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Brèves de presse nationale (7) - 1914-1916
Voir aussi Brèves de presse nationale - 1806-1934, Brèves de presse nationale (2) - 1633-1923, Brèves de presse nationale (3) - 1915-1916, Brèves de presse nationale (4) - 1804-1928, Brèves de presse nationale (5) - 1833-1930, Brèves de presse nationale (6) - 1811-1943


L’Intransigeant - 23 août 1914

Les Teutons ont passé par là...
Comment ils tuent, brûlent et pillent
Notre confrère, l'Est Républicain publie cette lettre, poignante d’une jeune femme du village de Vaucourt qui fût la semaine dernière envahi par les Allemands :
Je suis-arrivée hier à Lunéville, à neuf heures du matin, avec maman et nos deux enfants.
Ce n’est pas. aujourd’hui que je peux te raconter le mal que nous avons enduré. Mon pauvre... Vaucourt est tout en cendres. L’église aussi...
Les monstres dé Prussiens ! Ils nous ont pillé tout ! Ils nous ont mis le revolver à la gorge.
Nous étions tous du Village à avoir les sueurs de la mort. On se voyait mourir... Oh ! mon pauvre Vaucourt !
Les uhlans étaient arrivés mardi à neuf heures du matin, autant qu’il y a de feuilles au bois. Il y avait à peu près, vingt petits soldats en haut du village pour tous ces uhlans.
Nous étions aux champs. Quand nous sommes rentrés, les Prussiens étaient là, au milieu du village.
Grande bataille, atroce !
Ils ont pris le pauvre père Boileau, et ils ont aussi emmené notre père, comme prisonnier, à Sarreguemines.
Papa nous faisait pitié. Il ne pourra pas supporter cela: II étouffera avant. Je ne puis t’en dire plus long aujourd'hui.
Les uhlans ont alors brûlé une partie du village, puis ils ont attendu, que tout le monde soit couché pour revenir incendier le reste.
Faute d’une minute, nous brûlions au lit. Heureusement, les enfants n’étaient pas déshabillés.
Nous sommes partis, trente personnes du village.
Je me suis retournée pour regarder brûler ma pauvre maison. Toutes nos pauvres bêtes brûlées vives !



Le Petit Troyen - 28 août 1914

M Brichon, ancien maire de Pagny-sur-Moselle, qui est arrivé avec toute sa famille, hier soir, nous a donné quelques renseignements [...].
M. Brichon nous raconte encore que le village d’Herbéviller a été entièrement incendié. Les Allemands avaient promis de respecter les propriétés si neuf notables de la localité consentaient à leur verser chacun mille francs. La somme fut remise... et aussitôt le feu éclata aux quatre coins de la localité.



L’Ouest Eclair - 29 septembre 1914

Les Français ont repris Avricourt sans perdre un homme
Paris, 28 septembre. - Un officier d’artillerie français a fait au Daily Mail le récit suivant de la reprise d'Avricourt, la station de la frontière française du Chemin de fer de Nancy.
Dans la huit qui précéda l'attaque d'Avricourt, les positions allemandes furent bombardées par les canons lourds du fort de Manonvillers, éloigné d'environ 15 kilomètres. L'officier commandant avait décidé de faire une attaque de flanc et ne laissa au centre qu'un rideau de troupes avec quatre batteries de canon.
Le gros de nos troupes s'avança dans la direction du canal de la Marne au Rhin, sur le flanc gauche de l'ennemi. Les hommes avaient reçu l'ordre formel de ne pas dire un mot et de ne pas fumer, et s'avançaient en tenant avec leurs mains le fourreau de leur baïonnette, de façon à ne pas faire de bruit.
Derrière nous, le fort de Manonvillers continuait à tonner. L'opération était favorisée par une nuit noire. Une pluie légère tombait, et une brume semblable à de l'ouate s'élevait du sol. L'artillerie, la cavalerie et l'infanterie s'avançaient sans bruit.
Enfin nous arrivâmes au canal. La pluie avait cessé, et nous fîmes halte. Peu à peu le soleil se leva, et Avricourt surgit à notre droite. Au loin, le fort de Manonvillers ne cessait pas de tirer, faisant croire à l'ennemi que nous allions l'attaquer de front.
Tout d'un coup, nous entendons au centre le son de notre artillerie de campagne, ce qui est le signal convenu pour commencer l'action. En moins de cinq minutes les canons sont mis en position, et nous commençons à tirer, en surveillant l'effet de notre feu avec nos jumelles: nous voyons les ennemis abandonner l'une après l'autre leurs lignes de tranchées. Pendant ce temps, notre infanterie s'était glissée en avant. Nous apercevons alors au loin une colonne d'ennemis dans la principale rue du village. Les Allemands se retiraient de l'autre côté de la frontière. Nous avions repris Avricourt sans perdre un seul soldat, et en quelques minutes notre infanterie occupait de nouveau les postes de la frontière.

