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Histoire du Blâmontois des origines à la Renaissance (9/9)
Abbé Alphonse Dedenon (1865-1940)
1931

L'Histoire du Blâmontois des origines à la Renaissance est tombée dans le domaine public en 2010, cette version numérique intégrale permet de faciliter les recherches, y compris dans l'édition papier publiée en 1998 par Le livre d'histoire.
Le présent texte est issu d'une correction apportée après reconnaissance optique de caractères, et peut donc, malgré le soin apporté, contenir encore des erreurs.
Par ailleurs, les notes de bas de page ont été ici renumérotées et placées en fin de chaque document.

NDLR :
L'abbé Dedenon a laissé dans ses carnets des notes manuscrites indiquant diverses corrections à apporter à ce texte.


VII
Seigneurie de Barbas

Nous aurons peu à dire sur cette seigneurie, car son origine, ses éléments constitutifs et la plupart de ses possesseurs n'ont laissé dans l'histoire que des traces très vagues. Pourtant il y eut une « Maison de Barbas ». Ses armoiries le prouvent : écu de gueules à trois fasces (ou mieux à trois jumelles) d'argent, bordé de même (1). L'examen de ce blason démontre son ancienneté (2), mais ne nous livre aucun indice sur la famille qui l'arbora la première.
Un document de 1186 mentionne un certain Beaudoin, probablement seigneur de Badonviller (3), qui est voué de Vacqueville et de Barbas (praepositus de Barbès), mais est-il seigneur de ce lieu ? L'abbaye de Saint-Sauveur, du moins, y possède l'église et plusieurs terres, dès sa translation en 1010 et cela suffit à expliquer la charge de ce voué. Un autre document de 1274 est plus explicite. C'est un testament fait en faveur de Saint-Sauveur par Havide de Barbas, avec le consentement de ses quatre enfants : Widric, Sybille, Aloyd et Malstad. Son mari est déjà mort. Ses legs portent sur l'église de Fenneviller dont elle est originaire. A côté de la signature des précédents figure celle de Gérard, fils d'André de Blâmont, qui est moine à Saint-Sauveur. Ces noms ne reparaîtront. plus. Les rapports avec le monastère de Saint-Sauveur s'accentueront encore dans la suite.
En 1281, le chef de la famille paraît être Stévenins (Etienne), dit Gérondar, marié à Cunégonde, dont les frères se nomment Lamblin et Simonin. Tous s'accordent à céder à Saint-Sauveur leur moulin de Harmont, situé à Barbézieux (4). Après cette date, nouveau silence. Ce sont de faibles éléments de généalogie. La famille de Barbas, vassale des comtes de Blâmont, leur donne, sans doute, des pages, des écuyers qui restent dans l'ombre et n'ont pas la préoccupation d'avoir un château en propre et des propriétés étendues.
Quelques noms apparaissent de temps en temps : Renaud de Barbas, moine de Saint-Sauveur, témoin dans la délimitation de Turquestein (1306 et 1314);
André de Barbas, cité en 1345, sans autre indication; Thiébaut de Barbas, témoin au partage de Montbéliard (1379).
Voici le plus illustre rejeton de la famille. Il se nomme Henri. Fils ou petit-fils de Thiébaut, il est son unique héritier. Ecuyer encore en 1408, il. conclut un avantageux mariage, vers 1400, avec Jeanne d'HerbéviIler-Lannoy. Comme son apanage de Barbas est médiocre : pas de château, quelques terres ou prés; à Barbas et à Montreux, l'étang de Vilvacourt, il n'hésite pas à le laisser pour venir résider à Herbéviller. Nous l'y retrouverons plus loin et son fief paternel végétera jusqu'au XVIIe siècle.
 

VIII
Seigneurie d'Herbéviller

1° Le fief initial

Au XIIe siècle, Herbéviller se trouvait situé, non plus dans la région des hayes, mais dans un espace bien ouvert où coule la Vesouze. A partir de Domèvre, la vallée est bien élargie et offre, à l'infini, des guérets fertiles et des prairies verdoyantes. Au milieu d'étendues si vastes, il n'y avait alors qu'une population minime, répartie en deux groupes peu importants. L'un avait ses habitations sur la rive droite de la Vesouze, autour d'une église que Senones sans doute avait érigée et dédiée à Saint-Martin, suivant son habitude. C'était notre Saint-Martin actuel, situé alors dans le diocèse de Metz. L'autre groupe, compris dans le diocèse de Toul, était appelé à prendre plus d'extension, en devenant le centre principal du fief que nous allons étudier. Son emplacement sur la rive gauche de la Blette et à quelque distance de son embouchure, semblait meilleur, car il était moins exposé aux inondations., C'est notre Herbéviller.
.Le premier document qui en parle est daté d'avril 1251; les détails qu'il contient sont à retenir. Ferry de Blâmont donne à Vernier d'Herbéviller les gerbages de Frisonviller, comme gage des soixante livres tournois que ce dernier lui a prêtées. Il exige pourtant l'hommage de vassalité et quinze semaines de garde à son château; cette vassalité n'exclura pas celle qui est due en premier lieu à l'évêque de Metz. Par un nouvel arrangement, Vernier abandonne à son débiteur le tiers de la somme empruntée, mais reçoit de lui, en échange et toujours à titre de fief des terres humides que l'on croit avoir été jadis couvertes d'aulnes, d'où leur serait venu le nom de Lannoy ou Lanoy qui équivaut à l'Aulnoye de l'ancien langage. Ce domaine, situé plus en amont et sur la rive droite de la Blette, avait été, dit-on, rattaché à l'alleu du Blanc-Mont par Agnès de Langstein.
Le doute n'est pas possible, il s'agit bien ici d'une seigneurie telle qu'on l'entend alors. L'évêque de Metz, Jacques de Lorraine, aimait à disséminer « ses fidèles » sur les domaines de son, temporel, pour mieux les régenter. Ici, le fief est à ses débuts et, s'il n'a pas ei1core de château, même modeste, on lui verra, sous peu, un moulin installé sur la Vesouze, près de l'église de Saint-Martin.
Vernier est, sans doute, le premier titulaire de cette seigneurie naissante. Mais qui est-il ? Quel est son pays d'origine ? Ce nom est trop commun dans les familles pour qu'on songe à le rattacher à l'une ou l'autre des dynasties connues. Les armoiries seules vont nous fournir une indication valable. Celles d'Herbéviller furent, à l'origine,« d'azur à la croix d'argent; cantonné de 20 fleurs de lys d'or; chaque canton chargé de 5 fleurs, mises en sautoir ». Elles se rapprochaient, en somme, des blasons dits « à la croix pleine », dont le cri était « Priny! ». Plusieurs seigneuries de la contrée avaient adopté ce type en y ajoutant, comme variantes, des pièces diverses. Or, la famille de Tonnoy (Tournois) (5) avait son blason identique à celui de Vernier, sauf le nombre des fleurs de lys, qui était seulement de dix-huit : 4 et 4, dans les cantons de pointe. A n'en pas douter, Vernier était un cadet de cette famille. Mais, la maison de Tonnoy descendait, elle-même, de celle de Chambley qui, à son tour, se rattachait à celle de Prény. Toutes dates considérées, il paraît certain que notre chevalier Vernier était fils ou tout au moins proche parent de Vauthier de Prény, vivant vers 1250, que les auteurs placent aussi à la tête d'Haussonville et de Tonnoy (6).
Si l'on demande comment était arrivé, à Herbéviller, un personnage si étranger à la contrée, il faudra convenir qu'aucun. document ne l'indique. Cependant on pourra songer à l'évêque de Metz, Jacques de Lorraine, et le soupçonner d'avoir constitué le fief, puis de l'avoir donné à Vernier. On sait, en effet, qu'il eut constamment le souci d'étendre son autorité temporelle, en lui cherchant des appuis de toutes sortes.
La seigneurie laissée à Vernier, sous la haute suzeraineté de l'évêque, s'étendait le long de la Blette à partir de Montigny jusqu'à la Vesouze; elle se prolongeait même au delà de Saint-Martin, jusqu'à Chazelles et Verdenal; enfin, elle comportait une pointe éloignée entre Domjevin et Vého, nommée les gerbages de Frisonviller. Son centre était « la Tour », sorte de château ou de maison forte, d'où est venu le nom d'Herbéviller la Tour, opposé à celui d'Herbéviller-Lannoy ou L'aulnoye.
Vernier vécut jusqu'en 1263. Ses deux fils le remplacent, à cette date, dans un arrangement qui intéresse Saint-Sauveur et Haute-Seille. Leur nom est Gérard et Thierry, chevaliers d'Herbéviller (7) : Leur signature

