BLAMONT.INFO

Documents sur Blâmont (54) et le Blâmontois

 Présentation

 Documents

 Recherche

 Contact

 
 Plan du site
 Historique du site
 
Texte précédent (dans l'ordre de mise en ligne)

Retour à la liste des textes

Texte suivant (dans l'ordre de mise en ligne)

Accès à la rubrique des textes concernant 1914-1918
Page précédente

Septembre 1914 - La Vie en Lorraine (2/3)

 Page suivante
août 1914 septembre 1914 octobre 1914 novembre 1914 décembre 1914
janvier 1915 février 1915 mars 1915 avril 1915  

LUNÉVILLE
réoccupée
PAR NOS TROUPES

De l'Eclair de l'Est : Les Allemands ont abandonné Lunéville samedi matin; leur mouvement de retraite n'est dessiné dans la nuit. Dès les premières heures du jour, toute la garnison était partie : la population respirait.
Dans la matinée, le sous-préfet de Lunéville, qui était resté là pendant toute l'occupation, se dirigeait vers Nancy, par la forêt de Vitrimont, avec un chef de bureau de la mairie pour rendre compte à M. le Préfet de Meurthe-et-Moselle de la situation. Ces messieurs, une fois dans les lignes françaises, trouvèrent une voiture puis une automobile qui leur permit de gagner Nancy plus rapidement que par un voyage pédestre.
Pendant ce temps, M. Georges Keller, maire de Lunéville, qui a défendu les intérêts de ses concitoyens avec la plus vaillante énergie et à qui chacun rend hommage aujourd'hui, s'occupaient, de son côté, sur les lieux mêmes, de remédier autant que possible aux maux causés par cette occupation de vingt et un jours, pendant lesquels Lunéville a été privée de toute communication avec le reste du pays.
La sous-préfecture a été brûlée par les obus français; l'hôtel de ville a été incendié par les Allemands, non pas par un bombardement, mais par le feu mis à la main.
Quatre-vingts maisons environ ont été brûlées ou bombardées. On n'avait plus ni gaz, ni électricité, ni pétrole pour s'éclairer ; il fallait user de bougie. Trente sacs de farine par jour devaient servir à nourrir la population. Depuis une quinzaine de jours on n'avait plus de viande.
Les habitants de Lunéville ont réellement souffert. Aussi on comprend leur joie, samedi matin.
M. le Préfet s'est rendu samedi, après-midi. à Lunéville. Le commandant d'armes a repris aussitôt ses fonctions dans la soirée de samedi.
Tous les ponts aux alentours de Lunéville ont été coupés par les Allemands.

AVANT DE S'EN ALLER

Pendant que Nancy était bombardé, dans la nuit du 9 au 10, les Allemands se livraient au même divertissement entre Saint-Nicolas et Varangéville Mais ç'a été beaucoup plus long. Ils avaient commencé dans l'après-midi, et ont continué jusqu'à une heure du matin. Ils y employaient toute une batterie : on estime que celle-ci a lancé au moins 1.500 obus.
Sans effet, d'ailleurs, ou a peu près, au moins pour Saint-Nicolas, où presque aucun projectile n'a dépassé la Meurthe.
Bien entendu, chacun s'était fourré dans ses caves ; l'alerte a été assez chaude. Mais peu de blessés, même à Varangéville, où l'église a souffert quelques dégâts, ainsi qu'un certain nombre de maisons.
Aujourd'hui, tout cela est fini.

L'ORDRE DU JOUR
du Général Joffre

Nancy, 18 septembre.
Voici l'ordre du jour pour la publication anticipée duquel l'Est Républicain a été suspendu pendant trois jours. Nous avons l'autorisation de le reproduire aujourd'hui :
La bataille qui s'est livrée depuis cinq jours s'achève en une victoire incontestée.
La retraite des première, deuxième et troisième armées allemandes s'accentue devant notre front et notre centre.
A son tour, la quatrième armée ennemie commence à se replier au nord de Vitry-le-François et Sermaize.
Partout l'ennemi laisse sur place de nombreux blessés, des quantités de munitions, partout on fait des prisonniers.
En gagnant du terrain, nos troupes constatent l'intensité de la lutte et l'importance des moyens mis en oeuvre par les Allemands pour résister à notre élan.
La reprise vigoureuse de l'offensive a déterminé le succès.
Tous, officiers, sous-officiers et soldats ont bien répondu à mon appel. Tous ont bien mérité de la Patrie.
Général JOFFRE.

UNE MAUVAISE ACTION

Nous recevons la communication suivante de la Préfecture de Meurthe-et-Moselle : Je soussigné Léon Mirman, préfet de Meurthe-et-Moselle, Agissant en vertu des pouvoirs qui m'ont été délégués par l'autorité militaire pendant la durée de l'état de siège pour assurer l'ordre publics dans le département, Considérant qu'il résulte de l'enquête à laquelle j'ai fait procéder, des témoignages recueillis et des déclarations même de l'intéressé que, le dimanche 6 septembre, M. l'abbé Gossé, curé de Benney, a prononcé en chaire une allocution ayant, dans certaines de ses parties, un caractère politique; qu'il a commenté un article publié dans un journal de Nancy plusieurs semaines avant la guerre a un moment où la France, divisée contre elle-même, ne pensait pas que le suprême conflit dût être prochain ; qu'il a, au cours de son prêche dominical, cité nommément divers généraux, témoignant sa confiance aux uns et manifestant son regret que des commandements aient été confiés à d'autres ; Considérant que M. l'abbé Gossé a méconnu ainsi la transformation morale, profonde et magnifique, qui s'est opérée en France, qui fait l'honneur et la force de notre pays, et par laquelle tous les Français, sans distinction de confessions religieuses, de partis politiques et de querelles locales, se sont trouvés intimement unis dans la communion sacrée de la Patrie.
Considérant que cette union, nécessaire à la victoire, serait évidemment compromise si chaque citoyen, agissant comme l'abbé Gossé, reprenait les controverses, articles, suspicions et polémiques d'avant la guerre, et provoquait par de tels discours ou écrits politiques des ripostes qui seraient suivies de nouvelles attaques.
Considérant que la conduite de M. l'abbé Gossé est d'autant plus coupable qu'il lui eût suffi pour ne point se laisser entraîner à de tels écarts de langage, de suivre l'exemple à lui donné par son illustre et vénérable évêque, et par tout le noble clergé de Lorraine au patriotisme desquels il est de mon devoir de rendre ici un fraternel hommage.
Qu'ainsi M. l'abbé Gossé a commis un acte grave qui mérite un châtiment,
Considérant que la punition la plus sensible qui lui puisse être infligée aujourd'hui consistera dans la publicité donnée à cette faute et dans le jugement unanime que portera sur elle la population de Meurthe-et-Moselle,
Tenant compte d'ailleurs de la louable activité que M. l'abbé Gossé a dépensée récemment pour assister les nombreuses familles des communes sinistrées qui sont venues chercher à Benney un refuge provisoires,
Et bien décidé, si, contre mon ferme espoir, de tels faits se renouvellent si par des écrits destinés à la publicité ou par des discours prononcés dans un lieu public, quelqu'un se livre à des controverses ou polémique d'ordre politique de nature a faire renaitre les dissensions civiles et à, troubler ainsi l'ordre national, à déférer au conseil de guerre le coupable, quels que puissent être sa profession, sa situation et son état.
Arrête ;
M. l'abbé Gossé, curé de Benney, est averti que les considérations d'ordre politique développées par lui en chaire, au cours de son prêche, le dimanche 6 septembre constituent devant la conscience nationale une mauvaise action et que, au cas où la présente leçon ne porterait par ses fruits, il serait par moi déféré à l'autorité militaire pour l'application, par le conseil de guerre, des peines que la loi réserve aux, perturbateurs de l'ordre public.
Fait à Nancy, le 16 septembre 1914.
Le préfet de Meurthe-et-Moselle :
L. MIRMAN.

Cultivateur Lorrain
RENTRE
dans la Commune

Nancy, 17 septembre.
Grâce à l'admirable vaillance de nos armées, l'ennemi évacue notre département.
Un grand nombre de communes sont aujourd'hui libérées ; toutes le seront demain. De beaucoup d'entre elles la population s'était enfuie ; ici, cédant à la panique ; là, obéissant à la plus cruelle des nécessités. Il faut maintenait qu'elle se hâte de retourner à son foyer.
Sans doute, ce foyer communal est souvent à moitié détruit. Mais, sauf de rares et tragiques exceptions, tel qu'il est, il vaut mieux encore que la misère de l'assistance, du désoeuvrement et de l'ennui, à la ville.
La commune dont la moitié des maisons sont brûlées peut et doit, dans son autre moitié restée debout, abriter tant bien que mal toute la population valide. On se serrera, on s'aidera. Puis, nombre de maisons incendiées ne le sont que partiellement ; avec des réparations de fortune on y peut trouver un abri provisoire.
Cultivateur lorrain, rentre dans ta commune ! Tu y éprouveras d'abord une grande peine en constatant combien elle a souffert. Mais tu y éprouveras aussi une joie profonde en voyant, sur ses ruines, flotter à jamais le drapeau et triompher la liberté de la France.
Rentre dans ta commune ! Tu y retrouveras tes habitudes, tes voisins, tes amis, tes horizons familiers. Tu y retrouveras la terre fidèle qui t'attend et qui a besoin de toi comme tu as besoin d'elle. Tu y recueilleras, tu y empêcheras de se perdre, tu y feras fructifier le peu qui te reste.
Rentre dans ta commune ! Sur place il sera plus aisé de mesurer ce dont tu as le plus besoin, en objets de première nécessité et notamment en instruments de travail ; ainsi l'oeuvre d'assistance, mieux : de reconstitution, que poursuit le comité de secours récemment créé, sera plus facile à entreprendre.
Si ton foyer et ta commune ont été l'un et l'autre trop éprouvés pour que tu y puisses rentrer dès maintenant avec toute ta famille, laisse au besoin derrière toi, dans la famille, la commune ou la ville hospitalière qui vous a tous recueillis au moment de votre détresse, les plus jeunes de tes enfants ; pars avec ta femme, qui est ta compagne vaillante ; pars, avec les petits gars robustes qui peuvent t'aider, et, pour y reprendre ton magnifique labeur, ce labeur qui fait ta dignité d'homme comme il fait la force de ton pays, cultivateur lorrain, rentre dans ta commune !
LÉON MIRMAN.
Préfet de Meurthe-et-Moselle.

L'Eclair de l'Est ajoute :
« Nous sommes tout à fait de l'avis de M. le préfet. Il faut, au plus tôt, retourner chacun chez soi.
Seulement, il conviendrait de faire connaître aux intéressés comment ils obtiendront les sauf-conduits nécessaires, et ne pas les forcer à la longue attente à laquelle sont condamnés les malheureux qui ont besoin de quitter Nancy. »

LES ALLEMANDS
à Lunéville

Voici le texte de la proclamation adressée à la population de Lunéville par le général allemand lors de l'occupation de ce chef-lieu d'arrondissement :
Les troupes allemandes se sont emparées de Lunéville. Les armées françaises sont battues sur toute la ligne. Le corps anglais est dispersé. Les Autrichiens et les Allemands pénètrent victorieusement dans la Russie. Je m'adresse au bon sens de la population pour m'aider au rétablissement de l'ordre dans la ville et à la remettre dans son état normal. Il est arrivé qu'à Lunéville des convois de blessés, colonnes et bagages ont été attaqués par les habitants ne faisant pas partie de l'armée et qui contrevenaient aux lois de la guerre. L'armée allemande fait la guerre aux soldats et non aux citoyens français. Elle garantit aux habitants une entière sécurité pour leurs personnes et leurs biens aussi longtemps qu'ils ne se priveront pas eux-mêmes par des entreprises hostiles de cette confiance. Le commandant de la ville porte à la connaissance publique :
1° L'état de siège est déclaré dans la contrée occupée par les troupes allemandes :
2° Seront punies de la peine de mort toutes les personnes qui prendront les armes contre les personnes appartenant aux troupes allemandes et leur suite, qui détruiront les ponts, les lignes télégraphiques et téléphoniques, chemins de fer, les provisions et les quartiers des troupes, rendront les chemins impraticables, qui arracheront ces affiches, qui regarderont des aéroplanes et pourront faire des signaux aux troupes françaises et entreront en communication avec.
Il est défendu pour tous les habitants : Tout attroupement dans les rues, de se promener après sept heures (heure française), de quitter la ville après sept heures du soir et cinq heures du matin sans laissez-passer de l'autorité allemande.
Quiconque abrite des soldats français doit les dénoncer. Quiconque retient armes et munitions doit les livrer au Corps de garde, rue d'Alsace, n° 39.
Les autorités allemandes ont l'intention de prendre soin de la subsistance des troupes de même que des habitants ; aussi l'intérêt de la population exige-t-il que les habitants rentrent dans leurs maisons, ouvrent portes et volets, reprennent commerce et travail pour assurer l'approvisionnement régulier.
Les hommes, les autorités de la ville, la police et la gendarmerie doivent venir se mettre à la disposition de l'autorité allemande. Les habitants qui auraient à se plaindre des soldats doivent s'adresser au commandant du corps de garde dans le plus bref délai. Les détails pour l'exécution de cet article seront publiés prochainement.
28 août 1914.
GoeRINGER, Général commandant en chef des troupes de Lunéville.

Habitants de Nancy

Vous avez été soumis à un bombardement d'intimidation. Malgré les victimes innocentes qu'il a faites et que je salue, et les dégâts qu'il a commis, vous avez conservé votre sang-froid et votre moral. Je vous en félicite.
Grâce aux succès de nos armées et à la résistance des troupes appelées à votre protection, tout danger pour la sécurité de la capitale de la Lorraine est actuellement conjuré. Je suis heureux, de vous en informer.
Général LÉON DURAND.

