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Février 1915 - La Vie en Lorraine (3/3)

 
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janvier 1915 février 1915 mars 1915 avril 1915  

LA BARBARIE ALLEMANDE A LONGUYON

Des témoignages précis permettent de reconstituer aujourd'hui la destruction par les Allemands de Longuyon, l'incendie, le pillage de la ville et l'assassinat d'un grand nombre d'habitants.
Voici des témoignages certains, mais dont plusieurs, à cause de représailles possibles, ont été ajournés :
23 août. - Vers midi, nos troupes commencent à se replier, l'arrière-garde quitte Longuyon. Il est six heures du soir. A huit heures, la ville est occupée par les Allemands.
Le maire, le secrétaire communal et le curé sont appelés à la mairie. La ville doit loger la troupe.
- Vous avez, leur dit-on, à établir une liste de dix-huit personnes, que nous retiendrons comme otages pour la sécurité de nos troupes.
Heureusement, toutes les armes que l'on avait pu trouver avaient été envoyées à Montmédy, il y avait quelques jours.
Cependant, les trois représentants déclinent cette responsabilité et. proposent une liste plus nombreuse, sur laquelle eux-mêmes désigneront et choisiront les otages.
Ils établissent une liste de quarante notables, ce qui est accepté.
Pour minuit, tous doivent être réunis à la mairie.
Entre temps, le général von Moltke établit son quartier général dans le même bâtiment ; à onze heures, il commence à devenir furieux ; il menace de fusiller tout le monde. Heureusement, un officier fait remarquer que l'on n'a pas songé à l'heure occidentale.
Aussitôt toutes les horloges sont réglées.
Les otages seront gardés aussi longtemps que la ville sera occupée. Le pillage commence ; le bazar de l'Hôtel-de-Ville est envahi, les devantures brisées à coups de hache, les marchandises pillées. Le même sort est réservé à la boucherie Leriche, rue Carnot. Sous les yeux du secrétaire de la commune, son coffre-fort est cambriolé et 2.700 fr. en billets de banque volés.
Toutes les caves sont pillées.
24 août. - A quatre heures et demie du matin, on est sur le point de lâcher les otages.
A cinq heures, un coup de canon. L'obus éclate en face de l'hôtel de ville. Les toitures environnantes reçoivent une pluie d'éclats. C'est la panique. Le bombardement continue.
Dans la rue de la Gaillette, un obus fauche toute une patrouille allemande.
« Nous avons été trahis, crient-ils, et vous savez par qui. C'est le curé à qui nous avons donné la permission de cette nuit, et qui en a profité pour prévenir les Français. »
Le duel d'artillerie s'engage jusqu'à onze heures. En quelques instant, toute la ville brûle. Aussitôt recommencent le carnage et le pillage.
M. Leroy, âgé de 84 ans, infirme, est sur le pas de sa porte. C'est à peine si, à l'aide de deux bâtons, il peut marcher.
Les Allemands le fusillent à bout portant et son corps est piétiné par les soldats qui entrent dans la maison.
Mme veuve Marie, mère de l'ancien maire de Longuyon, est obligée d'ouvrir sa porte. Elle est à peine habillée ; sans explication aucune, on la place contre le mur, Elle est sauvée par sa fille qui accourt. La maison est pillée et saccagée.
Rue de Metz, Mlle Louise ... s'est réfugiée à l'hôtel Siméon. Elle passe devant une fenêtre; une balle lui traverse la tête. Plus loin, une autre femme est fusillée.
A côté d'elles gisent les cadavres de M. Martinet, qui, après avoir été fusillé, a le crâne ouvert d'un coup de sabre, et du jeune Rémalter, âgé de 16 ans. Rue Carnot, c'est M, Pierre, coiffeur. Rue Mazelle, c'est M. Valentin. Rue de la Doyennerie, c'est Mme Chrétien mère, qui est brûlée dans sa maison.
Ce sont les 22e, 122e et 156e d'infanterie prussienne, commandés par le général von Molkte qui commettent ces atrocités.
Vers onze heures, on relâche les otages qui doivent aider la Croix-Rouge.
Malgré la promesse faite, on continue à visiter et à piller les maisons et à y mettre le feu.
Presque toute la Grand'Rue et la rue Carnot sont en flammes, c'est un immense brasier.
Pendant un quart d'heure on place le maire devant un mur, seulement pour rire, disent-ils.
Maintenant que tout brûle, on dit aux otages :
- Nous avons, reconnu que les civils n'ont pas tiré sur nous. Vous êtes libres. »
Il est cinq heures et demie. Les Allemands continuent le pillage. La maison Gaulier y passe. Les flammes traversent la rue. La plupart des habitants se sauvent à l'hôpital.
Vers huit heures du soir, on vient fouiller les hommes dans l'hôpital, où en ce moment se trouvent plus de quatre cents personnes.
Mme Siméon, qui vient d'y conduire un officier allemand, est fusillée. M. Toussaint, qui voulait fuir, est arrêté et fusillé.
25 août.. - La ville ne présente plus qu'un amas de décombres fumants ; des personnes qui s'étaient réfugiées dans les casernes, croyant y trouver un abri, en sont chassées, M. Burtin, un des otages de la veille, est fusillé ; M. Véry et sa femme sont mis en joue. Ils se couchent à plat ventre et restent ainsi plus d'une heure, ce qui leur sauve la vie.
Le curé de Viviers-sur-Chiers, qui était venu à Longuyon, est fusillé dans un champ voisin.
A onze heures, on fait savoir que tout le monde est libre.
Sont détruits : la Grande-Rue et la rue Carnot, 115 maisons ; les grands bâtiments des Frères, de la rue Mazelle et route de Longwy ; rue Picon, 40 maisons ; rue de Metz, 7 maisons ; rue de la Doyennerie, 5 ; rue du Four et rue Gilles, 30 ; rue de la Caillette, 18 ; le hameau de Noers, avec ses maisons ; la ferme Basse-Vahl et de Haute-Vahl, de la Marlerie, Bouillon, Moncel et la machine.
Ce qui reste debout est pillé ; les soldats fouillent et refouillent, emportant le reste du butin.
Pour terminer, le curé Braux et le vicaire Percyn, soupçonnés d'avoir préparé la surprise, sont fusillés à Beaulieu. Leurs corps restent sur place pendant deux jours ; c'est un jeune Italien, Libéra Jeannot, qui les a enterrés sans cercueil. Vingt et un jeunes hommes, qui, pendant plusieurs jours travaillaient sans trêve à enterrer les morts, sont fusillés par les barbares.
D'autres personnes nous donnent des renseignements qui confirment ou précisent. L'une d'elles nous dit :
« Le 25 août, les Allemands ont incendié la Grand'Rue ou rue Carnot des deux côtés, la maison de meubles Parance jusqu'à 3 a route de Colmey, le viaduc du chemin defer, à l'exception des maisons Marie, Deschange, Julliac d'un côté et une maison Morin de l'autre. Les rues du Picon. de Froidcul, Gilles, parties des rues du Moulin depuis le café Thomas jusqu'aux caves Deschange, de la rue du Four, extrémité du Pont, de la rue de Metz depuis la maison Gaulier jusqu'au jet d'eau et du quartier de na Caillette sont brûlées après avoir été pillées.
« Les Allemands fusillèrent plus de quatre-vingts personnes, parmi lesquelles l'abbé Braux, curé, doyen, l'abbé Pereyn, son vicaire, MM. Leroy, âgé de 88 ans, Bosler père, Burtin, Delcourt. Martinet, Collignon, Mme Pellerin et vingt jeunes gens du patronage, dont les deux fils Thomas.
« Le 8 septembre, quelques personnes purent quitter Longuyon et après avoir séjourné deux mois au Luxembourg, regagnèrent. la France par Metz, Strasbourg et la Suisse.
« M. Thomas, la famille Schmidt-Cholet, les dames Deschange partaient aussi.
« D'après les dernières personnes arrivées, tout serait calme depuis septembre. Le ravitaillement est assuré. Des commerçants allemands se sont installés. Des trains circulent, mais seulement pour le service militaire. La population, qui entend le canon, a conservé l'espoir.
« Les hommes de 16 à 60 ans sont recensés et étroitement surveillés. »

A PONT-A-MOUSSON

Pont-à-Mousson, 14 février.
Au point de vue du ravitaillement un recensement des personnes restées à Pont+à-Mousson vient d'être fait. Il donne : 1.318 hommes, 1.647 femmes, 112 enfants de un an, 1.864 enfants d'un à 13 ans et 499 enfante de 13 à 18 ans. Soit une diminution de 50 % environ. Les stocks disponibles de ravitaillement de première nécessité sont assurés de ce fait jusqu'à fin mai.
Quatre bombes incendiaires ont été encore lancées sur Pont-à-Mousson par des aviateurs allemands.
L'une n'a pas éclaté, la seconde a explosé dans un terrain vague, la troisième sur le parvis de l'église Saint-Martin. La dernière, seule, a provoqué un commencement d'incendie, rapidement maîtrisé.
L'avion a essuyé le feu de notre artillerie et a viré pour regagner sans doute Metz.

AU PAYS MEUSIEN

Extraits du « Bulletin des Réfugiés meusiens » :

A TROYON
Le fort de Troyon a été atrocement bombardé et il aura coûté plus cher aux Boches qu'à nous. C'est par milliers qu'il faut compter les obus qu'ils ont envoyés sur la vieille forteresse.
Le village, en lui-même, a peu souffert matériellement. Nous avons reçu deux obus en fin septembre ; et, en fin décembre, deux nouveaux obus nous ont fait quatre victimes dans l'armée.
Vous ne pouvez vous taire une idée des ravages et des dégâts literie, effets, linge, tout est traversé ! Les deux planchers et toute la toiture, de large en large, sont descendus.
Trois obus sont tombés sur Troyon, ce jour-là.
Au bout du village, une autre maison a été aussi bombardée.
Malheureusement, comme chez nous, deux soldats, deux pères de famille, ont été tués. Les nôtres étaient en train d'écrire au-dessus de notre chambre.
Les pièces allemandes bombardent depuis deux jours, nuit et jour. Quel sifflement ! C'est une angoisse continuelle.
Ils ont encore bombardé toute cette, nuit (12 janvier). On aurait cru que tous les obus éclataient sur Troyon.

A ORNES
Les Allemands bombardent le pays des Côtes de Romagne, lta moitié du village est brûlée et l'église est fort abîmée.

DE LA MER A L'ALSACE
Nous avons repoussé J'attaque tentée au signal de Xon

Paris, la février, 15 h. 25.
En Belgique, bombardement ininterrompu de nos tranchées de la dune. Notre artillerie lourde a pris à partie les mortiers de l'ennemi.
Nous avons enlevé, sur environ deux cent cinquante mètres, une tranchée établie contre la route, Béthune La Bassée.
Canonnade très vive dans la région de Lens, autour d'Albert, entre l'Avre et l'Oise, aux environs de Soissons et à Verneuil (nord-est de Vailly).
Dans l'Argonne, vers Bagatelle et Marie-Thérèse, la lutté est toujours très vive, de tranchée à tranchée. Mais aucune action d'infanterie n'a été engagée.
En Argonne et Meuse, une tentative d'attaque allemande, entre le village et les bois de Malancourt, a été immédiatement arrêtée.
En Lorraine, l'ennemi, après avoir refoulé notre grand'garde, avait réussi à occuper la hauteur du Signal de Xon et le hameau de Norroy. Il a été repoussé, par une contre-attaque, jusque sur les pentes nord du Signal, où il s'est encore maintenu dans quelques éléments de tranchées.
Dans les Vosges, l'offensive allemande, qui s'était manifestée sur les deux rives de la Lauch, n'a pas été poursuivie hier. Sur la rive sud, l'ennemi a seulement canonné nos positions. Sur la rive nord, les Allemands demeurent arrêtés devant notre ligne avancée (Langenfeldkopf-Bois de ReffiiSpruch). Nos skieurs ont exécuté une très baillante contre-attaque sur les pentes du Langenfeldkopf.
Une tourmente de neige s'est élevée dans l'après-midi.

Paris, 16 février, 1 h. 15.
Voici le communiqué officiel du 15 février, 23 heures :
On signale seulement quelques actions heureuses de notre artillerie a Poelcappelle, au nord-est d'Ypres. Une batterie ennemie a été réduite au silence.
A Beaurains, au sud d'Arras, des tranchées allemandes ont été détruites.
Aux environs de Soissons, ainsi qu'à Perthes, des ouvrages et des rassemblements ennemis ont été canonnés avec efficacité.

A CHAILLON

Les Boches ont démoli une vingtaine de maisons dans ce village de la Woëvre ; avec les matériaux, ils ont construit de solides retranchements pour le jour prochain où ils devront reculer et se retrancher dans cette région avant d'être refoulés dans leur pays.
Toute la population a été emmenée en captivité, afin, sans doute, que le secret des travaux militaires ne soit pas trahi.
Quant à M. Fabbé Merquet, curé de Chaillon, une blessure au pied l'a immobilisé dans une ambulance du Midi.

SUR TOUT LE FRONT
le succès a couronné nos efforts.

Paris, 16 février, 15 h. 10.
Les troupes britanniques ont repris, hier, les deux éléments de tranchées qu'elles avaient perdus la veille, entre Saint-Eloi et le canal d'Ypres.
Sur le front des armées françaises, la; journée du 15 a été calme, dans son ensemble. Il n'est pas signalé d'actions d'infanterie et on confirme les succès partiels particulièrement importants de notre artillerie.
Paris, 17 février, 0 h. 20.
Voici le communiqué du 16 février, 23 heures : Sur tout le front, la journée du 16 février nous a été favorable.
En Belgique, combat d'artillerie.
Une escadrille française a bombardé le parc d'aviation allemand de Ghistelles. Une escadrille anglaise a bombardé Ostende.
Au sud d'Ypres, l'armée britannique est maîtresse d'un certain nombre de tranchées, où s'était déroulé, depuis deux jours, un combat assez vif.
Entre l'Oise et l'Aisne, près de Bailly, tir très efficace de notre artillerie sur des rassemblements de convois automobiles et des lances-bombes.
Dans le secteur de Reims, nous avons progressé au nord de Beauséjour. Nous avons enlevé environ trois kilomètres de tranchées allemandes. Nous avons fait plusieurs centaines de prisonniers, dont cinq officiers.
En Argonne, actions d'infanterie depuis le Four-de-Paris jusqu'à l'ouest de Boureuilles. Le combat continue dans de bonnes conditions.
Au nord-ouest de Pont-à-Mousson, nous avons enlevé, dans le bois Le-Prêtre, plusieurs blockhaus ennemis.

LE 75e BOMBARDEMENT DE PONT-A-MOUSSON

Le 16 février, une opération dans le bois Le Prêtre a valu à Pont-à-Mousson son 75e bombardement. De nombreux obus allemands sont en effet tombés sur la ville, notamment avenue de Metz, déjà bien éprouvée.
Un obus est tombé sur l'épicerie Mennel, traversant tout l'immeuble depuis le haut jusqu'au magasin. Les dégâts sont assez sérieux.
Quelques obus, mais moins gros, sont tombés dans les quartiers de la rive gauche de la Moselle : avenue Carnot, boulevard de Riolles (aux environs de l'usine Mauroy) et rue Fabvier. Les dégâts, dans ces endroits, sont insignifiants. Pas de victimes civiles.
Mercredi, un Taube, survolant la ville vers une heure, a laissé tomber quatre bombes incendiaires : à la scierie Bonnette, à la turbine du ruisseau d'Esch et au pré Gouverneur, le long de la route d'Atton. Ces bombes n'ont produit aucun dégât et n'ont fait aucune victime.

LEURS ACCÈS DE VIOLENCE
reçoivent
QUELQUES SÉVÈRES LEÇONS

Paris. 17 février, 15 h. 15.
Malgré une canonnade intense, les avions français et anglais qui ont jeté des bombes hier, dans La région de Ghistelles et d'Ostende, ont pu rentrer indemnes dans nos lignes.
L'artillerie belge a exécuté des tirs très efficaces sur des rassemblements. et des abris.
En Champagne, dix contre-attaques ennemies ont été repoussées pendant la nuit.
En Argonne, activité assez grande. Nous avons, près de Fontaine-aux-Charmes, détruit un blockhaus et une centaine de mètres de tranchées.
Une attaque allemande, prononcée par trois bataillons au moins, entre le Four-de-Paris et la cote 263 (ouest de Boureuilles) a été très violente. Nous l'avons complètement repoussée, en infligeant à l'ennemi de grosses pertes et en faisant des prisonniers.
Dans ia Meuse aux Vosges, rien à signaler.

LE CANON & LA BAIONNETTE
ont bien travaillé de la mer à l'Alsace

Paris, 18 février, 0 h. 52
Voici le communiqué officiel du 17 février, 23 heures :
De la mer à l'Oise, notre artillerie a exécuté des tirs efficaces qui ont dispersé de nombreux rassemblements, fait sauter des caissons et détruit des trains.
Au nord d'Arras, nous avons enlevé deux lignes de tranchées et refoulé de violentes contre-attaques. Nous avons fait des prisonniers et infligé à l'ennemi de fortes pertes. De nombreux officiers allemands ont été tués.
Dans le secteur de Reims, près de Loivre, les progrès faits dans la journée du 16 février sur plusieurs centaines de mètres ont été maintenus et consolidés.
En Champagne, nous avons poursuivi nos gains, au nord-ouest de Perthes et enlevé des positions ennemies sur un front de huit cents mètres.
Toutes les contre-attaques allemandes au nord de Ménil-les-Hurlus et de Beauséjour ont été repoussées. Nous avons pris un gros lance-bombes et plusieurs petits. Nous avons fait deux cents prisonniers. Le combat continue.
En Argonne, nous avons progressé dans le bois de la Grurie et maintenu notre gain malgré deux violentes contre-attaques et de très chaudes actions à l'arme blanche, qui ont occasionné à l'ennemi de fortes pertes Une forte-attaque allemande a été complètement repoussée au Four-de-Paris.
Entre l'Argonne, et la Meuse, nous avons progressé sur divers points.
En Alsace, nous nous sommes rendus maîtres des croupes dominant la ferme de Sudel et conservé tout le terrain conquis.
Les avions français ont bombardé la gare de Fribourg-en-Brisgau.