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Cliché du « Pays Lorrain »
Château d'Herbéviller-Lannoy

est placée à côté de celle de Varin d'Ancerviller, de celles de Gérard et de Thierry, fils d'André de Parroy, etc. Ils disparaissent totalement et le fief d'Herbéviller tombe pour quelque temps dans l'oubli.
Cependant la puissance temporelle des évêques de Metz subit alors

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des atteintes qui vont modifier l'aspect du pays. Les descendants des premiers seigneurs d'Herbéviller, de Thierry probablement, se retrouvent en grande faveur à la petite Cour d'Henri de Blâmont, puisque des filles y ont été admises comme « damoiselles » et figurent comme légataires sur le testament de la comtesse Cunégonde (1302) : « Je lègue aux filles de Monseigneur Jackon d'Herbéviller, qui fut, ma robe de corde, lorquet et corset, etc. » (8). Ce texte montre que le seigneur d'Herbéviller nommé Jacques, héritier de Gérard et de Thierry, était mort jeune. Un autre document, cité plus haut à propos de la seigneurie de Parux, nous apprend qu'il avait épousé une soeur de Margarheta, femme d'André de Parroy ou de Parux. Mais voici qui nous renseigne mieux sur la composition de sa famille et sur les deux domiciles qu'elle occupe : c'est la relation d'une sorte de conseil de famille, tenu à la Tour, afin de ratifier la vente, aux religieuses de Vergaville, de certains biens situés à Virtzhoff (Vergaville), Gundersdorff, Guénestroff et Zuzelange (9). La réunion se tient dans la grande chambre de la maison forte de Thironi (Thirion ou Thierry), qui paraît être l'aîné et le chef de famille. Les contractants sont : Thironi, fils de Jacobi, chevalier, marié à Juetta, Comtessa, Havidis, Isabella et enfin Joannes, plus jeune, tous frères et soeurs. La date est1e 23 juillet 1312. Tous ces détails semblent insinuer que le logis des ancêtres était à Saint-Martin et que la Tour débutait ou acquérait de l'importance, sous l'active direction de Thierry et de sa femme Juetta.
Une telle famille devait s'attendre à la dispersion de ses membres, qui est la loi de la vie, et au partage qui est toujours la grosse épreuve des héritages, Deux des folles suivirent leurs maris et se contentèrent d'une dot en argent; c'étaient : Comtessa, femme de Jean de Guémaingoutte, seigneurie située entre Corcieux et Saint-Dié, et Havide, femme de Bertram, fils de Jean de Marsal, écuyer dans les parages de la Seille. La troisième soeur, Isabelle, épousa Henri, dit d'Herbéviller, bailli de Blâmont, cité, en 1314, avec Thierry, son beau-frère, à propos de la délimitation de Turquestein. Les documents n'établissent pas nettement l'origine de ce chevalier, mais deux sceaux, apposés par lui, en 1309 et en 1314, au bas de conventions conservées dans nos archives, révèlent sûrement la dynastie à laquelle il faut le rattacher. Le blason que portent ces sceaux est celui de Couvay ou de Brouville : « D'azur à la bande d'argent, côtoyée de billettes d'or : 4 en chef, l et 3 et 4 en pointe, 3 et 1 » (10). A ce seul trait nous pouvons reconnaître un membre de l'une où l'autre de ces maisons. Mais quel rang était le siei1 dans les généalogies que nous avons esquissées ? Nous ne pourrons le dire, avec les listes incomplètes que nous possédons.
Ce nouveau venu, désirant se fixer dans la seigneurie où il entrait, ne tarda pas à solliciter le lot de terres qui revenait à sa femme. Après partage, furent constituées trois sections, voisines l'une de l'autre, pour chacun des héritiers qui restaient en présence. C'étaient : La Tour ou la Grande-Herbéviller pour Thierry, l'aîné, Lannoy ou la Petite-Herbéviller pour Henry et Isabelle. Saint-Martin pour Jean, le dernier frère. Ces parts restèrent indivises, suivant les goûts du temps. Mais la compénétration qui en résulta fit bientôt sentir ses inconvénients inévitables.

