n'y trouva que les traces d'une lutte acharnée des morts, des blessés et des voitures brisées. Au voisinage, Maison-L'Evêque, la-propriété de M. Benoist de Zuffal, était en feu. Les partisans avaient disparu, emportant tous les objets de valeur et entraînant les chevaux dont ils avaient coupé les traits.
Brice ne s'appropriait jamais le butin. Ce jour-la, une somme de trente mille francs avait été saisie dans un caisson. L'argent fut compté sur un manteau déployé à terre; puis, les hommes ayant fait le cercle, la prise fut partagée rigoureusement entre tous.
Les prisonniers qu'il captura ont rendu hommage à sa générosité. Il interdisait de les maltraiter, et, bien souvent, il se contentait de les désarmer en leur rendant la liberté, car il ne pouvait ni les conduire dans une place forte, ni les garder à son bivouac. Des officiers supérieurs qui tombèrent entre ses mains, le remercièrent même de ses bons procédés envers eux et leurs soldats, tels le major prussien baron Mertens et un colonel anglais attaché a l'état-major du prince de Schwartzemberg Cependant il n'était pas aisé, dans tous les cas, d'imposer aux partisans le respect de la discipline. Ils se livrèrent plusieurs fois à des actes de représailles dont, par la suite, Brice fut considéré comme responsable. Il devait l'être d'autant moins que ses subordonnés ne commirent jamais leurs excès qu'en l'absence de leur chef. Encore ne furent-ils coupables ni de pillages, m de violences qui ne puissent se justifier.
Les partisans de Brice ne molestèrent (18) jamais l'habitant qui, du reste, admirait leur bravoure. Bien qu'ils fussent des hôtes dangereux, ils reçurent presque partout l'hospitalité et des vivres. Jamais leurs mouvements ne furent dénoncés (19), jamais leurs cachettes ne furent révélées à l'ennemi malgré l'appât de fortes primes. Souvent même le paysan chez lequel les partisans étaient passés, décrochait son fusil de chasse du manteau de la cheminée et prenait part à leurs expéditions.
Le terrain battu par le corps franc s'étendait de Sarrebourg à Lunéville, Blâmont et jusqu'anx alentours de Badonviller. Brice connaissait parfaitement le physique et le moral de cette contrée qu'il avait étudiée au cours de ses incessantes pérégrinations. Il avait appris à mesurer les sentiments des habitants et leurs ressources. Négligeant les peureux et les tièdes, il s'appuyait sur l'assistance et la générosité des patriotes. C'est ainsi qu'il parvenait à se maintenir en campagne, malgré que sa situation devint de jour en jour plus difficile.
Il avait craint qu'une partie de sa troupe fasse défection lorsque furent connus le désastre de Waterloo, puis l'effondrement définitif de l'Empire. Quelques-uns de ses hommes l'abandonnèrent, il est vrai mais la plupart lui restèrent fidèles. L'armée régulière pouvait regagner ses garnisons. La garde nationale pouvait rentrer dans ses foyers, puisque, Napoléon ayant abdiqué, les Alliés avaient rempli leur buts de guerre. Eux, les partisans, n'oubliaient pas qu'ils étaient des volontaires, et que, s'ils s'étaient enrôlés de leur plein gré, c'était pour protéger le pays contre l'invasion. ils ne devaient pas déposer les armes tant que l'ennemi foulerait le sol de la France.

La convention de Frémonville

Les Russes, qui occupaient la Lorraine, s'irritaient de ce que leurs détachements fussent sans cesse alertés par ces adversaires insaisissables. L'empereur Alexandre avait nommé gouverneur général de la province M. d'Alopeus, qui avait déjà exercé pareilles fonctions en 1814. C'était un homme d'esprit libéral et de jugement pondéré auquel les historiens locaux se plaisent à rendre hommage. A peine fut-il en possession de son emploi qu'il résolut de faire cesser cette guerre de surprises et d'escarmouches. Il exhorta les habitants à se tenir tranquilles et il leur interdit de prêter assistance aux partisans qui sont, disait-il « nuisibles au repos public et aux voyageurs (sic) ». Il comptait surtout obtenir un résultat décisif d'un procédé d'intimidation dont il fit immédiatement l'essai. Il invita les maires à recenser les habitants de leurs communes et à lui signaler les absents. Il ne doutait pas que ce moyen ne lui fournisse la liste des partisans contre lesquels il avait décidé de sévir (11 juillet).