NOS ÉVACUÉS

Nancy, 18 février.
On sait que M. Magre, sous-préfet de Briey, a été envoyé à Annemasse (Haute-Savoie), où arrivent chaque jour de nombreux habitants des régions envahies.
M. Magre a pour mission d'entrer en rapports avec nos malheureux compatriotes, de se renseigner sur le traitement qu'ils ont subi en Allemagne au cours de leur captivité et de s'informer de leurs besoins actuels.
Voici la liste des personnes arrivées ces jours derniers et précédemment domiciliées dans l'arrondissement de Briey :
MM. Roger Maurice, 18 ans, Mars-laTour ; Nicolas Ernest, 17 ans, Les Baroches ; Kucheler Pierre, 14 ans, Joeuf; Bourgeois Albert, 18 ans, Ville-au-Montois ; Michel Roger, 17 ans, Ville-au-Montois ; Munier Georges, 14 ans, Domèvre ; Hinzelin Charles, 17 ans, Baccarat ; Lesuisse Lucien, 14 ans, Olley ; Lecocq Fernand, 16 ans, Braument ; Rousselet Charles, 62 ans, chef de poste de désinfection, Longwy ; Rousselet Catherine, Longwy ; Rousselet Hubert, 59 ans, chef de poste adjoint : Bastien Marcel, 15 ans, Longwy ; Remy François, 61 ans, Longwy ; Remy Joséphine, 54 ans, Longwy ; Pérot Marie, 35 ans, Longwy ; Pérot Jean, 14 ans, Longwy; Antoine Honorine, 45 ans, Longwy ; Antoine André, 15 ans, Longwy ; Colas Honorine, 69 ans, Longwy ; Thomas Marie, 27 ans, Longwy ; Leluherbe Ernestine, 19 ans, Longwy ; Henry Léonie, 19 ans, Longwy ; Rouchy Fernande, 25 ans, Longwy ; Levi tas Alice, 21, ans, Longwy ; Levitas Estelle, 10 mois, Longwy ; Guérin Adèle, 22 ans, Longlaville ; Mme Mérot, 26 ans, Briey ; Mme Mageton, 25 ans, institutrice adjointe à Briey ; Mme Breton, 27 ans, Briey ; Breton René, 7 ans, Briey ; Roger Henri, 13 ans, Puxieux ; Mlle Gerbeaux, 20 ans, Mars-la-Tour ; Perbal, 53 ans, Saint-Supplet ; Mulot Félix, adjoint au maire, Remenoville ; Guichard Charles, 73 ans, Remenoville ; Guichard Joseph, 71 ans, Remenoville ; Naudin Théophile, 70 ans, garde champêtre, Onville ; Glatigny Emile, 68 ans; Onville ; Gilson Nicolas, 76 ans, Avillers ; Grobac Auguste, 61 ans, Baccarat ; Clochette Auguste, 69 ans, Lahayville ; Mant Auguste, 18 ans, voiturier chez M. de lGopstein, Val-et-Châtillon ; Robert Camille, 65 ans, retraité des chemins de fer, Friauville ; Cuny Dominique, 74 ans, Bionville : Artis Ernest, 62 ans, Pont-à-Mousson ; Gougilen Auguste, 46 ans, Pont-à-Mousson ; Labord Clément, 45, ans, Domèvre ; Bréton Lucien, 55 ans, Domèvre ; Pierson Charles, 51 ans, Lunéville ; Simon Joseph, 47 ans, Lunéville ; Gaillon Eugène, 45 ans, Vilcey-sur-Trey ; Pachpen Jean-Pierre, 62 ans, Manoncourt ; Husson Victor, 65 ans, Gerbéviller ; Aubert Joseph, 59 ans ; Bouvier Jean-Pierre, G:j ans, Bezange : Jacquot Joseph, 68 ans, Gerbéviller ; Laurent Michel, 62 ans, XivryCircourt ; Willem Joseph, 58 ans, Essey-etMaizerais : Bailleux Emile, 67 ans, Villeau-Montois ; Galand Jacques, 54 ans, Saint-Supplet ; Perlot Justin, 49 ans, Audun-le-Roman ; Millot Louis, 60 ans, Baccarat : Goeuriot Louis, 48 ans, Longwy ; Krier Nicolas, 49 ans, garde champêtre à Xonville : Char-dard Julien, 61 ans, Norroy-les-Pont-à-Mousson ; Klein Jean, 64 ans. Norroy-le-Sec ; Guichard Victor, 45 ans, à Limey ; Royer Eugène, 51 ans, Essey-et-Maizerais ; Simonin Saturnin. 49 ans, Arracourt ; Fève François, 72 ans, Arracourt ; Goulelin Eugène, 52 ans, Arracourt : Collin Charles, 62 ans, Franconville : Mider Joseph, 72 ans, Lamath ; Déglaire Charles, 54 ans, Brin ; famille Thomas, cinq personnes (père, mère et trois filles), dirigés sur Paris, Longuyon ; Cuventin Angèle, 36 ans, Pienne ; Poet Catherine, 49 ans, Pienne ; Duvoux Emile, 62 ans. Landres, dirigés sur Paris, où habitent leurs enfants ; Fischbach Jean-Baptiste, 75 ans, Longwy ; Mutelet Ernest, 70 ans, Gouraincourt-Longwy ; Gaspard Edmond. 62 ans, Pannes ; Raux Célestin. 68 ans, Pannes ; Willem Jeanne, 23 ans, Essey-et-Maizerais ; Grandbastien Ernest, 69 ans, Toul ; Bertrand Auguste, 73 ans, Gondrecourt ; Adam Maurice, 13 ans, Saint-Baussant ; Adam Léona, 12 ans, Saint-Baussant, vont être rendus à leur mère évacuée dans un des convois précédents.

RETOUR D'OTAGES

Les otages d'Arracourt, dont on connaît l'arrivée en Savoie, étaient partis le 11 septembre au nombre de treize : M. le curé ; MM. Adry, juge de paix ; Gauçon, greffier de paix ; Becker, professeur ; docteur Louis, Pernez, Goutgelin, Jacquot, Eve, Pastel, Jespérier, instituteur ; Saturnin, Simonin, Edmond Simonin, tous internés à Ingolstadt (Bavière), à part le docteur Louis qui, interné dans une autre forteresse, y est resté. M. Gauçon est mort à Ingolstadt, en décembre dernier.

Leurs violentes contre-attaques
SONT AUTANT DÉCHECS SANGLANTS

Paris, 18 février, 15 heures.
De la mer à l'Oise, rien de nouveau pendant la nuit.
Il se confirme que le coup de main heureux qui nous a rendus maîtres de deux lignes de tranchées allemandes au nord d'Arras (nord-ouest de Roclincourt) a occasionné à l'ennemi des pertes sérieuses. Nous avons pris un lance-bombes et plusieurs centaines de bombes.
Dans la vallée de l'Aisne et dans le secteur de Reims, combats d'artillerie où nos batteries ont pris nettement l'avantage.
En Champagne, dans la région de Perthes, tout le terrain conquis, hier et avant-hier, a été conservé. Parmi les nombreux prisonniers que nous avons faits, le 16 et le 17, figurent des officiers et des hommes des 6e et 8e corps d'armée actifs, des 8e, 10e, et 12e corps d'armée de réserve.
En Argonne, nous avons également maintenu le gain réalisé dans les bois de la Grurie, au sud de la Fontaine-aux-Charmes. Nous avons, d'autre part, fait quelques progrès dans la région de Boureuilles, sur la cote 263.
Nos succès entre Argonne et Meuse, signalés dans le communiqué du 17 au soir, nous ont rendu maîtres d'un bois, au sud du bois de Cheppy.
Nous avons, en outre, gagné 400 mètres en profondeur au nord de Malancourt, et à peu près autant au sud du bois de Forges.
Tous ces gains ont été conservés.
De la Meuse aux Vosges, rien à signaler.

NOS SUCCÈS S'ACCENTUENT
Nous les avons chassés de Norroy et avons fait en Alsace un beau butin au piton de Sudelle

Paris, 19 février, 1 h. 30.
La journée du 18 février ne nous fut pas moins favorable que la journée précédente.
De la mer à l'Aisne, la journée fut marquée par des combats d'artillerie.
Toutefois, près de Roclincourt, les Allemands contre-attaquèrent cinq fois pour reprendre les tranchées que nous leur avions enlevées le 17 février. Ils furent repoussés. Plusieurs centaines de cadavres restèrent sur le terrain, dont plusieurs officiers.
En Champagne, dans la région de Souain, Perthes, Beauséjour, l'ennemi a prononcé d'abord dans la nuit du 17 au 18, puis dans la matinée du 18, deux très violentes contre-attaques sur tout le front, pour reprendre les tranchées perdues par lui le 16 et le 17 février.
Ces deux contre-attaques furent complètement repoussées.
Les Français ont repoussé les assaillants à la baïonnette en maintenant leurs gains. Nous avons pris trois mitrailleuses et fait plusieurs centaines de prisonniers.
D'après les déclarations de ceux-ci, les régiments allemands ont subi des pertes très élevées, atteignant pour quelques-uns, le quart, pour quelques autres la moitié de leur effectif.
Sur les Hauts-de-Meuse, aux Eparges, où nous avons gagné du terrain le 17 février, celui-ci a été conservé, malgré une contre-attaque ennemie.
En Lorraine, dans la région de Xon, nous avons prononcé une attaque qui nous a permis d'enlever le village de Norroy et d'occuper l'ensemble de la position. Il est faux que les Allemands aient, comme ils l'annoncent, évacué Norroy. Ils en ont été chassés.
En Alsace, les détails complémentaires font connaître que le piton au sud de la ferme de Sudelle, conquis par nous, constituait un réduit formidablement organisé.
Nous y avons pris 1 lance-bombe, 5 mitrailleuses, des centaines de fusils, de boucliers, de bombes, d'outils, de réseaux de fil de fer, d'appareils téléphoniques et des milliers de cartouches et de sacs de terre.

Les bombardements de Pont-à-Mousson

Pont-à-Mousson, 19 février.
Ainsi qu'on l'a vu par les communiqués officiels, des actions assez vives se sont déroulées aux portes de Pont-à-Mousson, autour du Signal de Xon. La canonnade était très forte et les Mussipontains se tenaient sur leurs gardes. Ce que l'on craignait arriva : les obus tombèrent dru sur la malheureuse avenue de Metz, dont presque toutes les maisons, pour ainsi dire, reçurent leur part. La rue Saint-Martin, l'hôpital, les chemins de Robert-Châtel et de Sente-Champagne écopèrent également. Les obus ont endommagé assez sérieusement les façades et les toitures des maisons, l'un d'eux en éclatant en terre creva une conduite d'eau dans le chemin de Robert-Châtei.
Malheureusement, on signale encore une victime : Mme Thiel, née Catherine Carbon, sans profession, âgée de 70 ans, demeurant avenue de Metz, fut blessée grièvement alors quelle se trouvait dans son jardin. Un éclat d'obus l'atteignit au ventre. Elle succomba le lendemain à l'hôpital où elle fut transportée d'urgence. Sa fille qui se trouvait avec elle reçut de légères blessures au visage. C'est donc le 7he bombardement et la 23e victime parmi la population civile.

LISTE DES HABITANTS DE MEURTHE-&-MOSELLE
Rapatriés à Annemasse (Haute-Savoie)

Nancy, 19 février.
Arnaville - De la Pinière, 75 ans; Herbonot Anna, 30 ans ; Gissolin Marie, 70 ans ; Gissolin Jeanne, 32 ans ; Badri Mathilde, 28 ans ; Billaud Marie, 19 ans ; Laurent Hortense, 54 ans ; Laurent Ernestine, 21 ans ; Motelet Henriette, 82 ans ; Chaton Jeanne, 15 ans ; Mourty Louisa, 39 ans ; Motelet Marie, 47 ans ; Boulanger Juliette, 22 ans ; Boulanger Marcel, 3 ans; Goeury Maria, 32 ans ; Renard Lucienne, 15 ans : Robuchon Eléonore, 23 ans; Robuchon Etienne, 17 mois ; Soubie Adèle, 35 ans ; Soubie Jean, 14 ans ; Soubie Jules, 8 ans ; Soubie Emile. 15 ans ; Soubie Marie, 11 ans ; Soubie Yvonne. 4 ans ; Chevreuil Catherine. 34 ans ; Chevreuil Henriette, 12 ans ; Chevreuil Henri, 10 ans ; Chevreuil Gaston, 7 ans ; Fanchon Colombe. 36 ans ; Fanchon Athénaïs, 14 ans ; Fagonde Louise, 52 ans : Jacob Suzanne, 4 ans.
Euvezin. - François Eugene, 74 ans ; François Adélaïde, 62 ans ; Collin, 66 ans, prêtre.
Norroy-les-Pont-à-Mousson. - Wéber André, 61 ans ; Wéber Lucie, 47 ans.
Cons-la-Grandville. - Pandron Madeleine. 36 ans ; Bauda Pauline, 46 ans ; Chonel Alexandre, 65 ans.
Montauville. - Geoffrey Marie, 37 ans.
Pagny-sur-Moselle. - Croze Charlotte, 32 ans.
Jarny. - Milhaut Marie, 37 ans : Hangord Denise, 29 ans ; Hangord Jeanne, 13 ans ; Hangord Emile, 7 ans.
Conflans. - Peiffer Maria, 26 ans ; Kronber Marie, 14 ans.
Labry. - Math Jeanne, 23 ans.
Saint-Marcel. - Rouvelin Lucie, 26 ans Verdenal. - Génin Joseph, 65 ans.
Mars-la-Tour. - Renault Hermance, 66 ans : Renault Louise, 32 ans, institutrice
Bionville. - Levert Paul, 15 ans ; Marchal Gabriel, 16 ans ; Abralon Louis, 62 ans, garde champêtre ; Chanal Joséphine, 82 ans; Marie-Thérèse Caillet, femme Chanal, 82 ans.
Remoncourt. - Beaudoin Constant, 46 ans.
Villerupt. - Maybel Marcelle, 28 ans ; Maybel Roland, 4 ans ; Crochet Joséphine, 28 ans ; Amiot Armandine, 33 ans ; Bourson Mathilde, 26 ans ; Bourson Emilie, 4 ans ; Bourson Renée, 2 ans.
Longwy. - Maillet Philippe, 66 ans ; Pajot Mélanie, 55 ans ; Noël Paule, 23 ans.
Vandelainville. - Panot Nicolas, 65 ans ; Panot Marguerite, 21 ans ; Ponler Elsie, 30 ans.
Vionville. - Bony Joseph, 62 ans.
Saulcy. - Erard Valentin, 61 ans.
Bertrambois. - Fronck Louis, 64 ans.
Waville. - Massot Blanche, 38 ans : Massot François, 10 ans ; Massot JeanLouis, 12 ans ; Massot Marcel, 6 ans; Massot Marie-Thérèse, 3 ans ; Massot AnneMarie, 18 mois ; Bernage Jean, 63 ans ; Bernage Louise, 58 ans ; Bernage Jean. 22 ans.
Val-et-Châtillon, - Blaison Augustin, 63 ans ; Helneur Marie, 17 ans.
Armainville. - Patenote Antoinette, 20 ans ; Patenote René, 9 ans ; Patenote Jean, 8 ans.
Saint-Sauveur. - Halvick Marcel, 11 ans.
Rosières-aux-Salines. - Garel Léontine, 50 ans.
Thiaucourt. - André Louise, 28 ans.
Noviant-au-Orés. - Guyot Philomène, 22 ans ; Diot Yvonne, 8 mois.
Mamey. - Mathiot François, 64 ans.
Fey-en-Haye. - Bertin Mélanie, 29 ans ; Bertin Marcel, 12 ans ; Bertin Georges, 10 ans et demi ; Bertin Georgette, 7 ans ; Bertin Louise, 4 ans ; Bertin Lucie, 10 mois..
Mancieulles. - Mme Hanra Irma, femme du directeur de la Mine de Saint-Pierremont ; Hanra Gustave, 62 ans, habitait Châlons avant la guerre ; Mme Hanra Clotilde, 56 ans, habitait Châlons avant la guerre.
Longuyon. - Mme Coulet Marié ; Coulet Jacques, 2 ans et demi.
Saint-Supplet. - Mme Guinot, femme du général ; Guinot fils, 34 ans.
Briey. - Mme Mackiewick Marie-Thérèse ; Mackiewick, 1 an.
Xammes. - Mathieu Henri, 16 ans.
Brainville. - Gouverneur Marcel, 17 ans.
Friauville. - Choppé Julien, 16 ans.
Gondrexon. - Bally Joseph, 17 ans.
Jeandelize. - Schmitt Paul, 14 ans.
Moutiers. - Hilbert Paul, 17 ans.
Val-et-Châtillon. - Mme Voignier Angèle, 32 ans ; Voignier Clémentine, 9 ans ; Voignier Marguerite, 4 ans.
Thuméréville. - Balthazar Fernand, 16 ans.
Norory-les-Pont-à-Mousson. - Nereu Charles, 15 ans ; Cornette Alphonse, 17 ans.
Ville-au-Montois. - Dufour Ernest, 17 ans.
Villerupt. - Leblanc Louis, 17 ans.
VilIe-sur-Yvon. - Sertorius Arsène, 19 ans.
Nancy. - Collin Henri, 16 ans, a été arrêté à Saint-Dié.

LEURS ATTAQUES
repoussées
SUR TOUT LE FRONT

Paris, 19 février, 15 h. 10.
Rien d'important à signaler depuis le communiqué d'hier soir ; nuit calme.
Combats d'artillerie assez vifs dans la vallée de l'Aisne et dans le secteur de Reims.
Dans la région de Perthes, toutes les positions conquises par nous demeurent entre nos mains.
En Argonne et Meuse, au pont des Quatre-Enfants, nous avons pris un lance-bombes.
Dans Les Vosges, nous avons repoussé deux attaques d'infanterie au nord de Wissembach (région du Bonhomme).
Nous nous sommes, d'autre part, organisés et consolidés en progressant méthodiquement au nord et au sud de la ferme Sudelle

Paris, 20 février, 0 h. 20.
Voici le communiqué officiel du 19 février, 23 heures :
En Belgique, une attaque sur nos tranchées à l'est d'Ypres a été repoussée. L'ennemi avait déployé cinq compagnies en première ligne.
Près de Roclincourt, au nord d'Arras, une tentative d'attaque allemande a été enrayée.
Reims a été bombardé.
En Champagne, dans la région de Souain-Perthes-Beauséjour, l'ennemi, au cours de la nuit du 18 février, a prononcé cinq contre-attaques pour essayer de reprendre les tranchées qu'il avait perdues les jours précédents. Toutes ont été repoussées. La lutte a continué aujourd'hui et nous avons réalisé de nouveaux progrès.
En Argonne, quelques coups de main tentés par les Allemands, dan la nuit du 18 février, ont échoué. Nous avons détruit un blockhaus ennemi, dont nous avons occupé l'emplacement.
Dans les Hauts-de-Meuse, aux Eparges, trois contre-attaques allemandes sur les tranchées que nous avons conquises le 17 février ont été arrêtées par notre artillerie.
Dans les Vosges, entre Lusse et Wisembach, dans la région du Bonhomme, l'ennemi après avoir réussi à prendre pied à la cote 607, qu'il avait attaquée avec un régiment, a été délogé ce matin par une contre-attaque menée par une compagnie et demie. Nous nous sommes maintenus sur la hauteur, malgré les violents efforts des Allemands.
Une attaque de l'ennemi sur Sattel, au nord de la ferme de Sudelle, a été repoussée.