2° Un beau siècle pour Herbéviller :

Section de la Tour ou de Saint-Germain

Ce lot plein de promesses et le mieux situé voyait sa population progresser rapidement à l'ombre de la maison forte, mais il n'avait pas encore d'église. C'était pour le seigneur un devoir de la construire aussi bien que le moulin ou le four banal. Divers avantages, comme le droit de présentation à la cure ou de sépulture dans la nef, étaient la faible reconnaissance accordée aux auteurs d'un bienfait très apprécié. Cette obligation semble avoir été remplie par la famille d'Herbéviller, quand elle se trouvait encore au complet autour de Thierry.
Le titulaire qu'elle choisit pour l'édifice fut saint Germain. Songea-t-elle au saint évêque d'Auxerre, honoré en divers lieux de Lorraine et considéré aujourd'hui comme patron C'est possible. Cependant, si l'on se rappelle la personne des constructeurs et les attaches qu'avait, avec l'Alsace, Comtesse, soeur de Thierry, fixée à Guémaingoutte, près de Ville, on peut se demander si leur intention n'a pas été de glorifier saint Germain, martyrisé à Granfels, non loin du Val de Ville, au cours du VIIe siècle. Cette question mérite au moins d'être posée.
Thierry fut un grand seigneur mêlé aux principaux événements du comté, mais sa carrière fut courte, puisqu'il n'était plus en 1323. On ne lui connaît pas de postérité directe. Sa veuve lui survécut de longues années. Elle porta, dans la suite, le nom de Pairisse plutôt que celui de Juetta. en acte de 1364 nous apprend qu'elle était fille de Nicolas de Richecourt, en précisant sa qualité de veuve de Thiriat d'Herbéviller. D'autres actes mentionnent des ventes qu'elle consentit à Jean de la Chambre de Blâmont. L'ouverture de sa succession, vers 1370, fut bien vite une cause de discorde, pour ses héritiers de Lannov et de Saint-Martin. Nous ne pouvons dire quels étaient les termes du partage, mais leur imprécision est flagrante, quand on voit ces seigneurs se dire également maîtres de la Tour, et notamment les seigneurs de Saint-Martin intriguer pour en devenir les maîtres exclusifs.

Section de Lannoy

Petite à l'origine, cette portion d'héritage, qui fut prolongée jusqu'à Mignéville, eut des maîtres qui furent célèbres et des destinées qui furent très longues. Elle formait l'apanage d'Isabelle. Son passé la mettait plutôt sous la dépendance du comte de Blâmont que sous l'autorité des évêques de Metz. Henri, son premier seigneur, était aimé. du comté de Blâmont et en avait reçu la dignité de bailly. Un acte d'arbitrage, daté de 1309, entre Pletre de Rozières, représentant sa fille Jeannette, veuve de Ferrion de Vic, et Simon de Damelevières, montre que ce jeune chevalier était déjà marié et qu'il était ami de ce Ferrion de Vic, allié lui-même à la famille de Brouville (11).
On a de Henri de Lannoy une fondation en faveur de Saint-Sauveur datée du lendemain de saint Philippe et Saint Jacques (2 mai) 1313 (12). Elle servira à l'entretien d'une lampe dans le sanctuaire et les rentes seront prises sur des prés situés près de Domèvre. L'année suivante, le chevalier achète, avec l'agrément du duc, la moitié d'Azerailles, Flin, Gélacourt, Badménil, Glonville, Fontenoy et leurs dépendances, et il prend en gage l'autre moitié de ces lieux moyennant 300 livres de vieux tournois pour l'achat et 200 livres pour le gage. Les vendeurs sont Bertrand de Deneuvre et Geoffroy Darey, chanoine de Toul. Il reçoit aussi du duc le bois qui borde son domaine de Lannoy et qui s'appelle, aujourd'hui encore, le bois Banal (13). Mais sa carrière est écourtée par une mort inattendue, que l'on place vers 1315.
Les trois fils qu'il laisse se nomment François, Henri II et Henri III. Tous vont à Deneuvre et y remplissent diverses charges, au service du comte de Blâmont. Henri III devient chanoine de Saint-Georges, vers 1361. Il est aussi appelé Vernier, parent de Renjer, abbé de Senones, mort en 1378. Par son testament du mars 1362, Henri lègue à la collégiale sa maison de Deneuvre et vingt souldées de terres à Herbéviller (14) et il meurt peu de temps après,
François, l'aîné, épouse, vers 1315, Clémence, fille de Henri Ier de Blâmont. Cette alliance illustre lui vaut de beaux avantages : la moitié du moulin de Flin, des terres importantes à Montigny (15). Il aménage et complète la résidence de Lannoy, établit un moulin et attire des sujets qui forment une colonie bientôt importante. Voici quelques faits marquants. de sa carrière tourmentée. Après maints services rendus au comte de Blâmont, soit à Deneuvre, soit ailleurs, il aide celui-ci dans sa dernière lutte contre l'évêque de Metz; en 1331. Le comte succombe. François apaise le conflit soulevé, en grande partie, au sujet de la suzeraineté sur Herbéviller (16). Il met aussi l'accord parmi les héritiers du défunt qui témoignent leur reconnaissance « aux amés et féaubles chevaliers, François et Henri du Herbéviller, en considération des services rendus et à rendre » en leur accordant un accroissement de fief sur Deneuvre et Barbas (1328) (17).

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Cliché du « Pays Lorrain »
Herbéviller - Les cuisines du château Lannoy