La méthode fut inefficace. Les maires mirent de la mauvaise volonté à se transformer en délateurs de leurs administrés. Beaucoup d'entre eux assurèrent qu'ils ne connaissaient pas les partisans, pour la plupart anciens soldats, qui étaient devenus étrangers à leurs propres villages parce que le service les en avait longtemps éloignés. L'excuse n'était peut-être pas très valable ; mais elle s'accompagnait d'explications qui donnèrent à réfléchir au gouverneur : il était impossible d'exercer une contrainte sur les partisans, ces vétérans des grandes guerres n'ayant aucune famille et ne possédant aucun bien. De fait la menace de confiscation des fortunes ou même celle de la destruction des maisons fut à peu près inopérante.
M. d'Alopeus modifia sa tactique. il essaya d'amadouer ces combattants volontaires qui s'obstinaient à poursuivre une lutte disproportionnée. Au lieu de les traiter en bandits, Il leur offrit la paix sans restrictions. Il leur reconnaissait la qualité légale de combattants, et. de ce fait, les absolvait de toutes accusations criminelles. Le document qui est daté de Nancy, le 12 juillet, mérite d'être reproduit
« Le ministre de l'armée impériale de Russie, gouverneur général des départements de la Meurthe, de la Meuse, de la Moselle, des Vosges et de la Marne déclare au chef d'escadron Brice, aux capitaines Rioux, Parmentier, Georgel, à l'adjudant-major Klein, aux sous-lieutenants Deveney et Conrad, au sergent Jacquot (de Lorquin), qui se trouvent à la tête des partisans, que le but de la guerre ayant été atteint par la chute de celui contre lequel elle avait été particulièrement dirigée, ils aient à rentrer dans leurs foyers dans l'espace de dix jours et à dissoudre les corps sous leurs ordres. Aussitôt qu'ils auront déféré au présent ordre, ils se présenteront aux maires de leurs communes qui constateront leur retour et nous en donneront avis sur le champ par la voie de M. le Sous-Préfet de l'arrondissement (20). Nous promettons alors aux individus ci-dessus désignés protection et garantissons de les faire respecter dans leurs personnes et dans leurs propriétés. »
Le texte se complète des menaces habituelles dans le cas où « contre toute attente (sic) » Brice et ses officiers resteraient « sourds à cette invitation ».
Ne pas prêter l'oreille à des offres de paix et d'amnistie eut été déraisonnable. En effet, Brice était seul à continuer la guerre en rase campagne. Son héroïque entêtement devenait paradoxal. Il n'en pouvait rien espérer d'utile pour le pays, puisque Paris avait ouvert ses portes, puisque Louis XVIII était rentré aux Tuileries et puisque l'armée de la Loire avait fait sa soumission. Toutes ces circonstances lui avaient été signifiées en même temps que les offres d'Alopeus. Il savait aussi qu'en Lorraine, Marsal s'était rendue le 7 juillet, qu'à Toul, le colonel Fruchard avait signé, le 6 juillet, une convention de statu quo avec le général russe Radetski. Phalsbourg tenait encore mais toutes les villes ouvertes du département étaient occupées par l'ennemi. Le colonel Titoff était à Sarrebourg, le lieutenant-colonel Ouguenoff à Lunéville. Fénétrange, Château-Salins, Blâmont, Lixheim, Moyenvic, Vic, Dieuze, Êinville avaient des garnisons. Les mouvements des partisans se trouvaient, sinon paralysés, du moins très gênés. Ils ne pouvaient guère quitter l'abri des bois. Enfin, Brice était certain que Napoléon, de nouveau déchu du trône impérial, n'aurait plus besoin de son sabre. On assurait que, cette fois, l'exil serait si lointain qu'il ne permettrait plus de retour. Et personne ne parlait de l'ancien roi de Rome. en faveur duquel son père avait abdiqué vainement.
Brice ne devait pas risquer inutilement la vie de ses compagnons de combat.
Il lui fallait se résoudre à déposer les armes. Sa conscience était tranquille. Elle lui disait qu'il avait accompli tout ce que l'honneur militaire lui commandait mais, dans un sursaut de fierté, il entendit n'accepter qu'à son heure et à sa manière les conditions qui lui étaient offertes.
M. d'Alopeus avait rédigé sa lettre dans des termes autoritaires. Il prétendait pouvoir exiger la soumission de Brice et de son corps franc. Un mot était de trop : Ordre. Brice consentait à faire un pas vers la conciliation, mais il se refusait à obéir aux injonctions d'un gouverneur civil et russe. La formule blessait ce soldat. Il ne s'inclinait pas devant un ennemi qu'il avait constamment tenu en échec. Il avait décidé de traiter, mais avec un soldat comme lui-même. Il voulait pouvoir discuter les conditions selon lesquelles il mettrait fin aux hostilités. La reddition pure et simple aux mains d'un maire de village lui apparaissait comme une humiliation. Il ne la subirait pas. Peut-être pressentait-il qu on pourrait désavouer un tel intermédiaire et qu'il aurait à regretter de ne l'avoir pas récusé ?