LA GUERRE EN LORRAINE
Les communes envahies
DE LA WOËVRE
APRÈS LA SÉPARATION

ANNEMASSE, Février. - Peu à peu, en rassemblant les notes, les documents, les interviews épars à l'aide desquels on reconstitue superficiellement l'histoire de l'occupation allemande en Lorraine, une vérité se dégage : c'est que la sauvagerie des Boches a partout répandu une égale terreur, qu'elle a commis les mêmes excès, que toutes ses infamies portent le sceau de la même « kultur ».
Il eût suffi de six justes pour sauver Sodome ; on a quelque peine à trouver dans la horde les exceptions d'humanité qui sauveraient l'Allemagne du pilori où ses bourreaux subiront la flétrissure des siècles futurs.
L'interminable et triste défilé des témoins qui racontent depuis une semaine les atrocités des Barbares nous initie aux raffinements imaginés dans le supplice des êtres (m'on torturait.
C'est M. Remy, entrepreneur à Longwy-Haut, qui assista à l'incendie de sa maison, au bombardement de la citadelle, à la destruction systématique de la cité.
C'est M. Th..., de Longuyon, qui, perclus de rhumatismes, ressuscite presque miraculeusement, recouvre la validité de ses jambe pour fuir les pelotons d'exécution, qui voit emmener pêle-mêle avec les jeunes gens de treize à vingt ans, M. l'abbé Braux, curé de Longuyon, avec le vicaire, M. l'abbé Percin, qui garde au coeur l'horrible frisson des fusillades couchant sur le pavé plus de cent soixante victimes innocentes, des violences dont le spectacle a pour témoins les enfants ou les parents ; qui voit tomber sous les balles un vieillard de 84 ans, qui sait qu'une femme devient folle de terreur et tue ses enfants avant de se suicider, qui apprend qu'un paralysé a péri d'inanition dans les bois ; qu'un de ses voisins s'est noyé pour échapper aux tortionnaires d'outre-Rhin.
C'est une ménagère de Lahayville, Mme Vadentine Pêcheur, qui, revenue aujourd'hui même avec sa fille de La Roche-sur-Foron, où elle est réfugiée depuis le mois de septembre, apprend que son pauvre mari a succombé aux privations dans le camp de Bayreuth.

Les Allemands à Herbeuville
C'est une mère de famille de Herbeuville qui, enfin, trace un tableau exact et navrant des souffrances endurées avant son envoi dans les camps de concentration avec toute sa marmaille, dont l'aînée a douze ans à peine :
- Les Boches pénétrèrent une première fois dans notre village meusien, dit-elle, vers fin août. Ils démolirent quelques maisons ; ils en brûlèrent d'autres ; ils annonçaient avec une joie, avec des rires où éclatait l'ivresse insolente du triomphe :
- Demain, nous prendrons Verdunn... »
Verdun n'est pas pris. Les populations de la Woëvre savaient bien quelle résistance opposerait la place et ils répondaient aux illusions, aux mensonges des soldats :
- Vous n'y entrerez jamais ! »
Bientôt le pillage commença. On enferma les habitants dans l'église. Les malheureux y demeurèrent plus d'une semaine, sans manger ; les enfants, privés de lait, poussaient des gémissements si douloureux qu'au bout de onze jours on autorisa les mères à retourner chez elles pour s'y pourvoir d'un peu de nourriture.
On apprit ainsi qu'un brigadier de gendarmerie en retraite, M. Jules Mathieu, avait été abominablement torturé, qu'on lui avait brisé les poignets et, qu'après une cruelle agonie, il avait lâchement été traîné devant le peloton d'exécution.
Deux autres hommes avaient été massacrés ; des femmes furent ligotées, attachées, pendant deux longs jours à la gueule des canons ; les mobiliers gisaient en débris devant les seuils déserts ; des portes, des armoires, des buffets fournissaient les tranchées allemandes.
Et, toujours, s'échangeaient les brefs colloques, les défis du vainqueur, vite relevés d'un mot énergique, d'une réplique où persistaient d'inébranlables confiances :
- Demain, nous aurons Verdunn. et vous deviendrez Allemands.
- Jamais !
La population d'Herbeuville se réfugia dans lies caves, jusqu'au jour où, sous la menace des feux de salve par les soupiraux, elle se rendit, capitula devant les sommations :
- Un officier déclara que nous allions, sous bonne escorte, être conduits à Saint-Maurice, me raconte Mme X... On se réjouissait... Cinq kilomètres à pied, ce n'est pas une longue étape... Hélas ! notre voyage devait avoir pour terme le camp d'Amberg... Au long des routes, c'est à coups de lances et de baïonnettes que la « bonne » escorte accélérait la marche des malades, des vieillards, de ceux à qui l'âge, les infirmités, la fatigue ne permettaient pas de suivre notre misérable convoi. »
Ce que fut, plus tard, la vie à Amberg (Bavière), dans les baraquements en planches, suant l'humidité et la fièvre, on ne le sait que trop...
Les sentinelles réprimaient brutalement toute parole, tout geste qui ressemblait à une « communication ». Huit cents personnes croupissaient dans l'ordure. - Le pain - un pain noirâtre, âcre, onctueux, immangeable - se réduisait à la portion congrue.
Quand les martyrs protestaient dans ce bagne, quand ils exprimaient parfois l'espoir d'une délivrance :
- Pour vous rendre à la France, répétaient les officiers gardes-chiourme, il faudrait que chacun de vous fût échangé contre au moins une demi-douzaine de nos soldats prisonniers... »
Quand ils s'étonnaient qu'on eût emmené des enfants de seize ans, les officiers expliquaient « qu'on mobilisait certainement en France au même âge qu'en Allemagne et, qu'à seize ans, tous les sujets du kaiser portaient déjà les armes ».
Quand on se plaignait, de la nourriture, ils montraient nos soldats réduits à fouiller parmi les détritus pour y chercher quelques légumes, et ils ricanaient. :
- Vous faites la noce ! »

Le sort de Combres
C'est maintenant une paysanne de Combres, un village blotti au pied des Hauts-de-Meuse, qui, tout d'une haleine, relate chronologiquement, les événements :
- Cela s'est passé vers le 15 septembre, dit-elle. Les Boches arrivent sur le coup de huit heures du matin. Ils s'emparent de tout le monde, hommes et femmes, jeunes et vieux. On en demande le motif. Il paraît que le téléphone, installé dans nos maisons, permet de renseigner les troupes françaises sur les mouvements de l'ennemi. Alors, les perquisitions recherchent partout le téléphone ; on fouille les poêles; on visite la vaisselle ; on ouvre même les boîtes à cirage. Nous avions envie de rire, tellement c'était drôle. Un réveille-matin attire par son tic-tac. l'attention d'un chef ; celui-ci fronce le sourcil, crispe les poings sur son épée, l'oreille tendue vers le bruit singulier de notre horloge, gronde entre ses dents, rageusement : « Téléphone ! Téléphone !. » Décidément, il tient à cette marotte. Il faut lui montrer l'objet pour qu'enfin il soit convaincu de notre innocence. »
Les Allemands voyaient partout l'espionnage. Ils piochaient les jardins, sondaient les murailles : « Si nous trouvons un fil électrique, juraient-ils. vous serez fusillés. »
Les habitants de Combres furent arrachés de leurs maisons. Ils attendirent dans un pré que leur sort fût examiné. Sur le soir, la permission fut accordée à quelques femmes d'aller chez elles chercher du lait pour les enfants, des provisions pour leurs compagnons ; puis l'église servit d'asile, après une dernière recommandation, une dernière menace :
- Surtout, défense de parler... Si l'on découvre un seul civil armé d'un fusil dans la commune, vous serez tous fusillés. »
La nuit fut courte. A trois heures du matin, les Allemands firent évacuer l'église. Personne n'avait dormi. Les malheureux, entassés dans l'enchevêtrement des bancs, n'avaient pu étendre les jambes ni les bras ; ils souffraient de courbatures. La faim leur déchirait l'estomac. En vain le digne curé de la paroisse exhortait ses ouailles, ranimait leur courage :
- Ah ! monsieur, s'exclame une des victimes de ces dures épreuves, les Allemands s'amusaient, rigolaient, plaisantaient... Monstres !.. Ils grimaçaient derrière le curé, parodiaient les signes de la bénédiction. Ils disaient qu'en jeûnant nous sécherions : « Quand vous aurez bien séché, nous vous ferons cuire. » Ils buvaient notre vin, se taillaient de larges tranches dans les jambons qu'ils venaient de voler, tout en nous jetant des fruits verts, des pommes, des quetsches... »
Le commandant eut l'air d'avoir pitié de tant de détresse. Il fit accompagner par ses soldats les femmes qui possédaient en réserve à leur domicile un peu de farine :
- « Cela vous permettra de préparer du pain. Je ne puis mieux faire. Tâchez donc d'assurer votre subsistance. »
Le dimanche 20 septembre, un officier annonça gravement que, pour donner aux gens de Combres une plus grande sécurité, ils allaient être tous conduits dans un pays voisin. On se mit en route pour Herbeuville. A mi-chemin, les hommes furent séparés des femmes et l'on avertit les premiers qu'ils seraient immédiatement dirigés sur Metz :
- Mais ils ont le ventre creux !... protestèrent les femmes.
- Ils déjeuneront à Hannonville.
- Mais ils manquent de vêtements ?
- Ceux qu'ils ont sur le dos suffiront pour le voyage.
- Mais quand donc les reverrons-nous ?
- Oh ! soyez sans inquiétudes, mesdames. Vous retrouverez vos maris après la guerre.
- Mais, Seigneur, que ferez-vous d'eux?
L'officier, cette fois, se tut. Ce qu'on ferait des habitants de Combres, il n'en savait rien. Un sanglot, un long cri déchirèrent la poitrine des femmes :
- Jamais je n'ai tant pleuré... On hurlait comme des bêtes blessées... J'ai cru devenir folle. Tandis que nos pauvres hommes s'éloignaient, clopin-clopant, les épaules courbées, n'ayant sur le dos qu'une chemise, on apercevait là-bas des fumées qui montaient vers le ciel... Nos maisons brûlaient... Est-ce que le bon Dieu ne m'aurait pas accordé une grâce dites, si j'étais morte dans un pareil moment ?... »
Pourtant un espoir se glissait dans ces âmes torturées. Le supplice, sans doute, était fini. On allait rendre la liberté au troupeau, lui permettre de regagner les toits capables encore de l'abriter. Hélas !
une cruelle déception attendait les malheureuses.
Ramenées à l'église de Combres, elles subirent, l'une après l'autre, un interrogatoire en règle. Les officiers voulaient savoir si quelques-unes d'entre-elles avaient reçu des lettres des soldats français. Après quoi, un cortège se forma pour prendre définitivement la route de l'exil.
- On croyait seulement aller à Saint-Hilaire. Nous avions pris nos hottes... Mais pas de provisions. A grand'peine, on se procura quatre ou cinq morceaux de sucre par individu... On mourait de soif. Un officier fit apporter un seau d'eau pour nous désaltérer... A Saint-Hilaire, on apprit que notre détachement continuerait, toujours à pied, sur Conflans. Enfin, nous avons pris le train.
Pendant deux nuits et trois jours on a rouié, roulé, roulé, par Mon s, Aix-la Chapelle, jusqu'à Amberg. »

Ceux qui se retrouvent
Quel prodigieux metteur en scène que le Destin ! Comme il sait, mieux qu'an théâtre, ménager les effets ! Comme il accumule le pathétique dans la simplicité d'une rencontre où disparaissent l'artifice et la convention, qu'il sied d'observer pour qu'au cinquième acte le rideau tombe sur une longue salve de bravos.
Hier soir, à la table d'une brasserie envahie par les réfugiés qui y prennent ordinairement leur repas, je causais avec Mlle Verdun, une institutrice de Saint-Dizier.
Elle avait sans difficultés obtenu du commissariat spécial l'autorisation de séjourner en Savoie, au lieu de partir pour Nice au Fréjus en compagnie des Meusiens l'amenés de Westphalie en même temps qu'elle :
- J'aime mieux rester ici, disait-elle. Mon père a fui devant l'invasion, il travaillait à Saint-Maurice-sous-les-Côtes. J'ai appris qu'il s'était réfugié en Savoie, à Saint-Jeoire. Je me suis renseignée.
Un tramway m'y conduira. Une heure de voyage... »
Soudain Mlle Verdun pâlit. Elle se dressa, comme mue par un ressort mystérieux. Elle venait d'apercevoir, sur le seuil de l'établissement auquel je tournais le dos, une chose qui, sans doute, soulevait en elle une irrésistible émotion.
Je regardai. Un homme s'avançait vers nous, les traits creusés; la barbe négligée depuis quatre ou cinq jours, les yeux brûlés de fièvre. Il était modestement vêtu d'un costume d'ouvrier agricole.
Comme il s'approchait de nous, j'observai la ressemblance de cet ouvrier avec l'institutrice, la même inquiétude vague, la même hésitation dans l'attitude, On eût dit qu'ils cherchaient tous deux à déchirer le voile d'un rêve, qu'ils doutaient de ce qui se passait autour d'eux.
Cela ne dura qu'une seconde, que le temps d'un éclair. Les deux êtres s'écroulèrent sur la poitrine l'un de l'autre :
- Ma pauvre enfant ! murmura l'homme.
- Papa ! bégaya Mlle Verdun, serrée dans l'étreinte des bras qui l'enveloppaient, la tête abandonnée sur l'épaule du brave homme dont la poitrine haletait, secouée par le tumulte orageux de sentiments que je n'essayai point de démêler.
- Comment, c'est toi. Ah ! nous te croyions bien perdue !
Toutes les souffrances de la séparation, la mère malade, la maison en ruines, le bétail lâché à travers champs, la panique, la vie qu'on mène à Saint-Jeoire en priant pour les Lorrains sans foyer, ce qu'il a fait depuis cinq mois se mêlait aux confidences de l'institutrice, les insultes, les coups, des promiscuités dégradantes, les humiliations.
Et je ne connais point de drame, agencé par Bernstein ou Sardou, qui vaille cela.

Un joli geste
En apprenant par les journaux que les internés reviennent en foule d'Allemagne, deux réfugiées, la mère et la fille, ont quitté ce matin l'auberge de La Roche-sur-Foron, où elles attendent anxieusement le retour du chef de famille, M. Pêcheur, dont les Boches se sont emparés quand ils occupèrent Lahayville, dans la Meuse.
Mme Valentine Pêcheur est allée tout droit à la mairie d'Annemasse. Elle s'informe. Quatre cents internés arrivent. Voilà le troisième convoi. Mais, à part quelques exceptions, il n'y a que des jeunes gens du Nord, de l'Aisne, de la Somme, expédiés au fond de la Saxe.
Pour la centième fois, Mme Pêcheur pose la question :
- D'où venez-vous ?
Elle n'a essuyé que des réponses la laissant morne, désolée, enfoncée de plus en plus profondément dans son angoisse comme dans un gouffre où, décidément, personne ne lui jettera le renseignement qui la sauverait.
Sa fille est à ses côtés.
Les deux femmes aperçoivent une soutane ; elles ont tout de suite reconnu le curé de Réchicourt, M. l'abbé Juste. Elles l'abordent ; mais, avant qu'elles aient répété leur question, le curé a entrainé à l'écart Mme Valentine Pêcheur ; il lui parle à voix très basse ; il doit prononcer ces mots dont le charme subtil engourdit les blessures de l'âme humaine.
J'entends un cri, auquell un autre cri succède aussitôt. Le visage des deux réfugiées est inondé de larmes qui jaillissent, qui coulent comme d'une source intarissable. Et des phrases entrecoupées m'apportent par lambeaux la sinistre nouvelle :
- Oui, c'est sa pneumonie... Le mauvais climat de Bayreuth. Il m'a souvent parlé de vous... Je l'ai assisté à l'hôpital... Prisonniers ensemble... Tout doucement, sans souffrance... Ayez du courage... »
Mais voici qu'un gars d'environ quinze ou seize ans s'approche, ôte sa casquette, se présente lui-même :
- Je suis Léon Mulot... Regardez-moi bien, mame Pêcheur... Là, vous me reconnaissez bien à présent... Moi aussi, on m'a enfermé à Bayreuth, n'est-ce pas, m'sieur le curé ?...
Avec une gêne visible, comme s'il cherchait une excuse à l'audace de la proposition qu'il osera faire, le gars roule entre ses doigts une casquette qui l'embarrasse et il finit par dire :
- J'ai une photographie... Un sous-officier a tiré notre groupe. Y avait Pêcheur avec nous... Si, des fois, ça. vous fait plaisir, acceptez-la... Moi, j'y tenais... C'était un souvenir, vous comprenez. Mais, du moment que ça vous fait plaisir...
Et, sortant de sa poche la précieuse photographie, il remet son cadeau, le cher souvenir auquel il tenait tant, à la veuve qui ne sait par quels remerciements se récompense un tel geste.
O sainte fraternité de la misère, que de scènes semblables se sont déroulées à Annemasse, depuis que les camps de concentration renvoient ici les pauvres gens !
ACHILLE LIÉGEOIS.