Six ans après (1344), Eymequin de Blâmont cède, en toute propriété, au seigneur de Lannoy ce qu'il possède à Ogéviller, mais il y a bientôt rétrocession à la famille d'Ogéviller, qui en tire un merveilleux profit.
Le vendredi après l'Ascension (1345), François, assisté de sa femme et de son fils, fonde une chapelle perpétuelle au côté gauche de l'église Saint-Gennain, sous le vocable « de la très heureuse Marie, Vierge et Mère très glorieuse du Seigneur ». La dotation comportait « cent sous tournois sur les tailles du bourg d'Herbéviller, le jour de la Saint-Remy, en chef d'octobre ; quatre livres sur les rentes d'Herbéviller et de Frébusménil (Fréménil); des prés, une maison avec sa grange, etc:, tous bénéfices attribuables au chapelain qui devait des obits pour le repos de leur âme » (18)
Pareille générosité fut faite, la même année, à la collégiale de Deneuvre, par Henri IV, fille de François, promu récemment à la charge de châtelain de Deneuvre. La mort de sa mère en était, sans doute, l'occasion (19).
Au même temps, la discorde s'était rallumée entre l'évêque Adhémar et Henri III de Blâmont, François soutint le comte. Une paix fut signée et le courageux champion de la cause blâmontaise n'eut qu'à se féliciter de sa fidélité,
Vint l'année 1346. Avant son départ pour l'expédition où il trouva la mort, Eymequin II voulut engager à son beau-frère son bien de Buriville pour la somme de quatorze vingts livres tournois ». Le marché conclu plaisait au sire d'Herbéviller, mais la mort de son parent remit tout en question. Le partage qui intervint ayant attribué ce domaine à Jeanne de Blâmont, femme du sire de Faucogney, François fit d'instantes démarches pour l'obtenir de ses nouveaux maîtres (2 octobre 1348). Ainsi sa seigneurie trouva un complément très apprécié, dans la possession de Buriville et de Fréménil.
Les temps redevenaient affreux. François d'Herbéviller crut devoir soutenir Thiébaut.de Blâmont dans ses équipées aventureuses; mal lui en prit aussi bien qu'au comte. Ses cousins de Saint-Martin s'insurgèrent contre lui et déchaînèrent une mésintelligence, qui fut longue et désastreuse pour toute la famille. Le malheur allait attrister la fin de cette carrière déjà longue. Un dernier acte de 1363 nous a conservé son sceau, où se voient les neuf billettes, mentionnées plus haut. Sa fin approche; il ne sera bientôt plus. On pense qu'il fut inhumé dans la chapelle qu'il avait fondée. Peut-être eut-il un autre fils que Henri IV, ci-dessus nommé, Ce serait Androwin d'Herbéviller, écuyer, qui figure dans un acte du 5 avril 1346, à côté de Guy de Deneuvre et d'autres dont les noms importent peu.
Henri II fut moins connu que son frère François, Marié à Pérette, il en eut deux fils : Mathieu qui épousera Jehante, vers 1330, et Jean dont on ne sait rien. Cette famille s'est tournée plutôt du côté de Senones, comme le prouve une fondation, faite en novembre 1329. Les biens donnés se trouvaient sur Verdenal, où Henri avait une part d'alleu, et sur Hablainville, pays d'origine de Pérette. C'est ce chevalier Henri qui reçut du comte de Blâmont, en 1331, une rente de cent livres de petits tournois, comme indemnité pour un cheval perdu à son service. Il mourut bientôt après (1338) et son avoir fut reversé dans celui de son neveu, faute d'héritiers continuant sa lignée.
Henri IV, fils de François, vécut surtout à Deneuvre, où il remplit la charge de châtelain, au moins jusqu'à la mort de son père. Il acquit une fortune considérable, qui le mit au premier rang parmi les seigneurs du pays. Le comte Thiébaut de Blâmont en avait fait son bras droit et l'emmenait volontiers dans ses expéditions. Il le comblait ensuite de cadeaux et d'honneurs (20). La mort de son père (1363) rappela notre châtelain sur ses terres d'Herbéviller et on le désignera désormais sous le nom d'Henri de Lannoy. Son escarcelle, toujours bien garnie, s'ouvrira volontiers pour secourir les seigneurs besogneux, qui sont légion : Geoffroy de Fontenoy (1365), Pierre de Genève (1375), surtout les comtes de Blâmont qui ont à verser des sommes importantes, lorsqu'ils effectuent leur partage (1379). La mort viendra ensuite interrompre cette carrière glorieuse, vers 1389.
La femme de Henri IV s'appela Clémence et lui donna quatre enfants : Jean, que les actes surnomment l'Unique, sans que nous en sachions le motif et à qui nous garderons cette appellation; Ferry, cité une seule fois dans un acte de 1389 ; Marie, plus tard femme de Vichard de Germiny, dont la vie fut courte et dont l'avoir revint tout entier à Jean l'Unique ; Jeanne, plus tard femme de Henri de Barbas, que nous retrouverons plus loin.

Section de Saint-Martin

Les seigneurs qui possédèrent cette portion de l'apanage d'Herbéviller furent plus spécialement vassaux des évêques de Metz. Leurs tendances s'en ressentirent aussi bien que leurs alliances. De là sont venues les querelles que nous constaterons bientôt. Leur apanage resta modeste : un bois, des terres, des vignes «delà l'eau » (de l'autre côté de la Vesouze), un moulin, un château même (21), et quelques portions attenant à La Tour.
Ce fut la part de Jean, dernier frère de Thironi mentionné plus haut. Un document de 1339 lui donne un surnom inintelligible aujourd'hui : Jean des Violes; un autre l'appelle Jean le Vieux, pour le distinguer de son fils Jean le Jeune; nous nous servirons de ces qualificatifs.
Un acte de loyauté honore les débuts de ce chevalier. Comme son beau-frère, Jean de Guémaingoutte, essayait de mettre des obstacles à la vente consentie aux religieuses de Vergaville; Jean la garantit bravement, en son nom et en celui de ses frères (1323) (22). Voici, en 1338, l'hommage qu'il rend au duc de Lorraine : « Je, Jehans de Herbéviller, chevalier, reconnais que je suis devenu homme au duc de Lohereine, après mes Signours de Metz et de Blammont, et ai repris doudit duc ma moulin, ma vigne et mo boix de Martimboix» (23).
Cependant ces affaires du Blâmontois ne l'ont intéressé qu'indirectement ; Baccarat, sa châtellenie naissante, la suprématie d'Adhémar de Monteil l'attiraient davantage. L'évêque, en récompense, fit de lui son premier voué, avec Ferry d'Abocourt, son parent, aussitôt qu'il put disposer de la Tour des Voués, bâtie par le comte de Blâmont. Dans


Monnaie de Thierry de Boppart
Évêque de Metz (1365-1384)

la suite, sa bienveillance s'affirma de mille manières jusqu'à sa mort. Jean des Violes perdit donc, avec Adhémar, un bienfaiteur insigne et sa fortune en pâlit. Il dut mourir lui-même vers 1370.
Sa femme, dont on ignore le nom, lui avait donné trois enfants : Renault et Jean II, qui suivent, et une fille qui épousa Geoffroy de Tonnoy, quelquefois appelé Geoffroy d'Herbéviller par nos historiens blâmontais.
Les deux frères, Renault et Jean le Jeune, succédèrent à leur père dans la vouerie lucrative de Baccarat et furent au service de Thierry de Boppart (24). Renault fut, en outre, bailli de Metz, vers 1390 (25). Leur zèle pour l'évêque fut de tout point louable, mais leur conduite vis-à-vis de leur famille fut moins irréprochable. Autant leur père avait mis de modération à jouir de ce qui lui revenait à Saint-Martin, autant ceux-ci mirent d'âpreté à vouloir empiéter sur La Tour et Lannoy. De là surgirent des querelles, qui durèrent dix ans et qui rendirent odieux au pays tous ces hobereaux hargneux. Jean fut le moins obstiné et se rapprocha des sires de Blâmont. Au contraire, Renault se montra intraitable, parce qu'il comptait sur l'appui de Raoul de Coucy. Le fond du débat se borna d'abord à de mesquines compétitions d'intérêt, causées par l'imprécision de leurs partages : C'était, semble-t-il, l'usage du moulin de Saint-Martin qui était le plus. en cause. Nous faisons grâce des misérables détails de ce litige (26). Bientôt l'irritation envenima la querelle au point de causer des rixes sanglantes. Les suzerains s'interposèrent et proposèrent un premier arrangement, le 26 janvier 1389. Le parti de Lannoy l'accepta. Jean de Saint-Martin, s'y opposa, avec son frère Renault. Celui-ci fut même si insolent que, mettant ses hommes en campagne, il alla « deffier » le sire de Blâmont et commit toutes sortes de ravages sur ses terres. Mal lui en prit, car, poursuivi par Thiébaut de Faucogney, il fut saisi et amené, sous bonne garde, dans le donjon de Blâmont et n'en sortit qu'en payant une rançon de 2.200 florins et en promettant de réparer tous ses dégâts (11 novembre 1390). La leçon fut bonne, mais ne termina pas les regrettables discussions de la famille. Pourtant Jean s'apaisa plus tôt. Renault alla se consoler de ses déboires à Metz et y connut des succès, comme bailli de l'évêché. Cette époque, nous l'avons dit, en Lorraine comme en France, abondait en conflits inconsidérés, qui répandaient partout le malaise.
Il fallut attendre jusqu'en 1398 l'apaisement désirable. Renault était mort, l'année précédente, et Jean avait fini par se calmer. Ce dernier vécut encore six ans. Il était à Deneuvre, le 25 novembre 1403, quand Valburge et Jeanne de Blâmont passèrent dans ce lieu, pour aller prendre le voile à Remiremont et, depuis, on n'en eut plus aucune nouvelle. Il ne laissa pas de postérité et légua sa fortune à ses neveux.
Renault, son frère, eut deux fils et une fille : Simon, dit le Pendard, qui mourut sans enfant; Jean III, qui recueillit les héritages de ses oncles, à Saint-Martin et à La Tour; Isabelle, qui épousa d'abord Renault Le Gournaix, puis Guichen du Pré, tous deux citains de Metz (27). Ces mariages avantageux jetèrent un grand lustre sur la famille d'Herbéviller. Plusieurs Le Gournaix avaient acquis nombre de magistratures et de paraiges et Nicole, l'un d'eux, pour avoir trop flatté les partis populaires, s'était vu frappé de confiscation. Le second mariage seulement fut fécond et produisit Jean le Guichen, dit Crépy, qui fut échevin de Metz; et, en même temps, chanoine écolâtre de la cathédrale, mort en 1452, et Regnault II, père de Regnault III, qui épousera, plus tard, Lorette d'Herbéviller. Jean III restera donc le seul représentant de la branche de Saint-Martin.