La Circulation des Bicyclettes

Nancy, 17 septembre.
L'autorité militaire a autorisé, à la date de lundi 14 septembre, la libre circulation des bicyclettes à l'intérieur des limites de l'octroi de Nancy.
L'interdiction reste absolue en dehors de ces limites.

La grande Bataille
ENTRE OISE ET MEUSE
Elle continue à nous être favorable

Bordeaux, le 17 septembre, 16 h. 30.

A NOTRE AILE GAUCHE
La résistance de l'ennemi sur les hauteurs au nord de l'Aisne a continué, bien qu'elle ait légèrement fléchi sur certains points.

AU CENTRE
Entre Berry-au-Bac, sur l'Aisne et l'Argonne, situation sans changement. L'ennemi continue à se fortifier sur la ligne précédemment indiquée.
Entre l'Argonne et la Meuse, les Allemands se sont retranchés à la hauteur de Montfaucon.
Dans la Woëvre, nous avons pris le contact de plusieurs détachements ennemis, entre Etain et Thiaucourt.

A NOTRE AILE DROITE LORRAINE ET VOSGES
Aucune modification.
En résumé, la bataille se poursuit sur tout le front, entre l'Oise et la Meuse.
Les Allemands occupant des positions organisées défensivement et armées d'artillerie lourde, notre progression ne peut être que lente, mais l'esprit d'offensive anime nos troupes, qui font preuve de vigueur et d'entrain.
Elles ont repoussé, avec succès, les contre-attaques que l'ennemi a tentées de jour et de nuit.
Leur état moral est excellent.

La Destruction de Gerbéviller

Nancy, 19 septembre.

Un des soldats qui pénétrèrent dans Gerbéviller immédiatement après l'évacuation par les Allemands nous en avait rapporté une impression d'épouvante et de désastre.
L'oeuvre de dévastation est plus complète encore qu'on ne l'avait dit alors. Gerbéviller n'est plus qu'un monceau de ruines : ses rues sont désertes ; ses monuments dont plusieurs se rattachaient pieusement à l'histoire de la Lorraine, ont disparu comme dans le bouleversement d'une irréparable catastrophe.
Ici une coquette auberge dont l'enseigne se balançait dans le vent, dresse ses murs noircis ; là gisent les débris de l'église odieusement profanés et des tours abattues par le bombardement ; plus loin. la maison des postes est détruite ; ailleurs, dans la partie supérieure du village, le quartier qui avoisine la gare n'a pas moins souffert.
Et, sans effort, l'esprit évoque, devant ce spectacle de désolation et de deuil, une lutte où se sont heurtées dans un corps à corps farouche, la bravoure française et la fureur allemande. Rude bataille. Les soldats sont tombés par files entières, alignés sur le sol, comme s'ils étaient couchés sur un signal ou sur un ordre de leurs chefs.
Des cadavres d'animaux jonchent les champs environnant le coquet village dont la grâce pittoresque s'épanouissait dans la verdure et les fleurs aux flancs d'un coteau couronné de vergers et de bois Gerbéviller est détruit. Au milieu des rues tortueuses que jalonne une double rangée de maisons sans fenêtre, sans porte, sans toiture, on se croirait parmi les vestiges de Pompéi ou de Messine, après quelque effroyable éruption de volcan.
Seul, l'hôpital a été épargné avec de rares habitations - une dizaine peut-être que l'oeil s'obstine à rechercher dans ces décombres, dans cet amas de pierres écroulées qui furent l'église, la brasserie, le château, la chapelle gardant tant d'illustres souvenirs.
Nos lecteurs savent par quels prodiges d'héroïque abnégation, au prix de quels sacrifices les religieuses de l'hôpital ont pu sauver l'établissement où s'exerçaient leur zèle, leur dévouement :
- Nous soignons vos blessés, dit la supérieure au commandant allemand.
- Cela m'est bien égal, répliqua l'officier. Si l'on suivait mes conseils et si l'on exécutait mes consignes, je tuerais jusqu'au dernier tous ces c... de Français ! »
Toutefois, il semble qu'à défaut de pitié l'horreur de comprendre ses propres soldats dans le massacre qu'il rêvait ainsi, ait arrêté au seuil de l'hôpital le vandalisme des Allemands Ce qui frappe à Gerbéviller, c'est l'organisation méthodique, l'espèce de raffinement qui ont présidé à l'extermination du pauvre village. Personne n'a trouvé grâce, ni les enfants, ni les vieillards, ni les femmes - et, pour expliquer, sinon pour justifier ce qu'ils considéraient comme des représailles, l'ennemi a prétendu que la population civile avait accueilli à coups de fusil l'entrée des premières troupes.
De tous les pays où s'est ruée comme un fléau la colère allemande, il n'en est guère qui soient comparables à Gerbéviller. L'évaluation du désastre est difficile ; on ne saurait indiquer même le nombre des innocentes victimes qui ont péri. Mais la France saura inscrire ces incendies et ces assassinats dans le règlement des comptes que la Civilisation exigera des Barbares.
L. C.

VOULOIR ET POUVOIR

Nancy, 20 septembre.
J'apprends avec plaisir que M. Thomson, est allé faire une enquête dans le Nord et le Pas-de-Calais, avec MM. Hayes, sénateur, et Albert Thomas, député. M. Thomson doit prendre les mesures nécessaires « à l'effet d'aider à la reprise de la vie industrielle et commerciale dans le Nord et le Pas-de-Calais ».
Voilà une excellente pensée. Tout le monde a des pensées excellentes. Pour les réaliser, c'est autre choses Je n'exprimerai même pas le désir de voir M. Thomson en Lorraine, à moins que ce ne soit pour y prendre des mesures immédiates.
Ici la bonne volonté de tous est éclatante.
La population est calme, et d'un admirable courage. Les pauvres gens éprouvés reviennent à leurs foyers détruits, quand ilsle peuvent.
Mais que faire ? Les récoltes sont perdues, les provisions pillées, le ravitaillement difficile, les économies dispersées.
Le coeur ne suffit pas, ni la volonté. Il faudrait que l'Etat vînt tout de suite au secours du dévouement.
L'industrie est arrêtée, le commerce paralysé.
Il semble que l'on devrait tout d'abord encourager les Nancéiens restés à la tête de leur industrie ou de leur commerce. Ils ont montré un sang-froid qu'on ne pourra jamais assez louer, et ont fait, aidés par leurs énergiques concitoyens, tous leurs efforts pour maintenir la vie économique.
La population civile est aussi vaillante que l'armée. Avec une belle humeur charmante elle a accepté toutes les gênes de l'état de siège. Elle n'a pas fait entendre une seule protestation. Elle sait quelles sont les nécessités de la guerre, et les subit cordialement, pour le salut de la patrie.
Elle ne prend pas d'attitudes. Elle est courageuse simplement, naturellement.
Cela ne suffit point pourtant.
Lorsqu'on n'a plus ni correspondances, ni chemins de fer, il ne paraît guère possible de remettre une industrie en marche.
Pas de commandes, pas d'écoulement, pas de réceptions. Alors ?
Prenons un exemple. L' « Est républicain » paraît grâce aux réserves de papier et d'encre que nous avions faites en prévision de ce qui arrive. C'est très bien.
Mais ces réserves ne sont pas éternelles.
Nous avons des milliers de quintaux de papier on ne sait dans quelles gares. Nous avons des tonneaux d'encre sur on ne sait quels quais de l'intérieur de la France.
Il en est de même pour les matières premières de toutes les industries.
Je sais bien que les trains sont tout d'abord affectés aux mouvements et aux approvisionnements des troupes, à l'évacuation des blessés et des malades.
Mais ne devrait-on une fois par semaine conduire à Nancy un convoi spécialement destiné à l'industrie et au commerce ? Et ne serait-il pas bon d'étudier la réinstallation des services de transport à notre gare ?
Patriotiquement chacun subit les gênes indispensables. Le temps est venu cependant où on pourrait, avec de la méthode, éliminer quelques-unes de ces gênes.
Les habitants de Nancy sont prêts à tous les sacrifices. Pourtant si on leur en épargnait quelques-uns, ce serait autant d'économisé, et autant de ressources créées pour l'hiver qui vient.
RENÉ MERCIER.

BOMBARDEMENT INEFFICACE

De la « Libre Parole » : Pendant que Nancy était bombardé dans la nuit du 9 au 10, les Allemands se livraient au même divertissement entre Saint-Nicolas et Varangéville.
Mais ça été beaucoup plus long. Ils avaient commencé dans l'après-midi et ont continué jusqu'à. une heure du matin. Ils y employaient toute une batterie, ; on estime que celle-ci a lancé au moins 1.500 obus.
Sans effet. d'ailleurs, ou à peu près, au moins pour Saint-Nicolas, où presque aucun projectile n'a dépassé la Meurthe.
Rien entendu, chacun s'était fourré dans ses caves ; l'alerte a été assez chaude. Mais peu de blessés, même à. Varangéville, où l'église historique a souffert quelques dégâts ainsi qu'un certain nombre de maisons.
Aucun obus n'a atteint la merveilleuse basilique du Patron de la Lorraine.

L'OCCUPATION DE LUNÉVILLE
Le Rapport officiel

Paris, 20 septembre, 1 h 32.
BORDEAUX. - M. Malvy, ministre de l'Intérieur, a communiqué au Conseil des ministres des extraits des documents relatifs à l'attitude de la population devant l'occupation allemande le préfet de Meurthe-et-Moselle dit que l'occupation a été vaillamment supportée.
A Lunéville, le bilan des pertes est de douze tués et d'une centaine de maisons brûlées.
La sous-préfecture est détruite.
Les actes de pillage sont innombrables Une contribution de guerre de 650 000 fr. fut payée par la ville.
Le maire. M. Keller ; le sous-préfet, M. Minier ; M. Méquillet, député, ont eu une conduite digne d'éloges à tous égards.

A TRAVERS, LES
Communes éprouvées

Nancy, 21 septembre.

A BACCARAT

M. L. Mirman, préfet de Meurthe-et-Moselle, s'est rendu hier à Baccarat, accompagné de M. Méquillet, député ; de M. le sous-préfet de Lunéville et de Madame Mirman.
De Baccarat, les Allemands ont emmené trois otages ; ils ont tenu à avoir, ont-ils déclaré, un représentant de la municipalité, le curé et l'instituteur. En l'absence du maire et du curé, qui tous deux étaient absents le la commune, ils ont pris M. Loth Auguste, conseiller municipal, et M. l'abbé Louis, curé de Deneuvre, avec M. Aigle, directeur des écoles de la Cristallerie. Ces trois otages seraient, paraît-il, actuellement à Carlsruhe.
Les Allemands, furieux de la résistance qui leur fut opposée par nos vaillants soldats, et bien qu'aucun civil n'ait tiré un coup de feu - ils n'ont d'ailleurs pas pris la peine cette fois de le prétendre - ont, le lendemain de leur occupation, incendié systématiquement, au pétrole et à la torche, une soixantaine de maisons dans la partie centrale et commerçante de la ville ; ce joli quartier est aujourd'hui en ruines.
Ils ne se sont pas contentés d'incendier ; ils ont volé. A la cristalleriee - dont, en dépit des nombreux dégâts, les oeuvres vives ne sont pas atteintes- ils ont acheté pour 10.000 francs et volé pour plus de 100.000 ; ce n'est plus les pendules comme en 1870, c'est les coupes de cristal : voilà les progrès à l'allemande.
La mairie étant incendiée, les services municipaux sont installés dans la sacristie. C'est là que M. le préfet a réuni la délégation municipale.
M. le maire Tisserand ayant quitté Baccarat la veille de l'occupation et n'y étant rentré qu'après le départ des Allemands, c'est-à-dire plusieurs semaines après, affirme qu'il ne s'était absenté de son poste pour des affaires urgentes que de façon momentanée et alors qu'il avait reçu l'assurance que Baccarat ne serait pas dans un bref délai envahi ; il déclare en outre qu'il s'est trouvé malgré tous ses efforts dans l'impossibilité de rentrer et qu'il s'est heurté aux lignes ennemies. Il a demandé à M. le préfet de Meurthe-et-Moselle d'ouvrir une enquête sur ces faits. M. L. Mirman a décidé que, aussi longtemps que durerait l'enquête, les affaires communales continueraient à être gérées par la délégation municipale qui a eu l'honneur et la charge de cette administration pendant l'occupation allemande. Cette délégation se compose de MM. Varin, conseiller général ; Michaut, directeur de la cristallerie ; Renaud et Loth.
M. L. Mirman a souligné l'exemple donné par MM. Varin et Michaut. Ayant joué l'un et l'autre durant de longues années et dans des camps opposés un rôle politique militant, ces deux bons citoyens n'ont eu à faire aucun sacrifice, à vaincre aucune difficulté pour faire litière absolue de leurs dissensions récentes, et pour se tendre fraternellement la main, pour unir leurs efforts, leur volonté d'action dans le même dévouement à la chose publique.
C'est cette union, réalisée à Baccarat comme elle doit l'être dans toutes les communes de France, qui fait aujourd'hui la force indestructible de notre Patrie.
M. le préfet de Meurthe-et-Moselle a exprimé à la population de Baccarat la sympathie profonde qu'éprouve la grande cité de Nancy pour ses jeunes soeurs de Lorraine qui, moins heureuses qu'elle, ont subi l'épreuve de l'occupation teutonne. Il a salué respectueusement les otages emmenés par l'ennemi. Il a aussi demandé à la population de sécher ses larmes à la douce et confortable chaleur de la victoire française ; il lui a demandé de détourner ses regards des ruines partielles de la cité pour saluer d'un coeur enthousiaste, les destins triomphants de la Patrie.