L'OCCUPATION DANS LE CANTON DE THIAUCOURT
La menace, le pillage . L'exode, le retour

Un habitant de la petite commune d'Essey-et-Maizerais, canton de Thiaucourt, revenu depuis peu à Nancy, nous a donné -quelques renseignements sur l'occupation allemande dans cette région.
Les premières patrouilles ennemies firent leur apparition dès le début de septembre. C'étaient des soldats d'infanterie montés dans des automobiles, qui arrivaient à toute vitesse sur les routes. orsqu'elles rencontraient des habitants, les autos s'arrêtaient. Un sous-officier et quelques soldats descendaient.
Puis, après avoir posé quelques questions, ils reprenaient place dans l'auto qui partait de nouveau à vive allure.
Quelquefois des patrouilles de uhlans passaient, sur les routes, interrogeaient aussi les habitants qui travaillaient dans les champs.
Tous les chefs de patrouille parlaient le français et paraissaient connaître très bien le pays. Ils se dirigeaient, en effet, sans carte et sans demander d'indication aux paysans, sur les chemins.
La première question que les cavaliers demandaient c'était si le village, qu'ils nommaient en le désignant du geste, était occupé par les Français.
Ils appuyaient leur demande de la menace du revolver que l'un d'eux plaçait près de la figure, tandis que les autres appuyaient la pointe de leur lance sur le corps.
Les uhlans prévenaient que si on les trompait, ils fusilleraient ceux qui auraient fourni de faux renseignements.
A Bouillonville, une jeune fille, interrogée par les ennemis, répondit, - ce qui était vrai, - que les Français n'étaient pas dans le village. Or, comme on l'interrogeait apparut un de nos motocyclistes qui faisait une reconnaissance.
Les uhlans s'apprêtaient déjà à emmener la jeune fille, lorsque soudain ils partirent au grand galop de leurs chevaux, s'enfuyant à la vue du motocycliste !
Après cette aventure, la jeune fille, craignant, avec juste raison, pour sa vie, quittait immédiatement Bouillonville, que les Allemands occupaient le lendemain.

Les patrouilles allemandes se succédèrent jusqu'au 15 septembre A cette date, deux régiments de dragons pénétraient dans la commune. Avec une grande rapidité, comme si les cantonnements avaient été préparés à l'avance, les hommes étaient répartis dans chaque maison.
Alors le pillage commença. En peu d'instants les greniers furent vides ; foin, paille, avoine, blé, etc., tout fut emporté.
Dans les étables, les Allemands réquisitionnaient les bestiaux et les porcs, tandis que dans les basses-cours les soldats s'emparaient des poules et des lapins.
Quelques habitants reçurent en échange des bons écrits en allemand, sur lesquels des militaires apposaient leur signature.
D'autres durent se contenter des rebuffades et des coups des Allemands, sans murmurer.

Une semaine se passe ainsi dans les transes les plus grandes. Il n'y a plus de pain au village. Les boulangers ont cessé de cuire.
Les Allemands, qui sont friands de notre pain de froment, en exigent néanmoins des villageois. Comme ceux ci ne peuvent leur en donner, ils les menacent et quelquefois les frappent avec leur baïonnette.
Le 26 septembre arrive. Les Allemands font rassembler tous les habitants, à qui on ne donne pas le temps de s'habiller ni de prendre des vêtements de rechange.
Les maisons sont consciencieusement visitées pour constater qu'il ne reste plus personne dans le village. Les malades sont placés dans des charrettes.
Le rassemblement terminé, encadrés par des troupes, les habitants d'Essey commencent leur triste et pénible exode.
Vieillards, femmes, enfants, tout le modle marche ainsi pendant près de 15 kilomètres, toujours poussés, harcelés par les ennemis, qui n'ont que la menace à la bouche.
Beaucoup ont les pieds en sang, car ils n'ont pas de souliers de route. Le temps matériel de les prendre ne leur a même pas été donné.
Les quelques voitures qui accompagnant le triste convoi sont bientôt remplies. Sans pitié, les Allemands forcent les malheureux à accomplir leur trajet.
Les exilés arrivent ainsi à Rembercourt-Sur-Mad. Ceux qui ont des parents ou des amis dans cette commune, peuvent y loger. Les autres sont placés chez les habitants par les soins des Allemands.
A Rembercourt, étaient également arrivés les habitants de Saint-Baussant, de Seicheprey et de Waville.
Pendant six semaines, la municipalité d'Essey parvint a nourrir les habitants de sa commune.
A bout de ressources, elle en prévint les autorités allemandes, qui se chargèrent de l'entretien.
Chaque jour, des rations de légumes, de pain et de viande étaient vendues aux réfugiés.

On était entré dans le mois de janvier. La question des vivres se posait pour les allemands qui, comprenant qu'ils ne pouvaient assurer la nourriture de tout le monde, firent prévenir les maires de chaque commune de toute la région qu'ils occupaient de se rendre à Thiaucourt.
Le 11 janvier, les Allemands, après avoir réuni tous ceux qui étaient de Rembercourt et des environs les faisaient monter en chemin de fer et, de nuit, les emmenaient à Landau, où ils furent casernés dans d'immenses baraques en planches, chacune d'elles habitée par deux cents personnes.

Le séjour à Landau fut de courte durée, car, le 24 janvier, les femmes, les enfants et les hommes âgés de plus de 60 ans, étaient tous prévenus qu'ils allaient être conduits en Suisse.
C'était la liberté. Le lendemain, un convoi emmenait à Schaffouse tous les exilés, auxquels les Suisses prodiguèrent des vivres et des vêtements.
De Schaffouse, nos compatriotes furent dirigés vers Annemasse, où, en touchant le sol français, ils voyaient arriver la fin de leurs peines.
Plusieurs habitants d'Essey furent hospitalisés à Annecy. En y arrivant, Mme Trempé tombait malade. Son grand âge, les brutalités et les privations dont elle avait été l'objet, avaient affaibli sa santé.
Elle mourait quelques jours après, malgré tous les soins que ses concitoyens lui apportèrent.

Une chose qui a frappé les habitants d'Essey dans leur court séjour à Landau, c'est que toutes les fenêtres des baraquements des prisonniers étaient d'un modèle et d'une couleur différents. Elles semblaient avoir été enlevées à d'autres maisons et posées sans ordre ni méthode.
Beaucoup se sont fait cette réflexion, en voyant la façon dont elles étaient travaillées, qu'elles provenaient de France, des pays où les Allemands dans un but d'économie, les ont prises aux immeubles mis à sac.
Voici encore quelques détails intéressants fournis par un autre habitant d'Essey :
Le 26 septembre, des batteries françaises avaient envoyé plusieurs projectiles sur deux tracteurs automobiles qui transportaient d'énormes canons. Les Allemands supposèrent aussitôt que des habitants de là commune avaient signalé l'arrivée de ces pièces.
C'est pourquoi ils firent évacuer toutes les maisons par les habitants, qu'ils conduisent dans l'église.
Tout le village fut rassemblé d'abord dans la cour du château, puis tout te, monde fut conduit dans la maison Mangenot, où l'on fut entassé pêle-mêle dans les salles de l'établissement, les écuries et les engrangements.
A onze heures du soir, l'ordre était donné de partir pour Rembercourt, où l'on arrivait à quatre heures du matin. Les vieillards ne pouvaient plus marcher. Ils furent laissés dans l'église, sans aucun soin, n'ayant qu'un peu de paille pour se coucher.
Les Allemands avaient également fait évacuer les communes de Waville, Onville, Saint-Baussant et Lahayville. Tous les hommes avaient été emmenés immédiatement en Bavière. Les femmes et les enfants étaient conduits à Essey et logés dans l'église avec les vieillards. Le 15 octobre, les Français bombardèrent Essey ; deux obus tombèrent sur l'église, où ils causèrent une grande panique.
Les Allemands décident alors d'envoyer les vieillards et les femmes à Rembercourt.
Tous ceux qui étaient dans l'église prirent place dans les voitures, à la sortie du village.
Le triste convoi dut faire halte pour permettre à quelques « herr offiziers » de prendre des photographies.
A leur arrivée à Rembercourt, les malheureux apprirent à leurs concitoyens que par suites des privations et du manque d'hygiène, la mort avait causé de nombreux vides parmi les vieillards. Aucune sépulture ne leur avait été donnée. Les corps étaient restés dans l'église avec les vivants. On apprit aussi que des malheureux impotents, laissés sans soins, étaient morts de faim à leur domicile.
Les habitants d'Essey apprirent également que leur malheureuse commune avait été mise au pillage. Tous les meubles, le linge, la vaisselle, le vin avaient été enlevés, placés sur des automobiles qui avaient pris la route de Metz.
Les femmes allemandes, venues comme à une partie de plaisir à Essey, avaient consciencieusement fouillé les armoires pour s'emparer des vêtements, bijoux dont quelques-unes s'en parèrent aussitôt.
Comme les habitants avaient caché leurs valeurs dans des cachettes, les Allemands fouillèrent profondément le sol des caves.
Ils défoncèrent les planchers, piochèrent les jardins. Aussi tout l'argent fut découvert.
Du reste, les Allemands cantonnant à Rembercourt et qui avaient séjourné à Essey, déclarèrent à quelques habitants que, dans cette dernière commune, ils avaient enlevé plus de 200.000 francs. Ils ajoutèrent qu'ils n'auraient jamais cru qu'une pareille fortune pût se trouver dans un village !

L'habitant d'Essey qui nous a fourni ces derniers renseignements avait pu quitter Rembercourt dès la fin de décembre pour se rendre à Conflans, où il séjourna plusieurs semaines.
Il nous a déclaré que cette dernière ville n'avait pas souffert, mais qu'en revanche la petite commune de Jarny était complètement détruite.
Dans les magasins de Conflans, on peut se procurer de nombreuses cartes postales illustrées éditées en Allemagne, représentant les ruines de nos malheureux villages, détruits par nos ennemis.
Le 9 janvier, les autorités allemandes permettaient à six cents Lorrains habitant Conflans de gagner la Haute-Savoie par l'Allemagne. Réunis dans la cour de la gare, les six cents émigrés montèrent dans les wagons. Pendant quatre jours et quatre nuits ils voyagèrent dans le même compartiment avant d'arriver à Schaffouse. Pour tout aliment, ils reçurent un peu de saucisse, le deuxième jour un morceau de pain.
Les seuls incidents du voyage furent à Landau, le refus du gouverneur de recevoir les Lorrains, et à Carlsrhue, la douloureuse séparation d'avec les hommes âgés de 16 à 50 ans, qui durent quitter leur famille, restant prisonniers en Allemagne.
En terminant cet intéressant récit, ce brave homme nous a fait le plus grand éloge des habitants de Rembercourt qui, malgré le joug allemand, se sont entièrement dévoués pour leurs concitoyens du canton de Thiaucourt Il a fait ressortir ainsi la façon généreuse dont les Suisses accueillent nos malheureux compatriotes et tâchent, par leurs soins et leurs attentions délicates, de leur faire oublier les misères, les outrages qu'ils ont dû subir de la part des Allemands.
CH. LENOBLE.

AU PAYS MEUSIEN

Extraits du Bulletin des réfugiés meusiens :

A SAINT-HILAIRE
Le village servit d'abord de cantonnement aux troupes françaises ; bientôt, hélas ! celles-ci furent remplacées par des troupes allemandes qui devaient y rester et y sont encore aujourd'hui.
La vie est dure pour les habitants.
« Dépeindre toutes les angoisses et les frayeurs par lesquelles nous sommes passés, nous écrit l'un d'eux, est chose impossible. »
Les postes allemands étant mal ravitaillés, les Prussiens venaient, à minuit comme à midi, réclamer du pain, du lard, des oeufs., pillaient les maisons, toujours baïonnette au canon du fusil.
Vinrent ensuite les passages de troupes : il fallait être sur pied toutes les nuits et avoir du feu prêt pour les ennemis.
L'occupation définitive ne tarda guère Les maisons regorgeaient d'hommes et de chevaux, A partir du 15 octobre, les obus commencèrent à pleuvoir, et, à certains moments, on en était largement arrosé. La maison occupée par M. Jules Brul en reçut six pour sa bonne part. La vie sous la mitraille était un véritable enfer.
Dernièrement, enfin, les Allemands se décidèrent à faire partir une partie de la population.
Auparavant, ils avaient donné ordre aux habitants de déposer entre leurs mains l'or, l'argent, les billets français qu'ils pouvaient avoir ; en échange, ils leur avaient remis des billets allemands. Celui, en la possession duquel ils auraient trouvé de l'argent français, aurait été fusillé sans autre forme de procès.
- Neuf habitants furent désignés pour former le premier convoi : M. Ambroise père ; Mme Darbois ; Mme Louis-Jullot et ses enfants ; Mme Ang. Brul et ses enfants.
On leur adjoignit cinq habitants de Wadanville-en-Woëvre, village distant de deux kilomètres et demi : M. Alph. Lallemand ; M. Leroy père ; M. Emile Lallemand et ses deux filles. (Depuis la déclaration de guerre, la femme de ce dernier est morte, et sa maison est complètement incendiée.)
Après diverses pérégrinations, ces exilés sont dans la Haute-Savoie depuis une quinzaine de jours.

A DOMMARTIN-LA-MONTAGNE
Les Allemands, arrivés le 21 septembre, ont fusillé, le surlendemain, Charles et Emile Garzandat, deux frères jumeaux, âgés de 69 ans. Ces deux hommes venaient avec un panier, de chercher des prunes Les Prussiens prétendirent qu'ils venaient de donner des renseignements aux Français. Lés Barbares ont ensuite enfermé toute la population civile dans la maison d'école pendant un mois ; puis, vers le 25 octobre, ils l'ont transportée en Allemagne en plusieurs convois.

A SAINT-MAURICE
Un habitant de Saint-Maurice emmené en Allemagne à la fin de décembre et récemment rentré en France, nous communique quelques renseignements sur l'occupation allemande dans cette localité.
Le 20 septembre, deux gendarmes embusqués dans le cimetière tirèrent sans succès sur une patrouille de uhlans; le village n'étant pas occupé par nos troupes, cette surprise aurait pu avoir pour les habitants les suites les plus graves, si une compagnie de coloniaux, (réserve du 15e corps, arrivée dans la nuit, n'avait sauvé la situation.
Le lendemain, le village fut bombardé, puis, devant les Allemands, arrivant en nombre, les coloniaux se retirèrent, après un combat assez violent sur la Côte.
Dès la prise du village, les Allemands arrêtèrent le maire, M. Guillozet, et le curé, M. l'abbé Libre, qui furent enfermés pendant trois mois avec l'autorisation de recevoir leur repas du dehors et de communiquer avec leurs familles pendant deux heures par jour. En décembre, ils furent emmenés en Allemagne avec une vingtaine d'habitants, dont M. Bastien, juge de paix de Vigneulles, et sa femme ; Mlle Libre, soeur du cure ; Fancien curé d'Hannonville, vieillard aveugle et presque impotent, etc. Les jeunes gens valides furent emmenés. des les premiers jours de l'occupation, les autres habitants furent employés à des corvées d'entretien des routes ; chaque soir on les parquait dans
un magasin situé au centre du village pour y passer la nuit.
Les Allemands procédèrent à de nombreuses et minutieuses perquisitions chez les habitants soupçonnés de cacher des armes ou d'avoir des installations téléphoniques. Ils fusillèrent 8 personnes, dont 4 soldats. 2 habitants d'Hannonville, Mme Barrois et M. Bilde, ce dernier pour avoir caché un fusil sous un tas de foin.
Les maisons habitées furent respectées, les autres furent entièrement pillées. La population ne manque pas de vivres et les Allemands n'ont pas volé les réserves de provisions des habitants restés au village. Les officiers sont assez convenables ; ils se sont fait photographier, à plusieurs reprises, avec de jeunes enfants sur les bras. Les troupes cantonnées à Saint-Maurice ne sont pas nombreuses ; ce sont en grande partie des soldats d'origine polonaise qui n'ont pour le kaiser et la guerre qu'un enthousiasme très modéré. ne dissimulaient pas toujours leur satisfaction lorsque des obus français tombaient sur le village, leur faisant croire à l'approche de nos troupes.
Les bombardements sont assez fréquents, mais ils n'ont produit jusqu'à ce jour que peu de dégâts, même celui des Allemands du 21 septembre (un obus a éclaté sur la maison de Mlles Ligier, tuant 5 officiers allemands en train de déjeuner). Toutefois, notre artillerie a fait d'assez grands ravages parmi les troupes qui sont dans les bois et sur lia Côte de Saint-Maurice, qu'un officier a avoué n'être plus qu'un « vaste cimetière ».
Les Allemands avaient voulu imposer à la commune une contribution de guerre de 50.000 francs en or et en argent ; mais devant l'impossibilité matérielle de réunir cette somme considérable, ils n'insistèrent pas.
L'église, les maisons Bloquin et Pierson (en face de l'église), avaient été transformées en ambulances ; mais, en novembre, les blessés et les malades furent évacués sur le château de Saint-Benoit, qui se trouve à proximité de la ligne de raccordement à voie normale de vigneulles à Chambley.
Sont décédés au cours des quatre derniers mois de 1914 : Mmes Pano, Laure Ligier, Lucie Laurent ; MM. Grandgérard, Jules Rodrique et Dumanois père.

