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Sièges de Blâmont - 1636 et 1638
 



Si l'abbé Dedenon donne, dans son Histoire du Blâmontois dans les temps modernes, peu de renseignements sur le siège de Blâmont en 1636, il est plus disert sur celui de 1638, avec indications de nombreux détails ; mais ainsi qu'il l'indique dans ses notes, il a relevé ses informations dans les « Campagnes de Charles IV » de Ferdinand Des Robert (1836-1910). Voici donc ci-dessous les extraits de cet ouvrage, le Tome I restant très bref sur la siège de 1636, mais effectivement plus précis dans le Tome II concernant 1638.
On notera d'ailleurs aussi que la version de la mort de Mathias Klopstein en 1636 donnée par Dedenon (« L'assaut fut donné le 29, du côté du grand jardin; deux attaques furent repoussées, mais, le lendemain, la place fut prise par escalade. Le massacre fut horrible. Sous prétexte de venger un outrage fait à un prince du sang, Bernard fit tuer tous les défenseurs. Mathias de Klopstein, trouvé mort, fut pendu à une tour, en signe d'ignominie ») ne peut provenir de Des Robert.
Il s'agit plutôt de la reprise de Dom Calmet « En 1636 Klopstein Gouverneur de Blamont mit le feu à la Ville à l'approche du Général Bernard Duc de Saxe Veimar, & se retira dans le Château ; il s'y défendit avec tant de vigueur, que les Assiégants irrités de sa résistance, le firent pendre devant la Porte du Château, après avoir passé la Garnison au fil de l'épée. » (Notice de la Lorraine), avec ajouts de quelques détails non sourcés. Henri Lepage reprend cette information sous la forme « un Klopstein, qui en était gouverneur, y mit le feu et se retira dans le château; il s'y défendit avec tant de vigueur que les ennemis, devenus maîtres de la place, le firent pendre à la porte du château, et, non contents de cette honteuse vengeance, passèrent la garnison au filée l'épée. » (Le Département de la Meurthe).

Dans son tome II, Des Robert donne une piste complémentaire sur cette exécution, en évoquant le cas du Gouverneur de Fontenay ayant résisté à l'envahisseur :
« Amené devant Longueville, celui-ci lui demande s'il connait le sort qui l'attend pour avoir résisté si longtemps dans une bicoque. Le Lorrain répond au vainqueur qu'il sait ce qu'il l'attend [...]. Longueville fut touché par un si grand courage, mais le code militaire de cette époque punissait de mort quiconque voulait défendre une place trop faible pour résister longtemps. On pendit le gouverneur lorrain aux fenêtres du château de Fontenay »

(voir à ce sujet Peine de mort pour le défenseur de Blâmont - 1636)


Campagnes de Charles IV duc de Lorraine et de Bar, en Allemagne, en Lorraine et en Franche-Comté, 1634-1638, d'après des documents inédits tirés des archives du Ministère des affaires étrangères
par F. DES ROBERT
Tome I
1883
NDLR : notes renumérotées

[...]
Le 10 juin [1636], la Valette fut aux portes de Haguenau et ravitailla cette ville, dont les Croates de Gallas, se retirant vers Saverne, abandonnèrent le blocus immédiatement. Le cardinal de la Valette reçut les félicitations de Richelieu.
Weimar avait été aussi heureux que la Valette. S'étant fait ouvrir les portes de Sarrebourg- et de Phalsbourg, il s'était emparé de Sarrebrück et avait réussi à se rendre maître d'un fort de Saverne (1). Le général de l'armée suédoise était à court de munitions, mais les Impériaux, qui avaient appris l'entrée du prince de Condé en Bourgogne, faisaient marcher la cavalerie polonaise et croate du côté de Vesoul et de Besançon pour s'unir aux Francs-Comtois et secourir Dole. Le 27 juin, on signala 6,000 à 7,000 cavaliers de la Ligue catholique vers Épinal et Remiremont. Il fallait empêcher Gallas d'envahir la Franche-Comté, frapper un grand coup et s'emparer de Saverne, dont la position stratégique était d'une grande importance.