A MAGNIÈRES VALLOIS & MOYEN

De Baccarat, M. le Préfet s'est rendu dans la petite commune de Magnières, sur les confins du département, des Vosges.
En l'absence du maire, M. Thiébaut, emmené comme otage, M. L. Mirman a conféré avec l'adjoint Xoual, l'a entretenu des conditions de ravitaillement de la commune, a laissé des secours d'extrême urgence; et a réconforté la population si éprouvée du village en lui apprenant et lui commentant les nouvelles des armées reçues depuis huit jours.
Après avoir salué tristement la belle église détruite presque complètement par l'incendie, M. le Préfet de Meurthe-et-Moselle s'est rendu à la cure et a fraternellement embrassé le vaillant curé Gaudel. Celui-ci, blessé par trois éclats d'obus, est encore alité ; sa guérison totale n'est plus heureusement qu'une affaire de jours. Il a éprouvé une grande joie lorsque M. le Préfet de Meurthe-et-Moselle lui a renouvelé l'assurance donnée par lui déjà devant l'église en ruines de Badonviller, que tous les Français, sans distinction de croyances, sauraient s'unir pour participer d'un même coeur aux frais de reconstitution des églises de France victimes de la guerre, si d'aventure ces frais n'étaient pas prélevés - comme il est vraisemblable qu'ils le seront et comme il faudrait qu'ils le fussent - sur les produits des douanes allemandes.
La pauvre petite commune de Valois a été aussi terriblement abîmée par les obus; des secours d'extrême urgence ost été distribués ; la population évacuée essaie avec courage de reconstituer son foyer au milieu des ruines.
Le village de Moyen, si pittoresquement campé sur la colline, a été beaucoup moins éprouvé, ne s'étant pas trouvé au centre de l'action de guerre ; il a dû subir cependant pendant vingt jours l'occupation allemande ; M. Roze, maire de la commune, et M. le curé Vincent, ont été emmenés comme otages ; deux maisons seulement ont été incendiées ; le ravitaillement est assuré.

A GERBÉVILLER

Comment traverser cette région sans ne pas faire à Gerbéviller le pèlerinage de douleur ! C'est là que les Français devront aller pour fortifier, s'il est nécessaire, leur horreur contre les barbares et leur volonté de tout sacrifier pour les réduire à l'impuissance. Gerbéviller restera un foyer de méditation pour l'âme française.
Au milieu des ruines qui se prolongent sur les deux rives de la Mortagne s'épanouit une fleur magnifique de bienfaisance et d'héroïsme ; c'est l'ambulance des soeurs de Saint-Charles, où la directrice - soeur Julie - alerte, vaillante, soutient tout un petit nombre de malades, d'éclopés, de réfugiés, de sinistrés, les réconforte de ses soins, de sa soupe chaude, et - mieux encore - de sa bonne humeur inaltérable. Le Préfet de Meurthe-et-Moselle et Madame Mirman lui ont dit à nouveau la fière et respectueuse sympathie qu'éprouve pour elle et pour ses collaboratrices toute la population de Nancy et du département. A la porte de l'ambulance, une petite réunion publique a été improvisée, à laquelle ont pris part avec les soldats en cantonnement à Gerbéviller tous les protégés de l'admirable soeur, et après qu'il eut fait part à tous des nouvelles récentes et glorieuses de nos armées, le Préfet de Meurthe-et-Moselle et tous les assistants ont clôturé ce meeting pittoresque aux acclamations de : « Vive soeur Julie ! Vive la France ! » Et soeur Julie serait la seule évidemment à s'étonner et à protester si, sur son corsage, venait s'épingler un jour la croix des braves.

LES BRAVES GENS

On nous écrit de Raon-l'Etape, le 21 septembre : A la liste longue et, il faut le dire hautement, glorieuse de nos courageux maires lorrains, il convient d'ajouter, dût sa modestie en souffrir, le nom de M. Bourgeois, maire de La Neuveville-Iès-Raon. C'est grâce à son énergie, à son patriotisme éclaire et à son habileté, que La Neuveville doit sa conservation presque entière.
Raon-l'Etape a vu brûler 130 maisons, l'église, la halle et les écoles. Le dévouement du docteur Raoul, l'unique conseiller municipal, a été impuissant à conjurer tous les maux qu'a soufferts la si gracieuse cité vosgienne, qui a été pillée et saccagée d'une manière horrible ; là encore, les femmes des barbares ont présidé à l'enlèvement des objets de toutes natures, pianos et meubles, que l'on chargeait sur des camions automobiles.
Nous manquerions à notre devoir si nous ne signalions pas le dévouement admirable de M. Paul Ferry, ancien maire de La Neuveville, membre de la Croix-Rouge, qui, nuit et jour, a donné ses soins aux blessés et enterré les morts. Détail navrant : M. PauJ Ferry a eu la douleur de trouver lui-même le corps de son fils, caporal au 21e bataillon de chasseurs, mort en défendant le sol de sa ville natale.

LES PROGRÈS DE LA BATAILLE
Vengeance de Vandales. - Ils brûlent la Cathédrale de Reims pour venger leurs insuccès. - Ils continuent à reculer en Argonne, ainsi qu'en Lorraine, où ils se sont repliés de l'autre côté de la frontière.

Télégrammes officiels
Bordeaux, le 20 septembre 1914, 16 h. 15.

A NOTRE AILE GAUCHE
Nous avons encore réalisé, sur la rive droite de l'Oise, de légers progrès.
L'honneur de la prise d'un nouveau drapeau revient à une division d'Algérie.
Toutes les tentatives faites par les Allemands, appuyés par une nombreuse artillerie, pour rompre notre front entre Craonne et Reims, ont été repoussées.
Autour de Reims, la hauteur de Brimont, dont nous avions conquis une partie, a été reprise par l'ennemi.
En revanche, nous nous sommes emparés du massif de la Pompelle.
Les Allemands se sont acharnés, sans raison militaire, à tirer sur la cathédrale de, Reims, qui est en flammes.

AU CENTRE
Entre Reims et l'Argonne, nous avons enlevé le village de Souain et fait un millier de prisonniers.
Sur le revers occidental de l'Argonne, nos progrès sont confirmés.
En Woëvre, rien à signaler.

A L'AILE DROITE
En Lorraine, l'ennemi s'est replié au delà de notre frontière, évacuant en particulier la région d'Avricourt.
Dans les Vosges, il a tenté de prendre l'offensive aux abords de Saint-Dié, mais sans succès.
Nos attaques progressent lentement de ce côté, en raison des difficultés du terrain, des organisations défensives qu'elles rencontrent et du mauvais temps.

LA DEFENSE DE LONGWY

La petite ville de Longwy a subi les horreurs des sièges de 1792, 1815 et 1870 ; elle vient de s'illustrer à nouveau en résistant pendant 23 jours à la ruée des Allemands.
Ne pense-t-on pas, demande un officier de cavalerie en retraite, enfant de Longwy, que la vaillante cité qui vient d'ajouter à nos fastes militaires une page glorieuse, a bien mérité de mettre dans ses armoiries la croix de la Légion d'honneur.
Tous les bons Français seront de cet avis.

Fermeture des Cafés

Nancy, 22 septembre.
M. le préfet de Meurthe-et-Moselle est heureux de porter à la connaissance de la population de Nancy que, sur sa demande, M. le général Léon Durand, commandant le 2e groupe des divisions de réserve, a bien voulu reporter de 18 à 19 heures l'heure de fermeture des cafés de la ville de Nancy.

A TOUL

M. le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est rendu le 20 septembre à Toul ; il a salué à la sous-préfecture M. le général Remy, gouverneur du camp retranché ; MM. Chapuis, maire de Toul, de Langenhagen, sénateur de Meurthe-et-Moselle, et Fringant, député de Toul, tous les trois incorporés dans les régiments en garnison à Toul.
M. L. Mirman a constaté avec satisfaction l'accord fraternel qui règne à Toul entre les autorités militaires et civiles, accord si nécessaire à la discipline qu'impose le souci de défense nationale.
M. le préfet a félicité M. Mage, sous-préfet de Toul, de l'activité qu'il a dépensée depuis le commencement de la guerre, de la compétence et du zèle qu'il met au service des intérêts administratifs des communes de l'arrondissement en cette période troublée.
(Communiqué de la Préfecture.)

OFFENSIVE VICTORIEUSE
à gauche et au Centre

Violents et heureux combats sur l'Oise et l'Aisne. - Nous avançons aussi en Champagne. - Situation d'attente et préparatifs en Lorraine.

Bordeaux, 21 septembre, 16 h. 15.
A NOTRE AILE GAUCHE
Sur la rive droite de l'Oise, nous avons progressé jusqu'à la hauteur de Lassigny, à l'ouest de Noyon.
A l'est de l'Oise et au nord de l'Aisne, les Allemands ont manifesté une recrudescence d'activité.
Des combats violents, allant jusqu'à la charge à la baïonnette, se sont livrés dans la région de Craonne.
L'ennemi a été partout repoussé avec des pertes considérables.

AUTOUR DE REIMS
L'ennemi n'a tenu aucune attaque d'infanterie et s'est borné à canonner notre front avec de grosses pièces.

AU CENTRE
En Champagne et sur le revers occidental de l'Argonne, outre Souain, nous avons pris Mesnil-les-Hurlus et Massiges.

EN WOEVRE
L'ennemi tient toujours la région de Thiaucourt. Il a canonné Hattonchâtel.

A L'AILE DROITE
En Lorraine et en Vosges, rien de nouveau.
Les Allemands se fortifient sur la côte de Delme et au sud de Château-Salins.

UNE HÉROÏNE

Nous avons raconté, il y a déjà quelque temps, l'acte d'héroïsme d'une jeune employée des postes d'Etain. Cette demoiselle, qui était à Dijon ces jours-ci, avait accompli, dès le 3 août. un autre trait de bravoure que le Bulletin des Armées de la République racontait ainsi :
Une employée des postes, Mlle Berthe Lévy, jeune fille de vingt-deux ans, vient d'accomplir un acte simplement héroïque.
Le 3 août, on signalait à Briey l'approche des troupes allemandes. Se conformant aux instructions reçues, le receveur des postes et télégraphes prend ses dispositions pour faire transporter en lieu sûr, à Verdun, sa caisse, sa comptabilité et ses valeurs. Une automobile attend.
Mlle Berthe Lévy est chargée de cette mission. Elle part, elle arrive. La caisse est sauvée.
Comme elle veut sans perdre une minute, regagner Briey, les officiers français la préviennent que les avant-gardes allemandes rôdent dans la région. Le danger est réel.
« Qu'importe ! réplique la jeune postière. On compte sur moi là-bas ; le receveur a besoin de mes services. Au revoir, messieurs. »
En cours de route, elle abandonne sa voiture. Cachée dans un bois, elle attend la nuit. Originaire de Jarny, elle connait admirablement la campagne, pas une sente qui ne lui soit familière. L'ombre venue, elle se glisse, serrant sur son coeur les reçus des chargements qui lui ont été délivrés par le bureau de Verdun. Elle évite les patrouilles ennemies ; elle rentre dans la ville, sa mission est accomplie.
Et voici en quels termes, simplement, sur un ton badin, elle rend compte à ses parents de son exploit :
« Verdun, 4 août 1914.
« Mes bien chers tous,
« Suis à Verdun en mission porter le courrier en automobile.
« Tout va bien, mais ça chauffe !!!
« BERTHE. »

LES SOUPES POPULAIRES

Nous recevons la note suivante : La population nancéienne admire l'empressement de la Municipalité à accorder des secours aux réfugiés évacués des localités engagées sur les champs de bataille et aux habitants nécessiteux de notre belle cité.
Depuis le commencement des opérations militaires, il a été réparti dans beaucoup de quartiers de la ville, des distributions de soupes populaires, accompagnées des hauts bienfaits de l'établissement de Gentilly, une grande sécurité contre les privations de la guerre.
Parmi ces succursales du bien public, on a remarqué celle de Boudonville, sous la tutelle de M. Charly, conseiller municipal, depuis le début de la guerre qui est organisée par M. et Mme Gudin, qui ont offert généreusement l'emplacement et le matériel nécessaire dans leur propriété de la rue de la Boudière, où ils préparent pour distribuer, de onze heures et demie à midi, tous les jours environ huit cents rations très confortables et d'une propreté rare ; à cette belle organisation ils sont aidés par le concours gracieux de M. Plantier, professeur à l'Ecole supérieure de Nancy, M. Grégoire, chef de train en retraite, M. Morot, rue de la Colline, M. Rousselle, lithographe, Mme Pajot, rue de la Boudière, etc.