LA CONFÉRENCE DE LONDRES

Nancy 20 février.
On fait bien du bruit autour de la conférence de Londres et des décisions si on peut dire - qui ont été adoptées par le parti socialiste, ou du moins par quelques socialistes réunis des nations alliées.
Quelques esprits prompts à s'émouvoir ont vu dans cette parlote internationale une sorte d'abandon dé nos droits. D'autres y ont souligné une menace contre l'union dans l'avenir.
Du côté socialiste au contraire, certains ont tenté une explication, et ont déclaré que la motion confuse préparée dans ce congrès, qui n'est pas un congrès, est une victoire sur le socialisme allemand.
J'avoue que je n'y vois rien de tout cela. Les socialistes assemblés à Londres ont, comme dit un des délégués, le citoyen-Després, député de Charleroi, répété dans des circonstances exceptionnelles les cris qu'ils poussent dans les circonstances normales.
C'est cela et rien que cela. A quoi bon grossir ou déformer l'incident ?
Nous sommes tellement accoutumés maintenant à peser le sens des mots, - la concision des communiqués de la guerre est pour beaucoup dans cet entraînement, - que nous commençons à peser même les paroles des congrès socialistes.
Pourtant on sait bien que les socialistes ont des formules qui n'ont pas de sens, que l'on répète parce que c'est l'usage, que l'on se transmet de camarade à camarade sans chercher autre chose qu'un effet oratoire.
Il n'est pas besoin de chercher bien avant pour trouver une contradiction effarante. La conférence de Londres avait jugé utile d'exclure la presse et de proscrire tout compte rendu des débats. C'était indiquer clairement que tout n'est pas bon à dire en public.
Pourtant, oubliant à la fin ce qu'elle avait décidé au commencement, elle estime déplorable le système des diplomaties secrètes. Ainsi la façon d'établir les traités lui apparaît, si elle est publiée moins dangereuse que le compte rendu des délibérations d'un parti.
C'est à la vérité mettre le parti bien haut.
Ceci n'est qu'une indication sur le peu d'importance que la conférence de Londres attribue aux mots et aux gestes, mais une indication assez précise.
Dans ces conditions doit-on être frappé de tant d'épouvante et professer tant d'indignation pour le verbalisme simili-révolutionnaire de tous ces entretiens ?
Non pas. Il faut prendre celui-ci pour ce qu'il est, un rite qui ne signifie rien, et auquel les socialistes seraient désespérés qu'on, attribuât un sens quelconque.
Les habitudes, - surtout les mauvaises, - nous tiennent très fort, notamment quand elles prennent naissance dans l'âme obscure de congressistes désireux de plaire à un parti, et souhaitant ardemment qu'à chaque parole chacun puisse donner la signification qui flatte le plus ses instincts, ses idées, ses conceptions.
Assurément il ne convient pas, sous peine d'avoir de gros déboires, de demander à des chefs de parti l'héroïsme de la sincérité. Le chef de parti est l'esclave de ce qu'il croit être son parti.
Souvent il se trompe. Cette fois-ci les chefs du parti socialiste se sont trompés.
Le parti socialiste au feu n'est pas le parti socialiste en réunion publique. Anglais, Belges, Russes, Français, les socialistes se battent pour la patrie et pour la liberté, et ne veulent pas savoir autre chose.
Il est possible que cette union sacrée ne dure pas plus longtemps que la guerre. Mais il est certain aussi que d'ici là bien des points de vue auront changé. Il restera quelque chose de l'élan commun, de la fraternité présente, des dangers que l'on a couru ensemble, des espoirs qu'ensemble on a nourris. L'adversaire d'hier est devenu le camarade de maintenant. On se connaît mieux, on s'est porté secours les uns les autres, on a mangé le même pain, pataugé dans la même boue, reçu des blessures des mêmes balles, marché du même pas vers la mort ou vers la victoire.
Et de cela il ne resterait rien ?
Chacun, oubliant cette existence de douleurs, de privations et d'enthousiasme, retournerait à ses idées, à ses bas intérêts, à ses haines ? La solidarité émouvante qui tient bras à bras, coeur à coeur, les patrons et les ouvriers, les citadins et les paysans, les civils et les militaires, on la déposerait en même temps que la capote et le fusil, au moment où la France victorieuse signerait la paix ?
Allons donc ! Ce n'est pas un rêve, cela, c'est-un cauchemar.
Le gouvernement allemand a déclaré la guerre, c'est entendu. Mais les socialistes allemands n'ont-ils pas pillé, violé, incendié, fusillé ? Les socialistes allemands, - sauf une demi-douzaine, - n'ont-ils pas approuvé leur gouvernement, et signé de sang français, russe, belge et anglais leur approbation ?
L'Internationale est morte. Les socialistes allemands l'ont tuée. Ce n'est pas la victime la plus pitoyable de la guerre. Quand la guerre sera terminée, nous nous souviendrons, tous les Français, que pendant des mois et des mois il y a eu non pas la lutte des classes, mais l'émulation des classes pour la défense du pays.
Et s'il n'est vraiment plus possible d'être frères toujours, les Français seront certainement, même dans la juste défense des intérêts, des amis.
RENÉ MERCIER.

LE VOTE OU BUDGET

Nancy 20 février.
La séance s'est ouverte, vendredi, à dix heures du matin, sous la présidence de M. Simon, maire, assisté de tous les adjoints.
M. Grosjean donne lecture de son rapport sur le projet de budget de la ville de Nancy, pour l'année 1915.
De nombreuses augmentations de dépenses sont portées aux premières prévisions.
Le budget pour l'année 1915 se présente ainsi :
Recettes ordinaires et extraordinaires 6.200.034 fr. 21
Dépenses ordinaires et extraordinaires 6.241.304 fr. 54
Soit un excédent de dépenses de 41.270 fr. 33
M. le maire ayant donné connaissance de ces chiffres déclare que, pour couvrir le déficit, il propose d'établir 1 cent. 08 additionnel sur le principal des contributions qui produira une somme de 42.670 fr., soit un excédent de recettes de 3.389 fr.
Le budget est adopté à l'unanimité, moins une voix.
Le conseil adopte ensuite plusieurs marchés de gré à gré.

LEURS ATTAQUES CONTINUENT
aussi infructueuses que sanglantes

Paris, 20 février, 15 h. 20.
En Belgique, l'ennemi a bombardé Nieuport, les bains et les dunes. Ses batteries ont été efficacement contre-battues par les nôtres.
Les Allemands paraissent avoir engagé des forces importantes dans l'attaque dirigée hier contre nos tranchées à l'est d'Ypres. Après un bombardement intense de nos positions, ils ont attaqué à la baïonnette; mais ils ont été repoussés, et notre artillerie a pris sous son feu les réserves qui devaient appuyer l'attaque. Les pertes allemandes ont été très élevées.
De la Lys à l'Oise et sur l'Aisne, dans la région de Berry-au-Bac, grande activité d'artillerie. Il se confirme que les pertes de l'ennemi en Champagne, au cours des dernières journées, ont été considérables. D'après les dires des prisonniers, un bataillon aurait été anéanti.
Sur les Hauts-de-Meuse, à la fin de la journée d'hier, l'ennemi a prononcé contre les tranchées que nous avons conquises aux Eparges une quatrième contre-attaque, enrayée comme les trois précédentes par le feu de notre artillerie.
Dans les Vosges, l'ennemi a continué, sans succès, ses contre-attaques sur la cote 607 (sud de Lusse). Au Sattel (sud de la Fecht), l'ennemi est parvenu à prendre pied sur l'éperon est (Reichackerkopf). La lutte continue sur ce point, où nous avons un poste avancé.
La pluie et la neige tombent dans les Vosges.

Paris, 21 février, 0 h. 35.
Voici le communiqué du 20 février, 23 heures : En Belgique et sur tout le front jusqu'à Reims inclus, canonnades et fusillades.
Notre action continue en Champagne dans de bonnes conditions. Nous avons repoussé plusieurs contre-attaques et fait de nouveaux progrès au nord de Perthes, en occupant un bois que l'ennemi avait fortement organisé.
En Argonne, quelques engagements peu importants. Aux Eparges, au sud de Verdun, après avoir repoussé une sixième contre-attaque de l'ennemi, nous avons prononcé une nouvelle attaque, qui nous a permis d'élargir et de compléter nos progrès réalisés hier. Nous avons pris trois mitrailleuses et deux lance-bombes et fait deux cents prisonniers, dont plusieurs officiers.
Sur les positions que nous avons enlevées à Xon, nous avons trouvé des morts appartenant à cinq régiments différents.

QUELQUES BEAUX FAITS D'ARMES
Dans l'Argonne et dans les Vosges

Vous complétons les dépêches télégraphiques déjà publiées sur les faits de guerre (période décadaire du 7 février matin au 17 février au soir) par le texte même du rapport officiel, pour les ardents combats de l'Argonne et ceux de la Meuse aux Vosges :

DANS L'ARGONNE
Brillant succès de notre infanterie

Dans l'Argonne, une pluie violente, continue, mêlée de, tempête de neige, abonné aux opérations un caractère particulièrement pénible.
Les combats n'ont pas sensiblement modifié le front des deux adversaires. Notre ligne a été portée en avant de quelques centaines de mètres, le 17 février. Dans les journées précédentes, nous l'avions maintenue.
Les actions d'infanterie, qui se sont déroulées dans cette région, ont été extrêmement vives et sanglantes. Il est facile de s'en expliquer la raison.
Notre ligne principale de résistance, très fortement organisée, n'a jamais été attaquée par les Allemands. Tous les combats des dernières semaines se sont livrés sur des « saillants » : saillant de Bagatelle, saillant du Doigt-de-Gant, de Marie-Thérèse, qui sont des éléments isolés et avancés, sans lien direct avec la position Les adversaires, aussi acharnés les uns que les autres, se les disputent sans relâche. En fin de période décadaire, nous avons conservé la totalité de ces saillants. Nous avons même, comme il a été dit plus haut, fait quelques progrès dans le bois de la Grurie.
Ce résultat a été obtenu au prix d'efforts énergiques et particulièrement méritoires.
Au saillant de Bagatelle, c'est le 7 et le 8 que les Allemands nous ont surtout attaqués. Ils ont engagé ces deux jours-là un régiment, et nous un bataillon.
Dans la soirée du 7, nous avons perdu une centaine de mètres de tranchées. Nous les avons repris le 8 et dans la journée suivante, il n'y a eu que des rencontres d'avant-postes.
Par contre, le 17, a l'ouest de Bagatelle, nous avons enlevé plusieurs centaines de mètres de terrain. Dans l'après-midi., les Allemands, avec une véritable furie, ont essayé de les reprendre. Un corps-à-corps forcené s'est engagé entre les adversaires. On s'est battu a l'arme blanche pendant plus de trois heures.
Nos troupes, dans ces actions, ont eu complètement l'avantage. Les Allemands ont été repoussés et décimés par nos baïonnettes. Notre infanterie a prononcé coup sur coup plusieurs charges magnifiques. Le 17 au soir, elle était organisée sur le terrain conquis et en interdisait l'accès à l'ennemi.
A Marie-Thérèse, le 9 et le 11, la lutte, sous la pluie, dans la boue, a été plus chaude et plus longue. Notre ligne, en ce point, marque un saillant accentué qui a tenté l'effort de l'ennemi. Le 10 à 8 heures du matin, il a commencé le bombardement de nos avancées, en inondant de projectiles d'artillerie et de bombes le terrain en arrière. Il a en même temps poussé ses travaux de sape jusqu'au contact immédiat de nos tranchées.
Après une forte préparation d'artillerie, il a fait sauter une quinzaine de mètres au bastion de Marie-Thérèse et jeté sur les deux façes du saillant de très grosses bombes qui y ont déterminé d'énormes excavations. Immédiatement après, il a prononcé avec trois bataillons une attaque d'infanterie.
Les premiers rangs étaient formés d'hommes armés de grenades et de bombes. Derrière eux s avançait le gros.
Le jet de bombes sur nos hommes, qui s'étaient entassés dans les parties de tranchées momentanément à l'abri, puis dans les boyaux de communication, nous a causé des pertes, trois officiers ont été mis hors de combat. Les compagnies, décimées, ont cédé sous la poussée de l'ennemi, entraînant celles qui tenaient les tranchées en arrière. A gauche et à droite, au contraire, les compagnies voisines ont conservé leurs positions.
Une contre-attaque a été exécutée aussitôt, mais elle est tombée sous le feu des mitrailleuses que l'ennemi avait amenées avec lui et n'a pas pu déboucher. Elle a, en revanche, arrêté les Allemands en avant de notre seconde ligne et repris, dans la partie gauche du secteur perdu, une partie de nos anciennes tranchées.
Une tranchée de barrage a été aussitôt établie entre les deux lignes et nous nous y sommes maintenus, malgré une très forte attaque qui est arrivée jusqu'à nos parapets, mais qui a été repoussée. Les Allemands y ont laissé beaucoup de monde.
Nous avons repoussé à la même heure une attaque sur Fontaine-de-Madame.
Dans l'après-midi, nous avons prononcé à Marie-Thérèse une nouvelle contre-attaque qui a réussi a regagner sur la droite 150 mètres de tranchée de première ligne, mais qui au centre, prise d'enfilade par des mitrailleuses, a dû s'arrêter en se cramponnant au terrain.
Pendant la nuit, des coups de main heureux, des reconnaissances nombreuses nous ont permis de reprendre un lance-bombes et un canon de tranchées, qui avaient été perdus le matin.
Notre ligne nouvelle a été solidement organisée. tandis que l'ennemi s'installait à 400 mètres de notre ancienne première ligne, n'ayant gagné, par rapport a ses anciennes positions, qu'une vingtaine de mètres et n'ayant en rien entamé les nôtres.
Notre artillerie a infligé aux troupes allemandes des pertes énormes. Devant nos tranchées, sur le terrain d'abord perdu, puis repris, gisent plus de 400 cadavres ennemis. Toute la tranchée de première ligne des Allemands est constituée par un amoncellement de leurs cadavres.
Nos sapeurs du génie se sont particulièrement distingues en organisant, sous un feu très vif, nos nouvelles positions.
L'attaque ennemie avait été faite, d'après les déclarations des prisonniers, avec une brigade et demie. Nous avons perdu, en tués ou blesses, environ 500 hommes.
Des officiers français ont vu des soldats allemands achever plusieurs de nos blessés à coup de revolver de poche.
Il convient enfin de signaler les progrès que nous avons réalisés dans la partie est de l'Argonne et entre l'Argonne et la Meuse.
Les Allemands ont attaqué nos lignes dans la région du Four-de-Paris et du ruisseau des Meurissons, dans la journée du 17. Ils ont été repoussés avec de fortes pertes.
En même temps, notre infanterie réalisait des progrès appréciables sur le front est de l'Argonne, à la cote 265, qui domine le village de Boureuilles.
Elle gagnait aussi du terrain sur toute la ligne qui s'étend de l'Argonne à la Meuse, dans divers bois, - bois de Cheppy, de Malancourt et de Forges.
Ce ne sont là que des actions locales dont on ne doit pas exagérer la portée des effectifs restreints y ont été engagés. Mais le succès qu'elles ont obtenu témoigne avec une continuité impressionnante de la valeur offensive conservée par notre infanterie en dépit de son long séjour dans Les tranchées.

DE LA MEUSE AUX VOSGES

Entre la Meuse et les Vosges, le temps a été comme partout détestable. Mais, quand il pleut en Woëvre, tout mouvement devient impossible. Deux petites actions locales, une sur les Hauts-de-Meuse à Saint-Remy, l'autre à Xon, sur la rive droite de la Moselle, sont seules à signaler.
Dans la soirée du 9 février, nous avons attaqué le village de Saint-Remy (7 kilomètres de Fresnes-en-Woëvre, et à 23 kilomètres de Verdun, sur le Longeau), avec une compagnie pour reconnaître l'organisation des lignes ennemies. Un sol détrempé, une pluie fine, une nuit très obscure rendaient la marche et les liaisons particulièrement difficiles.
A deux heures et demie du matin, trois sections, en rampant, ont atteint simultanément les abords du virage.
La section nord franchit aussitôt les barricades établies sur la route des Eparges, surprend le poste, fait une vingtaine de prisonniers, dont un sous-officier, et pénètre dans le village.
Par contre, la section du centre et la section du sud se heurtent à des réseaux de fil de fer barbelé très solides, établis à partir de l'église et bordant toute la partie ouest et sud du village. Les cisailles n'arrivent pas à triompher de la résistance des fils de fer. L'opération est pénible, prend du temps et fait du bruit. L'éveil est ainsi donné.
Avant que le travail soit achevé, les Allemands ont lancé une vingtaine de fusées éclairantes. Le feu est ouvert sur nos deux sections. Ordre est alors donné à nos hommes d'employer des explosifs et d'entrer, coûte que coûte, dans le village pour achever la reconnaissance.
Cet ordre est aussitôt exécuté et la reconnaissance offensive atteint son but. A 4 heures un quart, les trois sections regagnent la croupe de Saint-Remy, ayant fait une quarantaine de prisonniers et tué une centaine d'Allemands. Nous avons de notre côté deux soldats tués et dix blessés. Tous les blessés ont pu être sauvés.
L'entrain de nos troupes a été admirable. Quelques soldats s'étaient fait porter malades le matin, au moment ou il s'était agi de faire des corvées. Ils ont tous, spontanément, demandé à aller au feu, quand, le soir, l'ordre d'attaquer a été donné.

Au signal de Xon Au bois
Le Prêtre, nous avons enlevé plusieurs tranchées.
Au Signal-de-Xon, une. grand'garde française a été attaquée, le 13, par deux bataillons allemands. Elle a dû se replier, abandonnant la crête. Mais, le 14, une contre-attaque nous a ramenés à notre point de départ. Il n'y a pas eu, depuis lors, de nouvel effort allemand.

A la ferme Sudel
Dans les Vosges, on doit signaler de brillants succès de nos chasseurs, près de la ferme Sudel.
Dans la journée du 11, après une préparation d'artillerie très violente, un de nos bataillons a attaqué et enlevé successivement un bois et un ouvrage fortement organisés. Nous avons fait une trentaine de prisonniers, pris deux mitrailleuses et du matériel.
L'ennemi a alors prononcé deux contre-attaques : l'une venant de Rimbach, a été arrêtée net par le tir efficace de notre artillerie; l'autre n'a pas pu déboucher.
Nos pertes se sont élevées à une centaine de tués et de blesses, dont trois officiers. L'attaque a été très vivement menée, avec une liaison étroite entre l'artillerie et l'infanterie.
Le lendemain, nous avons occupé la cote 937, à trois cents mètres air nord-ouest de la ferme Sudel.
L'attaque a commencé a 16 heures. A 17 heures. le résultat était acquis. Nous avions subi des pertes insignifiantes.
Dans la matinée du 12, l'ennemi a violemment canonné les positions conquises par nous, mais sans obtenir aucun résultat.
Dans les journées du 16 et du 17, nos troupes ont continué à progresser. Les Allemands ont prononcé plusieurs contre-attaques qui ont été repoussées, et sur notre riposte ils ont été obligés d'abandonner plusieurs des croupes qui dominent la ferme Sudel.
Nous leur avons pris dans cette région un gros lance-bombes, plusieurs mitrailleuses et plus de 20.000 cartouches. Notre ascendant paraît s'être affirmé d'une façon durable.
Sur le reste du front vosgien, tout mouvement a été impossible pour les Allemands comme pour nous. La pluie, le brouillard, la tempête de neige opposaient à l'infanterie et même à l'artillerie un obstacle irréductible.
On peut signaler seulement quelques petites attaques allemandes, toutes repoussées, le 9, à l'est de Badonviller, le 10, à la Fontenelle et à Manonviller, le 13, dans la haute vallée de la Lauch.

