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Cinq pèlerinages dans le Blâmontois (5/5)
Abbé Alphonse Dedenon (1865-1940)
1926

 

Les notes de bas de page ont été ici renumérotées et placées en fin de chaque document.

Pour d'autres informations, voir aussi Saint-Martin - Chapelle de Notre-Dame-de-Lorette


NOTRE-DAME DE LA DÉLIVRANCE
A LA GRANDE-HAYE (Nonhigny)

Pour aller invoquer Notre-Dame de la Délivrance, il faut pénétrer dans une contrée plus âpre, couverte de monticules broussailleux, qui préludent à la Vôge abrupte et boisée. Les fourrés, qui foisonnent, ont pris le nom de Hayes, auxquels se sont ajoutés des qualificatifs variés, pour les distinguer entre eux. Ici, c'était la bonne ou la grande Haye ; l'usage n'a gardé que la dernière appellation. Par sa position, la grande Haye pourrait aussi bien se rattacher à Harbouey, à Montreux, à Parux ou à Petitmont, mais, en réalité, elle est plus proche de. Nonhigny et fait partie de son ban.
Cet écart solitaire a son histoire, qu'il faut rappeler. Le duc de Lorraine, Henri II, en fît un fief (1616) qu'il donna au Sieur de Caboat, gentilhomme de sa cour, dont il voulait récompenser les services. Il lui accorda en même temps, le fief pareil de Grandseille. Ces deux portions, taillées dans les domaines légués à la famille ducale par les derniers comtes de Blâmont, eurent qualité de seigneuries franches, avec tous les droits en usage. La Grande Haye comprenait environ cent jours de terre, presque tous plantés en bois. Durant plus d'un siècle, le fief n'eut point d'habitants, ses maîtres se contentaient d'en tirer de maigres revenus.
En 1632, le Sieur de Caboat l'avait déjà revendu au Sieur du Bourg, qui l'abandonna lors des malheurs de la Lorraine, en 1636. Réincorporé au domaine ducal, le fief échut enfin. vers 1690, à la famille Doridant, qui le garda jusqu'à la Révolution. Plusieurs membres de cette famille se signalèrent dans des charges honorifiques à Bruyères, à Rambervillers et à Nancy. Le XVIIIe siècle fut le beau temps du modeste domaine. Ses maîtres l'aménagèrent d'abord pour y résider l'été, puis pour y fixer leur demeure. Vers 1750, Marguerite-Jeanne Doridant, dernière fille de la famille, l'avait reçu en dot et l'avait apporté à son mari, Louis Le Febvre, Seigneur de Lesquevins et de Bouzanville. Leur piété les engagea à construire une chapelle qui fût à l'usage de leurs familiers. D'anciens titres mentionnent qu'ils donnèrent un pré à la cure de Montreux pour assurer à la Grande Haye la célébration de la messe dominicale. L'édifice fut placé sous le vocable de Notre-Dame de la Délivrance,
Pourquoi ce nom? Comment s'établit la coutume d'y venir en pèlerinage ? autant de questions obscures, faute de documents. Nous ferons cependant les remarques suivantes, capables de les éclairer d'un certain jour.
Parmi les faveurs que les pèlerins viennent solliciter dans cc modeste sanctuaire, les principales ont pour objet l'heureuse délivrance des femmes qui vont être mères. On peut voir là le sens du titre choisi pour la chapelle. Il pourrait cependant y avoir d'autres explications, car les Bollandistes qui citent, pour la France, une douzaine de vocables pareils, indiquent d'autres sortes de délivrances corporelles ou spirituelles, Ajoutons qu'on remarquait à côté de la statue de la Vierge, deux tableaux assez naïfs, représentant Saint Christophe, et Sainte Apolline. Saint Christophe était invoqué là, comme à Baccarat, pour la guérison des convulsions infantiles; Sainte Apolline était appelée pour le soulagement des maux d'yeux et de dents, N'est-ce pas là tout le cycle des maladies qui causent aux coeurs des mères de si graves préoccupations ? Aussi la dévotion qui conduisait à la Grande Haye avait un caractère de discrétion singulière ; les visites s'y faisaient sans bruit, isolément, au hasard des nécessités, Cependant la prière obtenait souvent le réconfort demandé, puisque la tradition ne s'en perdait pas et restait vivace, malgré le temps qui détruit tout.
Et si l'on cherchait sous quelle impulsion se sont développées ces pratiques. on pourrait peut-être reconnaitre l'influence des curés anciens. Car, le fait est frappant, les grâces demandées à la Grande Haye, ressemblent à celles qu'on va solliciter près des reliques de Sainte Richarde à l'abbaye d'Etival. Or, la paroisse de Montreux et Nonhigny fut donnée à l'abbaye d'Etival par Sainte Richarde elle-même, en 880, et elle eut pour curés, jusqu'à la Révolution. des Prémontrés envoyés par cette abbaye, On sait, d'autre part, que l'ermitage de La Maix, près de Vexaincourt, fut réuni pendant quelque temps à la cure de Montreux et, que le pèlerinage très ancien qui se faisait au lac de La Maix, fut interdit vers 1750, en raison des abus qui s'y étaient glissés. Peut-être y a-t-il corrélation entre tous ces faits.