Il répondit qu'il était prêt à entrer en pourparlers, d'égal à égal, avec un chef russe, sinon qu'il continuerait à tenir la campagne. Comme il était toujours redoutable, il fut écouté.
Le colonel Alexis Orloff fut chargé des négociations. Il rencontra le commandant du corps franc au village de Frémonville, près de Blâmont. Brice avait abandonné depuis quelques jours la forêt de Réchicourt : il avait traversé la grand' route de Sarrebourg à Lunéville et était venu camper dans les bois de Tanconville d'où il pouvait, sons le couvert des hautes futaies, gagner le massif du Donon qui lui offrirait des abris inexpugnables. Sa troupe était réduite. La difficulté de se procurer des vivres s'accroissant de jour en jour, car le pays était parsemé de détachements ennemis, il avait autorisé ceux des volontaires qui le désiraient à rentrer chez eux. D'autre part, la mort, les blessures et les maladies avaient diminué les effectifs. Enfin il fallait bien reconnaître que l'enthousiasme guerrier déclinait. Le temps héroïque des partisans était révolu.
Brice obtint des conditions qui devaient le satisfaire. On le reconnaissait comme chef légitime d'une troupe légalement constituée, c'est-à-dire ayant la qualité et les droits des belligérants. L'ennemi rendait hommage à sa valeur Brice conservait ses armes et ses officiers jouissaient du même privilège.
Le texte même de cet accord est à lire en son entier :
Convention conclue entre le Colonel Orloff, Commandant un détachement du 7e Corps d'armée de S. M. I. de toutes les Russies dans les Vosges, au nom des hautes puissances alliées d'une part, et le Chef d'escadron Brice, Commandant le 2e Corps de Chasseurs volontaires de la Meurthe, au nom du gouvernement français, d'autre part.
1° Dès ce moment, toutes hostilités cessent entre les troupes alliées et celles commandées par le chef d'escadron Brice ;
2° Le chef d'escadron Brice s'engage à déposer les armes à Frémonville et à dissoudre son corps dans les vingt-quatre heures de la ratification de la présente convention par le Commandant du 7e Corps, lieutenant général Sabaneief ; quant aux parties détachées de son corps, M. Brice enverra les ordres en conséquence et nommera les chefs qui les commandent et les lieux où ils se trouvent ;
3° M. le Chef d'escadron Brice et MM. les officiers sous ses ordres, savoir le capitaine Rioux, le capitaine Georgel, le capitaine Golzard du Vivier, le capitaine Litté (21), le lieutenant adjudant-major Klein (22), le lieutenant Schmidling, le lieutenant Garnier, le lieutenant Conrad, le lieutenant Devenay (23), le lieutenant Gauthier, le lieutenant Maréchal, le sous-lieutenant Parmentier (24), le sous-lieutenant Servin, le sous-lieutenant Rauch, et le maréchal des logis Jacquot (25), s'engageront chacun sur leur parole d'honneur, en rentrant dans leurs foyers, autres que les places fortes qui n'ont pas encore arboré le drapeau blanc, à ne rien entreprendre contre les hautes puissances alliées, à moins qu'ils ne soient autorisés par leur gouvernement légitime, reconnu des hautes puissances alliées : ils conserveront leurs armes.
4° Le chef d'escadron Brice et les officiers sous ses ordres désigneront les endroits de leurs domiciles où ils désirent rentrer après la dissolution de leur corps et si quelques-uns de MM. les officiers préféraient se retirer ailleurs que dans leurs domiciles, il leur sera délivré des passeports à Nancy.
5° Le délai de vingt-quatre heures expiré, ceux qui seraient trouvés en armes, attaquant quelques individus appartenant aux hautes puissances alliées, seront regardés comme brigands et traités comme tels.
6° II ne sera fait aucune recherche contre ceux qui ont servi dans le 2e Corps des chasseurs volontaires, non plus contre leurs parents, soit dans leurs personnes, soit dans leurs propriétés.
Fait à Frémonville le 7-19 juillet 1815, à midi.
Signé BRICE,
Chevalier de la Légion d'honneur et de la Réunion
Signé : ORLOFF (Alexis)
Colonel Commandant dans les Vosges un détachement du 7e Corps d'Armée de S. M. l'Empereur de toutes les Russies.
Vu et approuvé
Par moi, Commandant le 7e Corps d'Armée
Signé : le général SABANEIEF
Par Son Excellence le lieutenant général Commandant le 7e Corps d'Armée russe
Signé : le général major ORLOFF (Michel)
chef d'Etat Major

Cette pièce constitue un splendide témoignage de la résolution et de la bravoure de J. Brice. Avec des combattants de fortune, mal équipés, à peine armés, sans solde, souvent sans vivres, il avait tenu tête à l'ennemi, en pleine campagne, du 24 juin au 19 juillet. Isolé au milieu du flot montant de l'envahisseur, ne pouvant espérer aucune aide des troupes régulières enfermées dans les places fortes, ne recevant pas d'ordres, en butte aux pires menaces, sollicité par de nombreux motifs de découragement, cet énergique Lorrain avait su résister pendant vingt-six jours et faire passer dans le coeur de ses soldats improvisés sa dure volonté de résistance.