DANS LA RÉGION DE SAINT-DIÉ
Nos chasseurs alpins. - Les « Vosges meurtrières » - Les « Lions de la Mort »

Un ami du « Spectateur » veut bien lui communiquer la lettre suivante qu'il a reçue de Saint-Dié : Cette lettre, écrite au courant de la plume, sans autre prétention que de traduire des impressions vécues, n'en offre que plus d'intérêt :

Saint-Dié. 15 septembre.
Mon cher X.,
Nous n'avons pas souffert du bombardement. Je vais du reste te raconter comment cela s'est passé.
Mardi 25 août, nos soldats ont défilé devant chez nous toute la journée. Ils avaient l'air bien fatigué. Malgré cela ils voulaient encore rassurer les gens et leur disaient que les Allemands n'entreraient pas dans la ville.
Nous leur avons distribué un peu de vin et des cigarettes, et ils en étaient enchantés.
Mercredi, vers 10 heures et demie, le canon commence à tonner. Nous ne nous en occupons pas trop, car nous l'entendions souvent. Mais, tout à coup, on entend des sifflements et on nous dit qu'un obus était tombé sur l'hôtel du Globe et y avait fait de gros dégâts. Voyant cela, nous avons déménagé et nous sommes allés chercher un refuge dans les caves de chez B... Ce sont des caves voûtées. Nous sommes partis vers 7 heures avec notre souper et nous y avons passé la nuit. Mais la nuit fut tranquille.
Jeudi, vers 4 heures, nous sommes réveillés par le canon. Cela a duré jusqu'à 6 heures du soir. Cette journée peut compter pour quelque chose. Le canon tonnait sans arrêt. Tu penses si c'était amusant d'entendre siffler les obus constamment ; on se demandait où ils tombaient ; à chaque instant on entendait sauter les carreaux sur le trottoir.
Nous sommes tout de même sortis de la cave vers 5 heures et demie. J'étais déjà allé voir plusieurs fois chez K... ce qu'ils devenaient. Il n'y avait pas un chat sur le trottoir, sauf quelques Alpins couchés à plat ventre sur le pont qui guettaient l'arrivée des Allemands ; ils avaient fait des barricades avec des charrettes. On peut dire qu'ils nous ont défendus jusqu'au bout.
Les Allemands visaient surtout l'usine à gaz, les hautes cheminées et le grand pont. Ils n'ont heureusement pas réussi, sans quoi nous étions jolis dans nos caves.
Quand nous sommes remontés, nous avons vu votre ancienne maison, rue Gambetta, qui brûlait...
Les Allemands ont fait leur entrée le même jour, à 6 heures ; ils débouchaient de toutes les rues. Quel effet de les voir ! Et pourtant, on s'y attendait.
Toute la nuit, ils ont trimbalé dans les rues, pour s'installer un peu partout. Le vendredi, ils ont défilé devant chez nous au pas de parade pour qu'on les voie mieux.
Le soir, nos soldats sont venus jusqu'à la rue de la Meurthe. Il y a eu une fusillade nourrie, puis plus rien. Les Allemands s'étaient cachés dans les maisons en face de chez nous, ils avaient brisé les persiennes, dressé les matelas devant les fenêtres pour se mettre à l'abri des balles et installé une mitrailleuse dans le logement de l'épicerie B...
Nous observions cela depuis nos fenêtres, nous demandant ce qu'ils pouvaient bien fabriquer. Nous avons seulement compris le lendemain matin...
Du jour où ils sont arrivés, ils ont mis nos horloges à l'heure allemande, mais personne n'a changé ses montres et ses pendules, si bien que l'on était tout embrouillé dans les heures. Ils ont imprimé une affiche disant qu'il était interdit de circuler en ville de 8 heures du soir à 6 heures du matin sous peine d'être fusillé, et défense expresse de sortir de la ville.
Ils ont tout accaparé, tout volé, surtout dans les logements inoccupés. Ils ont vidé les caves et ouvert les robinets de tonneaux si bien qu'ils étaient jolis.
(Suivent des détails sur les dégâts commis dans la région environnante.)
Pour Saint-Dié, il y a à peu près cinquante maisons brûlées. Quand on nous a dit qu'ils allaient quitter la ville, on n'osait pas y croire. Mais ils sont partis le 11 septembre dans la nuit. Le lendemain matin, il n'y en avait plus, mais toute la nuit on n'a pu dormir tant ils faisaient de potin avec leurs voitures.
Vendredi, à une heure et demie, nous sortions un peu quand nous voyons arriver trois de nos chasseurs à cheval qui arrivaient au grand galop de la rue d'Alsace.
Je n'oublierai jamais ce moment-là. Tout le monde courait, criait : Vive la France !
C'était du délire. On était si heureux de les revoir sitôt après les autres. Cela a été encore pis quand les chasseurs alpins sont arrivés, on les aime tant à Saint-Dié. Ils ont toujours été en avant. On les aurait presque portés en triomphe, ils étaient couverts de fleurs. On avait sorti les drapeaux, mais on les a fait enlever ; les Allemands étaient encore trop près, on craignait qu'ils ne reviennent.
Mais il paraît qu'ils ont eu de grosses pertes. Ils appellent nos montagnes les « Vosges meurtrières » et les Alpins les « lions de la mort ».
On nous a remis nos horloges à l'heure française, les trains recommencent à marcher ainsi que le téléphone et le télégraphe.
Tous les services sont rétablis...
Nous mangeons en ce moment du pain de guerre. Il est un peu dur, mais enfin on nous en fera bientôt de l'autre. Nous n'avons été privés de rien et nous sommes tous en bonne santé.

Nancy et le général de Négrier

Il y a quelques années, pendant une battue en Seine-et-Marne, oubliant les faisans, le général de Négrier nous faisait une petite conférence sur la défense du territoire.
« Tout l'effort, s'écriait-il, doit se porter sur la frontière belge, à Givet, à Chimay. »
Je l'entends encore ; et, en effet, ce passage était si important pour les Allemands, que, pour le prendre, ils ont déchiré et qualifié de chiffons de papier des traités signés par eux-mêmes, et bravé l'inimitié de l'Angleterre.
« Quant à Nancy, disait M. de Négrier, cette place n'est pas défendable, et si je commandais nos forces, j'écrirais dans mon premier bulletin « Nancy est pris », afin qu'on ne m'en parle plus. »
Nancy est libre, et, après six semaines d'invasion, on en parle encore.

L'HOPITAL CIVIL
et ses Annexes

Nancy, 23 septembre.
En ces jours de tristesse, alors que vers les hôpitaux s'achemine la foule des parents avides de connaître le sort des êtres chéris que les destins ont conduits vers les champs de bataille, où nos armées luttent pour le triomphe de la justice, du droit et de la liberté, en ces jours de tristesse où la pensée de tous se tourne vers nos glorieux mutilés, il est bon de visiter les lieux de retraite paisible, où nos blessés reçoivent les soins éclairés et dévoués que réclame leur état.
C'est ainsi que nous sommes allé, hier, à l'Hôpital civil qu'administre une Commission active et diligente, aux destinées de laquelle préside M. Krug.
Nous n'avons pas l'intention de découvrir l'Hôpital civil et son annexe où les malades fortunés reçoivent, dans des conditions spéciales, qui assurent la prospérité financière de cet établissement, une hospitalité que tout un chacun se plaît à vanter.
Cette hospitalité large et bienfaisante et les mêmes soins éclairés sont généreusement octroyés aux déshérités de la vie, et c'est avec le plus vif intérêt que l'on parcourt toutes les salles où règne un confort adéquat aux dernières conceptions de l'hygiène moderne.
Ces salles - qu'il s'agisse de la cuisine, de la lingerie, des réfectoires, de l'infirmerie ou des dortoirs - ces salles sont pleines de clarté et de lumière ; sur des peintures murales aux tons clairs et que rehaussent les frises élégantes, les yeux se reposent apportant ainsi un dérivatif aux pensées douloureuses qui peuvent assaillir le malade.
L'Hôpital n'est plus la maison triste et noire qui hantait jadis l'esprit des pauvres gens : mourir sur un grabat à l'hôpital.
On ne meurt plus sur un grabat ; et, si la mort clôt les yeux du malheureux, il s'endort du dernier sommeil au milieu des fleurs qui jettent toute leur gracieuse poésie autour des lits que bordent les mains bienveillantes d'infirmières volontaires (dames et jeunes filles) qui, nuit et jour, se dévouent sans compter.
L'Hôpital civil n'est plus une prison ; c'est une véritable clinique où nos docteurs rivalisent d'activité et de savoir.
Nos soldats sont habilement soignés par d'expertes garde-malades, et ces grands enfants sont parfois émus jusqu'aux larmes quand ils voient les soins vraiment maternels qui leur sont prodigués.
C'est dire aux familles que nos petits soldats ne manquent de rien ; la Ville de Nancy et sa Municipalité peuvent être fières de leur Hôpital civil et de ses annexes : l'hôpital Maringer, l'ancien séminaire et la maison Marin, où on a pu, même avec des moyens de fortune, réaliser, pour nos blessés et nos malades, le maximum de confort.
Cet hommage était dû à tous ceux qui occupent n'importe quelle fonction, n'importe quel emploi à l'Hôpital civil.
Félicitons la Commission administrative et inclinons-nous devant le personnel d'élite, devant les dames et jeunes filles qui, dans un admirable geste de solidarité, consolent l'Humanité et pansent courageusement les blessures de ceux qui héroïquement, sous la mitraille, ont défendu le Drapeau des armées de la République.

L'EFFORT ALLEMAND
arrêté ou repoussé

Bordeaux, 22 septembre, 16 h. 10.
Sur tout le front de l'Oise à la Woëvre, les Allemands ont manifesté, dans la journée du 21, une certaine activité, sans obtenir de résultats appréciables.

A NOTRE AILE GAUCHE
Sur la rive droite de l'Oise, les Allemands ont dû céder du terrain devant les attaques françaises.
Entre l'Oise et l'Aisne, situation sans changement. L'ennemi n'a pas attaqué sérieusement, se bornant, hier soir, à une longue canonnade.

AU CENTRE
Entre Reims et Souain l'ennemi a tenté une offensive qui a été repoussée, tandis qu'entre Souain et l'Argorme nous avons fait quelques progrès.
Entre l'Argonne et la Meuse, aucun changement.
En Woëvre, l'ennemi a fait un violent effort. Il a attaqué les Hauts-de-Meuse, sur le front Trésauvaux-Vigneulles-Heudicourt, sans pouvoir prendre pied sur les hauteurs.

A NOTRE DROITE
En Lorraine, il a de nouveau franchi la frontière, avec une série de petites colonnes. Il a réoccupé Domèvre, au sud de Blâmont.
Nous avons pris, avant-hier, vingt autos de ravitaillement, avec tout leur personnel.
Nous avons fait de nombreux prisonniers appartenant notamment aux 4e, 6e, 7e, 8e, 9e, 13e, 14e 15e et 16e corps allemands, à la landwehr bavaroise et à des corps de réserve.

UNE VISITE A NANCY
La belle cité de l'Est, déjà oublieuse des rudes jours d'épreuve, a retrouvé en partie son animation.

Nancy, 20 septembre.
- Aller à Nancy ! Vous n'y songez pas ! C'est folie ! Vous n'y arriverez jamais, me disait-on.
Mais chacun sait que les reporters ont le privilège d'aller où ils veulent, de passer par les trous de serrure, de chevaucher le vent. de surmonter tous les obstacles de distance, de temps et de lieu.
Je suis arrivé à Nancy. Ça n'a pas été sans peine, mais le voyage fut délicieux, plein de charme et d'imprévu. Trente-neuf heures de chemin de fer coupées d'arrêts à chaque station, à chaque halte, parfois en pleins champs. J'ai passé la moitié de la nuit assis sur une brouette dans la gare de Chaumont. J'ai été, à Toul, pendant trois heures, le prisonnier du commissaire spécial, vieillard en qui l'âge n'a point éteint un excessif zèle. Il m'a promené par la ville comme un captif de qualité, et, faisant l'important, il disait aux factionnaires : « Monsieur est mon prisonnier. »
Façon aimable de laisser entendre que j'étais un espion.
Il m'a conduit aux bureaux du gouvernement militaire. J'ai comparu devant un officier fort aimable qui, en riant, m'a rendu la liberté.
J'ai continué mon voyage sans autre incident fâcheux jusqu'à Champigneulles., Les trains s'arrêtent là, ne vont pas plus loin. Il faisait nuit. Plus de tramways, pas de voitures. Alors, par une route dont chaque ornière est un ruisseau, le dos courbé sous la pluie battante, pataugeant dans la boue, j'ai franchi à pied les six kilomètres qui séparent Champigneulles de Nancy, où je suis arrivé crotté, harassé, fourbu, n'en pouvant plus.
Je pensais trouver un désert, une ville abandonnée, à demi-morte. Mais non, Nancy, qui, pendant trois semaines, a entendu, tout près d'elle, le grondement du canon, Nancy, qui, toute une nuit, a, tranquille et souriante, senti siffler sur elle la rafale des obus, Nancy est restée la belle cité des jours heureux. Elle n'a point connu la peur. Elle ne la connaît pas. Il n'y a, pour s'en convaincre, qu'à regarder autour de soi : cette animation de la rue ces gens qui vont et viennent, affairés, ces voitures qui roulent bruyamment sur le pavé, ces automobiles qui glissent légères et rapides, ces tramways qui se croisent bondés de voyageurs.
Tout ce mouvement, tout ce bourdonnement de ruche en travail prouvent que Nancy n'a rien perdu de son activité. Elle vit. Elle est d'ailleurs disciplinée, très sage et très docile. Elle s'est soumise sans murmure aux prescriptions sévères des autorités militaires. Il a régné ici une sorte de malaise. On voyait partout des espions, à tort peut-être, peut-être aussi à raison.
Pour moi, je croirais volontiers qu'on avait raison. Autrement, comment expliquer que certains mouvements de troupes aient été connus de l'ennemi ? Comment expliquer que notre état-major, à peine installé dans un village, y ait été aussitôt canonné par les Allemands ?
Qui pouvait les avoir prévenus, sinon des espions établis à Nancy et qui communiquaient avec eux la nuit à l'aide de signaux lumineux ?
Alors l'autorité militaire prit des mesures énergiques. Dès six heures du soir, toute lumière a disparu, tous les cafés sont fermés, tous les magasins ont abaissé leur devanture, toutes les persiennes des maisons sont tirées. Les rues de la ville, depuis la première jusqu'à la dernière, depuis la plus large jusqu'à la plus étroite, sont plongées dans les ténèbres. De loin en loin luisent quelques ampoules électriques. Elles ne projettent sur le sol qu'une traînée de lumière douteuse, laissant les portes en saillie et les façades des maisons dans la plus profonde obscurité.
C'est la nuit, et Nancy est noire et triste.
Nancy est lugubre, et plus triste et plus lugubre encore quand, dans ce grand silence de toutes choses gronde, lointaine et sourde, la voix du canon. Alors, à cette heure-là, ma pensée va à nos braves soldats qui gardent la ville endormie. Etre seul, en rase campagne, entendre le vent frémir, écouter tomber la pluie, guetter le jour pendant toute une longue nuit fatigante et se tapir pour avoir chaud sous la retraite mal abritée d'une tranchée ou d'une vieille grange, c'est une chose affreuse.
Pauvres et braves petits soldats !.
(Petit Parisien.)