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Portail ancien à Blâmont (1588)

3° Le déclin fatal au XVe siècle.

Les derniers rejetons masculins d'Herbéviller

Au début du XVe siècle, les seigneurs d'Herbéviller étaient : Jean l'Unique et ses soeurs, maîtres de Lannoy; Renaud le Pendard, Jean III et Isabelle, maîtres de Saint-Martin et tous ensemble possédant quelque part de La Tour et vivant en suffisante harmonie. Survint, en juin 140I, une attaque brusquée qui faillit mettre à mal toute la seigneurie. Un sieur de Courgirons, à la tête de routiers et de brigands, s'était arrêté là, molestant les habitants. Il venait de France, disent les uns, de Dudelange, près de Thionville, dit Servais (28), et voulait rejoindre le duc de Luxembourg. Les assauts répétés de ces bandits inspiraient la plus vive angoisse et les assiégés allaient être obligés de se rendre quand Olry, second fils de Henri IV de Blâmont, accourut assez à temps pour les tirer d'inquiétude. De Saint-Mihiel, où il avait appris leur détresse, le 14, il avait franchi, en courant, la longue distance et il arrivait le 16. On dit qu'il refoula les malandrins avec une vigueur inattendue et qu'il en tua un bon nombre sur la côte qui domine Saint-Martin (29).
Les seigneurs d' Herbéviller exprimèrent leur vive reconnaissance, en donnant à leur sauveur 3.000 écus à prendre sur les rentes d'Herbéviller, Nonhigny et Montreux (23 septembre 1401) et en engageant à sa famille la moitié de leur bois, dit le Rouvrat (bois Banal) (30).
Cet incident passé, voyons ce que deviennent les représentants masculins de la famille qui sont à la veille de disparaître.
Jean l'Unique épousa une fille de Didier de Rambervillers (31), comme le prouve le dénombrement de sa dot, donné le 2 décembre 1397. Parmi ses possessions on relève : la vouerie de la ville et du ban, le tiers de Doncières, la ville de Bru, les onzaines de Rambervillers et la vente des trois foires, la villerie, le mentaige, etc. (32).
Sa fille unique, Jeanne, épousa Ferry de Chambley, le membre le plus célèbre de sa lignée, qui vécut à la Cour ducale, en laissant l'avoir de sa femme aux mains de ses parents restés sur place. Jean l'Unique apparaît encore en 1413, de même que son frère Ferry, mais c'est pour la dernière fois et on peut se demander si tous deux n'ont pas péri dans la journée d'Azincourt (25 octobre 1415). Le mariage de sa fille venait d'être conclu.

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Cliché du « Pays Lorrain »
La maison d'un manant
Dépendance du château de Lannoy, à Herbéviller

Jean III de Saint-Martin, petit-cousin du précédent, laissa un nom justement honoré. Seul rejeton masculin d'une si grande famille, il y tint une place prépondérante et acquit, dans le comté, un brillant prestige que lui méritaient ses importants services, On ne sait s'il prit part à la bataille de Bulgnéville. Tout au moins, devint-il le bras. droit dé Marguerite de Lorraine, veuve de Thiébaut II de Blâmont. Une lettre datée de la Saint-Mathieu 1432, nous apprend que la comtesse l'a « choisi pour servant et conseiller ». Jean répondit aussitôt que, « par amour pour les enfants de Blâmont, il s'engage à les aider et conseiller dans toutes leurs affaires et différends, à augmenter leurs biens et à leur faire éviter tout dommage, autant qu'il pourra. » Par reconnaissance, la Dame de Blâmont lui assure une rente de 50 francs et « le défraye avec trois hommes d'armes et quatre chevaux, harnais, prinses de corps et autres qu'il pourrait subir à son service ». La même année, elle lui donne deux cents vieux florins du Rhin, avec les rentes d'Averoncourt (Avricourt ?) (33).
Jean III fut-il dépensier, comme l'étaient tous les seigneurs de ce temps ? On le croirait, quand on le voit engager (1433) une partie d'Avricourt à Jean, comte de Linange. Toujours est-il qu'il fut pieux et bienfaisant et qu'il resta fidèle à l'évêque de Metz autant qu'au comte de Blâmont, en remplissant, dans la châtellenie de Baccarat, les mêmes fonctions que ses ancêtres. Il est encore mentionné en 1434, 1435, 1437, 1438 (34), puis il disparaît
On lui connaît deux enfants : un fils, Hénri, écuyer, qui mourut à Metz, le 10 novembre 1451, sans. postérité, et une fille, Lorette, à qui resta tout l'héritage paternel et qui épousa Geoffroy d'Esch, riche citain de Metz.
Ainsi la descendance masculine d'Herbéviller était à jamais éteinte.

