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Mars 1915 - La Vie en Lorraine (2/3)

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CAMP RETRANCHÉ DE TOUL

Il est rappelé à la population civile du camp retranché que toutes les demandes de laissez-passer pour circuler en chemin de fer doivent être adressées au gouverneur.
Les habitants des communes situées dans la zone Z, à l'exception de celles de ces communes qui font partie du camp retranché de Toul, doivent seuls s'adresser à la sous-préfecture lorsqu'ils veulent se déplacer de la zone Z vers l'intérieur.
Toute infraction à ces prescriptions pourrait occasionner de graves désagréments aux porteurs de permis irréguliers, et même des poursuites judiciaires.
P. O., le chef d'état-major.

TROIS SUCCÈS
Près de La Bassée, en Champagne et sur les Hauts-de-Meuse.

Paris, 11 mars, 0 h. 58.
En Belgique, très violent bombardement de Nieuport-Ville avec des canons de 42 centimètres.
Entre la Lys et le canal de La Bassée, l'armée anglaise, appuyée par notre artillerie lourde, a remporté un important succès. Elle a enlevé le village de Neuve-Chapelle, à l'est de la route d'Estaire à La Bassée, et progressé au nord-est de ce village, dans la direction d'Aubers, et, au sud-est, dans la direction du bois de Riez. Nous avons fait un millier de prisonniers, dont plusieurs officiers, et pris des mitrailleuses.
Les pertes allemandes sont très élevées.
En Champagne, l'ennemi a contre-attaqué violemment, à diverses reprises, dans la nuit du 9 au 10 mars et dans la journée du 10 mars, mais il n'a pu gagner un pouce de terrain.
Nous avons consolidé et élargi nos positions sur les crêtes, dont nous nous sommes rendus maîtres en infligeant aux assaillants de très fortes pertes.
Sur les Hauts-de-Meuse, notre artillerie a démoli complètement un certain nombre de tranchées ennemies.
Rien à signaler sur le reste du front.

A STENAY
CE QU'ILS EN ONT FAIT

Deux prisonniers civils rentrés de captivité donnent les renseignements suivants sur Stenay : La forge de la route de la Gare est transformée en boulangerie militaire. Les Prussiens se servent des fours à réchauffer pour la cuisson du pain.
La maison Cresson est brûlée. Trois maisons aux Tanneries sont également incendiées.
Place de la Fontaine : Goulet, Turpin, Collignon, bijoutiers.
Rue de Chanzy : Ragot, épicier ; Thirion, charcutier ; Moyeux, Dubois, nouveautés, ces quatre maisons sont brûlées.
Une autre maison est brûlée dans la côte en face le quartier d'artillerie. On croit que c'est la maison du marchand de vins en gros.
Rien dans le haut de la ville jusque sur la route de Baalon.
Les maisons Drapier et Anthonias sont transformées en ambulances.
Le café du Centre est tenu par un Allemand, le, débit de tabac est au café du Centre.

A LOUPMONT
RÉCIT D'UNE RÉFUGIÉE

Une dame de Loupmont, qui vient d'être rapatriée, donne les détails suivants sur les mauvais traitements dont les prisonniers civils furent l'objet de la part des Allemands :
« Le 1er octobre, soixante-dix habitants de Loupmont furent emmenés à Heudicourt où ils couchèrent dans l'église. Le lendemain, ils furent divisés en trois groupes : trente-six furent conduits à Woinville ; d'autres à Nonsard ; d'autres restèrent à Heudicourt.
Le 20 octobre, les Allemands nous emmenèrent de Woinville à Remilly (Lorraine annexée), où nous restâmes huit jours, couchant tous dans la même salle, sur un peu de paille, mangeant de l'orge cuite, et gardés par douze soldats. Les bons Lorrains du pays venaient nous voir et amélioraient notre nourriture.
De là, on nous emmena à Sarrebourg, où nous étions bien logés et bien nourris. Au bout de huit jours, on nous conduisit à Saverne, où les Prussiens nous enfermèrent dans des cellules ; nous étions séparées de nos maris que nous ne voyions pas, si ce n'est à la promenade quotidienne. Notre nourriture était infecte ; moitié d'un hareng cru non dessalé, une soupe de pain noir cuit dans l'eau claire ; tous les matins, une pâtée, espèce de colle faite avec de l'eau et de la mauvaise farine ; c'était immangeable. »