Pendant que la Valette se postait à Hattmatt et à Steinbourg, Weimar ordonna à de Guiche, qu'il avait laissé à Vergaville (Lorraine), d'arriver en toute hâte pour commencer le siège de Saverne. Dès le soir de l'arrivée de son lieutenant, le duc Bernard de Saxe fit ouvrir la tranchée, et, le troisième jour, le canon ayant fait brèche à la muraille, où l'on ne pouvait monter qu'à l'aide d'une échelle, il résolut de faire donner l'assaut. De Guiche et beaucoup d'officiers, entre autres Fabert, qui voulait qu'on fît un siège en règle, essayèrent de s'opposer au dessein impraticable du général allemand; mais Weimar persista dans ses résolutions.
De Guiche, accompagné de Fabert, monta à l'assaut, à la tête des compagnies. Le choc fut terrible, et la défense des assiégés, fut héroïque; on parvint à entrer dans une maison de la ville. Ce fut tout. Une grêle de grenades et de balles pleuvait des murailles ; il fallut se retirer. De Guiche eut tous ses gentilshommes tués à ses côtés et reçut neuf coups de mousquet. Il resta longtemps dans le fossé et y fut secouru par Fabert qui, quoique ayant reçu lui-même trois blessures, emporta son ami qu'il trouva couché sur un monceau de cadavres (2). C'est au siège de Saverne que mourut le colonel Hébron, dont la France avait eu tant à se louer, et que Turenne fut légèrement blessé. Après trois jours de combat, Saverne capitula. Weimar, à l'opiniâtreté duquel était due la prise de la ville, voulut en devenir le maître. Richelieu s'opposa à ses prétentions, craignant d'irriter la population catholique de cette ville, où résidait l'évêque de Strasbourg. Tout en laissant Saverne sous la suzeraineté de Weimar, usufruitier du domaine utile d'Alsace, on y nomma un gouverneur, et le château de Haut-Barr dont la Valette venait de s'emparer devint la propriété du chef suédois (3) (14 juillet). La Valette, profitant des succès de Weimar, marcha vers Pfaffenhofen. Quant à Gallas, campé à Drusenheim, en revenant de Nordlingen où il avait été chercher du blé d'Autriche, il n'osait bouger, tenu en respect par la Valette et Weimar (août). Les Français ravitaillèrent une troisième fois Haguenau et entrèrent à Oberhergheim et à Ensisheim. Weimar s'empara de la Petite-Pierre (15 août). Les généraux impériaux ne pouvaient plus s'entendre, et le fils de l'Empereur fut obligé d'accourir à Drusenheim, afin de les réconcilier. Colloredo, Jean de Werth et le duc de Lorraine avaient refusé, ainsi qu'Isolani, général polonais, de reconnaître l'autorité de Gallas et de Piccolomini, et cependant la situation était grave. Malgré la prise de la Capelle par les Impériaux, le prince de Condé assiégeait Dole, l'Alsace échappait à Gallas. Aussi le roi de Hongrie, fuyant le danger, retourna en Allemagne, pendant que Gallas réussissait à passer le Rhin à Brisach et à entrer en Franche-Comté (4).
Tandis que Weimar gardait les bords de la Sarre, la Valette s'achemina vers Saverne, arriva le 17 août à Lixheim, près de Sarrebourg, de là à Sarrebourg et le 18, arrivé à Fénétrange, il s'avança vers Marsal et y laissa son canon.
Il partit le 22 pour Metz, et le même jour, l'armée du cardinal, conduite par Turenne, se dirigea vers Lunéville. Weimar, après avoir ravitaillé Saverne, où il envoya un régiment de cavalerie qui reçut l'ordre de rallier d'Aiguebonne à Haguenau, quitta Marsal, le 26 août, et se dirigea vers Lunéville avec une partie de son armée. Le reste, conduit par le colonel Oëhem, marcha vers Blâmont. Le gouverneur de cette ville, plutôt que de se rendre, fit brûler une belle église et la ville, elle-même, qui était pleine de grains. Le 28, Weimar arriva aux portes de Blâmont et somma inutilement le gouverneur de se rendre. Après lui avoir refusé une capitulation honorable, il s'empara de la ville et son héroïque défenseur fut pendu.

(1) C'était la citadelle, flanquée de quatre gros bastions, revêtus de murailles de 18 pieds de haut. La terre qui les recouvrait, présentait la même élévation. Les tours de la ville, étaient moins hautes. Les 24 soldats qui défendaient la citadelle, se précipitèrent dans les fossés, lorsqu'ils aperçurent deux weimariens jeter des grenades dans un des corps de garde. Les quatre régiments défaits naguère par le colonel Hébron firent mine de défendre Saverne; mais on les mit en fuite jusqu'à Wissembourg. Deux petits canons braqués par Weimar ruinèrent les deux tours qui flanquaient le mur opposé à la citadelle.