La descendance féminine d'Herbéviller

Les descendances féminines ont leur intérêt historique, mais elles entraînent vite hors du sujet : nous ne ferons qu'esquisser les suivantes.
Lorette, dernière survivante de la branche de Saint-Martin devint à Metz l'une des grandes dames de la cité. Son mariage avec le riche et brillant Geoffroy d'Esch lui donna trois enfants, dont deux moururent en bas âge. La troisième, une fille nommée Philippe, épousera, plus tard, Poinsignon Le Gournaix. Veuve en 1452 et remariée à son cousin Regnault III Le Gournaix, petit-fils de Regnault Ier, mari d'Isabelle d'Herbéviller, elle eut des enfants qui moururent jeunes. Un troisième mariage avec Conrad de Serrière, appelé quelquefois Conrad d'Herbéviller, ne laissa pas de progéniture (35). Lorette mourut à Metz, le 7 octobre 1488, et fut inhumée dans une chapelle que possédait la famille Le Gournaix. On sait que cette lignée messine, continuée par Regnault IV, neveu de Regnault III, échevin de Metz vers 1500, portait aussi le titre de seigneur de. Raigecourt, de Voippy et de Ladonchamps (36). La portion de la seigneurie d'Herbéviller, que possédait Lorette, fut mise en vente longtemps avant sa mort et achetée par Henri d'Ogéviller.
Jeanne de Lannoy, soeur de Jean l'Unique eut en dot une portion de la seigneurie commune qui comprit surtout la Tour. Elle se maria vers 1400. Henri de Barbas, qu'elle épousa, n'avait pas grand domaine personnel mais il était, déjà très réputé; quelques-uns le surnomment Froment, nous ne savons pourquoi. Il se mit au service de Henri de Blâmont, surtout dans sa maladie, et fut créé bailly du comté comme récompense. Ecuyer seulement en 1408, il obtint rapidement des dignités et une fortune qui en firent un grand seigneur aux yeux de toute la contrée. On le vit, coup sur coup, se créer un petit domaine à Montreux, agrandir l'étang de Vilvacourt (1413) et donner toute l'apparence d'une
seigneurie bien comprise à l'apanage de sa femme, sur lequel il était venu résider.
Ce n'était pas assez. Il lui fallut, comme à son voisin, Henri d'Ogéviller, la vie mouvementée des Grands. La Cour de Charles II l'attira. Herbéviller passa alors au second rang de ses préoccupations. On sait qu'il fut nommé bailly de Vôge, après Henri d'Ogéviller (1413). Sa richesse s'accrut à l'égal de sa puissance. Aussi le vit-on prêter des sommes considérables. Henri IV de Blâmont, qui eut recours à ses services, le remboursa peu après (1420). Mais Huet de Boulainville, mari d'Alix de Rambervillers, ne put dégager sa parole et notre prêteur n'y perdit point, puisqu'il obtint le domaine et la maison forte de Villé, situés sur le ban de Nossoncourt (Vosges) (37).
Cette. carrière longtemps honorable pâlit ensuite et s'acheva vers 1452. Henri eut sa sépulture dans la chapelle d'Herbéviller. Sa femme n'a rien laissé qui la distingue. Leur fils fut André ou Androwin de Barbas. Dans le dénombrement qu'il donna, le 28 juin 1450, figurent : « 1° la maison forte d'Herbéviller, con dit La Tour, laquelle est présentement ruinée et abattue avec ses usuaires et dépendances; 2° la ville de Montreux; 3° une partie de Nonhegneux; 4° une maison à Barbas avec appartenances et héritages de la dite maison » (38). On n'en sait rien d'autre.
Henri II de Barbas, son fils, se rendit célèbre, en participant, comme son aïeul, aux grands événements qui se déroulaient en Lorraine. Ni Barbas ni Herbéviller ne furent capables de le retenir. On est quelque peu surpris de le voir, à Châtel-sur-Moselle, servir la cause de Henri de Neufchastel, adversaire bien connu de René II (39). Le document qui donne ce détail nous le dit : « escuyer fiébvé » du maréchal de Bourgogne et le fief en question est celui de Châtel, de Bainville ou de Lebeuville. Cependant cette défection, qui n'était pas rare alors, ne dura que peu de temps et Henri de Barbas se retrouva parmi les fidèles seigneurs de René II, après la défaite du Téméraire. Il sera même nommé son Maistre d'Hostel et plus tard président de la Cour Lorraine (1504 (40). Il existait encore en 1512 et sa lignée s'est continuée par Henri III et Guyot de Barbas ou d'Herbéviller.
Une autre Jeanne, nièce de la précédente et fille de Jean l'Unique, recueillit le principal de l'apanage de Lannoy; mais, obligée de suivre son mari Ferry de Chambley, elle dut délaisser son patrimoine et le faire administrer par ses proches. Ferry de Chambley a laissé un nom célèbre. Il était jeune encore, en 1419, quand il s'attaqua aux Messins et fit le siège d'Ennery. Il était à Bulgnéville et n'y fut pas blessé. Il se fit prisonnier avec son frère, en 1433, pour ménager à René d'Anjou quelques jours de liberté provisoire. Il reçut ensuite la dignité de Maréchal de Lorraine et Barrois, après Jean d'Haussonville et Erard du Châtelet. On, a son testament, écrit le 19 avril 1435, en son château de Launoy, où il séjournait donc, au moins par instant. Il mourut avant 1437, en son château de Chambley, et fut inhumé dans la chapelle Saint-Georges attenant à l'église. Sa vie privée fut édifiante. On ledit austère et pieux, charitable envers les pauvres et soucieux, au plus haut point, d'écarter de sa famine toute division. Dans « sa lignée belle et notable de fils et de fille », nous citerons : Jean, marié à Marguerite Bayer de Boppart, dont il eut Marguerite de la Haye, grande dame de France, morte en 1462; François, héritier de Chambley et Buxières, mort en 1490, en laissant seulement une fille, Blanchefleur, la dernière du nom, femme d'une grande beauté, fiancée toute jeune en 1447 et mariée en 1469 à Perrin de Haraucourt; Marguerite, qui épousa 1° Louis de Beauveau, et 2° André de Parroy; Alarde ou Aularde, qui épousa en secondes noces Robert de Baudricourt, le fameux capitaine qui accueillit Jeanne d'Arc à Vaucouleurs, en 1429 (41).
Marguerite et André de Parroy retiendront surtout notre attention. André, fils de Ferry, sieur de Parroy, Bénaménil et Haudonville (Croismare) était aussi un seigneur réputé, mais à qui on reproche d'avoir été partisan de Charles le Téméraire, en 1475. Sa défaillance fut courte, puisqu'il combattait aux côtés de René II à la bataille de Nancy. Il mourut en 1478. Sa veuve vint habiter le domaine de ses ancêtres. Le dénombrement qu'elle donna énumère tous les biens qui formaient alors la seigneurie de Lannoy (42); On ne peut dire combien de temps elle demeura dans son château d'Herbéviller, on sait du moins que son souvenir lui a survécu longtemps sous le nom de Marguerite, Dame de Chambley.
Elle alla finir ses jours, en 1480, chez les Dames Prêcheresses de Nancy, où elle avait une fille (43), Ses autres enfants : Jeanne, mariée à Gérard IV de Haraucourt, et Perry, marié à Madeleine du Châtelet, se partagèrent l'avoir de Parroy et de. Lannoy. Ferry de Parroy fut un partisan zélé de René II et il en reçut la capitainerie de Rambervillers (1470) puis 1e gouvernement d'Epinal (1482) (44). Il mourut vers 1497, laissant une fille unique, Marguerite, qui recueillit Lannoy et les trois quarts du tiers de Parroy Bénaménil et Hadonviller. L'alliance de cette dernière avec Adam Bayer de Happart explique l'intervention de cette 110ble famille mosellane dans notre fief blâmontois. Cette intervention fut, du reste, bienfaisante, puisque la seigneurie, trop délaissée jusque-là, lui dut son relèvement au XVIe siècle.