LES CENT SOUS DU BLESSÉ

Nancy, 11 mars.
Un de mes amis, qui, n'étant pas mobilisé, a offert ses services à un hôpital, me dit :
- C'est très bien de donner 5.000 fr. aux hôpitaux, et assurément toutes les formations sanitaires que vous avez pu servir doivent être reconnaissantes aux lecteurs de l'Est. Je crois pourtant qu'on peut faire mieux.
- On peut toujours faire mieux, ai-je répondu.
- Oui. Voici mon idée. Quand nos blessés nous arrivent, ils déposent leur argent entre les mains de l'administration, qui leur donne ensuite par petites sommes celui dont ils ont besoin. Après leur guérison, à leur départ, les soldats reprennent ce qui reste, et signent sur une feuille spéciale. Puis ils s'en vont à nouveau combattre.
- C'est fort bien compris, et cela évite bien des inconvénients.
- Oui. Mais quelques-uns, qui sont arrivés sans un sou, n'ont rien à toucher lorsqu'ils s'en vont. Ils signent leur papier avec une mélancolie qu'ils cachent généralement sous une phrase narquoise. Et l'on a beaucoup de chagrin à voir ces pauvres garçons partir ainsi à travers la France, vers le front, vers la bataille, vers de nouvelles blessures peut-être, et partir sans monnaie de poche. On songe que dans les villages qu'ils rencontreront ils n'auront pas la petite pièce qui vaut un litre de vin, ou un café. Ils semblent honteux d'être ainsi déshérités, soit parce que leurs pants sont pauvres, soit parce que leur famille est encore dans les contrées envahies et ne peut rien envoyer.
« Je sais bien qu'ici, en Lorraine, à Nancy, rares sont les soldats qui s'en retournent sans avoir dans leur gilet quelque billon sonnant. La générosité de Nancy est si ingénieuse ! Pourtant il y en a, et c'est déjà trop qu'il y en ait, si peu nombreux qu'ils soient.
« Eh ! bien, voici ce que je vous propose. Demandez aux lecteurs de l'Est s'il ne leur serait pas agréable de verser quelque joie au coeur de ces braves garçons. Demandez-leur de vous envoyer de l'argent pour eux. A chaque blessé qui sortira de l'hôpital, et que le chef de formation vous indiquera comme dépourvu, donnez une pièce de cinq francs. Les cent sous du blessé. Du coup vous adoucirez des chagrins qui ne se manifestent pas, mais qui ne sont pas moins réels, et vous réparerez une grave injustice du sort.
« Ces cent sous, le blessé guéri ne les considérera pas comme un secours Non. C'est plutôt un cadeau affectueux que lui fera la solidarité lorraine. C'est la petite somme que la maman, ou la soeur, ou le plus jeune frère, ou le grand-père glisse en souriant dans le gousset de celui qui part. C'est l'humble offrande de ceux qui ne combattent point par les armes, et qui voudraient souffrir, se priver, pour mériter un peu de l'héroïsme qui rayonne partout en France à l'heure présente. C'est la joie de donner de la joie.
« C'est, comment dirai-je, c'est l'effigie de la fraternité qui nous crée une famille innombrable.
« Voulez-vous, cher ami, prendre cette idée pour l'Est, l'exposer à vos lecteurs qui sont des amis, et la réaliser ?
« En attendant voici un louis tout neuf. Vous en ferez quatre beaux écus qui feront certainement plaisir à quatre bons soldats. »
L'idée est originale et délicate, et tendre. Je l'offre telle quelle aux lecteurs de l'Est républicain, sans y rien ajouter et sans en retrancher rien.
Je ne sais s'il faudra de grosses sommes pour créer cette oeuvre d'initiative fraternelle. Mais je suis convaincu que peu de gens en Lorraine résisteront à la tentation de donner cent sous aux blessés qui, sortant de l'hôpital, n'entendent point tinter quelque monnaie au fond de leur poche.
J'ai déjà vingt francs. Il y en aura certainement d'autres avant même que la nuit tombe.
RENÉ MERCIER.

LE SUCCÈS DE NOS ALLIÉS ANGLAIS

Paris, 11 mars, 15 heures.
L'attaque anglaise d'hier a enlevé deux mille cinq cents mètres de tranchées, en avant de Neuve-Chapelle et le village lui-même.
Elle a ensuite progressé dans la direction d'Aubers, jusqu'au Moulin du Piètre, et, dans la direction sud-est, jusqu'aux lisières nord du bois du Biez, c'est-à-dire de deux kilomètres environ au delà de Neuve-Chapelle. L'artillerie allemande a peu tiré.
Pour le reste du front, rien à ajouter au communiqué de ce matin.

Paris, 12 mars, 2 h. 15.
LONDRES. - Le communiqué dit que le 4e corps et le corps indien se sont avancés, hier, de douze cents mètres sur un front de 3.600 mètres, qu'ils ont pris toutes les tranchées et fait 700 prisonniers.