Ce court espace de temps suffit à lui assurer désormais, dans son pays, une mémoire glorieuse.

CHAPITRE IV - LA PERSÉCUTION ROYALISTE

La légende des partisans

La légende ne tarda pas à s'emparer des exploits des partisans et à les grossir démesurément. La presse du temps, elle-même, amplifiait leur importance dans le but de louanger ceux qui avaient réussi à dissoudre les Corps francs. Le « Moniteur » du 9 août 1815 imprimait que la force réunie des troupes franches dans les Vosges pouvait se monter à vingt-cinq mille hommes. Il ajoutait cependant « qu'à la vérité ils n'étaient pas rassemblés, mais qu'ils pouvaient se réunir au premier signal ».
Ce journal officiel voulait surtout démontrer le danger que de pareils groupements pourraient faire courir à l'Etat. Les Corps francs étaient fort mal vus des royalistes qui les considéraient comme des bandes d'insurgés, parce qu'ils avaient été formés avec d'anciens soldats de l'Empereur et parce qu'ils avaient été créés pour la défense de l'Empire.
Le lendemain même de la convention de Frémonville Louis XVIII signait, au palais des Tuileries, l'ordre de dissolution des Corps francs. Ce décret, loin de féliciter de leur patriotisme les défenseurs du pays, articulait des menaces semblables à celles qu'avaient formulées les de Wrede et les Schvartzemberg, nos ennemis.
« Art. 1er - Tous les Corps francs seront licenciés.
Art. 2 - Les officiers, généraux et soldats, qui ne se conformeraient pas à la présente ordonnance ou qui s'opposeraient au licenciement des Corps francs, seront arrêtés et traduits devant les conseils de guerre pour y être jugés conformément aux lois militaires... »
Aux yeux du Roi et de son entourage les partisans n'étaient que des rebelles (26).
Les anciens adversaires de Brice étaient loin de le juger de cette manière injurieuse. Ils l'avaient craint; ils ne cessèrent jamais d'apprécier son caractère et d'admirer son courage. Le 25 juillet, le général-major Michel Orloff, du 7e Corps d'armée russe, l'engageait à se rendre à Nancy au quartier général où le général Sabaneief « lui témoignerait l'estime qu'il faisait de sa personne ». Des ordres étaient donnés au commandant russe de Sarrebourg pour lui fournir une escorte. En même temps, le général Orloff priait le chef d'escadron Brice d'indiquer « comment il désirait que fussent conçues les cartes patentes de sureté destinées à ses officiers. »
L'intérêt que portait Michel Orloff au valeureux partisan ne se démentit jamais. Lorsque, quelques mois plus tard, Brice, de passage à Paris, lui rendit visite, le général le conduisit à l'Etysée Bourbon où il le présenta au prince Volkonsky, major-général de l'armée russe. Il le qualifia de termes si élogieux que le prince Volkonsky offrit à Brice d'entrer « avec avantage » au service de la Russie et voulut le faire agréer immédiatement au czar Alexandre qui logeait dans le même palais. Le chef de partisans fut flatté de la proposition; mais, soldat de Napoléon et avant tout patriote, il refusa d'accepter les honneurs et la fortune de l'étranger (27). Pareille tentative qui fut faite par un général autrichien de la part du prince de Schwartzemberg aboutit à un semblable refus,
Mais, tandis que les alliés ne marchandaient pas leur admiration à celui qui, avec de si fables moyens, avait su longtemps les tenir en échec, certains Français lui vouèrent une haine implacable. Les royalistes n'admettaient pas qu'on pût l'absoudre du crime d'avoir défendu son pays au nom de Napoléon, l'Usurpateur.