LES DIFFICULTÉS
de la tâche

Nous devons faire, à présent, une sorte de guerre de forteresse. - Mais nos progrès sont néanmoins sensibles et constants.

Bordeaux, 23 septembre, 16 heures.
A NOTRE AILE GAUCHE
Sur la rive droite de l'Oise, nous avons progressé dans la région de Lassigny, où se sont livrés des combats violents.
Situation sans changement, sur la rive gauche de l'Oise et au nord de l'Aisne.

AU CENTRE
Entre Reims et la Meuse, aucune modification notable.
Dans la Woëvre, au nord-est de Verdun et dans les directions de Mouilly et de Dompierre, l'ennemi a tenté des attaques violentes qui ont été repoussées.
Dans le sud de la Woëvre, il tient la ligne Richecourt (Meuse), Seicheprey, Lironville (Meurthe-et-Moselle), d'où il n'a pas débouché.

A NOTRE AILE DROITE
En Lorraine et en Vosges, les Allemands ont évacué Nomeny et Arracourt, et ont montré peu d'activité dans la région de Domèvre-sur-Vezouze.

DE L'OISE AUX VOSGES
Nous avançons toujours à notre gauche. - Violents combats sur les Hauts de Meuse. L'offensive allemande arrêtée en Lorraine.

M Bordeaux, 24 septembre, 16 heures.
A NOTRE AILE GAUCHE
Entre la Somme et l'Oise, nos troupes ont progressé dans la direction de Roye.
Un détachement a occupé Péronne et s'y est maintenu malgré de vives attaques de l'ennemi.
Entre l'Oise et l'Aisne, l'ennemi continue à maintenir des forces importantes solidement retranchées.
Nous avons légèrement avancé au nord-ouest de Berry-au-Bac.

AU CENTRE
Entre Reims et l'Argonne, aucun changement.
A l'est de l'Argonne et sur les Hauts de Meuse, l'ennemi a poursuivi ses attaques avec une violence toute particulière.
Le combat continue avec des alternatives de recul sur certains points et d'avance sur d'autres.

A NOTRE AILE DROITE
Aucun changement notable dans la région de Nancy et dans les Vosges.
Quelques détachements ennemis ont de nouveau essayé de pénétrer sur notre territoire) refoulant nos éléments légers de couverture, mais leur offensive a été bientôt arrêtée.

Le nouveau Secrétaire général
DE MEURTHE-ET-MOSELLE

Paris, 24 septembre, 1 h. 20.
BORDEAUX. - M. Martin, secrétaire général de la Haute-Garonne, est nommé secrétaire général de Meurthe-et-Moselle, pour la durée de la guerre, en remplacement de M. Abeille, appelé sous les drapeaux.

POUR LA RECONSTITUTION
des Foyers détruits

M. le Préfet de Meurthe-et-Moselle est heureux de porter à la connaissance des populations des communes éprouvées ce télégramme qu'il vient de recevoir du Gouvernement et qui confirme les assurances qu'il leur a toujours présentées :
« Ministre Intérieur,
« A Préfet Meurthe-et-Moselle,
« Au cours de vos visites dans les communes de votre département dévastées par la guerre, vous prie de faire savoir à ces malheureuses populations que le Gouvernement et le Parlement viendront à leurs secours et que dans un sentiment de solidarité nationale nous ne négligerons rien pour les aider à reconstituer leur foyer. »
Nancy, 25 septembre.

Ce qu'ils ont fait dans la Meuse

Mme Paul, présidente du Comité de l'Association des Dames françaises à Etain-sur-Meuse, vient de communiquer un rapport sur le bombardement de l'hôpital de la Croix-Rouge, qui commença le 24 août. Une pluie d'obus tomba sur les ambulances, traversant les murs, atteignant les lits des blessés, parmi lesquels se trouvaient cinq Allemands.
Un rapport authentique de l'abbé Bonn, curé doyen d'Etain, fournit de navrants détails sur les excès des Allemands dans la commune.
Un pharmacien de Briey, qui conduisit à Etain son ami, le sous-préfet, fut fusillé contre sa maison, en présence de sa famille. Cent cinquante blessés français, enfermés dans une grange après la bataille furent brûlés par les Allemands. Une femme allaitant son enfant, refusant de donner de la nourriture aux ennemis, eut les seins broyés et son enfant étouffé.
La ville d'Etain est presque complètement détruite. Le reste a été pillé par les Allemands. Tous les hôpitaux sont anéantis dans toute la région. Des actes innombrables de cruauté sanguinaires ont été commis.

Nous avons communication des trois télégrammes que voici :
Président de la. République à Préfet Meuse, à Bar-le-Duc,
Je reçois avec autant d'émotion que d'indignation les tristes renseignements que vous avez bien voulu m'envoyer. Je vous prie d'être mon interprète auprès de mes compatriotes meusiens dans la cruelle épreuve qu'ils traversent et de les féliciter de leur admirable esprit de sacrifice et de leur indomptable courage.
Raymond POINCARÉ.

Maire Commercy à Président de la République, Bordeaux.
Nos malheureux compatriotes des villages incendiés et détruits ont trouvé refuge et assistance à Commercy et à Saint-Mihiel. Ils me chargent ainsi que notre patriotique population de vous transmettre leurs remerciements et de vous assurer de leur inébranlable confiance dans le gouvernement de la défense nationale. Vive la France !
GROSDIDIER.

Président de la République à Maire de Commercy.
Vous remercie de votre télégramme, vous prie de dire à nos compatriotes toutes mes sympathies et tous mes voeux dans les cruelles épreuves qu'ils traversent avec tant de patriotisme et de confiance dans la victoire finale.
Raymond POINCARÉ.

NOTES DE CAMPAGNE
Les Animaux

Hélas ! nous n'aurons pas eu de Comice agricole cette année. Les chevaux ardennais-lorrains qui devaient être à Longwy, à Pont-à-Mousson, à Mandres-aux-Quatre-Tours, traînent maintenant les convois sur les routes. Les vaches sont dans les parcs prêtes à être sacrifiées pour l'armée. Et les célèbres volailles de Mme Laroppe, de Jaillon, ont été mangées par les territoriaux.
Les chevaux se sont résignés difficilement à leur sort. Le jour de la réquisition à la Pépinière, je tenais, en mes mains inexpertes, la jument d'une douairière de la rue du Haut-Bourgeois. C'était une bête svelte et élégante, habituée à être maniée doucement par un vieux cocher d'allure très digne. Elle se trouvait au milieu de grossiers animaux de culture, mal équarris, au cou pelé; elle passa la nuit, elle, la délicate habituée à une chaude écurie, sous une lamentable averse.
Nous avons des chiens à la caserne et même à la chambrée. Mon voisin possède un certain « Marquis », bête noire, au collier égayé d'un ruban rouge. J'ai vérifié une fois de plus cette vérité essentielle : le chien adore le soldat.
« Marquis » jouit dans la compagnie d'une popularité légitime. Il arrive toujours le premier au rapport, et, l'autre jour, un chien étranger à la 12e s'étant hasardé dans la carrée, il l'en expulsa vigoureusement.
PIERRE LÉONY.

L'ATTITUDE DES ALLEMANDS
envers les non-combattants

Paris-Journal a reçu de la veuve d'un capitaine d'un régiment frontière une lettre émouvante. On y lit notamment :
« J'avais suivi Charles jusqu'à Blâmont, je m'étais installée là dans un petit hôtel. Je ne voulais pas le quitter. Pendant les premiers jours de mobilisation, je pouvais le voir environ une heure chaque jour à l'heure des repas. Puis, je ne le vis plus que quelques minutes. Le jour où son régiment partit vers Lorquin, il vint m'embrasser à l'hôtel. « On se battra aujourd'hui, me dit-il. Rassure-toi, je reviendrai vivant. »
« Le soir, pas de nouvelles ; le lendemain non plus. Trois jours après, je vois revenir une partie des troupes parties avec le régiment de mon mari. Je retrouve un sous-officier de son bataillon que j'avais connu quand il était adjudant-major. Je le questionne. « Mort ! me répondit-il. » * « J'ai demandé quel était l'endroit où était tombé mon mari. On m'a indiqué un champ à l'entrée d'un petit bois, à douze kilomètres de Blâmont, sur le territoire annexé. Je suis partie immédiatement. Je voulais au prix de n'importe quels sacrifices retrouver son corps, l'embrasser une dernière fois et le faire ramener pour qu'il repose dans notre tombeau de famille. Ce fut, hélas ! impossible.
« Arrivée sur les lignes allemandes, je demandai à parler à un officier. On me conduisit à un major, un gros homme roux portant des lorgnons d'or. Quand j'entrai dans la salle d'auberge où il se trouvait, il ne daigna même pas me saluer. Résolument, je lui expliquai le but de ma visite. Chercher et reprendre le corps de mon mari, tué à quelques centaines de mètres de là. Le major me laissa parler jusqu'au bout sans sourciller. Quand j'eus terminé, il me dit en allemand :
« Die Franzoesischen Leichen sollen durch die Racib-Vogeln gefressten werden. Heraus !
« (Les cadavres des Français peuvent être mangés par des oiseaux de proie. Va-t'en !)
« Et il me chassa.
« Des soldats, qui avaient entendu les paroles du major, me poussèrent dehors. Avec la pointe de leurs baïonnettes ils se mirent à me piquer le cou que j'avais découvert. Pendant trois cents mètres je fus ainsi reconduite vers Blâmont par deux soldats.
« Quand je rentrai à l'hôtel. le sang qui s'échappait des piqûres faites à mon cou, me coulait dans le dos, j'ai dû m'aliter et faire venir un médecin qui m'a aussitôt fait un pansement. Il a compté vingt-deux piqûres ! »

SAINT-DIÉ DES VOSGES
tient toujours !

Des habitants de Saint-Dié arrivés à Fécamp ont fait au correspondant du « Journal de Rouen » le récit suivant : Le lundi 21 août, un aéroplane allemand est venu, du côté du Sapin-Sec, jeter une bombe. Mais c'est le mercredi matin, 26 août, que le bombardement a commencé.
Les Allemands visaient la gare qu'ils cherchaient à démolir. Mais ils n'y ont pas réussi. Ils ont visé aussi le pont de la Meurthe, entre le faubourg et la ville ; ce pont a une grande importance pour le passage des voitures de vivres et de munitions. Il en serait, en tout cas, resté deux autres.
Mais là encore leurs obus ont mal porté et sont tombés aux deux angles du pont, sur un magasin de chaussures et sur l'hôtel du Globe. Les devantures ont été complètement arrachées. Une jeune fille; qui se trouvait sur le trottoir, devant le magasin d'épicerie de ses parents, a eu le ventre ouvert par un éclat d'obus. Quelques enfants ont été tués rue de la Bolle. Un pâté de maisons, la cité d'Anoud, a été incendié.
Les Allemands ont visé aussi la manutention, située près de la gare, et où se trouvent des réserves très importantes pour l'armée. Les obus n'ont pas porté davantage.
L'hôpital, qui avait cependant arboré le drapeau de la Croix-Rouge, n'a pas été épargné par les Allemands qui ignoraient sans doute qu'il n'y restait plus que des blessés allemands, les blessés français ayant été évacués la veille. L'hôpital n'a pas souffert autrement
Le bombardement a duré toute la journée du mercredi. Le soir, les Allemands qui avaient été battus dans la matinée par notre artillerie, ont été repoussés vers la chaîne des Vosges. On a trouvé 2.500 de leurs cadavres dans les environs, du côté de Sainte-Marguerite.
Ainsi, la vieille cité de granit rose a résisté aux obus teutons. Elle en a vu bien d'autres, et les Vosges ne capituleront jamais !

DÉCRUE DES EAUX

Nancy, 25 septembre.
Les pluies violentes et persistantes des jours passés avaient fait grossir fortement nos rivières. A un moment même, on dut, en bien des endroits, prévenir les riverains de la Meurthe et de la Moselle d'avoir à se tenir sur leurs gardes. On pouvait craindre, en effet, un débordement.
Or, la pluie ayant cessé, mardi, et le soleil étant revenu, mercredi les eaux n'ont pas tardé à diminuer. Mercredi soir, dans la traversée de Nancy, la Meurthe ne dépassait, en aucun point, ses rives.
Tout danger est donc désormais écarté.