(2) Mémoires de Gramont, ibidem. Mémoires de Richelieu, ibidem, p. 59. Gazette du 20 juin 1636.
(3) Lettre du cardinal de Richelieu au cardinal de la Valette, 23 juin 1636. Trois jours avant la prise de Saverne, la garnison de Nancy, dont le gouverneur, M. de Fossés, venait de mourir, se révolta faute de solde et pilla la ville.
(4) Du côté de la Picardie, les nouvelles étaient mauvaises pour la France: Guise, Reims et Soissons étaient menacés. Les Impériaux comptaient 12,000 fantassins et 13,000 chevaux dans le nord de la France. Le maréchal de Chaulnes, le maréchal de Brézé et le comte de Soissons y commandaient 18,000 hommes de pied et 400 à 500 chevaux. Soissons réclamait avec raison une partie de la cavalerie du prince de Condé. Mais Gallas ne semblait pas à craindre en Alsace, car ses soldats ne trouvaient plus de quoi vivre dans les plaines d'Alsace ; on leur envoyait du pain moisi de Ratisbonne et ils se nourrissaient de chevaux morts !


Campagnes de Charles IV duc de Lorraine et de Bar, en Allemagne, en Lorraine et en Franche-Comté, 1634-1638, d'après des documents inédits tirés des archives du Ministère des affaires étrangères
par F. DES ROBERT
Tome II
1883
NDLR : notes renumérotées

Pendant que Longueville renonçait à soumettre la Franche-Comté et à marcher au secours de Weimar dans la Haute-Alsace, un antre général plus jeune, mais à qui son génie précoce promettait une haute destinée, allait faire ses débuts et se signaler sur les bords du Rhin.
Nous voulons parler du jeune maréchal-de-camp qui avait nom Turenne. Ce fils cadet du duc de Bouillon, dont Rigaud nous a laissé les traits expressifs, n'avait que vingt-sept ans en 1638.
Louis XIII lui avait donné en 1625 le commandement d'un régiment formé des débris du régiment lorrain de Laimont.
De retour de Hollande où il avait combattu sous les ordres de Maurice de Nassau, son oncle, Turenne mit son épée au service de la France en 1630. Il assista au siège de Casal, en Piémont, et vint en Lorraine en 1631. En 1633 il combattit dans l'Electorat de Trêves et assista à la prise de Nancy. Sous les ordres du maréchal de la Force, huguenot comme lui, il prit part au siège de La Mothe en 1634. Créé maréchal-de-camp, il délivra Heidelberg, servit sous le cardinal de La Valette, assista au siège de Spire et de Bingen, au ravitaillement de Mayence et de Deux-Ponts et à la retraite sous Metz, où il se distingua par son courage. En 1636, nous le voyons au siège de Saverne où, blessé au bras droit, il fut sauvé par Fabert. Passé en Franche-Comté il contribua à la défaite de Gallas, aux portes de Jussey, et le poussa, l'épée aux reins, jusqu'en Alsace. En 1639, c'est au siège de Damvillers et d'Ivoy qu'il se signala (1).
Pendant que le duc de Bouillon, son frère aîné, compromis dans le complot tramé par le duc d'Orléans contre la vie du cardinal de Richelieu, à la veille de la prise de Corbie, donne l'hospitalité au comte de Soissons, dans sa principauté de Sedan, Turenne reste au service de la France. En 1638, il prend part au siège de Saint-Omer.
Au mois de juin, le vicomte de Turenne, quittant le siège de Maëstricht, traverse la Lorraine avec un corps assez considérable composé en partie de Liégeois (2), pour rallier le duc Bernard de Saxe-Weimar en Alsace, ce que Longueville n'avait pu faire, tenu en échec par le duc de Lorraine qui avait envahi le Bassigny. Weimar avait entrepris le siège de Brisach, seule ville par laquelle l'Empereur. pouvait faire passer les troupes promises à la Franche-Comté, et s'était déjà emparé, comme nous l'avons vu, des Villes forestières. Bâle était à sa dévotion. Enfin, toutes les places fortes du Rhin, au-dessous de Brisach, étaient entre les mains des Français ou des Suédois. Il était du devoir des Lorrains de s'opposer à la marche en avant du vicomte de Turenne qui amenait un second renfort à Weimar et à qui La Jonchette, gouverneur français d'Epinal, avait conseillé d'assiéger Remiremont, d'où les Lorrains, maîtres de cette ville, inquiétaient les convois français et protégeaient les paysans des Vosges restés fidèles au duc Charles. Au dire de La Jonchette, Remiremont devait être un lieu de repos et de ravitaillement pour les soldats de Turenne et ne pouvait résister au canon. En cas de défense, on pouvait l'emporter d'assaut.