Lorsque Brice parvint à Nancy, sous la protection d'une escorte russe, il se présenta au lieutenant-général comte Hendelet de Bierre qui commandait, au nom du roi, la 4e division militaire. Il lui demanda de le faire diriger sur son régiment à l'armée de la Loire. Le général Heudelet de Bierre n'osa pas prendre de lui-même une aussi grave décision et en référa au ministre. Celui-ci donna l'ordre de renvoyer le chef d'escadron Brice dans ses foyers. La réponse ne satisfaisait pas le commandant de la 4e division. Au lieu de la transmettre à l'intéressé, il écrivit de nouveau au ministre : « M. Brice parait s'être soumis de bonne foi, mais il est l'objet de la haine, de l'inquiétude et des récriminations des serviteurs du Roi et il pourrait facilement se mettre en correspondance avec les officiers de son corps dissous qui, presque tous, sont retirés dans les environs de Nancy. On pense que, dans les circonstances actuelles, il ne serait pas sans inconvénient de l'envoyer à Lorquin. On propose qu'il rejoigne le dépôt de son ancien corps jusqu'à ce qu'il soit définitivement statué sur son sort. » Le ministre écrivit sa décision en marge : « maintenir le renvoi dans ses foyers. »
Mais le général Heudelet ne se souciait pas de conserver en Lorraine un officier du renom de Brice. Il craignait l'influence de l'ancien chef de partisans sur une population manifestement réfractaire au régime des Bourbons. Feignant de n'avoir pas reçu la réponse ministérielle, il se hâta d'expédier Brice sur son corps d'origine. La lettre par laquelle il attire l'attention de l'autorité sur le danger qui pourrait résulter de la présence de Brice dans son village natal est du 26 août. Des le 5 septembre, le général avertit le ministre que, ne recevant pas d'ordres, il a « permis à M. Brice de se rendre à son ancien régiment ». Or, la décision ministérielle lui était signifiée par lettre datée du 30 août. Il est à supposer qu'elle lui parvint, mais qu'il résolut de n'en pas tenir compte. Le lieutenant- général comte Heudelet de Bierre était un homme prudent.
Peut-être son désir d'éloigner Brice était-il justifié par certains bruits, parvenus à ses oreilles. On disait que les gens des cantons de Blâmont, de Baccarat et de Bayon étaient agités par d'étranges propos répandus dans les villages (28). Il était question d'un prochain retour de Napoléon qui, assurait-on, aurait échappé des mains des Anglais. A Sarrebourg des factieux avaient souillé l'écusson royal aux cris de « Vive l'Empereur ! A bas les Bourbons ! ». Et les adversaires du régime parlaient, en guise de menaces, de la réorganisation des Corps francs. Un bûcheron de Bertrambois, convaincu d'avoir tenu un discours de ce genre, fut condamné à trois mois de prison et à trois ans de surveillance.
Cependant Brice était parti rejoindre les Chasseurs a cheval de la Garde. Il apprit, chemin faisant, que le régiment était dissous. Il séjourna trois semaines à Paris en attendant qu'on lui désignât un emploi c'est à cette époque que le général Michel Ortoff le présenta au prince Volkonsky.
On était en pleine Terreur Blanche. Comme il avait quelque crainte d'être englobé dans les poursuites, Brice pria Michel Orloff de faire intervenir en sa faveur le général Pozzo di Borgo. Celui-ci entretint les ministres du cas du commandant de partisans et, leur montrant le texte de la convention de Frémonville approuvée par le maréchal Barclay de Tolly, leur déclara que le signataire se trouvait sous la sauvegarde du czar Alexandre. Les ministres affirmèrent à Pozzo di Borgo qu'il pouvait rassurer Michel Orloff sur le sort réservé à son protégé.
Brice, soulagé de toute inquiétude, reçut la mission de liquider la comptabilité de son régiment. Les bureaux de licenciement du corps étaient installés à Etampes. Il prit ses nouvelles fonctions le 1er novembre et s'y consacra avec son zèle habituel. La perte de nombreuses pièces d'archives rendit sa besogne longue et délicate. Il venait à peine de la terminer, lorsqu'il apprit qu'il allait être traduit en justice devant la Cour d'appel de Nancy.

Représailles judiciaires (29)

Pendant que Brice vivait courbé sur les registres de caisse, l'animosité des royalistes s'acharnait sur les anciens partisans. Ils ne se contentaient plus de les qualifier de rebelles, ils les accusaient d'assassinats et de vols à main armée.
Comme l'époque incitait aux représailles, les dénonciations des ultra amenèrent, en janvier 1816, devant la Cour de Nancy, d'anciens compagnons de Brice, le lieutenant Devenay, le sous-lieutenant Parmentier et J.-B. Ména, de Lorquin.
Ils étaient prévenus de vol avec violences et port d'armes. Les faits pour lesquels ils étaient incriminés auraient dû prouver le sang-froid et la modération de ces hommes mais les esprits surexcités par les passions politiques ne pouvaient apprécier raisonnablement leur conduite. Le vol à main armée se réduisait à ceci : une reconnaissance d'officiers envoyée par Brice au château habité par un avocat du nom de Regnault de Châtillon, ancien maire de la commune du Val (Meurthe) fut prise pour une patrouille d'Autrichiens. Le châtelain leur fit fête. Il était royaliste avant tout et ne savait que se réjouir de la venue d'un ennemi qui était l'allié de son roi. Non seulement il offrit aux partisans des rafraîchissements et des vivres, mais il leur révéla qu'il recelait dans ses caves des armes et de la poudre. Il était heureux, déclarait-il. de mettre à leur disposition une vingtaine de fusils et deux pièces de canon. Le capitaine Litté et le sous-lieutenant Parmentier qui ne s'attendaient pas a cette bonne fortune, s'empressèrent de rendre compte de leur découverte à leur chef. Brice envoya le lieutenant Devenay, avec son peloton, se saisir de l'arsenal de M. de Châtillon. Celui-ci, furieux de sa méprise, essaya de protester. Les partisans indignés l'auraient mis à mal si Brice ne l'eut pris sous sa protection (30).
