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François Léon Voinot (1898-1972), « enfant héroïque » - 1914


La presse de la grande guerre a très vite mis en valeurs les enfants « héroïques », notamment Emile Bigarré (voir Journal des instituteurs - 1914, Presse - Journal Le petit parisien - 1878-1931, et Maurice Bracquemond, Emile Bigaré - 1914) et Aimé Agelot (Propagande destinée à la jeunesse - Aimé Agelot - 1914 et Aimé Agelot (1897-1917))

Le journal de la Meurthe et des Vosges rapporte un autre cas :

Journal de la Meurthe et des Vosges
19 octobre 1914

Un jeune héros
On nous écrit de Gex : « Un nommé Louis Voinot, âgé de seize ans, était domestique à Reillon (canton de Blâmont), lorsque le 15 août, les troupes françaises traversèrent ce hameau. Louis Voinot quitta crânement son patron, M. Bonhomme, pour suivre nos soldats et combattre avec eux. C est au cours d'un engagement au nord de Toul que cet enfant a eu le bras fracassé par une balle. Il est soigné, an ce moment, par M. le docteur Emile Rouyer, médecin-major de l'armée, notre compatriote toulois, à l'ambulance du Pré Bailly, à Gex. Il se réjouit de retourner bientôt au feu. »

Cette information ne sera cependant apparemment pas reprise dans la presse :elle  n’est apparu que quelques jours avant dans la presse suisse... avec la vraie identité, puisqu’il ne s’agit pas de « Louis », mais de « Léon » :

Journal de Genève
16 octobre 1914

Les blessés dans le pays de Gex
A l'entrée de Gex, à Prébailly, dans le château généreusement mis à la disposition de l'Association des dames françaises de Genève (présidente, Mme Pascal d'Aix) par !e comte Potulicki, est installée une ambulance modèle de 30 lits. C'est Mlle G. Pasquet, de Ferney, qui la dirige avec le plus grand dévouement. Un médecin, un interne, trois infirmières, deux lingères, une cuisinière et deux domestiques de salle sont attachés à l'établissement.
Lorsque nous visitons l'ambulance, sous la conduite de la jeune et aimable directrice, ses protégés se réchauffent, sur le terre-plein du château, aux rayons d'un magnifique soleil d'automne dorant la cime du Mont-Blanc, qui, an fond du parc, dans une éclaircie d'arbres, se profile avec une remarquable netteté. C'est dans ce décor de beauté que les blessés achèvent leur guérison.
Quand ils sont arrivés, les malheureux faisaient peine à voir ; aujourd'hui, ils revivent; dans quelques jours, ils retourneront sur le front.
Les uns jouent aux cartes et aux dames, les autres lisent. Tous fument; ils font par jour une consommation de 270 cigarettes, sans compter les cigares. Aussi les dons en tabac, comme les autres d'ailleurs, seront-ils reçus avec reconnaissance par la direction.
Les blessés, qui appartiennent aux 15e et 16e corps, ont été presque tous atteints aux jambes et aux bras. L'histoire de l'un d'eux mérite d'être contée. Il se nomme Léon Voinot ; c'est un enfant ; il a seize ans à peine.
Il était domestique à Reillon, canton de Blamont, dans la Meurthe-et-Moselle, lorsque, le 15 août, passèrent des détachements français. Le jeune garçon, qui avait quitté le toit paternel, son père s'étant remarié, suivit la troupe. Il s'équipa tant bien que mal d'un képi et d'une capote ; au premier engagement il ramassait un fusil allemand et faisait le coup de feu. Vers la fin de septembre, au combat de Bertrambois (Meurthe-et-Moselle), il était atteint à la cuisse gauche et au pied droit par des éclats de shrapnell. Le gamin fut relevé par un sergent-major, qui à son tour fut blessé; dès lors ils ne se sont plus quittés...
Des blessés sont encore installés à l'hôpital et à l'ancien couvent de la Visitation, où à travers les salles courent les soeurs aux cornettes blanches. C'est là que Mme Aubert, présidente de la Croix-Rouge de Gex, déploie sa grande activité. Les bonnes volontés ne manquent pas.
La Société générale d'électricité de Gex, généreusement secondée par plusieurs de ses amis entrepreneurs à Genève, a pu, notamment pour Prébailly, procéder aux multiples travaux que nécessitait la situation.
Et de Genève encore des médecins (MM. les docteurs Bergalonne et Patry entre autres) apportent un concours dévoué.
A Ferney enfin, l'orphelinat de soeurs de St-Pierre est réservé aux soldats blessés aux yeux.
M. Chassaing, délégué du ministère de la guerre, qui vient de visiter ces ambulances, a chaudement félicité les organisateurs.
Il est question de placer encore 25 lits à Prébailly, et M. Lambert, propriétaire du château Voltaire, va faire les frais d'une installation radiographique.

Pourtant, Léon VOINOT (François Léon VOINOT) est né le 9 juin 1898 à Bertrambois, fils de Francois VOINOT (dit Léon) et Marie-Anne GALLE.
Il a donc en ce début de guerre quasiment le même âge que Emile Bigarré (né 3 novembre 1898) ; il est même plus jeune que Aimé Agelot (né le 28 mars 1897), mais la propagande ne fera pas usage de son cas.

On ne sait rien du combat de septembre 1914 qui l’a mené à l’hôpital auxiliaire n° 214 au Château de Prebailly. De même sa fiche militaire (matricule n° 1668 classe 1918), indique une autre blessure le 29 août 1918, mais n’indique ni régiment, ni lieu...

Après guerre il devient ouvrier d’usine (tourneur métallurgiste) à Pamiers (Ariège) où il épouse, le 6 septembre 1922, Germaine Bordenave (1903-1983). François Léon VOINOT est décédé le 19 janvier 1972 à Toulouse.

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