Monnaie de Robert de Lenoncourt
Evêque de Metz (1551-1556)

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Cliché du « Pays Lorain »
Vue de Baccarat

IX
Châtellenie de Baccarat

Cette châtellenie n'intéresse que très peu notre histoire, et, si nous la mentionnons, c'est uniquement pour signaler la portion de notre territoire blâmontais qui s'y trouvait rattachée. C'était, en somme, la grande paroisse de Vacqueville (episcopi villa) avec ses nombreuses annexes : Veney, Neufmaisons, Merviller et Criviller. Aucun fait saillant n'a marqué l'obscur passé de cette paisible contrée. Du reste, l'histoire de Deneuvre et Baccarat, magistralement exposée par M. Bernhardt, donne sur toute la châtellenie des renseignements suffisants.
Quelque lecteur curieux voudrait-il, en outre, rechercher quels lieux du Blâmontois échappaient à l'une ou l'autre des seigneuries que nous venons d'explorer, il en trouverait très peu. C'était, par exemple, la paroisse de Hablainville avec ses annexes : Pettonville, Reclonville et Vaxainville; la paroisse de Reherrey avec Hadomey, son hameau, d'autres paroisses pareilles situées autour de Turquestein. Ces lieux se nommaient villages d'Entrecour. Plusieurs querelles surgirent entre les évêques de Metz et les comtes de Blâmont au sujet de la suprématie que tous deux s'arrogeaient sur ces territoires : les uns, au nom de leurs droits antérieurs, les autres, au nom de la Sauvegarde qu'ils avaient promise.
Cependant les sujets avaient quelque liberté de choisir la juridiction à laquelle ils allaient être soumis et ce choix devait être fait, le jour de leur mariage, par la cérémonie du (45). « Tourner la thuile, faire feu et fumée au foyer » suivant des rites précis et méticuleux, comme ces usages sont loin de. nous et même nous font sourire ! Mais nos ancêtres n'y voyaient rien d'étrange et s'en accommodaient aussi bien que de la répartition des territoires, découpés parfois d'une façon si bizarre.
Tout cet ensemble que nous venons d'exposer constituait le legs imparfait, si l'on veut, mais très attachant et curieux que le Moyen-Age transmettait aux temps modernes.


Eglise d'Autrepierre. - Choeur de 1546


TABLE DES MATIÈRES
AVANT-PROPOS
AUTEURS CONSULTÉS
PREMIERE PARTE, - Les Origines du Blâmontois
I. LA FORÊT PRIMITIVE ET LE BLANC-MONT.
II. LES VOIES GALLO-ROMAINES.
1° VOIE DE STRASBOURG A METZ; PAR LE DONON
2° VOIES DE LANGRES A STRASBOURG OU A METZ
III. L'APPARITION DES VILLAGES
IV. LA DIFFUSION DU CHRISTIANISME, PAR LES MONASTÈRES ET LES PRIEURÉS
1° BONMOUTIER
2° MOYENMOUTIER
3° SENONES
4° ETIVAL
5° HUGONCOURT OU HONCOURT
V. INSTITUTIONS AUSTRASIENNES.

DEUXIÈME PARTIE. - La Société Romane
I. LE RELÈVEMENT AU Xe SIÈCLE.
1° RÉFORMES RELIGIEUSES
Monastères et Prieurés
Interventions épiscopales
2° LES CREATIONS DE LA NOBLESSE
Noblesse mosellane
Noblesse alsacienne
Les Folmar de Lunéville
IL LES PREMIERS FEODAUX DE LA RÉGION.
1° LES DÉBUTS DE LA FEODALITÉ
2° NOS CHATEAUX. PRIMITIFS
Deneuvre et Turquestein
Lunéville
Langenstein
Parroy
III. LA FAMILLE DE SALM EN VOGE.
1° HERMANN II DE SALM ET AGNÈS DE LANGSTElN
2° LES DONATIONS DE LA COMTESSE AGNÈS
A Hugoncourt
A Saint-Sauveur
A Haute-Seille
3° LES PREMIERS DESCENDANTS DE SALM
Hermann III
Henri Ier
4° HENRI II ET L'OBER-SALM
L'administration du comte
La croisade
Les enfants de Henri III

TROISIÈME PARTIE. - Les Comtes de Blâmont
I. LE BERCEAU DE LA MAISON DE BLAMONT.
1° L'ALLEU DU BLANC-MONT
2° FERRY DE SALM
3° LES ENFANTS DE FERRY DE SALM
4° PHYSIONOMIE BLAMONTOIS AU XIIIe SIÈCLE
Aspect social de la région
Aspect religieux de la région
Les Templiers
II. DEVELOPPEMENT RAPIDE DE LA MAISON DE BLAMONT AVEC HENRI Ier
1° LES EXPLOITS DU CHEVALIER
Jeunesse et formation de Henri Ier
Débuts regrettables
Expéditions et luttes sans fin
Chevauchées dans le nord de la France
Une revanche messine
Derniers agissements du comte
2° LES CRÉATIONS DU COMTE
Châteaux et Collégiale
Accroissement de la Seigneurie
La petite Cour de Henri Ier
3° L'EXTERIEUR FAMILIAL AU CHATEAU DE HENRI Ier
Le comte et la comtesse
Les enfants de Henri Ier.
III. UN SIECLE BRILLANT POUR LA MAISON DE BLAMONT (1330-1431).
1° HENRI III DE BLAMONT
2° THIÉBAUT DE BLAMONT (1342-1376)
Débuts favorables
Aventures et brigandages
La famille de Thiébaut Ier
3° HENRl IV DE BLAMONT (1376-1421)
Installation dans le comté
Expéditions de Henri IV
Fondation d'elle Collégiale à Blâmont.
Les frères de Henri IV
Désagréments causés par la succession de Fénétrange
Fin pénible de Henri IV
Famille de Henri IV
4° THIEBAUT II
Sa carrière écourtée
Famille de Thiébaut II
IV. LE DECLIN DE LA MAISON DE BLAMONT.
1° MAINBOURNlE DE MARGUERITE DE LORRAINE
2° FERRY II DE BLAMONT (1437-1493)
Partage de famille peu avantageux
Ferry II et Charles le Téméraire
Famille de Ferry II
3° CLAUDE ET LOUIS DE BLAMONT
4° OLRY II, ÉVEQUE DE TOUL., DERNIER COMTE' DE BLAMONT
Dignités ecclésiastiques d'Olry