Les Allemands dans les Vosges

Une des régions où l'invasion a fait les plus horribles ravages est celle qui s'étend de la Bourgonce à Raon-l'Etape et à Rambervillers. Du reste on s'est violemment battu dans tous ces parages. Les armées sont restées là, face à face, pendant plus de quinze jours. Les Allemands ont eu, paraît-il, des pertes terribles autour de Raon-l'Etape, au-dessus de La Neuveville, enfin et surtout entre La Neuveville et Saint-Benoît Là comme partout, les pertes allemandes sont de beaucoup supérieures aux nôtres, notamment dans le bois de Saint-Benoît où gisent, dit-on, plusieurs milliers d'Allemands tués.
Le 21e bataillon de chasseurs a défendu opiniâtrement sa ville de garnison, Raon-l'Etape. Du côté de la Bourgonce, la lutte, là aussi, fut chaude. Parmi les incendies qui ont ravagé la contrée, une partie seulement est due à la lutte ; les autres furent allumés par les Allemands, volontairement et sans que cela pût leur servir. Un témoin oculaire, parcourant ces lieux, lundi 14 septembre, a vu ce qui suit :
La Bourgonce : Toutes les fermes entre la Bourgonce et la forêt, en allant aux Rouges-Eaux, sur un parcours de deux kilomètres, sont brûlées, à une exception près. La vie était absolument absente de ces lieux, ou du moins, seulement représentée par quelques chevaux blessés, errant abandonnés, paraissant attendre tristement la mort, dédaignant même de brouter l'herbe sous leurs pas.
La Bourgonce. déjà si éprouvée en 1870, est au neuf-dixièmes détruite. En cet endroit, la lutte a dû être terriblement violente.
C'est à peine si les soldats qui y cantonnent depuis ces jours derniers ont pu trouver des refuges dans les maisons, dont il ne reste que quelques pans de murs noircis, quelques débris de toiture.
D'habitants, on n'en voit aucun. Les pauvres gens ont dû fuir à la hâte devant l'ennemi et à l'approche de la bataille sans pouvoir rien emporter.
Ils se sont réfugiés, les uns au loin, les autres dans les bois.
La Salle a été aussi très éprouvée ; mais il reste encore passablement de maisons debout. Les habitants, là aussi, ont fui. Sur dix maisons, il en est une d'habitée.
Saint-Remy a été beaucoup plus maltraité et les ravages s'étendent jusqu'au haut d'Etival, ou une féculerie est entièrement détruite.
Le village même d'Etival a relativement souffert. Une bonne partie des habitants sont restés : ils disent que l'ennemi a tout pillé, mais a respecté les personnes.
Raon-l'Etape, coquet chef-lieu de canton, est complètement bouleversé. En arrivant par la route de Saint-Dié, on remarque d'abord l'hôtel de la Belle-Vallée, l'épicerie Tisserant, entièrement brûlés ; les maisons Crouzier, Girodon, Gabriel, Thiébaut, la poste, les écoles, la rue Notre-Dame, le pâté de maisons Bodard, Gamhenot, la maison Larue, confiseur, etc., ont subi un sort identique. Il en est de même des moulins Vilgrain, de quelques maisons du quai de la Meurthe et du faubourg de Badonviller. Les halles ont souffert, l'église est à moitié en ruines. Il est vrai que les Allemands avaient, paraît-il, installé des mitrailleuses dans le clocher, ce qui a attiré le feu de l'artillerie française.
La plus grande partie des incendies ont été allumés par les Allemands sous le prétexte que la municipalité était partie avec la population.
MM. les docteurs Windline et Raould se sont signalés par les services qu'ils ont rendus. Le premier, notamment, parlant allemand, a insisté auprès du général pour faire cesser les incendies.
L'exode de la population, surtout des femmes et des enfants, s'explique par la proximité des atrocités de Badonviller.
Les Prussiens, avant de partir, ont fait sauter le pont du chemin de fer allant à Saint-Dié, ainsi que le pont de Raon à La Neuveville, et la passerelle.
La Neuveville-les-Raon a peu souffert en ce qui concerne les particuliers.
Il y a à citer cependant comme ayant été incendiées, les fermes Lemaire, Rémy Ruyn, au-dessus de la gare.
La ferme de M. Geisler, aux Châtelles, a aussi été brûlée et le bétail tué. De plus, comme à Raon, des maisons ont été pillées. Des femmes d'officiers allemands venaient en automobile choisir ce qui leur convenait le plus.
L'industrie de La Neuveville a beaucoup souffert.
L'usine Mittmit a été épargnée.
L'usine Luçon a été brûlée, mais la maison d'habitation, comprenant les bureaux, n'a pas souffert.
Une partie de l'usine Otmos, comprise entre les chaudières et la gare, comprenant le lavage, le tricotage et des magasins, a été incendiée. Les Allemands ont prétendu, pour y mettre le feu, qu'il s'y trouvait des soldats français. Ils ont ainsi incendié des bottes de laine dans le bâtiment voisin (magasin de laine), mais ces laines étant humides, l'incendie ne s'est pas propagé.
Ils ont également volé des chaussures en quantité.
On prend des mesures pour pouvoir remplacer le matériel détruit aussitôt que les événements le permettront.
A la sortie de La Neuveville, vers Rambervillers, plusieurs maisons ont été brûlées. A la haute Neuveville, peu ou pas de dégâts.
Saint-Benoît, entre La Neuveville et Rambervillers, a été presque complètement détruit par le bombardement des Prussiens.
Les Français occupaient cette localité et ont résisté à une attaque allemande, venant de la forêt, et qui ne purent en déboucher.
Détails horribles, des blessés qu'on avait abrités dans des maisons, surpris par l'incendie et ne pouvant fuir, ont été brûlés vifs.
Bru, au-dessus de Saint-Benoît, a souffert aussi, mais moins, et Rambervillers beaucoup moins encore.
Dans la vallée de Celles, l'ennemi a fusillé des maires et des curés.
D'autres localités de la contrée ont souffert aussi, mais nous n'avons pas de détails.
En résumé, les énormes dégâts qui ont été commis dans cette région, ont été les conséquences directes de la lutte. Toutefois, les Allemands, trouvant que les événements n'avaient pas encore assez éprouvé les malheureux habitants, ont joint leurs victimes volontaires aux malheurs de la guerre, sans motif et sans profit pour eux - uniquement par cruauté ; ils se sont conduits d'une façon indigne des gens civilisés.
Il faudra s'en souvenir, non pour maltraiter comme eux les particuliers, mais pour imposer à leur nation, au jour du règlement final (sans préjudice de la juste indemnité pour les sinistrés et les sommes qu'ils nous ont fait dépenser), des conditions telles qu'il sera impossible à l'Allemagne, dans l'avenir, de nous attaquer et de nous faire revoir les mêmes calamités.
(L'Impartial.)

A LUNÉVILLE

Nancy, 12 septembre.
M. le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est rendu à Lunéville, où il avait été précédé par l'équipe du personnel technique venant de Nancy pour rétablir les communications télégraphiques et téléphoniques. Il s'est rendu non à la mairie qui est brûlée à peu près entièrement comme la sous-préfecture, mais dans la maison où les services municipaux sont provisoirement installés. Il a remercié et félicité la population de Lunéville du calme et de la dignité avec lesquels elle a supporté ces trois longues semaines d'occupation allemande.
M. L. Mirman a félicité tout spécialement M. le maire Keller, non seulement d'être resté à son poste en ces circonstances difficiles, mais d'avoir témoigné d'une fermeté, d'un esprit d'initiative et d'organisation qui lui fait grand honneur. M. le Préfet de Meurthe-et-Moselle a adressé les mêmes félicitations à M. le sous-préfet Minier qui, pendant toute cette douloureuse période, est resté, hors de sa maison brûlée, le conseiller et le collaborateur dévoué et courageux de la municipalité.
M. le préfet tient à mettre en garde la population du département contre l'exagération de certains récits relatifs aux violences commises par l'ennemi. Lunéville, fort heureusement, ne compte qu'un petit nombre de victimes, et les scènes répugnantes auxquelles il a été, de divers côtés, fait allusion ne constituent qu'un acte individuel dont l'auteur a pu être d'ailleurs, par une heureuse chance, pris et châtié.
M. L. Mirman a ramené avec lui M. l'adjoint Braux, chargé de venir traiter avec M. le secrétaire général de Meurthe-et-Moselle et la municipalité de Nancy les diverses questions relatives au ravitaillement de Lunéville.
Inutile de dire l'immense joie éprouvée par les habitants de Lunéville lorsque, par le départ précipité des Allemands, ils ont deviné la victoire française confirmée depuis lors de façon si décisive. Ils avaient en 1870, subi une occupation qui dura trois ans. Ils l'ont, en 1914, subie trois semaines. Ils ont la certitude que l'épreuve est terminée. Aussi se mettent-ils avec une joyeuse ardeur au travail pour que, dans le plus bref délai, leur belle cité reprenne sa vie économique normale.

M. le préfet de Meurthe-et-Moselle, qui avait la veille, rendu visite aux municipalités de Saint-Nicolas, Rosières et Blainville, a, dans la matinée d'hier, visité les communes si éprouvées de Velaine et de Cercueil ; il a constaté avec grand plaisir que déjà plusieurs habitants rentraient dans ces communes, il les a vivement félicités d'avoir fait diligence pour reprendre leur place au foyer communal.

Des Nouvelles d'un Ami
Le Lieutenant Pollain
Le Pas de Parade des Prisonniers
La Croix de Fer 1914

Combien de fois n'avons-nous pas eu l'occasion, depuis une vingtaine d'années, de consacrer dans l'« Est républicain » des lignes sympathiques à notre excellent ami Fernand Pollain. Mais c'est du violoncelliste Pollain que nous nous occupions alors. Aujourd'hui, c'est du lieutenant Pollain que nous allons parler. Fernand Pollain est, en effet, lieutenant de réserve dans un de nos régiments de la région. Comme tel, il a rejoint son poste dès le début de la mobilisation. Il a ensuite été envoyé à la frontière, et, le 1er septembre dernier, il a été blessé au cours d'un engagement très vif. Rassurons immédiatement nos lecteurs : Fernand Pollain va actuellement aussi bien que possible ; il est en traitement à l'un des hôpitaux de X., d'où un de nos collaborateurs, qui est allé lui serrer la main nous adresse le récit suivant : - Ayant appris que Fernand Pollain était ici en traitement, je suis allé lui porter les amitiés et les voeux d'un concitoyen. D'autres Nancéiens étaient venus, comme moi, lui rendre visite. Nous fûmes, dès l'entrée, rassurés par l'infirmier de service : « Le lieutenant, il a une balle dans la cuisse. Mais il est en voie de guérison et, hier, il a joué du violoncelle. »
Fernand Pollain, appuyé sur des béquilles, est, en effet, frais et rose, et toujours souriant. Il nous conte avec bonne humeur son aventure. Il nous confirme qu'il a pu faire venir son violoncelle et que, la veille, il a commencé quelques exercices de vélocité qui n'ont pas d'ailleurs donné au sévère professeur qu'il est grande satisfaction.
C'est le 1er septembre que notre camarade a été blessé. C'était à X..., pas loin de la frontière. L'ordre avait été donné aux troupes françaises de s'emparer d'une crête que les Allemands avaient fortifiée au moyen de tranchées très profondes et qui constituait pour eux une position très solide.
Depuis la veille au soir, nos troupes, elles-mêmes retranchées, occupaient le bas de la position, et les deux adversaires étaient pour ainsi dire nez à nez, ce qui n'empêcha pas nos braves soldats de passer une nuit très tranquille, très calme, et de dormir du sommeil du juste, au fond de leurs retranchements. A l'aube, dès trois heures du matin, l'action de nos troupes commença. Pendant deux heures, les adversaires se tiraillèrent mutuellement, tandis que, des deux côtés, l'artillerie faisait rage. C'est à cinq heures du matin que le lieutenant Pollain, qui, à genoux, était sorti d'une tranchée, fut atteint d'une balle qui traversa la cuisse, sans, heureusement, atteindre aucun organe essentiel. Il put, au bout d'un certain temps, être transporté dans une ferme voisine, après avoir eu la satisfaction de constater que la position allemande avait été enlevée par nos soldats, dont quelques-uns étaient les siens.

Et Pollain nous raconte tout cela simplement, avec la verve gamine qui est sienne :
- Je n'avais qu'une peur, nous dit-il en riant, c'est que ces cochons-là me blessent aux mains. Heureusement, il n'en a rien été. Les doigts sont toujours bons et la virtuosité reviendra après la guerre et la victoire définitive. Mais, moi qui avais en mars un concert à Berlin, avec Isaye, je crois que je peux me considérer comme dégagé.
- Espérons, cher ami, que c'est en lieutenant que vous vous y rendrez.

Notre concitoyen nous raconte une amusante histoire, qui, croyons-nous, est inédite et qui montre une fois de plus que, dans les circonstances les plus difficiles, le troupier français ne perd rien de sa verve blagueuse.
C'était après un des combats de Lorraine, quand l'ordre fut donné à nos troupes de se replier sur le gros des troupes françaises appuyé à la ligne de la Seille. Un de nos régiments avait fait une cinquantaine de prisonniers allemands, qu'il ramena avec lui. Or, un de nos soldats eut l'idée de faire parcourir tout le trajet aux fantassins ennemis au pas de parade. Ainsi fut fait. Et les Allemands, auxquels leurs officiers avaient tant répété que les Français fusillaient les prisonniers, n'osèrent pas quitter un instant la « parade-marsch », tandis que, gouailleurs, les troupiers français les entouraient en scandant joyeusement : « Ein, zwei, ein, zwei ».
Ça n'est pas bien méchant !

Nous sommes heureux d'avoir pu donner à nos lecteurs de bonnes nouvelles d'un de nos concitoyens qui compte dans notre ville tant de sympathies et auquel nous souhaitons un prompt et complet rétablissement.
Terminons par une anecdote qui montre, une fois de plus, la confiance inouïe qu'avaient les grands chefs allemands dans leur armée et dans la réussite du coup de force rapide qu'ils avaient tenté sur Paris pour les premiers jours de septembre
Après un vif combat autour de V..., des soldats ont trouvé, dans une petite valise d'un commandant prussien, tué dans cette bataille, tout un lot de petites croix de fer avec ruban noir et blanc et portant l'inscription : « Paris 1813-1914 ». Ces croix étaient certainement destinées à être distribuées aux soldats allemands dès leur entrée à Paris pour commémorer ce haut fait. éventuel.
Ceci n'est pas une fable. Ce sont les soldats français qui se sont partagé les croix allemandes et l'un d'eux, correspondant d'un de nos confrères du Midi, a adressé à son journal qui l'expose dans sa salle des dépêches, cet échantillon de la présomption teutonne.
Ils avaient tout prévu, même les décoration ! Mais ils avaient compté sans les armées alliées !

UN BEL ENGAGEMENT

Le maire de Xeuilley croit de son devoir de rassurer les habitants de la commune, en présence d'une situation grave, mais encore non désespérée. Il prend personnellement l'engagement, et quoi qu'il arrive, de donner, malgré l'arrêt éventuel de l'industrie locale, du travail aux ouvriers non appelés par les lois militaires et de nourrir les femmes et les enfants des citoyens appelés à la défense de la France et de la République.
Xeuilley, le 29 juillet 1914.
Le maire, CH. FISSON.