Le frère du duc de Bouillon, après en avoir reçu l'ordre du roi, le 2 juillet, envoya La Jonchette assiéger cette place, siège d'une abbaye célèbre dont Catherine de Lorraine, tante de Charles IV, était abbesse. Elle s'y était enfermée avec 30 soldats et les bourgeois. Ces Vosgiens intrépides ne s'effrayèrent pas en voyant les canons de Turenne braqués contre eux et repoussèrent deux escalades. Des trois pièces mises en batterie, l'une s'éventa après les premières salves; les autres ne cessèrent leur tir qu'après avoir fait une brèche qui permit aux Français de monter à l'assaut. Il devenait urgent de construire un retranchement derrière la muraille abattue. Sans perdre de temps, la princesse assemble les dames du Chapitre et vient, à leur tête, apporter des fascines et de la terre. A leur exemple, toutes les femmes de la ville se précipitent sur la brèche, malgré la mitraille, et élèvent une barricade imprenable. En même temps on apprend que Philippe-Emmanuel de Ligniville, qui levait un régiment en Lorraine, et le marquis de Ville, qui s'était échappé, le 3 juillet, de Remiremont pour aller chercher des renforts, s'approchent avec ce qu'ils ont pu réunir de troupes et de volontaires, et, enfin, que le duc Charles envoie deux régiments au secours de Remiremont. Le 5 juillet, une compagnie lorraine, venant de la Franche-Comté, réussit à se jeter dans la ville assiégée et le marquis de Ville parvient à y faire entrer 150 hommes d'infanterie.
Turenne, après avoir épuisé toutes ses munitions d'artillerie et ne pouvant compter que sur 4.000 hommes, rencontra une résistance beaucoup plus grande que celle sur laquelle il comptait. Il renonça à poursuivre le siège de Remiremont, après avoir tenté une dernière escalade et avoir perdu près de 800 hommes (3). S'acharner davantage, c'était perdre son temps. Beaulieu et Cliquot, généraux lorrains, essayèrent de le poursuivre et lui enlevèrent son parc d'artillerie, en lui tuant 150 soldats. Ceci se passait près de Gerbéviller. Cependant la cavalerie française mit pied à terre et repoussa l'attaque des Lorrains. La Gazette de France cite le sieur d'Embures, capitaine, comme s'étant signalé par son courage dans cette escarmouche. Il eut son cornette tué près de lui et fut, lui-même, blessé à la main. Le sieur Bayon, mestre-de-camp d'infanterie, fut également blessé, ainsi que quelques autres officiers. (2 juillet 1638.)
Marcillac, évêque de Mende et général des vivres en Lorraine, fit part au cardinal de Richelieu de l'échec éprouvé par Turenne devant Remiremont et Moyen. « Quant à la première, elle a failli, écrivit le prélat au ministre, et contre le sentiment de tout le monde, car, au jugement de tous ceux qui ont veu Remiremont, c'est une place à estre prise ez deux fois vingt-quatre heures et, certainement, sans le manquement qui s'est trouvé aux canons, M. le vicomte de Turenne l'aurait emportée. » Fontenay-Mareuil, gouverneur de Nancy, avait envoyé cependant à Turenne des secours abondants en hommes et en vivres.
Quant an siège de Moyen, pour lequel tout était prêt et auquel on avait destiné les munitions et les officiers mis en réserve à Gerbéviller, petite ville voisine, le fils du duc de Bouillon y renonça par suite de l'ordre qu'il venait de recevoir de la cour de rejoindre Weimar. Ce dernier venait de lui adresser deux dépêches pressantes, ce qui le décida à partir le lendemain de sa présence sous les murs de Moyen, en prenant le chemin de Saint-Dizier et de Sainte-Marie-aux-Mines.