Toujours est-il que pendant 57 ans, de 1731 à 1788. la paroisse de Montreux eut pour curé Charles Cordier, religieux vénérable, dont le ministère fut fructueux et à qui revint une bonne part dans rétablissement du culte rendu à Notre-Dame de la Délivrance. Son successeur. Nicolas Barbiche, suivit la même voie. Sa conduite fut des plus dignes pendant la Révolution; il refusa énergiquement le serment constitutionnel et il dut émigrer. A son retour de l'exil, il ne put reprendre ses fonctions à Montreux, qui était tombé au rang d'annexe, mais il accepta la cure d'Azoudange où il mourut,
Les efforts de ces deux curés pour propager le culte de Notre-Dame de la Délivrance, s'accordaient pleinement avec. les intentions des propriétaires de la Grande Haye. Les époux Le Febvre moururent, en laissant une fille qui épousa, vers 1780, Jean Desbournot, de Nancy. Ce dernier est cité parmi les membres de la noblesse qui devaient assister à la réunion préparatoire du bailliage de Blâmont en 1789. Il est nommé comme propriétaire du fief de la Grande Haye, mais ne se présenta pas. On ignore s'il fut dépouillé de son bien par les lois ou s'il le vendit de plein gré. Vers 1800, le possesseur de la Grande Haye fut Christophe Batelot, de Blâmont, qui l'a transmise à ses descendants.
Disons-le, les nouveaux maîtres furent aussi pieux que les anciens. Ils se firent une joie de rendre la chapelle accessible aux pèlerins et d'y continuer les cérémonies traditionnelles. Car la dévotion à Notre-Dame de la Délivrance n'avait fait que sommeiller pendant les mauvais jours de la Révolution et les populations l'avaient reprise aussitôt après. Batelot répondait à de nombreux désirs en adressant, dès 1803. une demande d'ouverture pour sa chapelle, mais Mgr d'Osmond refusa en alléguant les termes du Concordat, défendant de rendre au culte les chapelles qui n'étaient pas paroissiales. Un peu plus tard, vers 1810, nous voyons de nouvelles instances, qui montrent l'empressement de la contrée à remettre en honneur le culte de la Madone vénérée. L'Evêché, celle fois, accorda la permission d'y célébrer la messe aux lundis de Pâques et de Pentecôte, « à cause de l'affluence des pèlerins ».
Le mouvement du pèlerinage ne cessa plus. Nous ne dirons pas qu'il remua les foules, mais il étendit sur les environs son attrait silencieux. Il est possible qu' à certaine époque, la faible assistance ait fait interrompre la célébration de la messe aux deux jours fixés. Du moins, la bienveillance de M. Batelot ne fit jamais défaut, non plus que celle de ses descendants. M. Mathis de Grandseille et Madame, née Batelot, M. d'Hausen et Madame, née Mathis.
Lorsque ces derniers entrèrent en jouissance de leur héritage, ils n'eurent rien de plus pressé que de reprend re les traditions anciennes. En 1880, ils donnèrent une toilette neuve au modeste sanctuaire, obtinrent une nouvelle permission de l'évêché et s'arrangèrent avec les curés de Nonhigny pour que la messe fut célébrée les lundis de Pâques et de Pentecôte; eux-mêmes vinrent habituellement faire aux visiteurs les honneurs de leur propriété. C'était, pouvait-on dire, les grandes assises de la dévotion à Notre-Dame de la Délivrance, tandis que les audiences ordinaires continuaient toute l'année, au hasard des angoisses et des besoins toujours nombreux.
Les choses suivaient ainsi leur cours paisible et modeste, quand éclata la guerre de 1914. Toute la contrée fut cruellement éprouvée. Nonhigny Iut saccagé et brûlé. La Grande Haye, peu distante du front, fut occupée par les troupes allemandes jusqu'à la fin des hostilités : c'est dire le pitoyable état où la retrouva son propriétaire. Avec M. d'Hausen nous déplorons que la chapelle ne soit plus qu'un amas de décombres et qu'il ne reste aucune trace de la statue vénérée. C'est donc un nouveau temps d'arrêt pour le pèlerinage.
Mais les dévotions, qui ont leur raison d'être, ne meurent pas. Aujourd'hui comme hier, les chrétiens ont besoin de la protection de Notre-Dame de la Délivrance. Nous voulons espérer qu'une nouvelle image de la vierge secourable tiendra la place de l'ancienne et que la Madone vénérée reprendra le cours de ses réceptions dans la chapelle de la Grande Haye, plus que jamais fief de bon renom.