Honteux de s'être laissé sottement surprendre, exaspéré d'avoir été obligé de livrer à des Français les armes qu'il destinait à l'ennemi, M. Regnault de Châtillon ne pensa plus qu'à la vengeance. Il dut faire taire son ressentiment jusqu'au départ des Russes qui. fidèles à leur signature, n'auraient pas toléré que les partisans fussent poursuivis pour des faits de guerre. Le quartier général russe ayant quitté Nancy, le 28 septembre 1815, pour se porter sur le Rhin, les dénonciations ne tardèrent pas à se produire. Celle de l'ancien maire du Val aboutit à faire condamner le lieutenant Devenay à la marque et aux galères, ses soldats à la marque et à vingt ans de travaux forcés. Parmentier, sur la seule inculpation d'avoir découvert le dépôt clandestin d'armes, fut puni d'une année d'emprisonnement.
L'avocat Bresson, défenseur du lieutenant Devenay, fit valoir que son client n'avait fait qu'obéir aux ordres du chef d'escadron Brice, commandant le Corps franc. Il n'en fallait pas plus pour que celui-ci tut inculpé à son tour.
Il était déjà prévenu d'autres crimes, car tous les actes de son commandement n'étaient considérés que comme actes de brigandage. Un cultivateur de la commune de Neuviller (31), Jean-Baptiste Gérard, avait été convaincu de délation. Alléché par les primes offertes, il avait révélé à l'ennemi le repaire des partisans. Il fut décidé qu'on le punirait de cette trahison. Des partisans pénétrèrent de nuit dans la maison de Gérard ils s'emparèrent du misérable et l'amenèrent devant leur chef. Brice ordonna de lui infliger une sérieuse volée de coups de bâton, puis de le renvoyer chez lui. Ses ordres furent trop bien exécutés. La correction devait être simplement sévère elle entraîna la mort du traître dont le cadavre fut abandonné en plein bois. Cette scène n'a qu'une excuse : elle se passait les 15 et 16 juillet, alors que les partisans, traqués de toutes parts, tenaient difficilement la campagne.
Les auteurs de cette exécution trop complète furent recherchés, arrêtés et inculpés d'assassinat, arrestation illégale et vol. Pour justifier leur conduite, ils prétendirent avoir reçu du commandant du Corps franc l'ordre de tuer le délateur Gérard. Le ministre de la justice écrivait, le 6 décembre 1815, au ministre de la guerre (32) « La procédure lève en effet de fortes présomptions contre ce commandant ; en conséquence le juge d'instruction du tribunal de première instance de Lunéville a décerné, le 8 novembre dernier, un mandat d'amener contre le sieur Brice... » Le désordre dans lequel se trouvait l'armée ne permettait pas de renseigner la justice sur le lieu où résidait l'ancien chef des Chasseurs volontaires de la Meurthe. Le procureur du roi prétendait que Brice était chef de l'état-major du général comte Lion, désigné pour le licenciement de l'armée de la Loire. Le 7 février 1816, Clarke, duc de Feltre, écrivait à Barbé-Marbois, garde des sceaux, qu'il y avait lieu de distinguer entre les deux frères Brice, l'un et l'autre ex-officiers aux chasseurs de la Garde et ex-commandants de corps de partisans, mais, qu'au reste, leur domicile était inconnu.
L'ignorance du ministre de la guerre mettait fort heureusement Brice l'aîné à l'abri des poursuites de la justice, car il aurait eu à répondre d'une nouvelle accusation : il avait, prétendait-on, « fait essuyer des traitements vexatoires au nommé Ernest-Timothée Kampemann, lui avait volé ses habits et son argent. » Ce Kampemann, canonnier au 2e régiment d'artillerie, n'était autre qu'un fuyard de Waterloo qui avait déserté avec armes et bagages. Il avait vendu son cheval à un paysan et s'en retournait dans son village en Alsace, lorsqu'il fut arrêté aux avant-postes du Corps franc. Brice lui fit administrer par ses hommes « une correction fraternelle » et, ne pouvant le faire passer au conseil de guerre, le déclara indigne de porter l'uniforme. Il le fit dépouiller de ses vêtements militaires qu'il distribua aux « braves de sa troupe ». Kampemann fut renvoyé, « déshonoré », chez lui. Lorsqu'il s'y sentit en sûreté, il ne manqua pas de porter plainte. Les rôles étaient renversés. Les patriotes qui s'étaient emparés d'un déserteur n'étaient plus que des détrousseurs de grand chemin exerçant leurs sévices sur un voyageur paisible.