EN PLEINE BATAILLE
Ardente entre la Somme et l'Oise, ainsi que sur les Hauts de Meuse, la lutte a été peu importante en Lorraine et en Vosges, où nous avons repoussé l'ennemi.

Bordeaux, 25 septembre, 16 h. 30.
A NOTRE AILE GAUCHE
Une action très violente est engagée entre celles de nos forces qui opèrent entre la Somme et l'Oise et les corps d'armée que l'ennemi a groupés dans la région Tergnier-Saint-Quentin.
Ces corps d'armée proviennent les uns du centre de la ligne ennemie, les autres de Lorraine et des Vosges. Ces derniers ont été transportés par chemin de fer sur Cambrai, par Liège et Valenciennes.
Au nord de l'Aisne et jusqu'à Berry-au-Bac, pas de modifications importantes

AU CENTRE
Nous avons progressé à l'est de Reims, vers Berru-Moronvilliers.
Plus à l'Est et jusqu'à l'Argonne, situation sans changement.
A l'est de l'Argonne, l'ennemi n'a pas pu déboucher de Varennes.
Sur la rive droite de la Meuse, il est parvenu à prendre pied sur les Hautsde-Meuse, dans la région du promontoire d'Hattonchâtel, et a poussé dans la direction de Saint-Mihiel.
Il a canonné les forts des Paroches et du Camp-des-Romains.
Par contre, au sud de Verdun, nous restons maîtres des Hauts-de-Meuse et nos troupes, débouchant de Toul, se sont avancées jusque dans la région de Beaumont (M. -et- M.).

LORRAINE ET VOSGES
Nous avons repoussé des attaques peu importantes sur Nomeny.
A l'est de Lunéville, l'ennemi a fait quelques démonstrations sur la ligne de la Vesouze et de la Biette.

LUTTE ACHARNÉE VERS NOYON

Paris, 26 septembre, minuit 52.
A l'aile gauche, dans la région nord-ouest de Noyon, nos premiers éléments s'étant heurtés à des forces ennemies supérieures, ont été obligés, dans la matinée, à céder un peu de terrain.
Rejoints par des troupes nouvelles, ces éléments ont repris vigoureusement l'offensive.
La lutte dans cette région prend un caractère particulier de violence.
Au centre, rien de nouveau.

Ils cèdent dans la Woëvre
A l'aile droite, devant les attaques de nos troupes débouchant de Nancy et de Toul, l'ennemi a commencé à céder dans la Woëvre méridionale.
Il s'est replié vers le Rupt-de-Mad.
L'action continue sur les Hauts-de-Meuse. Des forces allemandes ont pu pénétrer jusque vers Saint-Mihiel, mais elles n'ont pas pu passer la Meuse.

Le Ravitaillement
CE QUE DIT M. ANTOINE

Nancy, 25 septembre.
Nous avons eu hier l'occasion de nous entretenir avec M. Antoine, conseiller municipal, au retour d'un des voyages qu'il a entrepris pour préparer le ravitaillement en subsistances de la population nancéienne.
On sait en effet que nos ménagères commencent à souffrir du manque de sucre et que le chocolat devient rare dans les épiceries.
- Je me suis préoccupé d'abord, nous dit M. Antoine, de la question si importante du sucre. Sans être une substance d'absolue nécessité, le sucre remplit un rôle considérable dans l'alimentation, et vous pensez bien que les grandes villes ont mis l'embargo sur les raffineries. Trois établissements principaux règnent sur le marché français, les maisons Say, Sommier et Lebaudy ; mais Paris accapare presque en entier leur production, et il était présomptueux de songer à un prélèvement, si modeste qu'il fût, en faveur de la ville de Nancy.
« J'ai pensé alors à Sermaize. A tout hasard je m'y rendis. En traversant Bar-le-Duc, des avis frappèrent mon attention. Les épiceries prévenaient leur clientèle qu'elles étaient privées de sucre.
Ma confiance dans le résultat de mon voyage en fut ébranlée ; mais je poursuivis ma route en réfléchissant qu'à vingt-cinq kilomètres d'une raffinerie, Bar-le-Duc avait dû épuiser le stock ou arriver trop tard peut-être avec ses réquisitions.
« Quelle ne fut pas ma surprise de trouver en plein travail les usines de Sermaize ! Mieux encore. La petite ville avait beaucoup souffert du bombardement ; la bataille avait fait rage et jeté bas presque toutes les maisons. Par un hasard providentiel, la raffinerie était épargnée ; elle continuait à vivre parmi les ruines, le désastre.
« J'exposai la situation de Nancy. La direction des établissements s'empressa, avec une bonne grâce incomparable, d'étudier les moyens de réaliser promptement les désirs de la capitale lorraine :
« - Il nous reste environ 220.000 kilos disponibles, me proposa-t-on. Vous voudrez bien partager avec Besançon, qui nous a déjà réquisitionné. J'acceptai.
Ainsi j'obtenais une moyenne de deux kilos par habitant. C'est tout ce qu'il m'était permis d'espérer. J'eus toutefois la chance, au retour, de recueillir encore à Toul. la promesse que 70.000 kilos de sucre seraient mis à ma disposition. C'est donc, au total, près de deux mille quintaux que j'ai rapportés.
M. Antoine ajoute d'excellents conseils :
- Que la population nancéienne se rassure, nous dit-il. Qu'elle ne fasse point d'achats considérables, dans la crainte d'une pénurie qui ne la menace point. Le sucre sera livré à la consommation dans quatre ou cinq jours. Dans un généreux mouvement inspiré par leur patriotisme, les épiciers n'augmenteront point les prix de cette denrée et c'est là un avantage que j'ai facilement obtenu d'eux. »
Le lait condensé et le chocolat sont deux produits que M. Antoine, avec la plus louable ardeur, s'est efforcé d'introduire à Nancy en importantes quantités :
- La maison Menier, à elle seule, nous dit-il, a fourni quatre wagons complets sur les huit wagons arrivés la semaine dernière. Quant au lait condensé, nous en avons commandé deux mille caisses.
Tout le monde pourra sans peine s'en procurer ; c'est un aliment très sain et d'irréprochable qualité.
« Non seulement Nancy n'a rien à redouter de l'avenir, poursuit l'honorable conseiller, mais nous sommes en mesure même d'accorder satisfaction à M. Minier, le sous-préfet de Lunéville, qui nous a prié de venir en aide à la cité si durement éprouvée par les plus douloureuses privations pendant les trois semaines de l'occupation allemande. »
En terminant, M. Antoine nous annonce que la ville de Nancy fait venir assez de bétail pour suffire à la consommation :
- Enfin, j'étudie en ce moment un projet. destiné à favoriser l'approvisionnement du marché en légumes, en fruits, par la création d'un service spécialement réservé eux maraîchers des Environs... Mais nous causerons de cela plus tard, c'est-à-dire bientôt, quand nous entrerons dans la voie des réalisations. »
ACHILLE LIEGEOIS.

NOS PROGRÈS CONTINUENT
La bataille est surtout violente entre la Somme et l'Oise ainsi que dans la Woevre.
GROSSES PERTES du 14e Corps allemand

Bordeaux, 26 septembre. 1h heures,

A NOTRE AILE GAUCHE
La bataille continue très violente entre la Somme et l'Oise.
Entre l'Oise et Soissons. nos troupes ont légèrement progressé. L'ennemi n'a tenté aucune attaque.
Entre Soissons et Reims, pas de modification importante.

AU CENTRE
De Reims à Verdun, situation sans changement.

EN WOEVRE
L'ennemi a pu franchir la Meuse dans la région de Saint-Mihiel, mais l'offensive prise par nos troupes l'a déjà, en majeure partie, rejeté sur la rivière.
Dans le Sud de la Woëvre, nos attaques n'ont cessé de progresser.
Le 14e corps allemand s'est replié, après avoir subi de grosses pertes

A NOTRE AILE DROITE
LORRAINE ET VOSGES

Les effectifs allemands semblent avoir été réduits.
Les détachements qui avaient refoulé sur certains points, nos avant-postes, ont été repoussés par l'entrée en action de nos réserves.

LEURS ATTAQUES
partout repoussées

Paris, 27 septembre, minuit 26.
Communiqué officiel du 26 septembre, 23 heures :
L'ennemi a attaqué suc tout le front. Il été partout repousse.
A l'aile gauche nous progressons.
Sur les Hauts.-de-Meuse. la situation est stationnaire.
Dans la Woëvre, nous continuons a gagner du terrain.

LES GOUJATS
Ils ont pillé la maison du Président de la République, et celle de son frère, et bombardé la résidence présidentielle de Sampigny.

Paris, 26 septembre, 13 h. 30.
Les Allemands ont pillé à Triaucourt la maison de M. Lucien Poincaré, frère du président de la République, et, à Nubécourt, la maison des parents de M. Raymond Poincaré.
Ils ont bombardé, hier, avec un acharnement particulier, la commune ouverte de Sampigny et la propriété personnelle du chef de l'Etat.

La Situation
EN HAUTE-ALSACE

Du « Progrès de la Côte-d'Or », 26 septembre :
Les journaux suisses de langue allemande continuent systématiquement à donner de fausses nouvelles, sur ce qui se passe dans la Haute-Alsace. Alors que l'on n'ignore pas qu'aucun engagement sérieux n'a eu lieu dans la région de Belfort, ils s'appliquent à faire croire que des mouvements importants de troupes ont été observés dans le Sundgau. Les renseignements sont encore obscurcis par le fait que les localités alsaciennes sont tour à tour désignées par leur nom français et leur nom allemand et que l'on ignore que Ferrette et Pfirt, Dannemarie et Dammerkirch, Cernay et Sennheim sont synonymes.
Le « Démocrate » de Delémont a tenu à démentir de la façon la plus caractéristique les nouvelles données par les « Basler Nachrichten » et le « Basler Anzeiger » au sujet des combats qui se seraient livrés dans la région de Thann et de Cernay, les 10 et 11 septembre. Les Allemands avaient en effet l'intention de s'emparer de Thann et de toute la vallée de Saint-Amarin, et ils prétendent tenir cette vallée jusqu'à Mooch, mais leur agression a été repoussée.
Ils avaient installé de l'artillerie lourde sur les hauteurs qui dominent la route de Cernay à Thann et amené également des troupes de la landwehr du 119e d'infanterie. Après un duel d'artillerie, une batterie de campagne de 75 réussit à faire taire le feu de la grosse artillerie allemande.
Les ennemis ont été délogés et perdirent 400 hommes tués et autant de blessés. Les Allemands ont envoyé sur la ville de Thann quelques obus qui n'ont pas causé de dégâts appréciables. La cathédrale de Thann n'a donc pas subi le sort de celle de Reims.
« Dans le Sundgau, il n'y a pas eu ces derniers temps d'hostilités sérieuses, ajoute le même journal. Tout se borne à des rencontres de patrouilles françaises avec des cyclistes allemands. Ceux-ci portent un costume de couleur verdâtre, ce qui les fait facilement prendre pour des civils. Souvent ils s'embusquent au coin des bois ou des haies et tirent sur les troupes françaises, puis disparaissent. »
Un correspondant du « Times » confirme du reste ces renseignements. Nous occupons toujours Thann, Massevaux, Dannemarie, Hirsingen et Ferrette.
Les journaux de Bâle essaient encore d'accréditer que les Alsaciens qui ont quitté le pays sous la protection des troupes françaises ont été emmenés comme otages.
Les Allemands prennent actuellement les plus grandes précautions dans les environs de Mulhouse. Les communications entre la ville et ses faubourgs ne sont permises qu'aux personnes munies de laissez-passer. Le pont du chemin de fer de Huningue est fermé à la circulation et le projecteur du fort d'Istein fonctionne toute la journée.

PROCHAIN DENOUEMENT DE LA BATAILLE DE L'AISNE
A notre aile gauche, on se serre de près. - On s'est battu à la baïonnette et la victoire nous est restée. - Une offensive de la garde prussienne repoussée.

Bordeaux, 27 septembre, 8 h. 05 soir.
A NOTRE AILE GAUCHE
La bataille s'est continuée avec des progrès sensibles de notre part sur un front, très étendu, entre l'Oise et la Somme et au nord de la Somme.
De l'Oise à Reims, très violentes attaques allemandes sur plusieurs points, quelques-unes menées jusqu'à la baïonnette, et toutes repoussées.
Les lignes de tranchées françaises et allemandes ne se trouvent, en maints endroits, qu'à quelques centaines de mètres les unes des autres.

AU CENTRE
De Reims à Soissons, la garde prussienne a prononcé sans succès une vigoureuse offensive et a été rejetée dans la région de Berra et Nogent-l'Abbesse.
De Souain à l'Argonne, l'ennemi a attaqué, dans la matinée d'hier, avec avantage, entre la route de Sommepy-Châlons-sur-Marne et la voie ferrée Sainte-Menehould-Vouziers.
En fin de journée, nos troupes ont regagné le terrain perdu.
Entre Argonne et Meuse, l'ennemi n'a manifesté aucune activité.
Sur les Hauts-de-Meuse, rien de nouveau.
Dans le sud de la Woëvre, les Allemands occupent un front qui passe par Saint-Mihiel et le nord-ouest de Pont-à-Mousson.

A NOTRE AILE DROITE
En Lorraine, Vosges, Alsace, aucune modification importante.

Prêtres Vosgiens fusillés

La « Semaine religieuse » de Saint-Dié annonce la mort tragique de quatre prêtres de cet arrondissement.
Ce sont : l'abbé Albert Jeanpierre, né à la Bresse en 1874, curé de Saulcy-sur-Meurthe, tué par- un obus, le 29 août 1914, dans la grande salle du château de M. Gillotin, en portant secours à un blessé ;
L'abbé Antoine Lahache, né à Nancy en 1853, curé de la Voivre, fusillé par les Allemands, le 29 août.
L'abbé Alphonse-Marie Mathieu, curé d'Allarmont, née en 1859, à Raon-l'Etape, fusillé par les Allemands le ... septembre ;
L'abbé Pierre Buëcher, né en 1851, à Wolfganzen (Alsace), curé de Luvigny, fusillé le ... septembre 1914.