LES EFFORTS ALLEMANDS
en Champagne et en Argonne
NOUS VALENT DE BEAUX SUCCÈS

Paris, 21 février, 13 h. 10.
En Belgique, quelques actions d'infanterie dans le secteur d'Ypres. Nous avons repris un élément de tranchée que l'ennemi avait occupé un moment. Il se confirme que les Allemands ont laissé sur le terrain plusieurs centaines d'hommes. Nos pertes sont peu élevées.
En Champagne, tous nos gains ont été maintenus. Deux contre-attaques ennemies à la fin de la journée d'hier ont échoué.
Dans les Vosges, nous avons repoussé trois attaques : une sur la rive droite de la Fecht, deux sur la rive sud. Nous avons ensuite contre-attaqué. Le combat continue.
Voici le communiqué du 21 février, 23 heures :
Canonnade intermittente de la mer à l'Aisne, avec tirs très efficaces de notre artillerie.
En Champagne, une contre-attaque, brillamment refoulée, a été suivie d'une poursuite énergique de l'ennemi qui nous a rendus maîtres de la totalité des tranchées allemandes au nord et à l'est d'un bois enlevé par nous hier.
Sur le reste du front de combat, deux autres contre-attaques ont été repoussées et nous avons réalisé de nouveaux progrès, notamment au nord de Mesnil. Nous avons pris deux mitrailleuses et fait une centaine de prisonniers.
L'ennemi a prononcé, aux Eparges; une septième contre-attaque pour reprendre les positions conquises par nous depuis deux jours.

L'OCCUPATION A ONVILLE

Onville a été occupé depuis le 20 août j'usqu'à la fin d'octobre, par des troupes bavaroises, puis par des troupes de Westphalie qui y sont encore à l'heure actuelle.
On ne cite pas de violences contre les personnes ; aucune maison n'a été incendiée ; quelques habitants seulement, des jeunes gens notamment, ont été emmenés en captivité.
Les Allemands ont réquisitionné tout ce qu'ils ont trouvé comme vivres. On affirme qu'il n'y a plus, à Onville, une goutte de vin.
Les ennemis vendent aux habitants du pain noir, à raison de 0 fr. 30 la livre. Chaque habitant a droit à une livre par jour. Il n'y a plus de viande, plus de pétrole, plus de bois de chauffage. Les soldats vont couper, au hasard, dans les forêts avoisinantes, le bois qui leur est nécessaire pour le chauffage. Ils ont également coupé tous les noyers.
Les habitants ne reçoivent que des nouvelles de source allemande. On leur dit que les Allemands sont à 30 kilomètres de Paris, que leurs zeppelins ont brûlé Nancy et que l'armée française, aussi bien comme courage que comme matériel et comme approvisionnements, est très inférieure à l'armée allemande !

AU PAYS MEUSIEN

Du « Bulletin des réfugiés meusiens » :
Chaillon. - Toute la population a été emmenée le 11 janvier. Le village est transformé en camp de ravitaillement. Une vingtaine de maisons ont été démolies de fond en comble, et les matériaux ont servi aux tranchées de toutes sortes. L'église n'a pas trop souffert La nouvelle voie ferrée ne dépassait par Creüe.

La région de Fresnes. - Un de nos concitoyens nous écrit :
« J'y étais il y a cinq jours. Ce que je puis vous dire, c'est qu'il ne reste rien. Tout est incendié ou détruit. Il en est de même de beaucoup de villages des environs : Champion, Riaville, Pintheville, Hennemont, Les Eparges, endroit où les tranchées françaises et allemandes sont à moins de vingt mètres de distance, notre artillerie fait du travail, car de l'endroit X où je me tiens souvent pour régler le tir, on voit très bien nos 75 faire voler tout en l'air, Prussiens, tranchées, mitrailleuses boches. Tout ceci réjouit le coeur ; les Allemands ont beau se cramponner, le jour n'est pas éloigné où ils sauteront tous. Au village de Mesnil, où je loge avec mon détachement, ils nous tirent dessus tous les jours, mais les résultats qu'ils obtiennent sont maigres ; à part quelques murs écroulés, des toits percés, depuis un mois et demi que j'y suis, je n'ai vu que deux blessés. Les caves servent de refuge, ils peuvent alors taper dessus, nous les narguons. »

VIFS COMBATS EN ALSACE
où l'ennemi
A SUBI DE LOURDES PERTES

Paris, 22 février, 15 h. 18.
Rien d'important à ajouter au communiqué du 21 février, soir.
Entre Argonne et Meuse, à la lisière du bois de Cheppy, nous avons enlevé une tranchée ennemie et élargi nos positions.
Aux Eparges, nous avons gagné du terrain sur un point et reculé légèrement sur un autre.
Des combats d'infanterie où l'ennemi a engagé trois régiments, se sont poursuivis en Alsace sur les deux rives de la Fecht. Nos avant-postes se sont repliés sur notre ligne de résistance que nous occupons fortement. L'ennemi a attaqué en formations denses et profondes qui lui ont occasionné de lourdes pertes.

VENGEANCE DE SAUVAGES
Furieux d'échecs sur tout le front, les Allemands bombardent de nouveau Reims et envoient un Zeppelin sur Calais.

Paris, 23 février, 0 h. 50.
Voici le communiqué officiel du 22 février, 23 heures :
Un Zeppelin a bombardé Calais dans la matinée. Il a Lancé dix projectiles qui ont tué cinq personnes appartenant à la population civile. Il n'a causé que quelques dégâts matériels sans importance.
Nos batteries ont démoli une pièce lourde, établie près de Lombaertzyde.
Entre la Lys et l'Aisne, tirs efficaces de notre artillerie sur des rassemblements et des convois, qui ont été dispersés.
L'ennemi a bombardé Reims, violemment, dans la nuit du 21 au 22 et dans la journée du 22 février. Le bombardement a fait d'assez nombreuses victimes, auxquelles les Allemands ont fait ainsi payer leurs échecs de ces derniers jours.
Sur le front Souain-Beauséjour, nous avons réalisé de nouveaux progrès Nous avons enlevé une ligne de tranchées et deux bois. Nous avons repoussé complètement d'eux contre-attaques particulièrement violentes, fait des prisonniers nombreux et infligé à l'ennemi des pertes élevées.
En Argonne, notre artillerie et notre infanterie ont pris l'avantage, notamment près de Fontaine-aux-Charmes, Marie-Thérèze et le bois Bolant.
Entre Argonne et Meuse, nos progrès des deux derniers jours ont été élargis et consolidés.
Aux Eparges, nous avons continué, par de nouvelles attaques, à gagner du terrain. Nous tenons maintenant la presque totalité des positions ennemies.
Combres, au sud-est d'Eparges, est ainsi sous notre feu.
Au bois Bouchat, au sud d'Eparges, une attaque allemande a été repoussée.
Au Bois Brûlé, dans la forêt d'Apl"'h mont, nous avons enlevé une tranchée.
En Alsace, nous avons occupé la plus grande partie du village de Stoswihr, dont nous ne tenions hier que les lisières.

LE COMITÉ
de défense des Réfugiés lorrains

Je soussigné, préfet de Meurthe-et-Moselle,
Vu le décret du 2 août 1914 et la loi du 5 août 1914 relative à l'état de siège,
Considérant qu'il s'est créé récemment à Nancy un comité dit « Comité de défense des réfugiés lorrains », que ce titre déjà est fâcheux puisqu'il peut faire croire aux personnes mal informées que les réfugiés lorrains sont, à Nancy, attaqués ou menacés, et qu'ils ont ainsi besoin d'être « défendus », ce qui est gravement contraire à la vérité.
Considérant qu'en dépit de ce mauvais début, ce comité eût pu rendre d'éminents services aux réfugiés s'il avait eu la sagesse de ne point sortir du rôle qui était réellement le sien, et de se borner à guider et conseiller les réfugiés, à leur faire connaître à qui ils devaient s'adresser, à leur, indiquer comment leurs demandes pouvaient être présentées, etc. ..et que sans doute tel était bien le rôle que s'étaient assigné la plupart des honorables membres qui, par dévouement à la chose publique, avaient accepté d'en faire partie.
Mais considérant que ce comité a laissé son président, étranger d'ailleurs au département, lui imprimer un autre caractère et prendre les plus regrettables initiatives, que le dit président n'a pas craint d'adresser de divers côtés, notamment à la Société d'assistance des réfugiés de Meurthe-et-Moselle à Paris, des lettres qui ne peuvent avoir pour effet que de jeter le trouble dans les esprits.
Qu'il existe en effet ici un « Comité nancéien d'assistance aux réfugiés », composé des personnalités les plus hautement estimées, que le dit comité a, depuis de longs mois joué un rôle éminent, rendu les services les plus signalés, dépensé pour toutes les questions touchant aux intérêts des réfugiés et sinistrés, un dévouement et une compétence dont on ne saurait trop le louer.
Que néanmoins le président du comité dit de « défense » s'est manifestement efforcé, dans les lettres susvisées, de se substituer au dit comité nancéien et en même temps qu'à la municipalité, qu'il a cherché en dehors de Nancy, auprès de personnes peu au courant de la situation locale un appui en vue de « recevoir, pour les distribuer », les secours destinés aux réfugiés.
Considérant que rien ne pourrait être plus contraire à la fois et aux intérêts véritables des réfugiés et à l'ordre public que la confusion morale ainsi provoquée, en attendant la confusion matérielle qui résulterait de sa campagne si celle-ci pouvait aboutir.
Considérant que ce n'est ni le moment ni le lieu de créer volontairement ou de risquer, par sa maladresse, de créer parmi les réfugiés un état d'agitation dont les moindres manifestations ne pourraient, de toute évidence, être un instant tolérées.
Et que les intérêts des réfugiés, dont la situation est, dans l'immense majorité des cas, digne de toute sympathie et de tout respect, continueront à être traités tant par d'administration préfectorale que par la municipalité de Nancy et aussi par le Comité nancéien d'assistance, chacun en ce qui le concerne, dans le même esprit qui les a jusqu'à ce jour animés, c'est-à-dire avec le double, souci de bienveillance et d'ordre, d'humanité et de contrôle, avec la double volonté de soulager fraternellement les misères, mais aussi de défendre les finances publiques contre les tromperies et de prévenir les abus,
Arrête :
Article 1er. - Le comité dit « Comité de défense des réfugiés lorrains » est dissous.
Art. 2. - M. le commissaire central est chargé de l'exécution du présent arrêté.
Nancy, le 22 février 1915.
Le Préfet,
Signé : L. MIRMAN.

LES OTAGES LORRAINS AU FORT D'INGOLSTADT

ANNEMASSE, février. - Un entrepreneur longovicien, M. Remy, qui a passé cinq longs mois au fort Van der Thann, d'Ingolstadt, m'a donné aujourd'hui quelques renseignements sur diverses personnes qui partageaient en Allemagne les rigueurs de la captivité.
M. Remy occupait la chambre n° 34.
Il s'y trouvait en compagnie de M. Adam, maire et conseiller d'arrondissement de Fréménil ; M. Clochette, instituteur en retraite à Flin ; M. Eugène Pochel, maire de Flin ; M. Roze Camille, maire de Moyen, et le curé de cette commune emmenés tous deux comme otages.
- Des circonstances assez curieuses, nous dit M. Remy, avaient procuré au digne ecclésiastique les bottes du colonel Mac-Mahon, l'ancien commandant du 10e chasseurs à pied... Il raconta l'histoire qui lui valut le surnom de Mac-Mahon, dont il tirait avec raison quelque orgueil... »
La chambre 34 réunissait encore les deux frères Chatton, desservants l'un et l'autre de paroisses lorraines ; M. le juge de paix d'Arracourt et le curé de cette commune actuellement en traitement à l'hôpital d'Ingolstadt ; M. Pastel, suppléant du juge de paix - au même lieu comme on dit au Palais ; M. le maire de Magnières, etc...
Quand la rentrée en France fut décidée, une formule circula parmi les prisonniers. Chacun. d'eux était tenu de répondre aux questions posées. Ceux qui avaient été internés en qualité d'otages estimèrent que ce titre leur vaudrait peut-être un avantage, un tour de faveur particulier et qu'ils seraient choisis pour former les premiers détachements :
- Ils se trompaient... Dès que les officiers eurent consulté nos fiches, dit M. Remy, ils mirent de côté les otages et résolurent de les maintenir au camp d'Ingolstadt. » .
Parmi les habitants de Lunéville dont la mémoire de l'entrepreneur longovicien conserve le souvenir, citons encore un instituteur, M. Lecomte, les maires de plusieurs localités des environs de Lunéville,.
puis MM. Carrière, Alison, Granger, etc.
ACHILLE LIEGEOIS.

RÉFUGIÉS LORRAINS

La Chambre de commerce nous remet copie d'une liste d'habitants de Meurthe-et-Moselle, emmenés comme otages par les Allemands, puis relâchés, et qui se trouvent actuellement dans le département du Gard, arrondissement du Vigan.
Cette liste lui est parvenue par l'intermédiaire de la Chambre de commerce de Nîmes à laquelle elle l'avait demandée.
Cette liste ne contenant pas l'adresse actuelle des réfugiés, leurs familles pourraient correspondre avec eux en adressant leurs lettres « aux bons soins de M. le Sous-Préfet du Vigan .» Voici la liste :

ARRONDISSEMENT DU VIGAN
ÉTAT DES RÉFUGIÉS
du département de Meurthe-et-Moselle

Commune d'Abbéville. - Provang Léontine 30 ans ; Sibille Jeanne, 23 ans ; Choppe Gaspard, 66 ans ; Bachelier Léonie, 68 ans ; Barbier Marie, 66 ans.
Commune de Waville. - Thiriet Marie, 15 ans Commune d'Essey-et-Maizerais. - Peltre Florentine, 61 ans ; Mancollot Marie, 32 ans.
Commune de Saint-Baussant. - Pêcheur Marie, 25 ans.
Commune de Pont-à-Mousson. - Gauthier Anna-Catherine, 43 ans ; Gauthier Marguerite, 12 ans ; Gauthier Germaine-Marie, 10 ans ; Gauthier Georges, 9 ans ; Gauthier Camille-Louis, 7 ans ; Gauthier René-Claude, 6 ans ; Gauthier Marcel-Henri, 4 ans ; Gauthier Jeanne-Eugénie, 2 ans.
Commune d'Essey-et-Maizerais. - Chotin Marie, 36 ans ; Guéry Euphrasie, 66 ans ; Guéry Théophile, 70 ans ; François Angèle, 38 ans ; François Marguerite, 13 ans ; François Emile, 12 ans ; François Henri, 10 ans ; François Lucien, 6 ans ; François Lucie, 3 ans ; François André, 2 ans.
Commune d'Abbéville. - Lefèvre Pierre, 62 ans.
Commune de Pagny-sur-Moselle. - Nicolay Alfred, 16 ans.
Commune de Cirey. - Breton Julien, 17 ans.
Commune de Villecey. - Thierry Maurice, 18 ans.
Commune de Pagny. - Junger CamiMe, 17 ans.
Commune d'Onville. - Bastien Fernand, 17 ans.
Commune de Longwy. - Chauveau Sophie, 33 ans ; Chauveau Julien, 4 ans.
Commune de Haudreville. - Mechel Lucien 5 ans ; Mechel Marie, 24 ans.

Une PLUIE D'OBUS SUR REIMS
Dégâts et Victimes

Paris, 23 février, 15 h 30.
Rien d'important à ajouter au communiqué d'hier soir.
A l'ouest de Lombaertzyde, l'ennemi avait préparé deux attaques d'infanterie qui, prises sous notre feu, n'ont pas pu déboucher.
Le bombardement de Reims signalé dans la soirée a été extrêmement violent.
Il a duré une première fois six heures, une seconde fois cinq heures. 1.500 obus ont été lancés sur tous les quartiers de la ville. Ce qui reste de la cathédrale, particulièrement visée, a souffert gravement. La voûte intérieure, qui avait résisté jusqu'ici, a été crevée. Vingt et une maisons ont été incendiées. Vingt civils ont été tués.
A l'est de l'Argonne, entre Malancourt et la Meuse, notre artillerie a imposé silence à une batterie allemande et a fait sauter ses caissons.
Sur le reste du front, rien de nouveau.

L'AFFAIRE de NOROY et de XON
Comment nos braves du 277e en ont chassé l'ennemi la baïonnette dans les reins

Paris, 24 février, 1 h. 10.
La hauteur du Signal de Xon forme sur notre ligne, au nord de Pont-à-Mousson, un saillant.
Nous avions organisé cette position avancée, qui protège indirectement la ville de Pont-à-Mousson et domine les vallées de la Moselle et. de la Seille.
A l'est de la hauteur est le hameau, de Noroy, qu'il ne faut pas confondre avec le village de Noiroy, sur la rive gauche de la Moselle.
Ce hameau n'était occupé que par un petit poste.
Dans l'après-midi du 13 février, les Allemands, par une attaque brusquée, se rendirent maîtres du Signal de Xon et du hameau de Noroy.
Cette attaque brusquée fut exécutée par deux bataillons, et préparée par un bombardement intense d'obus de gros calibres.
La compagnie qui tenait le Signal fut assaillie par les troupes d'assaut ennemies, alors qu'elle sortait de ses abris où elle avait cherché protection contre l'artillerie. Elle fut submergée. Un officier réussit cependant à en ramener une partie dans nos lignes.
Le soir même, par une contre-attaque, nous reprenions pied sur la hauteur, dans sa partie sud.
Dans la journée du 14 février, l'action se poursuivit, et, à la fin de l'après-midi, l'ennemi ne tenait plus, sur les pentes nord, que quelques éléments de tranchées.
Il réussissait, par contre, à se maintenir sur les pentes ouest et est, où il se creusait des tranchées.
Le 16 février, nous reprîmes l'attaque. Notre artillerie bouleversa les défenses ennemies, organisées à la lisière de Noroy.
Deux compagnies du 277e d'infanterie se lancent, dès que le canon s'est tu.
Un combat acharné s'engage dans les rues, de maison à maison.
Pendant que se déroule cette lutte confuse, l'artillerie lourde allemande bombarde le village, atteignant à la fois assaillants et défenseurs.
Les soldats du 277e, sous la conduite de chefs énergiques, combattent avec opiniâtreté et font preuve du plus beau courage.
A la fin de la journée, le hameau de Noroy n'était pas encore à nous. Nous tenions seulement les tranchées s'étendant à l'est des maisons, jusqu'au cimetière.
Le même jour, sur les pentes ouest du Signal de Xon, une contre-attaque ennemie était repoussée par nos feux d'artillerie et d'infanterie.
Le 18 février, les Allemands étaient définitivement chassés de toute la hauteur du Signal de Xon et de Noroy.
Quoi qu'en ait dit le communiqué du grand état-major allemand, l'ennemi n'a pas évacué Noroy de son plein gré. Pendant plus d'une heure, une lutte très chaude s'est livrée dans le hameau, où nous sommes entrés, baïonnette au canon.
Les Allemands, très éprouvés, n'ont pu tenir ni à Noroy, ni sur les pentes du Signal de Xon.
Les cadavres allemands, très nombreux, trouvés sur le terrain, appartenaient à cinq unités différentes de la landwehr, des pionniers et des sections de mitrailleuses.
Par les importants effectifs engagés, par la concentration de leur feu, les Allemands ont révélé le prix qu'ils attachaient à ce point avancé de notre ligne.
Malgré tous les moyens mis en oeuvre, leur entreprise s'est terminée finalement par un échec complet.