Le train des équipages de la landwehr bavaroise capturé

Cette brillante affaire d'Avricourt n'est pas la seule que nos troupes de Lunéville aient à leur actif.
Dans la journée du 21, tandis que nos troupes fortifiaient la position conquise, barricadant les rues du village et garnissant d'artillerie les collines du Sanon, nos aéroplanes signalaient un retour offensif des Allemands, à 15 kilomètres au sud, sur le sentier de Richecourt à Blamont.

Par la ligne Richecourt-Blamont, impraticable à l'artillerie, les Allemands ne pouvaient acheminer que de l'infanterie sans la faire soutenir par le moindre canon. Il y avait certainement là une feinte d'attaque plutôt qu'une attaque réelle. Néannoins plusieurs colonnes ennemies franchissaient les crêtes, se dirigeant vers les lignes de la Vesouze, privée de la division qui l'occupait la veille et l'avait quittée pour réoccuper Avricourt. Il semblait même que les Allemands, loin de dissimuler leur mouvement, avaient à cœur de signaler leur présence, car les colonnes suivaient bien ostensiblement les crêtes au lieu de se dissimuler dans la vallée. Ces mouvements étranges durèrent toute la journée du 21.
Notre état-major ne pouvait être dupe. L'ennemi cherchait à tout prix à attirer notre attention dans la direction de la Vezouse Mais dans le but de tenter quelle opération dans la région d'Avricourt ? En vain nos aviateurs avaient survolé la vallée du Sanon, ni là ni sur la rive parallèle du canal nos aéros n'avaient découvert rien d'insolite. On décida alors d'envoyer un peloton de cavalerie explorer la forêt du Paroy, inaccessible par son feuillage à l'oeil de nos observateur.
Cependant, au sud. l'infanterie allemande avançait toujours, réoccupant sans peine Blamont d'abord, Domèvre ensuite, laissé vides de troupes par notre avance d'Avricourt, nos canons avaient bien tenter de saluer l’entrée de l’ennemi dans la vallée la Vesouze, mais sans grand succès vu lu grande distance. Restant donc dans une expectative prudente, notre état-major, tout en faisant surveiller par quelques pelotons de dragons les colonnes allemandes, décida de laisser avancer l’ennemi, sûrs que nous étions, l'heure voulue, de repousser aisément une division de fantassins que n'appuyait aucune artillerie et dont la cavalerie était insuffisante. Il y avait, sans nul doute. dans cette marche des Allemands au sud une feinte pour nous obliger dégarnir les abords d'Avricourt.