SUR LA MEUSE
Admirable Résistance du Fort de Troyon

On nous communique la lettre suivante qui date d'une quinzaine de jours et nous apporte quelques renseignements auxquels leur caractère rétrospectif n'ôte rien de leur intérêt, sur le bombardement, les assauts; les sommations dont le fort de Troyon a été l'objet, entre le 8 et le 13 septembre, de la part des Allemands.
Troyon, le 14 septembre.
Mon vieux copain, Tranquillise-toi. Je ne suis pas blessé. Pas même mort. Tout marche bien. Mais par exemple, où veux-tu que je prenne le temps d'écrire. On cogne ferme. Les Prussiens sont là. Mieux, vaut leur envoyer des pruneaux que de t'envoyer des lettres. Et puis Troyon a cessé momentanément toutes relations avec la poste.
Pendant cinq jours, du 8 au 13 septembre, il y a eu un branles-bas de tous les diables. Figure-toi que les Prussiens s'étaient mis dans l'idée de se frayer un passage entre Saint-Mihiel et Verdun. Ils voulaient défiler sous nos fenêtres, quoi ! On s'est chargé de régler le pas de parade.
Au-dessous de notre maison campagne (c'est du fort que je te parle) il y a effectivement une espèce de couloir qui relie Hattonchatel à Lacroix-sur-Meuse. Un couloir fait exprès pour que les magasins de Metz ravitaillent directement l'armée du kronprinz et, par-dessus le marché, celle de l'Argonne qui doit être à court d'obus et de pain, à ce qu'on annonçait.
Le gouverneur leur a dit : « Halte-là Nous nous sommes apprêtés. Le mardi, bombardement. Une danse assez coquette Allons ! ça commence bien. La consigne est facile à retenir ; mais, dans la crainte qu'elle soit oubliée on l'inscrit sur une porte : « S'ensevelir sous les ruines plutôt que de se rendre » Très simple, comme tu vois.
Ah ! ce qu'il est tombé d'obus allemands sur le fort ! Au moins trois mille. En une heure, on en a compté un jour plus de 300. Tu penses que chez nous les canons rendaient aux Prussiens la monnaie de leurs pièces Le fort a été un brin endommagé. Peu de chose. Après quelques réparations et même tel qu'il est, Troyon résistera encore.
Les Prussiens ont tiré jour et nuit, sans arrêt. Deux fois, croyant la partie gagnée par eux, ils ont envoyé un parlementaire qui sommait notre commandant de se rendre sans condition. Franchement, ils ne doutent de rien.
A la place du commandant, moi, je sais bien ce que les copains auraient tous répondu ; mais le commandant, lui aussi, a pensé qu'un seul mot suffisait pour répondre. Il a dit : Jamais ! Alors (c'était à sa deuxième visite) le parlementaire a fait un semblant de rouspétance : il a raconté que la France violait les lois de la guerre, que les batteries de Génicourt avaient tiré sur lui, patati, patata. Il a terminé sa petite homélie par une menace : « C'est bien, Monsieur, nous nous reverrons. »
Revoir cet oiseau-là, ça sera peut-être agréable. Mais je crois que la guerre nous privera de ce plaisir délicat. Dommage C'est qu'ils en ont rudement besoin, mon vieux, du fort où nous coulons des jours plutôt agités. Maison coquette. Du confortable. Un air pur. Coteaux et bois aux environs. La Meuse avec ses fritures à portée de nos petites balades du dimanche. Et les Boches nous auraient enlevé ça. Le commandant avait raison : plutôt la mort tous les ruines !
Du 8 au 13, trois, assauts ont été livrés Attaques furieuses. L'ennemi avait imaginé un truc. Figure-toi que les soldats s'étaient blottis dans des bottes de paille. Ils avançaient très lentement. On aurait dit une moisson en marche. Pourtant les sentinelles ouvraient l'oeil et le bon. Au premier signal, les artilleurs avec leurs pièces et nous autres à coups de flingot nous étendons dans Je champ ces escouades d'empaillés. Trois fois ils sont revenus à la charge ; trois fois ils ont pirouetté sur les talons et fait lestement demi-tour.
Hier, ils nous ont cette fois tiré. leur révérence. Bon débarras. Ouf ! on respire. Mais les Teutons veulent une trouée quand même. Ils ont échoué à Troyon ; ils essaieront du côté de Saint-Mihiel...
En attendant, je te dis bien des choses de la part des camarades. Après la guerre, on sera fier tout de même en racontant nos histoires, devant une chopine.
Pendant le bombardement, on oubliait de manger, de boire, de dormir. Toujours en train de descendre les Boches, ça nous coupait l'appétit et le sommeil ; mais je t'assure qu'une besogne aussi belle soutient mieux qu'une soupe et qu'un coup de polochon.
Au revoir, mon vieux, et bonne chance !

L'Entrée du Kayser
A NANCY ?

Nous avons dit que l'empereur Guillaume avait assisté à une attaque contre Nancy.
Le « Figaro »l raconte, d'après une lettre d'un magistrat de l'Est, qui a été témoin du fait, quelques détails nouveaux sur cet acte du souverain allemand.
« L'acharnement des Allemands à vouloir passer par Champenoux et Crévic pour gagner Nancy s'explique par ce fait que Guillaume Il se trouvait à Amance, a vingt kilomètres de Nancy, pendant la bataille.
« Il avait avec lui dix mille cavaliers en tenue de parade, avec lesquels il devait faire une entrée triomphale dans la vieille capitale de la Lorraine.
« Soudain, sous la poussée formidable de nos vaillantes troupes, les Allemands se mirent à battre en retraite.
« Alors, l'empereur, qui avait mis pied à terre et avait suivi les évolutions de son armée, avec une lorgnette, sauta à cheval et tourna le dos à Nancy, suivi de sa brillante cavalerie.
« Les rares Français qui se trouvaient à r proximité d'Amance purent assister de loin à cette retraite qui était fort impressionnante. »

POUR LES RECOLTES POUR LA FRANCE

Comme mes collègues de tous les départements situés dans la zone des armées, je viens de recevoir de M. le Général commandant en chef la note-circulaire que voici :
« Le Général commandant en chef, à M. le Préfet du département de Meurthe-et-Moselle, à Nancy,
« Quand on parcourt la zone des armées, on est frappé de voir de nombreux hommes valides (45 à 60 ans) causer et flâner dans les villages, alors que des quantités considérables de céréales en gerbes (blés et surtout avoines) sont encore dans les « champs.
« Il est inadmissible que ces denrées, Il dont la conservation importe pour la continuation de la guerre, se détériorent ainsi dans les campagnes, pour le simple motif que les propriétaires sont aux armées.
« Je vous prie, en conséquence, d'inviter les maires de votre département à faire procéder à l'engrangement et même au battage des céréales qui sont encore actuellement dans les champs. »

Au cours des nombreuses visites que j'ai pu faire dans ce département, j'ai pu me convaincre que les populations de Meurthe-et-Moselle étaient moins que toutes autres visées par les fortes observations du général Joffre.
Cependant, quelques louables efforts qu'elles aient faits jusqu'à ce jour au milieu parfois de bien dures épreuves, je les conjure de redoubler de vaillance. Blés et avoines sont indispensables - au même titre que les munitions - pour la défense nationale.
Que dans chaque commune on s'entr'aide. Que les femmes et les enfants se mettent à la besogne. Que quiconque possède encore un cheval le mette au service de tous. En agissant ainsi, ce n'est pas seulement dans votre intérêt personnel, ce n'est pas seulement pour assister le voisin comme vous voudriez être assisté par lui, ce n'est pas seulement pour protéger ce qui reste des ressources de la commune lorraine qui vous travaillerez, c'est pour la France !
Dites-vous, redites-vous cela, paysans lorrains, et ce sentiment décuplera votre volonté, votre énergie et votre vigueur physique.
Le préfet de Meurthe-et-Moselle:
L. MIRMAN.

LES ALLEMANDS
saisissent
LES BIENS DE L'ABBÉ WETTERLÉ

Nancy, 28 septembre.
BALE. - Une dépêche de Colmar annonce que la commission d'enquête, nommée à la suite de la condamnation prononcée contre l'abbé Wetterlé « pour trahison en temps de guerre », a ordonné la saisie des biens du prêtre alsacien.

MALÉDICTION

Demeure à tout jamais l'Infâme et le Maudit !
Sois dans la Mort et dans la Tombe et dans l'Enfer
Le sinistre et sanglant valet de Lucifer !
Sois celui dont le nom ne peut plus être dit !

Courbe ton front, plie les genoux, voile ta face,
Vois le mal et l'horreur qu'autour de toi tu sèmes
Et que tout soit détruit de tout ce que tu aimes
Sur terre et sous le ciel et dans les bleus espaces !

Toi qui voulus la Guerre et le Deuil et la Mort,
Par l'épouse et la mère et la soeur et l'enfant,
Par nos âmes de flamme et nos coeurs triomphants,
Maudit sois-tu dans la détresse et le remords !

Nous rêvions de douceur éternelle et profonde,
D'un tranquille labeur, dans les champs, dans les herbes,
Et nous dansions, le soir, autour des blondes gerbes.
Formant, sans le savoir, la plus noble des rondes !

Nous rêvions de suprême et rayonnante paix !
Et nos champs roux, nos verts jardins, nos bois songeurs
Frémissent sous l'ardente et sauvage clameur
Qui te maudit, ô toi l'abject, à tout jamais !

Les yeux de nos mamans adoraient nos visages.
Ces yeux-là, maintenant, ne savent que la guerre !
Maudit sois-tu, dans tes enfants, toi qui espère,
O toi l'Infâme, ô toi le Fou qui se crut sage !

Maudit sois-tu ! Meurs dans la détresse sans nom
Sans un geste sur toi, sans baiser sur tes yeux !
Toi qui toujours osas blasphémer le doux nom,
Le nom sacré, le nom si cher de notre Dieu !
Maudit sois-tu ! Meurs dans un coin sans un pardon,
Toi dont jamais je ne veux plus dire le nom !
Anie PERREY.

JOURNÉE D'ATTENTE
Calme relatif, sauf entre Aisne et Argonne et sur les Hauts de Meuse, où la victoire nous a été fidèle.

Bordeaux, 28 septembre, 15 h. 20.
Rien de nouveau dans la situation générale.
Calme relatif sur une partie du front ; toutefois, sur certains points, notamment entre l'Aisne et l'Argonne, l'ennemi a tenté de nouvelles et violentes attaques qui ont été repoussées.

Paris, 29 septembre, minuit 49.
1° A l'aile gauche, les renseignements sur la situation sont favorables.
2° Au centre, les troupes françaises ont supporté, avec succès, de nouvelles et très violentes attaques.
Nous avons progressé sur les Hauts-de-Meuse.
En Woëvre, un brouillard intense a suspendu, en fait, les opérations.
3° A l'aile droite, en Lorraine et en Vosges, la situation est restée sans changement.

LES ALLEMANDES
à Raon-l'Etape

Le 24 août, les Allemands étant entrés à Raon-l'Etape, leur médecin-major s'installa dans l'hôpital avec sa femme.
Cette dame profita de son séjour pour réquisitionner une automobile et un camion qu'elle fit conduire devant un hôtel. Là, aidée des soldats allemands, elle s'empara de tout le mobilier d'une salle à manger et le fit charger sur le camion. Elle se rendit aussi dans le domicile d'un médecin civil de Raon-l'Etape et prit toutes les toilettes de la femme de ce médecin. Les épouses teutonnes ne perdent pas le nord.

RENTRÉE DES CLASSES

Nancy, 29 septembre.
La directrice du lycée Jeanne-d'Arc a l'honneur d'informer les familles que la rentrée des classes aura lieu pour l'internat et l'externat le lundi 12 octobre ; les inscriptions et réinscriptions se feront dans son cabinet, à partir du jeudi 1er octobre, de 2 heures à 5 heures.
Elle serait reconnaissante aux familles de présenter leurs enfants le plus tôt possible

A LA PREFECTURE DE LA MEUSE

Paris, 29 septembre, 2 h. 55.
BORDEAUX. - M. Grandveau, chef de division à la préfecture de la Meuse, est nommé, pour la durée de la guerre, conseiller de préfecture de la Meuse.

NOS HÉROS

Nancy, 30 septembre.
Un de nos concitoyens, M. Charles Dengler, directeur du café des Deux-Hémisphères, caporal réserviste, vient de recevoir là médaille militaire et être promu sergent pour avoir accompli un beau fait d'armes, qui démontre un grand sang-froid allié à un courage hors de pair.
C'était dans la nuit du 11 septembre, du côté de la frontière, le caporal Dengler faisait une patrouille en avant des tranchées, lorsque près d'un ouvrage d'art il aperçut un homme qui semblait se dissimuler.
Croyant se trouver en présence d'un soldat français qui était sorti de la tranchée, il se porta en avant pour lui donner l'ordre de rejoindre les camarades.
L'homme ne fit aucune réponse. Justement inquiet, le caporal Dengler fait quelques pas, il reconnaît bientôt un ennemi..
Sans hésiter, il s'approche en criant : « A moi ! A moi ! » Plusieurs soldats accourent, Dengler, qu'a frappé l'ennemi, est secouru et la patrouille allemande qui s'était avancée s'enfuit en laissant des blessés et des morts.
C'est quelques jours après que le caporal Dengler était promu sous-officier et que, devant les troupes assemblées, son colonel lui remettait la médaille militaire des braves.

(à suivre)

Mentions légales

 blamont.info - Hébergement : Amen.fr

Partagez : Facebook Twitter Google+ LinkedIn tumblr Pinterest Email