Moins heureux que leur commandant, d'anciens partisans, paysans de Desseling, de Nonhigny, de Bertrambois, d'Imling et d'Abreschwiller furent arrêtés dans leurs villages, conduits à Nancy où ils passèrent devant la Cour d'assises, le 9 mars 1816. L'un d'eux fut condamné à la peine de mort (33), un autre aux travaux forcés à perpétuité et les autres à diverses peines.
Brice fut, deux jours après, jugé par coutume. Le tribunal se montra implacable. Il débuta par lui infliger une condamnation à la peine capitale, puis, dans la même séance, sur une deuxième accusation, il le condamna par surcroît à quinze années de travaux forcés, comme si le premier châtiment ne suffisait pas à satisfaire sa haine.
Le chef de corps franc n'avait pas accepté de se présenter devant ces juges partiaux qui siégeaient au nom de la vengeance royale. Certain de ne pouvoir défendre son innocence, il s'était enfui à Bruxelles.

Le reniement du baron Thiry

La liquidation des comptes du régiment de chasseurs de la Garde étant terminée, Brice avait été mis en non activité à la date du 1er février. Mais, au lieu de rejoindre Lorquin, il séjournait à Paris, cherchant quelque emploi qui lui permit de suppléer à l'insuffisance de sa demi-solde. Il s'y trouvait auprès de son oncle Thiry qui s'était installé dans la capitale pour être à portée des faveurs du nouveau régime.
Le général Thiry avait dû quitter Nancy devant l'invasion des Russes et résigner le commandement militaire du département de la Meurthe. Parvenu à Paris le 15 juillet, il avait immédiatement demandé à être replacé et il avait exprimé le désir d'obtenir le commandement du département de la Moselle ou, à défaut, celui de l'Aube. Mais, comme réponse, le ministre lui avait signifié, à la date du 1er août, sa mise à la retraite. Le malheureux « sabreur » ne pouvait croire à pareil désastre. Sa carrière militaire était sa vie : y mettre fin, c'était le frapper à mort. Il écrivit au roi suppliques sur suppliques pour l'assurer de son loyalisme : Il était parfaitement sincère dans ses protestations, puisqu'il n'avait d'autre opinion politique que son obéissance de soldat. Craignant qu'on incriminât le zèle qu'il avait témoigné dans la création des Corps francs de la Meurthe, il crut s'en excuser en déclarant : « Avant de quitter mon département, je licenciai, de mon propre mouvement, les 3e et 4e corps francs; les 1er et 2e l'eussent été de même si les communications n'eussent été interceptées. »
Beau mérite que d'avoir dissous des troupes à peu près inexistantes ! Le 1er corps franc, qui se trouvait enfermé dans Metz avec le colonel Viriot, le 2e qui tenait la campagne sous l'audacieuse conduite de Brice l'aîné, avaient seuls inquiété l'ennemi et les royalistes.
Le ministre ne se laissait pas attendrir. Il faisait savoir, le 18 octobre, au général Thiry qu'un décret royal venait de liquider sa pension de retraite dont le montant s'élevait à quatre mille francs.
Le « sabreur » ne cessa pas de poursuivre ses espoirs dans un retour de fortune. Pour flatter le nouveau pouvoir n'avait-il pas la puérile naïveté de signer ses demandes : le maréchal de camp baron de Thiry, en s'attribuant une particule qui eut étrangement surpris ses ancêtres de la Guinguette de Lorquin. Comme son insistance devenait lassante, le ministre lui rappela la lettre du 25 avril a Napoléon « ...j'ai toujours fait preuve de dévouement envers votre personne sacrée... » et lui déclara brutalement qu'il devait s'estimer content de n'être pas poursuivi comme traître à la royauté légitime.
J. Brice avait accepté l'hospitalité de son oncle rue Chabanais, numéro cinq. Mais il s'accordait mal avec son parent qui ne savait être brave que sur le champ de bataille. Le général Thiry reprochait a l'ancien chef de corps franc sa fidélité à Bonaparte, fidélité dangereuse qui risquait de compromettre ses propres revendications. Brice désapprouvait les variations de cette « girouette » et préférait fréquenter au café Lemblin, sous la galerie de Chartres du Palais Royal, les anciens camarades qui conservaient une cocarde tricolore dans la coiffe de leur chapeau. Il laissa le pusillanime baron de Thiry se lamenter d'une mise à la retraite d'office prononcée avant qu'il eut accompli trente années de services effectifs. Car tel était l'argument qu'exploitait le « sabreur » dans ses réclamations multiples et vaines.

