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Le Blâmontois réuni à la Lorraine - 16 mars 1503


Le Blâmontois est réuni à la Lorraine, lorsque l'évêque de Toul, Olry de Blâmont (Olry II, 1426-1506), dernier comte de Blâmont, cède ses droits au duc de Lorraine René II.

Quand intervint cette donation : en 1499 ? en 1503 ? Ou par testament au décès de Olry en 1506 ?

Dom Calmet, dans son Histoire de Lorraine ne se prononce pas («
Enfin cette Terre a été réunie à la Lorraine par le Testament d'Olry de Blamont Evêque de Toul, de l'an 1505. ou même dès l'an 1493. & 1499). »). Il semble qu'il n'ait donc disposé des preuves qu'ultérieurement à la rédaction de son Histoire de Lorraine, ou n'en ait pas tiré toutes les conclusions.

Dans son Histoire du Blamontois des Origines à la Renaissance, l'abbé Dedenon indique étrangement 1504 :
« On a dit - mais le propos est contestable - que, par reconnaissance, l'évêque Olry avait fourni 500 hommes et 4.000 florins au duc René II, pour l'aider à faire le siège de Metz. Il est vrai, tout au moins, qu'il le fit son héritier pour la totalité de ses biens, sauf à en garder l'usufruit, sa vie durant. Il rédigea dans ce sens un premier testament, le 3 octobre 1499, avec, l'assentiment de Louis, son petit-neveu. Quand celui-ci mourut, en 1503, l'évêque devint comte de Blâmont, le dernier de cette longue et illustre lignée. Il compléta son premier testament, le 14 mars 1504, puis, le reprenant une troisième fois, le 23 septembre 1505, il lui donna la forme définitive que nous a conservée D. Calmet. Il était temps. Le vieil évêque, âgé de 80 ans, s'éteignit doucement dans son château de Mandres, le 3 mai 1506, n'ayant plus conscience de ce qui se passait autour de lui. »
en indiquant en référence « D. Calmet : Preuves de l'histoire de Lorraine - De Martimprey ». Car c'est bien Edmond de Martimprey de Romecourt qui, dans les Sires et Comtes de Blâmont, cite la date du 16 mars 1504 (et non le 14 mars), en se référant aux preuves de Calmet.

Or, le document dont Dom Calmet donne le texte dans les « Preuves servans à l'Histoire de Lorraine » est daté du 16 mars 1503. Et il ne s'agit pas d'un testament puisqu'on trouve dans ces mêmes « Preuves », un ordre du duc de Lorraine René II daté du 19 mars 1503, envoyant ses émissaires prendre possession de toutes les donations d'Olry, et recevoir les serments des « subjects, manants et habitans », alors qu'Olry ne décèdera qu'en 1506.

Par ailleurs, l'abbé Dedenon indique concernant le comte Louis : « LOUIS, frère du précédent, gouverna le comté de 1496 à 1503, avec le concours de son oncle, Olry II, devenu évêque de Toul. Maladif comme son frère, il s'en tint aux actes de reprises obligatoires et de conservation pure et simple, en laissant à, son oncle le soin de toutes les affaires. Il mourut en décembre 1503 ou janvier 1504 » (on notera d'ailleurs que Dedenon se contredit puisque dans le passage déjà cité il écrit « Quand celui-ci mourut, en 1503, l'évêque devint comte de Blâmont »).
Mais cette date de décembre 1503 est impossible (même si elle apparaît cohérente à Dedenon vue son erreur transformant le 16 mars 1503 en 14 mars 1504) : en effet, la donation du 16 mars 1503, est non seulement justifiée par la possession complète de Olry suite au décès de Louis, mais mentionne très clairement « feu notre très-cher & très-amé nepveu Loys ». Louis est donc décédé au début de l'année 1503, et si Emile Ambroise (Les vieux Châteaux de la Vesouze) ne précise pas le jour du décès de Louis, il ne commet pas la même erreur que Dedenon, en l'indiquant comme comte de Blâmont pour la période « (1496-1503) ».