Gerbéviller fut pris par les colonels lorrains à qui Baccarat avait déjà ouvert ses portes au commencement du mois d'août. Le gouverneur de cette ville, après avoir brûlé le château, sauf un petit donjon où il croyait pouvoir résister, s'enfuit à Lunéville, mais Fontenay-Mareuil l'y fit arrêter et enfermer dans la citadelle de Nancy, où Villarceaux, intendant de justice, l'interrogea avant d'envoyer le résultat de son enquête à Chavigny.
Les exemples de courage donnés par les Lorrains n'étaient pas rares pendant l'invasion de leur malheureux duché. Un jour, l'armée française arrive devant le château de Fontenay et somme le gouverneur de se rendre. Acculé dans une espèce de basse-cour, il se réfugie dans le château et ordonne à ses soldats de ne viser que les officiers français. Ils en tuent cinq ou six. On le somme de nouveau de se rendre. Il refuse. On fait alors jouer un fourneau de mine sous une tour où il s'était retranché. Il tombe sous les ruines, enterré jusqu'à la moitié du corps et, dans cet état, il a la force de tirer un coup de pistolet à un soldat qui veut le faire prisonnier. Tout le monde admire son courage. Amené devant Longueville, celui-ci lui demande s'il connait le sort qui l'attend pour avoir résisté si longtemps dans une bicoque. Le Lorrain répond au vainqueur qu'il sait ce qu'il l'attend, mais que, quand on connaîtra la cause de sa résistance, on pourra lui faire grâce. En effet il montra une lettre de Charles IV qui promettait de le secourir, s'il pouvait tenir jusqu'à ce jour même où l'on s'empara de sa personne. Longueville fut touché par un si grand courage, mais le code militaire de cette époque punissait de mort quiconque voulait défendre une place trop faible pour résister longtemps. On pendit le gouverneur lorrain aux fenêtres du château de Fontenay. La corde se rompit et on fut obligé de le tuer d'un coup de pistolet. Il mourut donc de la mort des braves, admiré de ses ennemis (4).
Pendant que les généraux de Charles IV, qui avaient réussi à fouler de nouveau le sol sacré de la patrie, croyaient Longueville en chemin vers la Picardie, Charles IV, toujours à Salins, faisait achever ses retranchements par les valets de sa cavalerie et leur faisait tracer des lignes de circonvallation, reliant chaque fortin, ayant soin de laisser entre chacun un interstice suffisant pour laisser passer la cavalerie. Afin d'occuper le sommet de la montagne de Salins avec le petit nombre de fantassins qui lui restaient, il avait été obligé d'espacer ses bataillons; mais ses travaux auraient pris d'énormes proportions s'il n'avait pas été préoccupé de la présence de ses généraux en Lorraine. Il aurait désiré les y rejoindre ; mais ses devoirs de défenseur de la Franche-Comté le retenaient à son poste. Aussi bien les Comtois lui demandaient-ils de remettre tout en ordre et de se rendre digne de sa réputation de stratégiste et de soldat courageux. Toujours humain, il avait ordonné à ses soldats de ramasser sur les chemins les Français qui, pendant la retraite de Longueville du côté de Chaussin, Verdun-sur-le-Doubs et Chalon-sur-Saône, étaient tombés entre les mains vengeresses des paysans comtois (16 août). Ces pauvres soldats étaient atteints de la peste et cette maladie terrible envahit le camp des Lorrains, victimes de leur magnanimité. Charles IV s'éloigna de Salins et, soupçonnant quelque surprise de la part des Français, il campa ses troupes sur les bords de l'Ognon. Quant à lui, il alla passer huit jours en Lorraine, afin de ranimer le courage de ses généraux et leur donner ses ordres.
Epinal, la place la plus importante des Vosges, grâce aux intelligences que le marquis de Ville avait su se ménager, venait de capituler pendant une absence momentanée de la garnison française.
Le gouverneur, La Jonchette, qui s'était réfugié en toute hâte dans le château, se constitua prisonnier. Le marquis de Ville était maitre du cours de la Moselle. Il lui eût été facile de réduire Châtel-sur-Moselle, mais Charles IV préféra que son armée s'avançât, sans coup férir, vers Lunéville et essaya d'emporter cette ville située entre la Vezouze et la Meurthe, à quatre lieues de Nancy.