(Suite)


(1) Archives Nationales. A. F. IV. 1670.
(2) Arch. Guerre Piré à Berthier ; 26 mars.
(3) Un dernier fils, Nicolas-Louis, né le 7 janvier 1791 devait suivre la trace de ses aînés mais sa carrière militaire fut courte. Vélite chasseur à cheval, le 18 juillet 1809; sous-lieutenant, le 12 août 1810 au 22° chasseurs à cheval; lieutenant au 24e chasseurs, le 7 mars 1813 ; tué le 27 décembre 1813 près de Nimègue ; décoré le 1er janvier 1814.
(4) Arch, Guerre. Dossier Thiry. Attestation des habitants de Lorquin.
(5) Le 6e et le 7e bataillon de Vosges la suivirent le 14 et le 15 août 1792 (Felix Bouvier).
(6) Archive. Nationales, FI. t. II 5.
(7) Archives de Carlsruhe, citées par Choquet, L'Alsace en 1814
(8) Bulletins de police du comte Beugnot.
(9) Nés tous deux à Metz en 1774 et 1777.
(10) Il existait un autre baron Thiry, peut-être parent éloigné du nôtre, François-Mansuy Thiry né à Nancy le 16 novembre 1765, il avait épousé vers 1790 une fille de Regnier, plus tard duc de Massa, et fut député de la Meurthe sous le Ier Empire. Deux de ses fils furent généraux d'artillerie. Le baron F.-M Thiry a encore de nombreux descendants en Lorraine.
(11) En rapportant la description de la tenue des Chasseurs volontaires de la Meurthe, il convient d'ajouter qu'elle ne fut jamais portée.
(12) Voy. Pays lorrain, 1923, p. 5 et 53.
(13) Arch. guerre, « Prescriptions générales » du lieutenant-général comte Belliard, 17 juin 1815. - Le général Belliard avait succédé au général Gérard, comme commandant de la 4e division militaire.
(14) Arthur Benoit, Les Corps francs du commandant Brice en Lorraine (souvenirs de 1815), Vitry-le-François, 1868
(15) Archives municipales de Lunéville D., 26 juin 1815
(16) Vaudoncourt, op. cit., T. IV, Livre III, Chap. III, p. 270.
(17) Dépêche chiffrée du comte Belliard au ministre de la Guerre. Arch Guerre « Les troupes ennemies, d'après tous mes rapports, marchent avec beaucoup d'incertitude, se gardent avec une précaution extrême et craignent beaucoup les habitants. »
(18) On ne saurait donner la même assurance au sujet des autres partisans qui, en réalité, se comportèrent souvent comme des bandits. Ainsi, à la date du 4 aoùt 1815, le général Belliard transmettait au colonel Viriot les plaintes formulées contre ses hommes par les habitants de Montigny. Arch. Guerre.
(19) A l'exception d'un seul cas dont les partisans tirèrent vengeance, ainsi qu'il sera relaté plus loin.
(20) Le sous-préfet de Sarrebourg était un avocat de la ville. nommé Gide, qui n'était pas titularisé dans ses fonctions.
(21) Litié (ou Leté) du 8e hussards.
(22) Klein (de Berthelming).
(23) Devenay (de Héming) du 55e régiment de ligne.
(24) Parmentier (de Parroy) mort retraité Lunéville après 1830.
(25) Jacquot (de Lorquin).
(26) Des le 26 juillet 1815, ]e juge de paix Petitbon du canton de Dieuze dénonçait :
Vosgien, maire, élu par la canaille souveraine (sic)... a fait sonner le tocsin toute la nuit qui a précédé l'arrivée des Alliés, a ordonné de son autorité privée aux habitants de la ville et des villages voisins de prendre les armes, les a forcés de marcher contre les Alliés... etc...
Bailly, commissaire du gouvernement près les salines... s'est fait chef de partisans, a reçu les Brice magnifiquement chez lui, s'est jetté (sic) avec eux lors de l'entrée des Alliés, de retour chez lui depuis le 8 juillet.
Guyon, inspecteur des forets, a reçu et traite les Brice, s'est enrôlé pour les partisans, etc.
Archives Nationales A, P.. 9.680.
(27) Lettre de Brice écrite en 1840 au maréchal Soult, ministre de la Guerre, Arch. Guerre.
(28) Arch. Dep. Meurthe. M. Police. Rapports des maires.
(29) Sur cet épisode des représailles judiciaires paraîtra en appendice un article de M. Louis Sadoul,
(30) Lettre de Brice au Mercure Surveillant. 16 mai 1816.

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