TEL EST PRIS QUI CROYAIT PRENDRE
Notre état-major ne tarda pas à avoir l'explication de cette tactique. Ce que n’avaient pu voir nos reconnaissances d'avions, notre raid de cavalerie venait de l'accomplir. Une estafette accourait en effet, au soir du 21, annoncer au quartier d'Avricourt que nos cavaliers avaient découvert, caché dans la forêt de Paroy, un train d’équipage ennemi considérable. L’estafette, vu le nombre important de troupes ennemies accompagnant les convois, demandait à toute vitesse du renfort pour l'attaque prochaine.
Nous avions là l'explication de la feinte allemande vers le sud, feinte qui ne tentait rien moins qu'à nous attirer sur la Vesouze afin que, au nord d'Avricourt, les équipages ennemis attardés pussent, durant la nuit, repasser sans encombre la frontière.
Notre etat-major donna rapidement ses ordres. Dès l'aube, la forêt de Parnay était cernée par un régiment de chasseurs d'Afrique Sur la ligne de Manonvillier-Avricourt, quatre batteries battaient la route. Les équipages ennemis étaient pris. Un bref combat sous bois eut raison de leur résistance. A 11 heures du matin, l'ennemi se rendait.
La prise était d'importance. Tout le train de la Landwehr bavaroise tomba entre nos mains avec son personnel, conducteurs, boulangers, infirmiers. Un bataillon entier du 4e corps complétait la prise. De plus, nous capturions vingt autos de ravitaillement, y compris deux autos des postes appartenant aux 9e et 16e corps allemands.


La Croix - 6 janvier 1915

Héroïque dévouement d’une française
Entré dans Embermenil, un officier demanda à une femme de la commune s’il ne restait pas de soldats français dons le voisinage. Sur une réponse évasive plus que négative, le lieutenant allemand fit avancer ses hommes, qui furent reçus par une salve des nôtres - des alpins - lesquels entraient au même moment de l'autre côté du village.
Le lendemain, le sort des armes fut favorable aux Allemands, qui s'installèrent dans Emberménil. Aussitôt, l’officier - le même que celui qui commandait la veille, - convoqua les 200 personnes composant la population à l'église, et sur le ton d’aménité qu’on devine, il posa cette simple question :
- Hier, une femme m’a induit en erreur ; si, avant cinq minutes, elle ne s’est pas fait connaître, tous les gens de la commune seront passés par les armes !!
Une femme sortit de la troupe : c’était Mme Masson :
- C’est moi, dit-elle, qui vous ai renseigné.
Cinq minutes après, la pauvre femme était fusillée en même temps qu’un sieur Louis Dîme, dont le physique ne revenait pas sans doute à l’officier sanguinaire. Et, par mesure de représailles, leurs deux maisons furent incendiées.
Depuis, on dit à Embermenil que la victime n’était pas la coupable, mais qu’elle préféra s'immoler pour épargner ses compagnes !


L’Ouest-Eclair - 27 janvier 1915

Nous faisons sauter la gare d'Emberménil
EST DE LA France, 26 janvier. Des chasseurs ont fait sauter la gare d'Emberménil, la station avant Avricourt. Les Allemands se promettaient, parait-il, une nouvelle visite en train blindé. Les détonations ont réveillé la paisible population de Lunéville qui dort dans la nuit la plus noire. Aucune lumière n'est tolérée et le silence le plus complet. Il était deux heures du matin. Emberménil est cette localité où nous avons surpris un détachement allemand.


Le Petit Troyen - 25 août 1915

NANCY
Ne touchez pas aux obus perdus
Des enfants de Frémonville, petite commune de l'arrondissement de Lunéville, jouant dans un champ, découvrirent cinq obus allemands de 77, non éclatés.
Le jeune Etienne Popart, 12 ans, muni d’un marteau et d’une pointe, frappa sur l’obus. Le culot seul éclata, mais ses éclats tuèrent Etienne Popart et blessèrent grièvement son frère ainsi qu'un réfugié nommé Paul Humbert. Les autorités ont fait ramasser les cinq engins.