Ajoutons aussi, pour compléter la confusion, que certains auteurs, persuadés de la cession par testament, fixent la date en 1509 (qu'ils pensent être la date du décès d'Olry de Blâmont), n'hésitant pas à écrire :  «
Olry de Blâmont évesque et comte de Toul, mourut le dernier de ce nom l'an 1509. Son héritier au comté de Blâmont fut le duc Antoine de Lorraine » (voir Le Héraut de Lorraine - 1654 ou Comté de Blâmont - Husson 1674). L'erreur sur la date du décès de Olry les contraint effectivement à évoquer le duc Antoine et non René II décédé en 1508.

Quant au testament d'Olry de Blâmont, pour être tout à fait exact, Calmet en donne aussi le texte, écrit à Deneuvre le 23 septembre 1505 : s'il institue comme « vray, unique & universel Heritier nostredict Seigneur & cousin » René, il ne fait que confirmer les donations précédentes :
« Item, outre plus par ce présent notre Testament, ordonnance & derniere volunté, avons ratifié & aggréé, ratifions & aggréons les donation, cession & transport, que par cy-devant avons faictz audict très-hault & très-puissant Prince Monseigneur René Roy de Iherusalem & de Sicile, &c. Duc de Lorraine & de Bar, notre très-honoré Seigneur & Cousin, de toutes & chacunes jadis nos Villes, Chasteau, Prevosté, Mairies, Terres & Seigneuries, estans & assises, tant esdicts Duchiez de Lorraine & de Bar, Evechié de Metz, de Toul & de Verdun, comme ailleurs, en quelque part que ce soit, ainsi que ez Lettres sur ce par nous faictes & passées, est plus au loing contenu, & déclaré, & d'abondant encore entant que mestier seroit, derechief & de nouvel, par la teneur de cedict notre testament & derniere volunté, donnons, cédons, quictons & transportons à notredict Seigneur & Cousin, toutes & chacunes icelles Villes, Chasteaulx, Prcvostez, Mairies, Terres & Seigneuries, ensemble toutes leurs rentes, revenues, prouffiis, émolumens, appartenances & appendances, sans en rien retenir ne excepter. »

En résumé, le duché de Lorraine n'a pas acquis le comté de Blâmont par leg, mais par donation, Edmond de Martimprey s'est trompé sur la date en recopiant Calmet, et l'abbé Dedenon aussi en recopiant De Martimprey !

On peut donc fixer le rattachement définitif de l'ensemble du Blâmontois au duché de Lorraine au 16 mars 1503, lorsqu'après le décès de Louis, Olry de Blâmont entre en pleine possession du comté de Blâmont, et peut donc, bien avant son décès, le céder au duc René II de Lorraine... conformément à la « Preuve » de Dom Calmet ci-dessous :