Au VENTRE

Nancy, 24 février.
Les Allemands font grand tapage autour du blocus organisé par les Alliés. Avec des larmes dans la voix, les Barbares se plaignent de la barbarie avec laquelle on les traite. Faire mourir de faim des non-combattants, des vieillards, des femmes, des enfants, mon Dieu, quelle horreur !
Et c'est pour cette raison qu'ils ont décidé de torpiller tout navire neutre ou pas neutre, de commerce ou de guerre, qui tenterait de pénétrer en Angleterre, et qu'ils ont résolu d'envoyer équipages, passagers et marchandises au fond de la mer.
Pour un peuple qui fait de la méthode comme d'autres font de l'artériosclérose, et qui tient la logique pour l'unique règle de vie, le raisonnement paraît un peu hasardeux
J'entends bien que cette démolition des navires neutres a la prétention d'être une mesure capable d'affamer l'Angleterre, et que ce point de vue est le seul point de vue allemand. Mais le point de vue des neutres ? Il existe aussi. Et les neutres se chargeront sans doute de le faire bien voir.
En vérité les Allemands ont une psychologie curieusement démontable. Ils se souviennent fort bien de ce qu'ils ont intérêt à se rappeler, et oublient avec une prodigieuse facilité ce qui n'est pas favorable à leurs thèses.
Au début de la guerre ils déclaraient, en envahissant le Luxembourg et la Belgique, que nécessité fait lui. Si nécessité fait loi pour eux, elle doit pareillement légiférer pour l'Angleterre et pour ses alliés.
Mais on n'a pas besoin de prendre leurs arguments. La gloire des combattants de la civilisation est d'avoir toujours repoussé le principe du talion.
Il a cependant toujours été admis qu'en temps de guerre l'assiégeant avait le droit de réduire l'assiégé par la famine. Cela faisait partie des habitudes de la guerre aussi bien qu'autrefois le jet du javelot, et maintenant la pluie des obus. Jamais personne n'a songé à le discuter.
Et les Allemands ne le discutaient point quand ils assiégeaient Paris, et ils n'auraient pas compris qu'on le discutât.
Quand la population civile en 1870 mangeait des rats, quand les femmes sous la pluie et la neige, attendaient des heures devant les boulangeries une misérable ration de pain de siège, quand les enfants pleuraient et mouraient sur le sein tari des mères, quel accueil aurait eu un parlementaire s'il était allé dire à Bismarck :
- Notre population souffre trop. Laissez donc entrer à Paris des approvisionnements ?
Bismarck se serait esclaffé. Il aurait renvoyé le négociateur en le lardant de sa brutale ironie.
Berlin sera dans quelque temps comme fut Paris pendant l'année terrible. Et l'Allemagne sera comme Berlin. Alors nous verrons si les Berlinois et les Allemands ont devant la faim une tenue aussi héroïque que celle des Parisiens de 1870.
Nous avons vu pendant la guerre présente tant de Français blessés, martyrisés, tués, tant de vieillards assassinés chez nous et en Belgique, tant de villes et de villages bombardés et brûlés que le sort des Germains réduits au pain K.K. nous laisse vraiment sans une larme. Et si nos ennemis sont même un de ces jours obligés à manger la « boule de sang », ma foi, ils y retrouveront le goût du pain qu'ils ont mangé en France alors qu'ils fusillaient les innocents en masse dans la lueur des incendies.
En Allemagne on apprendra ainsi que la guerre a quelques graves désagréments. Jusqu'ici les soldats du kaiser n'ont guère connu que les profits de la bataille. Leurs parents s'apercevront bientôt que tout n'est pas bénéfice dans le métier d'agresseur.
Nous ne sommes peut-être pas aussi près que nous l'espérons de la défaite des Barbares par la famine. Ils ont si minutieusement préparé leurs armes dans cette guerre atroce qu'ils seront certainement portés par leur orgueil pendant un temps assez long.
Mais la revanche sera complète. Comme ils ont affamé Paris, nous affamerons Berlin. Leurs philosophes se chargeront de leur expliquer que les événements ont un flux et un reflux.
César disait à ses soldats : « Frappez au visage. ».
L.'Angleterre, pratique, et sachant que le visage n'est pas la partie la plus vulnérable de l'Allemand, a décidé de frapper au ventre.
RENÉ MERCIER.

NOUVEAUX PROGRÈS
Deux régiments allemands ont perdu aux Eparges plus de 3,000 hommes

Paris, 24 février, 15 h. 08.
Rien d'important à signaler depuis le communiqué d'hier soir, sinon quelques actions heureuses de nos troupes, vers Auberive-sur-Suippe, et de nouveaux progrès au nord de Perthes.

Paris, 25 février, 1 h. 20.
Communiqué officiel du 24 février, 23 heures :
De la Lys à l'Aisne, combats d'artillerie parfois assez vifs et tous favorables pour nous.
En Champagne, au nord de Mesnil, nous avons réalisé de nouveaux progrès. Nous avons repoussé plusieurs contre-attaques.
Dans les Hauts-de-Meuse, notre artillerie a réduit au silence plusieurs batteries allemandes.
Des rapports complémentaires précisent l'importance particulière de notre succès aux Eparges et l'étendue des pertes ennemies ; sur une très petite partie du front enlevé par nous, nous avons trouvé déjà, plus de six cents morts allemands.
D'après les prisonniers faits depuis, dans cette action, deux régiments allemands chassés de leurs positions par notre attaque, ont perdu plus de trois mille hommes, soit plus de la moitié de leurs effectifs.
Nous avons progressé au bois Brûlé, dans la forêt d'Apremont.

Nos gains maintenus ou accentués

Paris, 25 février, 15 heures.
Près de Lombaertzide, notre artillerie a démoli un blokhaus et des observatoires ennemis.
En Champagne, nous avons maintenu les nouveaux progrès réalisés hier, et toutes les contre-attaques ennemies ont été repoussées.
Nos aviateurs ont lancé soixante bombes sur des gares, des trains et des rassemblements ennemis. Ce bombardement, qui xi pu être contrôlé, a été très efficace.
En Argonne, à Marie-Thérèse, l'ennemi a tenté une attaque qui a été immédiatement arrêtée.
Entre Argonne et Meuse, au bois Cheppy, nous avons réalisé de nouveaux progrès.
Notre artillerie lourde a détruit des abris blindés. L'ennemi n'a pu nous reprendre les tranchées conquises.
En Lorraine, près de Parroy, rencontre de patrouilles ; les Allemands ont été-mis en fuite.
Voici le communiqué officiel du 25 février, 23 heures :
Dans la région de Lombaertzyde, notre artillerie a réduit au silence et endommagé gravement une batterie ennemie.
La journée a été relativement calme sur le front, depuis la Lys jusqu'en Champagne.
Dans la région de Souain-Beauséjour, les opérations, ont continué dans des conditions favorables pour nous.
Nous avons enlevé notamment un ouvrage allemand au nord du Mesnil et dispersé par notre feu une colonne en marche. Au sud-est de Tahure, nous avons éteint le feu d'une batterie ennemie et fait sauter plusieurs caissons.
En Argonne, au ruisseau de Meurissons près du Four-de-Paris, nous avons détruit un blokhaus. A Marie-Thérèse, une attaque allemande qui essayait de déboucher a été arrêtée par notre feu.

VERDUN INVIOLABLE
Les héroïques combats
DES ÉPARGES

Paris, 26 février, 1 h. 31.
L'investissement de Verdun a été toujours l'objectif de l'état-major allemand, qui y a employé de grands moyens. coûteux et inutiles. L'offensive allemande au sud-est du camp retranché sur la Meuse, a été arrêtée à Saint-Mihiel, et l'ennemi ne peut pas progresser sur les Côtes de Meuse, qui forment, à l'est, les défenses de la place.
Les Allemands ont réussi cependant à mordre sur les côtes de Meuse, au nord-est de Saint-Mihiel. Ils ont occupé Vigneulles, Hattonchâtel et la forêt Montagne.
Plus au nord, les Allemands ne tiennent pas les Côtes de Meuse, mais seulement la partie méridionale de la ligne des hauteurs qui les bordent.
Dans le vallon séparant ces hauteurs des Côtes de Meuse proprement dites, quelques maisons composent le village des Eparges.
Les premières tranchées allemandes sont creusées à l'est du village. Sur la crête, l'ennemi a organisé une position très forte, défendant deux cols qui conduisent aux Eparges et à Saint-Remy.
Le village, des Eparges est entre nos mains. Saint-Remy a été enlevé aux Allemands par un coup de main, le 9 février, et la progression des Français dans cette région menace donc la position des Allemands dans la forêt Montagne et indirectement, leur occupation de Saint-Mihiel..
Ainsi s'explique l'acharnement mis par nos adversaires à défendre leur redoute des Eparges.
Notre, attaque fut préparée par une avance méthodique à la sape.
Par des boyaux, nous cheminâmes depuis le fond du vallon vers les tranchées ennemies, devant lesquelles des fourneaux de mines furent installés.
Le 17 février, au matin, le feu fut mis aux mines. La ligne des entonnoirs bouleversa les glacis, offrant une première protection aux troupes d'assaut qui attendirent que le canon leur eût ouvert la route.
L'artillerie française obtint des résultats remarquables. Toutes les défenses accessoires furent détruites avec une rapidité et une précision qui produisirent une impression de terreur chez l'ennemi.
Les troupes d'assaut occupèrent les tranchées. Tout le bastion ouest était pris.
Restait, en face, le bastion est. Profitant de l'effet de surprise produit sur l'ennemi, nous enlevâmes une partie de d'ouvrage.
Notre gain total représentait cinq cents mètres de tranchées. Nos pertes étaient minimes.
Dans la nuit du 17 au 18, l'ennemi bombarda ses positions perdues. Le 19 au matin, il tenta, sans succès, une contre-attaque. Dans l'après-midi le bombardement redoubla. Les Français évacuèrent momentanément le bastion ouest. A la fin de la journée, ordre fut donné de reprendre la position. Les batteries françaises rouvrirent le feu sur les tranchées que l'ennemi avait de nouveau garnies.
Puis les Français complétèrent leur succès à la baïonnette, par des corps-à-corps d'une extrême violence.
Dans une seule tranchée, on trouva deux cents cadavres d'Allemands.
Le 19 février fut marqué par cinq contre-attaques allemandes. Toutes furent enrayées par notre artillerie ou repoussées par notre infanterie.
L'ennemi éprouva de lourdes pertes.
Le 20 février, nous déclanchons une nouvelle attaque contre le bastion est. Nous nous emparons d'un bois, de sapins, où les tranchées allemandes formaient le saillant avancé du bastion. Nous faisons deux cents prisonniers, dont deux officiers, et prenons trois mitrailleuses et deux lance-bombes. Sur la courtine, nous tentâmes également une attaque. Nous prenons une ligne, mais ne parvenons pas à nous y maintenir.
Une contre-attaque sur le bastion n'a pas plus de succès que les précédentes.
Le 20 au matin, des Allemands lancent sur le bois de sapins une attaque en masse sous le poids de laquelle nos fantassins français fléchissent momentanément, mais par une contre-attaque vigoureuse, ils reviennent à la lisière du bois et gagnent dans les tranchées formant courtine une longueur d'une centaine de mètres.
Le 21 février, nous repoussons encore une contre-attaque, la dernière.
L'ennemi est manifestement épuisé. Ses pertes sont évaluées à trois mille hommes, soit la moitié des effectifs engagés.
Au cours de ces combats, s'affirmèrent la maîtrise de notre artillerie et les incomparables qualités offensives de notre infanterie. Celle-ci, après cinq mois de tranchées, n'a rien perdu de sa bravoure ni de son entrain, mais elle est devenue prudente et manoeuvrière.
Le résultat est à l'honneur du commandement, qui prépara méthodiquement et lança énergiquement l'attaque qui nous assura une position avantageuse et l'ascendant moral sur notre adversaire.

HABITANTS DE LA MEUSE
réfugiés dans l'arrondissement d'Uzès (Gard)

Marchal Zenot, de Sivoy, Jayet Jules, F de Gercourt ; Bissieux Célestin, de Gercourt ; Thomas Jean-Baptiste, de Loison ; Lecourtier Nicolas, de Orne ; Godefroy Charles, de Damvillers ; Mercier Alcide, de Gercourt ; Lereceveur Joseph, de Xivray ; Rosein François, de Xivray ; Picard Auguste, de Vilosne ; Protin Eugène, de Varennes ; Colin Auguste, de Vilosne ; Guilloze Valentin, de Xivray ; Bigerel Louis, de Xivray; Henry Charles, de Mangiennes, à l'hôpital d'Uzès (Gard) ; Brion Constant, de Vilosne, à Montaren (Gard) ; Pagard Justin, de Vilosne, à Montaren (Gard) ; Simon Joseph, de Xivray ; Groff Alfred, de Lahayville ; Gillet Frédéric, de Grémilly ; Brion Nicolas, d'Etray ; Haîwant Jules, de Damvillers ; No ailles L.Joseph-Eugène,, de Saulmory ; Vandelin Alexandre de Saulmory ; Leloup Jules, de Sommerante, à Servière-Labaume (Gard) ; Manchot Jules, de Haraumont ; Michel Ernest, de Lahayville ; Pagard Philibert, de Vilosnes, à Montaren (Gard); Leplomb Philogène, de Villefranche ; Lallemand Laurent, de Vilosnes ; Caron Albert, de Dreslincourt ; Bessessart Albert.
de Dreslincourt ; Hucbourg Emile, d'Ecurey ; Bigerel Charles, de Xivray ; Maitrehen Germain, de Damrevoux : Henry Marcelin, de Mangiennes, à Saint-André-l'Olérargues (Gard) ; Lamor Charles, de Vilosnes : Bey Auguste, de Contrisson ; Caquald Auguste, de Loison ; Baulin Auguste, de Froidos ; Robert François, de Damvillers ; Aubrv Jean-François, de Peuvillers, à Saint-André-d'Orlérargues (Gard) : Perin Louis.. de Bouconville; Hudel Valentin, de Cuisy ; Bon Delzedard, de Lissy ; Michel Théophile, de Riaville : Houpe Alexandre, de Vilosnes ; Servais Louis, de Lusy, à Lussan (Gard);
Wilmet Victor, de Lusy ; Poncelet Théophile, de Haraumont ; Gilson Nicolas, de Loison ; Sartelet Alphonse, de Montblainville ; Maisonhaute Abel, de Branville ; Rousseau Charles, de Cunel ; Lamor Emmanuel, de Vilosnes ; Lambinet Arsène, de Halles ; Gavard Eugène, de Doulcon, à Belvezet (Gard) ; Richard Gustave, de Villefranche, à Lussan (Gard) ; Briet Auguste, de Doulcon, à Belvelzet (Gard) ; Ravenel Edmond, d'Aincreville, à Belvezet (Gard) ; Gérard Charles, de Xivray, à Saint-Quentin (Gard) ; Legranger Emile, de Greslincourt ; Companily Antoine, de Xivray ; Robinet Alexis, de Billy-les-Mangiennes ; Gérard Jules, Montmédy ; Barrois Julien, de Demange ; Sampont Etienne, d'Azannes ; Bège, Gustave, de Nantellois ; Anbiot Onésime, d'Augeville; Azabert Anastase, de Bauthville ; Dulphy J.-Baptiste, de Batincourt, à Saint-Siffret (Gard) ; Garaudel Victor, de Mangiennes ; Lemainque Arsène, de Mangiennes ; Sauce François, de Maizeray ; Lescuyers Arsène, de Montfaucon, à SaintSiffret (Gard) ; Goubaux Jean-Eugène, de Loison ; Sartelet François, de Nantillois ; Detour Jean-Baptiste, de Montfaucon ; Alt Nicolas, de Ecurey ; Génin Lucien, de Damvillers ; Lacour Eugène, de Mangiennes, à Servière-Labaume (Gard) ; Géniot Charles; de Mangiennes ; Desmarais Jean-Baptiste, de Romagne ; Dilon Anatole, de Xivray, à l'hôpital de Nimes (Gard) ; Gavard Louis, de Montfaucon; Perrin Pierre, de Nantilliis, à Vallerargues (Gard) ; Charles Amable, de Romagne ; Parent Gabriel, de Damvillers ; Charlet Victor, de Sivry-sur-Meuse ; Udron Nicolas, de Riaville ; Toussaint Nicolas, de Riaville; Lombal Augustin, de Sivry-sur-Meuse ; André Fortuné, de Ecurey ; Mirbelle Dieudonné, de Riaville ; Daunods Alfred; de Pintheville ; Colllot Désiré, de Xivray ; Bertin Emile, d'Anzerville ; Lecrique Emile, de Doulcon ; Burteaux Eugène, de Consenvoye; Tourteau François, de Septsarges ; Lamor Jean, de Danvoux ; Cochard Nicolas, de Manjions ; Bouchet Gabriel, de Bandeville ; Peureux Auguste, de Farges ; Franzetti Louis, de Livry ; Dedouard le Lorrain, de Vilosnes ; Salin Dominique, de Livry ; Didier Xavier, d'Ecurey ; Joly Louis, de Verdun ; Henriot Colin-Ernest, de Magneville ; Dappe Emile, de Monblainville ; Villant Théodule, de Réville, à Serviers-Labaume (Gard) ; Pilon Adolphe, de DamviEws, à Saint-André-d'Olérargues (Gard) ; Collignon Emile, de Cierges ; Blaize Emile, de Woel-sur-Meuse ; Lavigne Hippolyte, de Cuisy ; Fallet Achille, de Damvillers ; Lefèvre Charles, de Manglennes ; Mézières François, de Billy-les-Mangiennes ; Bailly Alphonse, de Mangiennes, à la Bruguière (Gard) ; Marchand Jules, de Danvoux ; Sauvage Eustache, de Vassincourt ; Fris Ernest, de Loison; Jozan Jules, de Loison; Didion Onésime, de Montblainville; Pierre François, d'Azannes ; Watier Honoré, d'Azannes ; Jacquet Eugène, de Sassey ; Godion Jean-Loui,, de Montfaucon; SaintVenner Julien, de Ecurey ; Bertrand Auguste, d'Azannes ; Fontenelle Jean, de Damvillers; Lemole Charles, de Vancourt; Gérard Nicolas, de Romagne; Collin Jean-Baptiste, de Luvy, à Lussan (Gard) ; Verjus Prosper, de Septsarges; Lerodle Justin, de Mangiennes ; Grugel Ernest, de Cuisy; Curé Eugène, de Montfaucon ; Marquet Jean-Pierre, de Gercourt, à Fontarèches (Gard) ; Tremelet Paul, d'Epinonville ; Clarenne Jules, de Gremilly, à Verfeuil (Gard) ; Cochenet Edouard, de Gremilly, à Verfeuil (Gard) ; Cochenet Emile, de Gremilly ; Wuillemin Prosper. d'Ecurey ; Georges Honora, de Loison; Pont Auguste, de Loison ; Depuis Alfred, de Wisippe ; Prudhomme Charles, de Damvillers ; Croisy Pierre, de Damvillers ; Pierrard Armand, de Ligny ; Guesquin Cléophat, de Broncourt ; Pergent Adolphe, de Mangiennes ; Philippe Charles, de Mangiennes ; Soyet Auguste, de Xivray ; Arnould Jules, de Xivray ; Milliard Nicolas, de Xivray ; Etienne Hubert, de Vilosnes ; Marchal Adolphe, de Vilosnes ; Debout Alexandre, de Luzy ; Huart Eugène, de Mangiennes ; Richard Isaré, de Lissey; Collard Clément, de Loison ; Menne Théophile, de Ecurey ; Verjus Paul, de Septsarges; Jouy Arthur, de Saulmory ; Coeslin Onësime, de Blucourt ; Piedfer Gabriel, de Dommartin ; Antoine René, de Gremilly; Sergent Louis, de, Mangiennes ; Doyen Joseph, de Mangoolnnels; Noël Alexis, de Billey ; Marchand Pierre., de Septsarges ; Wathlét Emile, de Norroy ; TMrion Adrien, de Beauclairs ; Vissaux Maurice, de Montigny ; Mettavant Jules, du Thillot ; Bertignon Céleste, de Wavril ; Etienne Victor, d'Etraye ; Hennequin Eugène, de Romagne ; Poilbanc Augustin, de Charpentry ; Philbert Aimé, de Forges ; Poilbanc Auguste, de Montblainville, à Montaren (Gard) ; Paquin Nicolas, de Riaville ; Mercier Achille, de Ziercourt; Harion Edouard de Flabadas ; Huot Edouard, de Septsarges; Moiiss Jean, de Montfaucon ; Baigniez Alexis, de Nantillois ; Collet Pierre, de Septsarges ; Gare François, de Ligny, a Uzès (Gard) ; Marquet Jules, de Marbotte, Hauge Jean-François, de Donnevaux ; Charpentier Jules, de Billy ; Michel Jules, de Renille; Hiltein Prosper, de Soissons, à Uzès (Gard), décédé le 13 février ; Domois Onésime, de Sivry-sur-Meuse; Henry Charles, de Mauchemort, à l'hôpital d'Uzès (Gard) ; Blanc Paul, de Champeniilly, à Montaren (Gard) ; Hubert Etienne, de Vilosne, à Montaren (Gard) ; Hubert Marchal, de Vilosne, à Montaren (Gard) ; Boisset Jean, de Montfaucon, à SaintSiffret (Gard) ; Lyonnet Emmanuel, d'Ecurey, à Brugnières (Gard) ; Pontaux François, de Septsarges, a Vallarargues (Gard) ; Baignier Alcide, de Nantillois, à Vallarargues (Gard) ; Sartelet Ernest, de Nantillois, à Fontarèche (Gard) ; Bege Gustave, de Nantillois, à Fontarèche (Gard) ; Guillozot Valentin, de Xivray, à Fontarèche (Gard) ; Barrois Julien, de Demangue, à Fontarèche (Gard) ; Le crique Emile, de Doulcon, à Belvezet (Gard) ; Benoit Ramel, de Boring, à Belvezet (Gard) ; Gillet Frédéric, de Gremilly, à Uzès (Gard) ; Collignon Sébastien, de Billy, à l'hôpital d'Uzès (Gard) : Lucas Jean-Baptiste, de Drocourt, décédé à Uzès le 12 février.