L'Echo de Paris - 2 décembre 1916

CONTES & RÉCITS
L'AGENT N° 34
PAR MARC ELDER
Quand il sut qu'un mouvement offensif allait se dessiner à l'est de la forêt de Parroy, dans la région d'Emberménil et de Leintrey, l'agent n° 34 alla trouver son chef. Malheureusement pour lui, monsieur l'officier de paix, philatéliste passionné, venait de recevoir une série de timbres rares de la côte des Somalis et le catalogue Maury l'intéressait pour l'instant bien autrement que les réclamations de ses hommes. Néanmoins l'agent n° 34 prit le garde à vous avec confiance et exposa sa requête : il voulait s'engager.
- Et la police intérieure !... pas 1' moment !... n'a besoin d' vous !... rompez !
Une respectueuse insistance n'obtint rien de plus que quelques grognements.
On le savait, à la brigade, qu'il ne fallait pas prendre monsieur l'officier quand il était « dans ses timbres ». L'agent n° 34 ne désespéra point, guetta une occasion favorable et recruta des protecteurs. Vous pouvez toujours avoir besoin d'un gardien de la paix, n'est-ce pas, soit que votre, chauffeur ait la sportive manie de tamponner les passants, soit que vote chien se plaise aux randonnées sans muselière, ou qu'il vous arrive de rentrer tard en chantant des refrains patriotiques. Mais monsieur l'officier de paix était incorruptible et toutes les influences furent vaines.
C'est alors que l'agent n° 34 eut une inspiration heureuse et quasi géniale. Déjà, dans l'espoir de partir, il avait re tiré ses économies de la caisse d'épargne. Un beau matin il les recompta, en fit deux parts, mit l'une dans sa poche et sortit. Une heure plus tard il se trouvait en possession de deux timbres singuliers de l'Afrique centrale, l'un hexagonal, à l'effigie du roi pygmée Makoko, l'autre, triangulaire, représentant une ronde de singes autour d'un palmier.
Quand il se présenta devant son chef, l'agent n° 34 se-sentit vainqueur ; monsieur l'officier examinait à la loupe les premières émissions des postes belges en terre française. Simplement il mit ses deux spécimens sur le bureau et dit :
- Monsieur l'officier, j'ai cru vous faire plaisir en vous apportant ces timbres que l'on dit rares...
Déjà le collectionneur les avait saisis, tournés, palpés, flairés, évalués, classés. Son œil sautait d'une vignette à l'autre et ses mains dansaient à l’entour. Il soupirait d'aise, renversé dans son fauteuil, mais sans quitter le trésor des yeux :
- Ah ! mon ami ! Ah ! mon ami...
- Monsieur l'officier, reprit l'agent 34, je me permets de vous rappeler que je désirerais m'engager...
- Mais comment donc, mon ami, tout œ que vous voudrez ! Et nous allons hâter les formalités, je vous en réponds ! Ah ! mon ami ! mon-ami !...
Les effusions durèrent quelques instants encore. Puis l'agent n° 34 put se retirer ; et d'un trait il gagna le bureau de recrutement.
Il s'engagea dans les chasseurs et tout de suite reçut le sobriquet, de L'Agent. C'était un grand gaillard, bien nourri, fortement assemblé, peu pressé et d'humeur égale. Il n'avait de passion que pour la pipe en terre qu'il culottait par principes et tout à loisir, comme il convient dans un art si délicat. Il n'eut de hâte que pour partir au front.