Preuves de l'Histoire de Lorraine
Dom Calmet
1757

Nous Olry de Blanmont, par la grace de Dieu & du Saint Siege Apostolique, Evêque & Comte de Toul, Seigneur de Blamont, Deneuvre, Mandres, Amerémont,&c. Faisons sçavoír à tous ceux qui ces présentes Lettres verront & orront, que comme despieça, mesmement de l'an 1499, nous regardant & considerant comme il avoit pleu à Dieu prendre & appeller à soi, non pas seulement feu notre très cher frere Ferry en son vivant Seigneur en partie dudict Blanmont ; mais aussi tous ses enfans fils & filles, qui estoient en nombre de neuf, & jusques à feu notre très-cher & très-amé nepveu Loys son fils puisné, lequel estoit encores en vie détenu continuellement de grieves maladies, tellement que n'avions point d'esperance que de luy peust proceder lignée pour succeder à la dicte Seigneurie de Blanmont, & autres nosdites Seigneuries, ne les hommes & subjez d'icelles gouverner, soutenir & défendre, comme avoient fait nos prédécesseurs Seigneurs dudit Blanmont, dont Dieu ait les ames. Par quoy reduisans en mémoire les grands biens, supports & conforts, que toujours avoient faits & démonstrez feu de glorieuse mémoire Messeigneurs les Ducs de Lorraine à nosdits Prédécesseurs, comme leurs prochains parents descendus des Maisons de Lorraine & de Vaudémont, mesme par très excellent & puissant Prince Monseigneur René, à present Roy de Hierusalem & de Sicile, Duc de Lorraine & de Bar; desirans par ce de tout notre cueur que lesdites Seigneuries, & les supports d'icelles en tous états, fussent soutenues, préservées, & deffendues en l'advenir, & qu'il fût par nous obvié aux grands maulx, perils & dangiers, ou les voyons tomber, si par nous, & avant notre trépas, n'y estoit pourveu; eussions pour ces causes, & autres plusieurs bien raisonnables nous mouvants, fait don, cession, & tronsport irrevocables,& pour toujours à notredit redoubté Seigneur le Roy René dessusd. pour luy & ses hoirs Ducs de Lorraine, de toute telle part, cause, raison, propriete, action que nous povons avoir, & que nous compétoit & appartenoit, aussi ce qu'en l'advenir encheoir & competer nous pourrait en toutes lesdites Seigneurie & appartenances d‘icelles, fut ez Places . Villes, Chasteaux & Prevostez de Blanmont, de Deneuvre, Amerémont, Mandres-aux quatre Tours, & austres estans & scituées ez Pays & Duchez de Lorraine & Barrois, Eveschiez de Metz, de Toul, & Verdun, en nous deffaisant d'icelles, & en baillant à notredict redoubté Seigneur à la fin dessusdit, la vraye possession, saisine ainsi que nos Lettres sur ce faites, & lesquelles notred. Seigneur a devers luy, le contiennent plus a plein ; & il soit que depuis feu notredit nepveu Loys soit aussi allé à Dieu sans laisser hoir de son corps; par quoy toute la part & droiture qu'il avoit eue & possedée esdites Seigneuries, partissant avec nous, soient obvenues & encheutes à nous, comme à son plus prochain & seul heritier desdites Seigneuries: Sçavoir, faisons, que nous réduisant souvent à memoire, & pensant soigneusement aux causés & raisons que nous avoient meues à faire ledit don, & autres, lesquelles de plus en plus révolvant, trouvons bonnes, justes & raisonnables- ; derechief & d'abondant, entant que mestier seroit, bien advisé, délibéré & certioré de notre faict, non reduit ou circonvenu aucunement, avons donné, cédé, renoncé & transporté, & par ces Presentes donnons, cédons, renonçons pour nous & tous nos hoirs, par pur & irrévocable don, faict entre les vifs, sans jamais rappeller, à notredict tres redoubré Seigneur Monfeigneur le Roy René Duc de Lorraine & de Bar, Comte de Vaudémont, de Provence, & d'Aubmalle dessusd. pour luy, ses hoirs & successeurs Ducs de Lorraine & de Bar, & pour en faire union, & incorporation inseparable en sesdicts Duchez ; c'est à sçavoir, lesdictes Seigneuries de Blanmont, Deneuvre, & Fougereulles audict Duché de Lorraine, & lesdictes Seigneuries de Mandres, Amerémont, & autres estans en Barrois, audict Duchié de Bar; ensemble tous les droicts, causes, raisons, proprietez, actions que nous avions, pouvions, & devions avoir, & que depuis encheutes & obvenuës nous font en icelles par le décés & trépas de feu notred. nepveu Loys, & autrement, pour toutes les meilleures voyes, formes & manières que pouvons & devons, soit en Villes, Places, Chasteaulx & Prevostez dud. Blanmont, Deneuvre, Amerémont, Mandres-aux quatre Tours, la Terre & Seigneurie de Fougereulles, & toutes autres estant & situées ez Pays & Duchiez de Lorraine, Barrois, Eveschiez de Metz, Toul & Verdun, en toutes Seigneuries, haultes, moyennes, & basses, hommages, Fiefs, Arriere-fiefs, Chastreaulx, Villes, Villages, bois, rivieres, estangs, fours, moulins, prez, terres arables & non arables, en hommes, en femmes, censes, rentes, tailles, corvées, droictures, amendes, confiscations, attrahieres, & autres droicts, proufits & revenuës quelconques, comment ne en quelle maniere l'on les puisse nommer, pour en joïr, user, faire & exploicter, tout ainsi que nous avons fait & povons faire, sans aucune chose réferver, fuer mettre, ne retenir, & donc dés à present & d'abondant nous sommes dévestus & défailis, & en avons investu notredift tres redoubté Seigneur, par la tradition de ces Prseentes, voulans qu'il en puisse prendre la réelle & actuelle possession par luy, ou ses Commis. Si donnons en mandement par cesdictes Presentes, à tous & chacuns nos hommes feodaulx, Prevosts, Chastellains, Jufticiers, Maires, Eschevins, Bourgeois, Habitans & Communauté de lad. Seigneurie de Blanmont, ensemble desdictes Places, Villes, Chastellenies & appartenances, que sans avoir ne attendre autre mandement ne décharge de nous, ils reçoivent incontinent nostredict: tres redoubré Seigneur, & ses hoirs Ducs de Lorraine, en leur droicturier Seigneur, en faisant & baillant à eulx ou leurs Commis le ferment de fidelité & d'obéïssance, tel qu'ils ont faict à nous & nosdicts prédécesseurs ; & de ce mettons nostredict Seigneur ou lesdicts Commis, en vraye, réelle & actuelle possession & saisine, sans aucun refus ou contredict. Car ainsi le voulons, & nous plaist estre faict ; les quittant & absolvant à cette fin de toutes les foids, promesses & obligations dont ils pourroient en aucune manière estre tenus ou obligez envers nous de subjection & fidelité desdictes Seigneuries, & chacunes d'icelles. Si avons promis, juré & créanté, promettons, jurons & créantons par cesdictes Presentes, pour nous & tous nos hoirs, d'avoir à tousjoursmais lesd. don, cession & transport pour agreables, fermes & estables, aussi les tenir & entretenir de point en point, sans jamais faire, dire, proposer, ne aller au contraire en maniere qui soit ou puisse estre; aussi les garentir à tousjoursmais à notredit Seigneur, & sesdits hoirs Ducs de Lorraine, contre & envers tous, soubs l'obligation & hypotheque de tous & quelconques nos biens, Terres & Seigneuries, quelque part qu'icelles soient situées & assises, les soubmettant à toutes les Jurisdictions & contrainces, dont lesdictes Seigneuries sont mouvans ; en renonceant quant à ce à tout droict & exception, de déception, de lésion, de frauldce, circonvention, & à toutes autres choses qui pourroient aucunement faire ou estre entenduës contre la teneur de cesdites Presentes., & par especial au droict disant generale renonciation non valoir, si I'especiale ne précède. Et pour ce que les Seigneuries de Blamont & Deneuvre sont mouvans & tenuës en Fief de Reverend Pere en Dieu notre tres cher Seigneur & cousin Monseigneur l'Evêque de Metz, à cause de sondit Evêchié, nous luy supplions & requerons, & à tous autres de qui aucunes desd. Seigneuries sont tenuës & mouvants, que ce present don, avec tout le contenu en ces Presentes, entant que à un chacun d'eulx couche, & peut toucher, ils veuillent agréer, loüer, ratifier & approuver, &c. En témoing & approbation de ce nous avons à cesdites Presentes, subscriptes de la main de notre Secretaire, par notre commandement fait appendre notre Scel. Que furent faites & données à Deneuvre le seiziéme jour de Mars l'an de grace notre Seigneur mil cinq cens & trois, signé du Secrétaire. Sur le reply. N. Thierici.

 

Rédaction : Thierry Meurant

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