QUATRIÈME PARTIE. - Les Seigneuries secondaires
I. LE PAYS DES BARONNIES.
1° ELEMENTS DES BARONNIES
La Seigneurie de Châtillon
La Seigneurie de Hattigny
La Seigneurie de Turquestein
2° LES BARONS D'HAUSSONVILLE DANS LA VÔGE
II. SEIGNEURIES DE PIERRE-PERCEE ET DE L'OBER-SALM.
III. SEIGNEURIE DE PARUX.
1° LES PREMIERS MAITRES
2° NOUVEAUX MAITRES DE LA SEIGNEURIE AU XVe SIECLE
IV. SEIGNEURES DE MONTIGNY ET DE SAINT-MAURICE.
V. SEIGNEURIES DE COUVAY ET DE BROUVILLE.
1° LA MAISON SEIGNEURIALE DE COUVAY-ANCERVILLER
2° LA :MAISON SEIGNEURIALE DE BROUVILLE ET BROUVELOTTE
Le bien de famille
Essai de Généalogie
VI. SEIGNEURIE D'OGÉVILLER.
1° ORIGINES
2° LES BAS CHEVALIERS OU BACHELlERS D'OGÉVILLER
Ferry II et Thierry Ier
Hermann d'Ogéviller
Jean d'Ogéviller
Henri d'Ogéviller
3° LA DESCENDANCE FÉMININE DE LA MAISON D'OGÉVILLER.
Béatrix de Fénétrange, surnommée la Dame d'Ogéviller
Partage de la Seigneurie
VII. SEIGNEURIE DE BARBAS.
VIII. SEIGNEURIE D'HERBÉVILLER,
1° LE FIEF INITIAL
2° UN BEAU SIECLE l'OUR HERBÉVlLLER
Section de la Tour ou de Saint-Germain
Section de Lannoy
Section de Saint-Martin
3° LE DECLlN FATAL AU XVe SIÈCLE
Les derniers rejetons masculins d'Herbéviller
La descendance féminine d'Herbéviller
IX. CHATELLENIE DE BACCARAT.


(1) L'armorial de Gilles de Bouvier écrit par erreur : bordé de gueules. M.S.A.L., 1927, p. 397.
(2) Au temps des croisades, argent et gueules s'opposaient : ainsi les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, qui avaient l'écu de gueules à la croix d'argent
(3) Il fut question d'une seigneurie de Badonviller, d'ailleurs éphémère, où figurèrent Roland (1114) et ses fils : Otton et Rainera, voués à Vézeval.
(4) H. 1368.
(5) Tonnoy, canton de Saint-Nicolas de Port (M.-et-M:).
(6) GERMAIN DE MAIDY : Notice sur la maison de Tonnoy. -B.S.A.L., 1925, p. 37. - LE MÈRCIER DE MORIÈRE : M.S.A.L., 1882, p. 332. - GASTON DE PAULTRIER : Mem. S. Archives et histoire de Metz, 1866.
(7) E. CHATTON. : Histoire de Saint-Sauveur p. 82.
(8) DE MARTIMPREY : Les Sires et Comtes de Blâmont, p. 133.
(9) H. 2428, n° 232.
(10) B. 574, nos 61, 63, 82. Le blason fut celui de Lannoy jusqu'à la fin de la lignée masculine; cependant le nombre des billettes a varié : neuf pour le fils de Henri et onze pour ses petits-enfants, à savoir : deux et quatre en chef et quatre et un en pointe.
(11) LEPAGE : Communes, I, p, 49. - DUFOURNY. t. VI, P. 419.
(12) H. 1378.
(13) B. 574-61 à 63.
(14) Archives vosgiennes, G. n° 62.
(15) B. 574. n° 53.
(16) B. 574-91. - DUFOURNY, 121. 34-39.
(17) B. 535 - n° 24
(18) Des fouilles récentes ont fait retrouver les fondations de cette chapelle au côté de l'évangile.
(19) Archives vosgiennes, G. 78.
(20) Divers contrats marquent les étapes de sa fortune : 1341 : G. 72; 1350 : G. 61; 1356 : B. 587-10. Acquisition d'Emberménil, près de Thirion, de Dun et Jacques d'Epinal. 1368, etc.
(21) Ure rue du village s'appelait autrefois : rue du Château. C'est du moins le témoignage d'un ancien habitant de Saint-Martin.
(22) H. 2428. n° 132
(23) DUFOURNY, t. X, p. 161. - B. 580, n° 51.
(24) METTENSIA, II, p. 119.
(25) DUFOURNY, t. III; p., 78.
(26) DUFOURNY, t. VII, p. 240.
(27) D'HANNONCELLES : Metz ancien, t. II, p. 91, donne la généalogie de ces riches et importantes familles. - VIVILLE : Histoire du département de la Moselle, p. 129.
(28) SERVAIS : Annales du pays de Bar, t. II.
(29) Voir notre brochure : Cinq Pèlerinages dans le Blâmontois, p. 36.
(30) B., 580-85, 576-6-9 : -DUFOURNY, III, p. 99.
(31) Généalogie de la famille de Rambervillers. -B.S.A.L., 1920, p. 71.
(32) METTENSIA, II, p. 157.
(33) B. 580-91. Deux sceaux sont encore attachés à cet acte : le sien et celui de Geoffroy de Tonnoy -tous deux reproduisent les armoiries que nous connaissons.
(34) METTENSIA, II, p. 119. - DUFOURNY, v, p. 130; III, p. 112; VII, p. 202.
(35) METTENSIA. II, p. 177.
(36) Histoire de Voippy, p.184.
(37) H. METTENSIA, II, p. 218.
(38) B. 580-95.
(39) Doc. Histoire vosgienne, t. VIII, p. 94.
(40) Doc. Histoire vosgienne, t. VIII, 253. - DUFOURNY, VI, 646.
(41) B:S.A.L., 1892, P. 17.
(42) B. 580, nos 102 et 103.
(43) LIONNOlS - Histoire des villes vieille et neuve de Nancy, I, p. 234.
(44) M.S.A.L., 1859; p. 337.
(45) E. AMBROISE ; Les vieux Châteaux. de la Vesouze, p. 159, - H. LEPAGE ; Communes, II, p. 73.

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