LE PROGRÈS est GÉNÉRAL
sur tout notre front

Paris, 26 février, 15 h. 10.
L'armée belge a repris un petit élément de tranchée qu'elle avait un moment perdu.
L'armée anglaise a, en Belgique, repoussé une attaque allemande et, d'autre part, gagné une centaine de mètres sur la route de La Bassée.
L'artillerie allemande s'est montée assez active dans la vallée de l'Aisne. Nos batteries l'ont réduite au silence dans l'après-midi
En Champagne, nos progrès se sont poursuivis. Nous avons gagné du terrain dans les bois. au nord-ouest de Perthes et au nord de Mesnil-les-Hurlus.
L'action continue dans la vallée de la Meuse. Aux Jumelles d'Ornes nous avons détruit des abris de mitrailleuses et bouleversé les tranchées ennemies.
Nous avons réalisé de nouveaux progrès au Bois-Brûlé (forêt d'Apremont). Les Allemands ont été chassés de plusieurs des boyaux de communications entre les tranchées. Ils ont subi des pertes sérieuses et ont abandonné: sur le terrain, de nombreux boucliers et outils.

Voici le communiqué du 26 février, 22 heures :
Canonnades sur tout le front.
En Champagne, nos progrès ont continué. Au nord de Mesnil, nous sommes arrivés en enlevant deux lignes successives de tranchées, jusqu'à la crête d'un mouvement de terrain occupé par les Allemands. Plus à l'ouest, nous avons étendu notre occupation par la conquête d'une fraction importante des lignes ennemies.
De l'Argonne aux Vosges, rien à signaler.

LES RÉGIMENTS DE FRANCE
Le 69e Régiment d'Infanterie

D'Excelsior :
Le 69e d'infanterie est appelé le régiment de fer ; sur son drapeau sont inscrits en lettres d'or des noms glorieux : Castiglione, Aboukir, Elchingen Friedland. En 1870, il est à Borny, Rezonville, Saint-Privat. A Metz, un sous-lieutenant, à la tête de 36 volontaires de la compagnie d'éclaireurs, enlève le poste prussien de la Grange-aux-Bois.
Le 69e est encore à Bapaume et à SaintQuentin, et partout les soldats se battent héroïquement.
Dès le début de la grande guerre, dans la nuit du 30 juillet, le régiment va prendre position sur le Grand-Couronné et là il prépare et organise la défense. Le 7 août, il reçoit l'ordre de prendre, l'offensive et, quelques jours après, en chantant la Marseillaise. les soldats renversent les poteaux frontières.
Dans certains villages, l'accueil des habitants surprend les Français. Ils arrivaient les mains tendues, croyant trouver des amis, ils ne rencontrent que des gens qui se cachent. Aucun cri, aucune marque de sympathie ; les maisons sont ouvertes, mais sur le seuil, personne n'attend nos soldats.
Les quarante-quatre ans de servitude ont terrorisé les plus patriotes, ceux qui ont vécu sous le joug prussien sont devenus craintifs, ils redoutent le retour offensif des Allemands, ils ne peuvent croire à la fin de l'esclavage. Depuis plusieurs semaines, des agents envoyés par l'ennemi, ont parcouru les villages et prévenu les habitants des représailles terribles qui les attendent s'ils accueillent chaleureusement l'armée française. Et nos soldats défilent dans les rues, sans qu'aucun geste les salue.
Le soir du 19 août, en vue de Morhange, le régiment reçoit le baptême du feu ; ce jour-là, personne n'est blessé. Mais, dès le lendemain, la grande bataille commence, cinq compagnies sont engagées ; elles s'y comportent admirablement.
Malgré la bravoure des troupes française, Morhange, où les Allemands ont concentré des forces considérables, reste à l'ennemi. L'ordre de la retraite est donné, le 69e soutient celle du corps d'armée. La retraite, se fait en bon ordre. Bien qu'épuisés par des marches forcées, les hommes conservent un moral excellent ; ce recul imposé ne les décourage pas.
A Saint-Nicolas-de-Port, le régiment se reforme et, dès le 23 au matin, il prend position pour empêcher la poursuite des Allemands et les arrêter sur les bords de la Meurthe.
Le 25 août, le 69e reprend l'offensive et maintient les Allemands à Vitrimont. A Frescati, le colonel de Cissey reçoit, en chargeant, un éclat d'obus en plein coeur ; le lieutenant-colonel Bernard est blessé à la face, mais continue à commander.
Le 1er septembre, l'ennemi tente des attaques furieuses et désespérées, mais elles ne réussissent pas. Les poitrines des soldats du 69e, ces frontières vivantes, font une barrière infranchissable et contribuent à sauver la France. Arrêtés, les barbares ne peuvent allier rejoindre les régiments qui luttent désespérément sur les bords de la Marne contre des soldats qu'on croyait épuisés par les fatigues d'une retraite précipitée.
Cette fois, incontestablement, l'offensive allemande est arrêtée.
Après l'échec des Allemands, devant Nancy, le régiment reste de longs jours dans les environs de Toul, puis il est transporté à l'extrême gauche du front pour s'opposer au mouvement enveloppant de l'aile gauche de l'ennemi. C'est dans la Somme, à Cappy, qu'une fois encore le 69e va arrêter la horde.
Devant Albert, pendant quarante-huit heures, le régiment se bat et, impuissant, il assiste à la destruction de ce village, que la Vierge d'or domine encore.
Après Foncquevillers et Bienvillers, pour les soldats du 69e, la guerre de tranchées va commencer. Cette guerre sans action est pénible à tous. Et puis le temps est mauvais ; le vent, la pluie, les brouillards continuels. Quelle résignation, quelle endurance il faut pour supporter et vivre ces longs jours sans histoire !
En novembre, le régiment est transporté, en fourgons automobiles, en Belgique, à Elverdinghe ; le 8 au soir, il est engagé près de Saint-Eloi. La bataille est violente et meurtrière, mais les soldats sont héroïques et la ligne est rétablie. La guerre de tranchées reprend, puis les Allemands, avec une énergie désespérée, essaient de passer. Rien ne leur réussit, ni les attaques en masses, ni les effroyables ruses qu'ils emploient. Les Français supportent avec vaillance les souffrances les plus grandes. Pieds dans la boue, mouillés par une pluie incessante, ils restent là des jours et des nuits, guettant, se défendant, luttant avec une énergie, une bravoure, un oubli du danger, un esprit de sacrifice qui n'a pas d'exemple dans l'histoire des peuples. Tout le ...e corps a été cité à l'ordre de l'armée ; le 69e peut et doit revendiquer sa part à l'honneur. Officiers et simples soldats ont été des héros ; pas un n'a eu la plus Légère défaillance, tous ont lutté et luttent encore pour sauver le pays.
Un capitaine blessé me cite les paroles d'un grand chef. Après des jours de retraite et de fatigue, le régiment arrive dans un petit village, les hommes sont épuisés par des marches forcées. Tout à coup l'ordre est donné, le 69e doit reprendre l'offensive. Après deux heures de repos nos soldats défilent dans les rues avec une telle allure que le chef s'écrie : « J'ai vu passer bien des régiments, mais pas un n'avait cette tenue-là ! »
Pendant la grande guerre, le 69e, « régiment de fer », aura glorieusement porté son nom.
T. TRILBY.

LISTE DES HABITANTS DE MEURTHE-&-MOSELLE
Rapatriés à Annemasse (Haute-Savoie)

Villerupt. - Carabin André, 19 ans ; François René, 21 ans ; Aubertie Catherine, 25 ans ; Aubertie Jean, 6 ans ; Audard Marie-Louise, 22 ans ; Audard Cécile, 16 mois ; Barcon Marcelle, 22 ans ; Carpio Claire, 29 ans ; Carpio Paul-Eugène, 3 ans; Chantelat Albertine, 35 ans ; Chantelat Marguerite, 7 ans ; Chantelat Renée, 3 ans et demi ; Crebec Julienne, 26 ans ; Crebec Elisabeth, 4 ans ; Denis Marie, 20 ans ; Denis Gaston, 11 ans ; Denis Yvonne, 7 ans; Derouet Marcel, 7 ans ; Gobin Marie, 31 ans ; Gobin Elie, 5 ans ; Gobin Pierre, 2 ans et demi ; Kubler Euphrasie, 42 ans ; Tourdot Maria, 38 ans ; Tourdot Julia, 17 ans ; Tourdot Odette 10 mois ; Marchal Georgette, Nancy, 8, rue Molitor (vient actuellement d'Herserange) ; Marchal Simone, 23 mois, 8, rue Molitor ; Branche Rosalie, 34 ans ; Branche Juliette, 6 ans ; Branche Pierre, 1 an ; Nicolas Marthe, 36 ans ; Mme Hourlier René, 33 ans ; Hourlier Fernand, 9 ans ; Hourlier Roland, 6 ans ; Hourlier René, 6 ans ; Hourlier Christian, 2 ans ; Dallangra Marie, née Fréhaut, 35 ans ; Dallangra Marie, née Perch, 29 ans ; Dallangra Robert, 5 ans ; Mme Lièvre Modeste, 25 ans ; Carabin Julia, 17 ans ; Péquignot Elisabeth, 33 ans.
Briey. - Mlle Gogien Lucie, institutrice.
Audun-le-Roman. - Spitz Emile, 48 ans, receveur-buraliste.
Hoéville. - Michel Théophile, 37 ans, adjoint faisant fonctions de maire ; Louis Théophile, 54 ans, instituteur.
Laneuvêville-aux-Bojs. - Denis JeanBaptiste, 54 ans.
Arracourt. - Arnoud Georges, 73 ans.
Moncel-sur-Seille. -- Durupt Joseph, 53 ans ; Colson Louise, 24 ans ; Giroux Emma, 23 ans ; Rouget Edouard, 8 ans.
Seranville. - Simonin Jules, 52 ans.
Onville. - Bodard André, 16 ans.
Dombasle. - Deplanche Paul, 16 ans.
Fillières. - Lefondeur Gabriel, 16 ans.
Norroy-les-Pont-à-Mousson. - Biquillon Gaston, 16 ans.
Amenoncourt. - Sornette Léon, 15 ans ; Vedani Georges, 16 ans ; Crouvizier Marcel. 16 ans.
Jouaville. - Picard Alexandre, 20 ans.
Longwy. - Gronce Georges, 16 ans.
Autrepierre. - Pierrot Emile, 16 ans.
Réméréville. - Toussaint Charles, 13 ans.
Les Baroches. - Blanzon Lucien. 17 ans.
Friauville. - Dernetz Georges, 17 ans.
Hatrize. - Gondelet Hubert, 18 ans et demi.
Vittonville. - Padroutte Gabriel, 16 ans.
Nancy. - Peniton Fernand, 15 ans.
Fresnois-la-Montagne. - Georges André, 16 ans ; Bray Virgile, 16 ans ; Doinne Roger, 16 ans.
Montigny-sur-Chiers. - Cusseret Roger, 17 ans.

RÉSUMÉ DES PRINCIPAUX EVENEMENTS DE FÉVRIER 1915

1er février. - Taubes sur Remiremont, et Belfort. - Un aviateur français bombarde la gare de Rechviller, près Mulhouse, et détruit des magasins militaires.
2 février. - 69e bombardement de Pont-à-Mousson. Dix habitants blessés. - Entre Bâle et Strasbourg un aviateur français détruit le château de Hambourg, quartier général d'un état-major allemand. -
Deux Taubes sur Lunéville. L'un d'eux est abattu à Vathiménil.
3 février. - Taube abattu près de Verdun. 1 4 février. - Taube sur Saint-Dié. Quatre victimes civiles. - Un autre sur Remiremont. Un chauffeur tué.
5 février. - En Woëvre l'artillerie française met le feu à un tram militaire de vingt-trois wagons.
8 février. - Deux Taubes sur Pont-à-Mousson : un enfant de deux ans tué.
9 février. - Violentes attaques allemandes à Leintrey, près du fort de Manonviller, à la Fontenelle, près elle Senones.
10 février. - Taube abattu à Verdun, son pilote tue.
11 février. - Bombardement des gares de Thiaucourt et d'Arnaville.
13 février. - Près de Pont-à-Mousson, offensive allemande vers le signal de Xon, et contre-attaque française sur Noroy. Un Zeppelin évoluant sur Belfort est obligé de fuir.
14 février. - Tranchées enlevées aux Allemands autour du signal de Xon et de Norroy. Des aviateurs français bombardent les hangars militaires, de Habstein, près de Strasbourg.
15 février. - Appel de la classe 1892 ; les mobilisés pères de 6 enfants renvoyés dans leurs foyers ; la pension des veuves de soldats tués a l'ennemi fixée à 563 francs.
16 février. - Des avions français bombardent la gare et les casernes de Fribourg-en-Brisgau.
17 février. - Tranchées reconquises sur les Allemands en Argonne, aux Eparges, au signal de Xon et à Norroy. - En Alsace nous prenons la ferme de Sudel. - Quatre avions allemands jettent 33 bombes sur Belfort. Pas de résultats.
18 février. - M. Viviani, à la Chambre des députés, dit : « La France luttera jusqu'à la libération de l'Europe, et jusqu'à la reprise de l'Alsace-Lorraine. »
21 février. - Aux Eparges, violentes attaques ennemies repoussées. - En Alsace, les Français occupent Stosswihr.
22 février. - Taube sur Pont-à-Mousson et Nancy. -: Des aviateurs français bombardent Fribourg-en-Brisgau, Mulhouse et Mulheim.
23 février. - Progrès français sur tout le front. - Aux Eparges les Allemands perdent en quelques jours S.000 homme.
25 février. - A Baccarat un avion allemand est abattu.
26 février. - Un aviateur français jette des bombes sur les casernes de l'esplanade de Metz.
27 février. - 2.000 mètres de tranchées ennemies conquises à Boureuilles, à Vauquois, vers la Chapelotte et à Celles-sur-Plaine, et autour de l'Hartmansvilerkopf.
28 février. - Tempêtes de neige. - Au bois le Prêtre un blokhaus allemand est enlevé pair les Français qui, d'autre part, progressent dans les Vosges, entre Badonviler et le Donon.

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