Quand il arriva dans la forêt de Parroy, il sembla rentrer chez lui. En dépit, des bouleversements de cette guerre, qui s'en prend au sol à coups de pelle et à coups de mitraille, il reconnaissait chaque arbre, chaque sentier. Sachant les sources, les ruisseaux, les ravins, et toutes les ressources du bois, il fut précieux pour ses camarades dans cette vie de troglodyte que l'industrie personnelle finit par rendre supportable. Mais son affaire n'était pas de rester en arrière. Il attendait l'attaque.
Elle vint enfin, après cinq jours de cette préparation tonnante qui anéantit la vie terrestre et bouscule jusqu'aux nuages là-haut, dans le ciel. Les hommes étaient serrés, coude à coude, dans la tranchée, quand le lieutenant tira sa montre, geste bien connu et le plus tragique peut-être de cette guerre. Alors on n'est pas encore dans la tempête de la ruée qui fait perdre le sang-froid de l'esprit, et, dans cette dernière minute de répit, les souvenirs du cœur, parfois, vous montent à la gorge. Au-dessus, les avalanches de fer roulent en grondant. Furtivement, on se passe de l'un à l'autre des lettres, une photo... Sait-on ce qui peut arriver !... L'Agent seul n'eut même pas la petite sueur du front qui n'empêche pas d'être brave. Il culottait une pipe qui tournait joliment à l'ébène.
- 8 heures 29, 30 ! En avant, les enfants !
L'Agent expédia sa pipe au loin, lui si respectueux de-ses chefs-d'œuvre, et sauta par-dessus le parapet. Le champ semblait libre, et la progression fut rapide. Sur la gauche, un bouquet d'arbres hachés, puis la route d'Amenoncourt avec deux ou trois maisons ruinées en bordure. L'Agent choisit la plus proche et fonça dessus en entraînant ses camarades. Mais soudain le mur cracha la mort dans le craquètement des mitrailleuses.
Des hommes culbutèrent. Les autres se couchèrent pour reprendre le bond. On; voyait- distinctement le canon des armes ennemies parmi l'amas des sacs de sable. Il suffisait d'un élan pour toucher le fortin et faire place nette à l'arme blanche. Soudain l'Agent bondit, et tous le suivirent sans réfléchir. Il y eut une mêlée courte, sanglante, des, cris, des supplications, puis le silence. Les prisonniers furent massés dans un coin, derrière une table brisée. L'Agent repoussa son casque.
- Maintenant, les amis, dit-il, on va boire un coup !
Les camarades le regardèrent avec surprise. Il marcha dans les ruines, plein d'assurance, déblaya une trappe et disparut. Au loin, nos tirs de barrage écartaient les renforts et pilonnaient les fuyards. Près d'eux, les hommes entendirent un jappement ; puis l'Agent remonta, chargé d'un broc, et suivi, par un vieux caniche, qui tremblait encore.
Il dit: - Les canailles ! Heureusement qu'ils n'ont pas tué Négro !
Puis il ajouta, levant sa cruche :
- C'est du plant lorrain, les amis, et il est bon !
Le caniche, flairait les bottes, boueuses et frétillait de son petit bout de queue. L'Agent lui jeta une croûte, qu'il dévora d'un coup de dent. Les hommes, encore chauds de l’action, humaient le « pinard » silencieusement, L'Agent regarda autour de lui le toit effondré, les murs croulants ; puis il expliqua :
- Je l'avais juré que je la leur re prendrais, ma maison !
Et, s'adressant au chien :
- Allons, mon vieux Négro, fais : Portez arme !
Le caniche se leva sur les pattes de derrière. L'Agent l'arma d'un éclat de bois. Et tous ces hommes, qui venaient de vaincre se mirent à rire et portèrent ensemble la santé de Négro. MARC ELDER. (Traduction et reproduction Interdites.)