Au mois de juillet, Turenne, ayant ôté averti que le régiment de Lunéville, composé de 150 cavaliers, s'était séparé du gros de l'armée lorraine et s'était campé autour de Baslemont d'où il incommodait toutes les places environnantes, l'avait fait reconnaitre par 60 cavaliers. Après avoir écouté le rapport de ses éclaireurs, il envoya le régiment de Lénoncourt à la recherche des Lorrains qui furent défaits entièrement après un combat d'une heure. Plus de la moitié des soldats du régiment de Lunéville furent tués et le reste fut fait prisonnier. Une vingtaine, ayant leur colonel à leur tête, se sauvèrent. Cela se passait avant le siège de Remiremont.
Lunéville n'était pas dans un état de défense satisfaisant, car Brassac, gouverneur de Nancy, en 1634, avait fait démolir une partie des fortifications de cette place et, en 1635, le maréchal de la Force et le duc d'Angoulême, qui s'y établirent, continuèrent le démantèlement commencé.
Pédamont, nommé gouverneur de Lunéville par Louis XIII, au mois de novembre 1637, en fit subsister longtemps la garnison « sans qu'il ait rien du tout cousté au Roi. » Mais les vivres finirent par faire défaut et on fut obligé de faire sortir quatre compagnies de la place. C'est en vain que Pédamont, avec l'assentiment du roi, supplia le gouverneur de la Lorraine de faire fortifier le château de Lunéville ; on resta sourd à ses pressantes sollicitations et, lorsque Moyen, Baccarat, Blamont, Rambervillers, Haroué et Epinal furent tombés aux mains des Lorrains, le château de Lunéville fut en péril. Bellefonds, il est vrai, vint une première fois au secours de Pédamont, mais il se retira bientôt à Saint-Nicolas sans renforcer la garnison de Lunéville qu'il conseilla au roi de démanteler. Il fut en cela d'accord avec Villarceaux, intendant de l'armée française en Lorraine. C'est en vain que Pédamont s'aboucha, le 26 septembre 1638, avec Bellefonds et le supplia avec énergie de penser au salut de la place qui lui était confiée, le gouverneur de la Lorraine lui intima l'ordre de brûler Lunéville, si l'ennemi s'en approchait.
Cependant il y envoya une centaine de soldats de son propre régiment commandés par le capitaine Aneville, et cent cavaliers sous les ordres de M. de Sainte-Colombe, avec la mission de brûler la ville et le château à l'approche des Lorrains, et promit à Pédamont de protéger sa retraite. Le gouverneur de Lunéville devait, en se retirant, avertir le gouverneur de la Lorraine par des feux, si c'était la nuit, et par un drapeau blanc, si sa fuite avait lieu le jour. En exécution des ordres de Bellefonds, le 30 septembre 1638, Aneville et Sainte-Colombe, apercevant trois escadrons lorrains en vue de Lunéville, mirent le feu à la place. Pédamont se démit de son gouvernement et supplia Bellefonds d'arriver en toute hâte. Après une défense de cinq jours, la retraite de la garnison s'effectua par Saint-Nicolas.
Bellefonds approuva la conduite de Pédamont, mais, ayant reçu depuis un ordre de Louis XIII qui lui ordonnait de fortifier Lunéville, quitta Bar-le-Duc, mais arriva trop tard en vue de la ville abandonnée. Le marquis de Ville y entrait. Bellefonds rejeta sur Pédamont la faute qu'il avait commise en livrant une place aussi importante sans faire aucune résistance et en la faisant incendier. Il prétendit qu'il avait changé d'avis et avait contremandé son premier ordre. Pédamont fut condamné par contumace et à l'unanimité à être pendu à une potence et dégradé de sa noblesse, dans un conseil de guerre présidé par Bellefonds, à Saint-Nicolas-du-Port, le 20 octobre 1638 (5).
Au commencement du mois de novembre, Longueville s'avança vers le Rhin par ordre de la cour (6). Il apprit que Savelli devait quitter les Flandres et rallier Charles IV à Pont-Saint- Vincent. La Mothe-Houdancourt et la Suze lui firent aussi savoir que Charles IV avait donné l'ordre de cuire du pain pour ses soldats à Blamont et à Altroff. Aussi s'achemina-t-il vers Lunéville encore aux mains des Lorrains. Feuquières, quittant les environs de Montbéliard, s'avança au-devant de Savelli avec 400 chevaux et arriva à Sarrebourg occupé depuis 1635 par une garnison française. Là, il pouvait couper le chemin aux Impériaux, de quelque côté qu'ils vinssent. Il envoya des éclaireurs jusqu'à Saverne, Vaudrevange et Bouquenom, Sarrebruck, Fribourg et Altroff où ses soldats firent prisonnier le commissaire général de Charles IV.