ÉPILOGUE

Les lecteurs, qui ont bien voulu nous suivre jusqu'ici, auront peut-être pris intérêt aux: détails pittoresques et historiques exposés dans ces pages. mais des esprits positifs nous demanderont si les pèlerinages sont encore de saison et s'il ne suffit pas de faire sa prière dans l'intimité de sa maison ou dans le calme de son église. Nous voudrions, avant de finir, dissiper ces doutes et rassurer ces hésitations.
D'abord, les pèlerinages font partie du culte public et ils ont les mêmes raisons d'être que lui; ils ont toujours été en honneur dans l'Eglise et ils garderont toujours son approbation. De plus, ils augmentent le mérite de la prière, en y ajoutant le prix des sacrifices et des fatigues qu'ils imposent et le bénéfice de l'édification qu'ils répandent. Enfin, ils s'appuient sur ce fait d'expérience que Dieu ne se laisse pas vaincre en générosité et qu'il récompense magnifiquement les plus humbles démarches, inspirées par la foi de ses enfants en sa bonté infinie.
D'ailleurs, les résultats des pèlerinages ne sont-ils pas éminemment bienfaisants ? On nous accordera que la même observation s'impose pour les petits pèlerinages comme pour les grands : le public ne connaît que les prodiges les plus éclatants, comme les guérisons merveilleuses ou les conversions inespérées. Ces faveurs sont en nombre restreint, puisque Dieu ne prodigue pas le miracle qui est une dérogation aux lois naturelles. Mais, à côté des faits extraordinaires, qui donc a pu compter les faveurs ordinaires qui réconfortent, consolent ou encouragent ? Elles restent le secret des coeurs et des familles; or, on peut les croire innombrables. Qu'on interroge les pèlerins sur les motifs de leurs démarches. Beaucoup répondront qu'ils viennent en action de grâces pour un bienfait obtenu: d'autres déclareront qu'ils ont observé autour d'eux des succès pareils à ceux qu'ils demandent et que c'est un des motifs de leur grande confiance.
Les chrétiens n'ont donc qu'à continuer les pratiques de leurs ancêtres, en vue d'obtenir les protections et les secours dont ils ont toujours besoin. Ils sont irréprochables, s'ils se conforment aux sages directions de l'Eglise. Ils sont dans la bonne voie, si, à leur prière, ils joignent le travail et l'effort, mettant en pratique le proverbe: « Aide-toi et le Ciel t'aidera. » Ils se rendent dignes des bénédictions célestes, s'ils acceptent d'avance la volonté divine et s'ils cherchent le règne de Dieu avant les biens de ce monde.
Les modestes sanctuaires, dont nous avons esquissé l'histoire, n'ont pas le prestige des superbes basiliques. Ils ont néanmoins leur attrait: le charme des petits oratoires qui dilatent l'âme et mettent le coeur à l'aise; la douceur du foyer où l'on sent la protection maternelle. On dit qu'une chapelle dédiée à :Marie est un trésor pour le pays qui la possède. Puisse le Blâmontois connaître toujours le chemin des cinq chapelles dont l'a enrichi la piété des aïeux et y trouver, à toute heure de la vie, les consolations, le courage et l'espérance qui aident à la prospérité des peuples !


TABLE DES MATIÈRES
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LETTRE DE M. LE VICAIRE GÉNÉRAL JÉRÔME
AVANT-PROPOS
Notre-Dame de la Bonne-Fontaine, à Domjevin.
  Lointaines Origines
  L'Ere des Prodiges
  La Chapelle
  Pèlerinages marquants
Notre-Dame de. Bon-Succès, à Fricourt.
  Origines du Pèlerinage
  Phases diverses du Pèlerinage
  Le Pèlerinage au XIXe siècle
Notre-Dame des Ermites, à Avricourt
Notre-Dame de Lorette, à Saint-Martin.
  Origines de la Chapelle
  L'Ermitage de Notre-Dame de Lorette
  Les Pèlerinages récents
Notre-Dame de la Délivrance, à la Grande-Haye
EPILOGUE
 

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