Journal de Roanne - 3 décembre 1916

DEVANT L’ENNEMI
Trouvé dans la lettre d’un Artilleur.
Dans cette lettre d’un ami, à la fois artilleur volontaire et « ancien bâtonnier », ce qui n’est point banal, je trouve ces pages, ma foi rudement senties et rudement écrites. Tous mes compliments !
J’insère avec empressement, en souhaitant vive ment d’autres impressions du même. Mais on n’a pas souvent, même à la guerre, de ces rencontres à faire frémir.
Rencontre, c’est nous qui mettons ce titre, l’auteur ayant oublié d’en indiquer un. Il a oublié de même de nous recommander de mettre le nom ; nous le mettons tout de même ; nous savons quel plaisir on aura autour de nous à lire ici la signature du distingué avocat.
RENCONTRE
Décembre 1915.
Le jour était froid ; le paysage uniformément gris et triste. A la recherche de la batterie 21 et de la pièce de 155 long baptisée « la Triomphante », je montais un chemin de verdure longeant la forêt de Parroy. Inquiet, la tête haute, les oreilles dressées, Bailey, mon bon cheval, allait de son pas rapide et cadencé.
A chaque détonation je le sentais frémir. Une batterie basse de 95 dissimulée dans les grandes terres, tirait régulièrement. Placée sur ma droite et un peu en arrière, elle répondait aux batteries boches qui hurlaient au loin. Ses coups étaient stridents et fiers.
Sans hâte je m'efforçais de découvrir le chemin de rondins que de son doigt ganté le capitaine de l’A. D. m’avait désigné d’un air distrait et, tout en respirant l’odeur humide du bois, les beaux vers d’Henry de Régnier me venaient à la mémoire.
Chaque arbre a dans le veut sa voix humble ou hautaine
Comme l’eau différente est diverse aux fontaines,
Ecoute-les : chaque arbre a sa voix dans le vent,
Le tronc muet confie au feuillage vivant
Le secret souterrain de ses sourdes racines,
La forêt tout entière est une voix divine : Ecoute-la !
Et j’écoutais la voix divine quand j'aperçus une maison.
Les maisons isolées sont très rares en Lorraine. Commodités de la vie, besoin de société ou crainte de l’invasion, les Lorrains n’ont pas voulu être seuls. Toutes les habitations sont groupées dans les villages rapprochés. Celle-ci, en cet endroit désert et presqu’aux lignes avait quelque chose de mystérieux - la guerre semblait l’avoir oubliée. - Emberménil, Reillon, Veho n’étaient que ruines : elle seule n’avait rien souffert. Son corps était intact et le vieux poirier qui s’étalait au long de sa façade n’attendait que le printemps pour fleurir. Trapue, couverte de vieilles tuiles grises, elle s’harmonisait admirablement dans ce repli de bois. A l’en tour, d’un côté, un potager mal tenu avec des plates-bandes de légumes et quelques rosiers ; de l’autre : un pré fermé parsemé de troncs d’arbres.
La nuit venait : déjà les fusées montaient haut dans le ciel, illuminant tout de leur splendeur, cependant qu’une lueur perçait à travers les volets entr’ouverts.
Intrigué et laissant Bailey brouter à son aise, je regardai...
Les sensations sont plus fortes quand on est seul : à cette heure et dans ce lieu celle que je ressentis fut intense.
Debout, la tête appuyée au carreau, le doigt contre ses lèvres minces et serrées pour m’imposer le silence, une femme grande et brune me regardait fixement. Je dus esquisser un mouvement de retraite car ce fut elle qui m’ouvrit brusquement la porte en me disant d’une voix blanche : « Ne fais pas de bruit, ils ne sont pas loin. Je les ai vus. Je t’attendais, mon fils. » Elle serrait mes main» et m’embrassait : « C’est bien toi. Tu n’as pas froid. Je t’attendais. »
Je dus m’asseoir à côté d’elle. « Ils ont tout pris, tu sais : encô les vaches, encô les poules. Ils voulaient aussi m’emmener. J’ai eu peur. As-tu faim? » Je dus manger. Sans arrêt, elle continuait: « Un soir, ils m’ont frappée. Ah ! les brutes. Mais ils paieront. Ecoute mon coeur, il le dit. Ecoute mon cœur comme il bat. Il le crie : « Ils paieront, ils paieront tout... tout... jusqu’au sang. »
Son regard me faisait mal. Tout à coup, sur une détonation plus violente, elle se leva. « Pars, pars vite. Je les entends, ils te tueraient, mon fils ; ils te tueraient comme ils ont tué Marcel, mon pauvre Marcel qui est là. Pars, tu reviendras. Adieu... »
La porte fermée, je partis sans pensée. J’ai repris bien des fois le chemin de Verdun et j’ai repassé devant la maison. Il n’y avait que des ruines noircies et informes où couraient des rats.
Avais-je donc rêvé !
Mais non. Depuis j’ai fait Verdun ; j’ai passé les pentes de Souville ou de Froide-Terre, j’ai vu la dévastation et la mort, mais j’entends toujours la voix de ma vieille Lorraine : « Ils paieront ! Ils paieront tout, jusqu’au sang ! »
Ce sont les pierres qui parlent.
C. Joseph-Jacques.

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