Le 6 novembre, Feuquières monta à cheval et s'embusqua, près de Réchicourt-Ie-Château, d'où il vit sortir le bagage de Savelli, escorté de 200 fantassins et de 200 escadrons de cavalerie. Il les attaqua. L'infanterie de Savelli se forma en carré, s'abritant derrière des chariots, tandis que sa cavalerie se dérobait dans un bois.
Quant au général impérial, il avait atteint Blamont, après avoir envoyé quelques troupes chargées de soutenir son infanterie et de dégager son bagage. Feuquières les fit attaquer avec les escadrons de Treillis et de Marsin. Un combat de cavalerie s'engagea. Six escadrons français luttèrent contre 8 escadrons impériaux qui tinrent ferme sur un mamelon très élevé. Les Allemands développèrent leurs forces sur le même front, de manière à prendre les Français en flanc. Feuquières, après s'être renseigné, commanda à Marsin de marcher à l'ennemi, du côté de la plaine, tandis que lui-même gagnerait l'éminence où les Impériaux l'attendaient. Il ne tarda pas à les charger avec les escadrons de Marsin et de Beauregard, restés à sa disposition. Les Impériaux, ne pouvant résister au choc, plièrent et se réfugièrent dans le château de Blamont. Feuquières en fit barricader la porte, chargea du Terrail d'en défendre les avenues et retourna sur le champ de bataille pour surveiller le blocus des Impériaux, toujours formés en carré derrière leurs chariots et tenus eu respect par l'infanterie française. Longueville n'était qu'à deux lieues de l'action. On l'avertit de ce qui se passait. Il se dirigeait du côté de Blamont avec le vicomte d'Arpajon, Bellefonds, la Mothe-Houdancourt, maréchal de camp, de Chamboy et de la Faverie, ses aides de camp. Beauregard, qui commandait l'artillerie, tâta Blamont avec deux escadrons ; mais Longueville, avant de le rejoindre, envoya la plus grande partie de son bagage à Rosières-les-Salines, prit la tête de son armée et laissa la Mothe-Houdancourt à l'arrière-garde. Les Lorrains qui occupaient Lunéville chargèrent le bagage de Longueville avec 200 mousquetaires et 40 cavaliers et enlevèrent les canons français. La Mothe-Houdancourt, faisant volte-face, essaya de leur couper le chemin de Lunéville. Les Lorrains lâchèrent pied et se barricadèrent. La Mothe-Houdaucourt eut dans cette action son cheval tué sous lui. Longueville apprit que Charles IV et François de Mouy-Chaligny, évêque de Verdun, accouraient au secours de l'armée lorraine. Alors, sans perdre de temps, il fit relayer sa cavalerie par son infanterie et entra dans un bois près de Blamont, où pouvait, pensait-il, passer le secours envoyé à ses soldats par le duc de Lorraine. Quant à d'Arpajon et à Bellefonds, ils retournèrent au siège de Lunéville. Le 7 novembre, la basse-cour du château de Blamont fut emportée par les régiments de Picardie et de Normandie, commandés par Langlade et d'Espanels, lieutenants-colonels, et par 400 mousquetaires des régiments de Navarre, Bussy et Kaëgroët, conduits par Kaëgroët. De Brosses, lieutenant de l'artillerie, commandait les batteries françaises qui, braquées contre le château de Blamont, ruinèrent bientôt les deux tours. Le soir, les mineurs s'attaquèrent aux grands corps de logis gardés à vue par le régiment de Normandie. Le 8 novembre, Blamont capitula. Longueville s'empara de 400 cavaliers, de 40 officiers, de 120 fantassins impériaux et de tout l'équipage de Savelli qui s'enfuit dans le bois « lui septième », au lieu d'entrer dans le château.
L'infanterie impériale, toujours bloquée dans la plaine, se rendit le 9 novembre. Miromenil, intendant de l'armée française, en vérifiant les rôles de l'armée tombée au pouvoir de Longueville, s'aperçut qu'il n'y manquait que 30 hommes.
Le château de Blamont capitula enfin, et la Mothe-Houdancourt, assisté de Miromenil, put distribuer 900 chevaux lorrains et 1.700 pistolets à la cavalerie et à l'infanterie françaises.
On trouva à Blamont 7 cornettes et une lettre adressée par Savelli au marquis de Ville, dans laquelle le général de l'Empire écrivait au général de Charles IV qu'il lui amenait 6.000 hommes, sans compter ceux qui étaient sous le commandement direct du duc de Lorraine (7).
Le 11 novembre, le duc de Longueville envoyait à Richelieu M. du Terrail (8) qui avait la cavalerie sous ses ordres au combat de Blamont et s'y était distingué. Voici cette lettre:
« Monsieur,
« J'ay creu que personne ne vous pourrait rendre un conte plus exact de la déffaite de Savelly que M. du Terrail quy commandoit en cette occasion la cavalerie où il a servy avec grand honneur et fort vaillament, ainsy qu'il a fait en sa charge toutte la campagne. M. de Fequières (sic) a fait paroistre beaucoup de vigillance et de conduitte en cette action et bien de la generosité à l'entreprendre avec quatre cens chevaux, eux estans six cens et deux cens hommes de pic (sic) et estans veus sellon tous les avis qu'on en avait avec des forces bien plus grandes. Il y a eu de pris quatre cens cavalliers avec plus de quarante officiers et six vingts hommes de pie (d.) Le reste a este outre ou en telle déroute qu'il ne s'en pourra pas rassembler cinquante.
« Nous croyions Savelly dans Blamont; mais il s'était sauvé dans les bois luy septième. M. du Terrail porte les cornettes et le nom des officiers prisonniers, etc. (9). »

(1) Voir Campagnes de Charles IV (1684-1638), par F. des Robert.
(2) 2.000 fantassins et 1.500 chevaux. (V. Lettre du Roi au comte de Guébriant, 11 juillet 1638.)
Nous avons trouvé au dépôt des Archives de la guerre une lettre de Louis XIII à M. de la Mothe-Houdancourt, ainsi conçue : « Monsieur de Oudancourt, envoyant mon cousin, le vte de Turenne, en Lorraine pour employer les forces que je lui ay données, lorsqu'il en pourra en estre fourni en ces quartiers là, à prendre le chemin de Moyen, Darney et les autres places occupées par les ennemis, etc... (Dépêche générale à plusieurs gouverneurs des places de Lorraine pour accompagner M. le vte de Turenne, 12 juin 1638. - Arch. de la guerre, 46, f° 315.)
(3) V. Lettres du vicomte de Turenne à sa mère, du 30 juillet et du 3 août 1638. Collection Michaud et Poujoulat, tome XXVII, p. 348.
(4) Mém. de M, l'abbé Arnault, Amsterdam, Leyde, Dresde, Leipsick, 1756, tome 1, p. 105 et 106. Fontenay est situé dans le département des Vosges, arrondissement d'Epinal, canton de Bruyères.
(5) L'arrêt de mort existe aux Archives du ministère des Affaires étrangères. Pédamont qui réussit à s'enfuit et ne fut pendu qu'en effigie, publia plus tard sa justification, (Recueil Caugé, tome XXIV.)
M. de Migène demanda les biens confisqués de Pédamont. (M. de Migène à Bouthillier, de Toul, 20 oct. 1638. Aff. étr., passim, f° 187.)
(6) M. de Migène fut envoyé à Toul, à la fin d'octobre, « pour apprendre plus facilement des nouvelles de M. de Longueville et pour recepvoir les troupes que le roi envoye à son armée de Lorraine. » A cette époque l'armée lorraine était prés de Vic, tandis que Charles VI s'approchait de Brisach « avec ce qui Iuy en restait dans le Comté. » (M. de Migène à Bouthillier, de Toul, 20 octobre 1638. Aff. étr., passim.)
(7) V. Gazette de France, p. 701 à 704.
(8) Jean de Combourcier, baron du Terrail, de la famille de Bayard. Son régiment de cavalerie fut formé le 24 janvier 1638 et fut licencié en 1653 sous le nom de Guitaut.
(9) Aff. étr. passim, f° 23. Cette lettre est datée du camp de Lunéville dont Longueville allait presser le siège.

 

Rédaction : Thierry Meurant

 

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