NOS ATTAQUES RÉUSSISSENT
sur tout le front
LES LEURS SONT AUTANT D'ÉCHECS

Paris, 12 mars, 0 h. 58.
Voici le communiqué officiel du 11 mars, .
23 heures : Un brouillard épais a gêné beaucoup les opérations sur différents points du front.
En Belgique, une escadrille anglaise a bombardé Westende avec succès.
Dans le secteur d'Ypres, nous avons repoussé deux attaques près de Zandweorde.
Dans la région de Neuve-Chapelle, l'armée anglaise a repoussé deux contre-attaques. Les pertes de l'ennemis sont considérables.
En Champagne, nous avons réalisé, dans la soirée de mercredi, des progrès sensibles.
dans le bois situé à l'ouest de Perthes, où nous avions pris pied il y a cinq jours.
L'ennemi s'est défendu avec acharnement.
Malgré un très violent bombardement et plusieurs contre-attaques, nous avons maintenu nos gains.
En Argonne, dans la région du Four-de-Paris et de Bolante, au cours de combats précédemment relatés, nous avons pris un lance-bombes et une mitrailleuse.
Dans les Vosges, nous avons repoussé une contre-attaque au Reichachkerkopf.

A ST-MAURICE-SOUS-LES-COTES
LE RÉCIT D'UNE RÉFUGIÉE

ANNEMASSE, février. - Les derniers convois de prisonniers civils venant d'Allemagne sont maintenant évacués sur les villes du Midi, où les pauvres gens goûteront à la fois le calme heureux de l'hospitalité, l'oubli de leurs deuils, de leurs privations et de leurs chagrins, la paix et la douceur d'un climat propice aux convalescences physiques et morales.
Parmi les internés lorrains qui prolongent en Savoie leur séjour, nous avons eu, hier, la bonne fortune de rencontrer Mlle X..., de Saint-Maurice-sous-les-Côtes, Elle raconte en ces termes les débuts de l'occupation allemande dans ce village et donne aussi, au courant de la conversation, quelques détails sur les principaux événements qui se sont déroulés dans les localités voisines.
- Saint-Maurice a reçu la visite des Allemands du 8 au 13 septembre, c'est-à-dire durant la période marquée par les attaques et les bombardements successifs du fort de Troyon, au débouché sur la Meuse de la trouée de Spada. Il est bien difficile d'évaluer le nombre des régiments qui submergèrent le pays comme un effrayant raz de marée ; mais je ne serai pas suspecte d'exagération en affirmant que plus de soixante mille casques à pointe ont défilé en une semaine sous nos yeux.
« Du 13 au 20 septembre, les troupes françaises remportèrent de sérieux avantages ; ils redevinrent les maîtres. Un furieux bombardement gronda pendant toute la journée du 20. On voulait absolument débarrasser les crêtes des formations ennemies qui en organisaient solidement la défense.
« Le 21 septembre, de six heures à neuf heures du matin, nous distinguions parfaitement les charges à la baïonnette, le crépitement des mitrailleuses. C'était terrible. Les Boches reculèrent en laissant sur le terrain un très grand nombre de tués et de blessés.
« Les habitants de Saint-Maurice s'étaient pour la plupart réfugiés dans les caves. Quand les Allemands pénétrèrent dans la commune, ils pillèrent consciencieusement toutes les maisons, jetant de préférence leur dévolu sur les caves et sur les armoires. Ce qu'ils ont entassé de caisses de vin et de ballots de linge sur leurs charrettes est inimaginable.
« Les denrées alimentaires, surtout nos pots de confitures, firent les délices de la horde. Les maisons habitées servirent pour loger les soldats. Comme il ne restait guère que des femmes, chacune d'elles reçut un pensionnaire et je vous prie de croire que les exigences de nos hôtes employaient rarement une formule polie ou respectueuse.
« C'est ainsi que Mlle Barrois, ayant refusé de mettre son lit à la disposition d'un blessé, fut l'objet de telles menaces qu'à bout de patience elle souffleta un des soldats qui prétendaient lui imposer leur volonté. L'incident s'ébruita. Un officier procéda à une enquête. Mlle Barrois fut passée par les armes...
« Une douzaine de soldats français furent faits prisonniers. L'accusation d'espionnage fut portée contre eux; on y ajouta cette aggravation qu'ils s'étaient postés sur les arbres pour tirer sur les Prussiens. Tous furent conduits au cimetière et fusillés sans merci.
« Deux ou trois civils ramassés sur le champ de bataille essayèrent vainement de justifier leur présence. Le peloton d'exécution les abattit à leur tour.
« Un avis de l'autorité militaire enjoignait aux habitants possesseurs d'armes à feu de les déposer dans une salle de la mairie. M Bildé, ayant caché un fusil sous un tas de fagots, fut mis en état d'arrestation et tué par un feu de salve au lieu dit « la Grairère », au tournant de la route de Deuxnouds.
« L'excès de ces lâches férocités semait, la terreur à plusieurs lieues à la ronde. Plusieurs personnes de Vigneulles furent massacrées. Une trentaine de Boches ayant envahi une des cours du château, un témoin de cette scène entendit avec effroi cet appel désespéré « Maman ! les voilà. Maman, au secours ! » que suivit une courte fusillade. Puis un silence de mort plana sur le château.
« Un de nos fantassins échappa providentiellement aux investigations d'une patrouille allemande qui le traquait. Vingt fois, cinquante fois, les habitants subirent le même interrogatoire et, comme ils ne fournissaient aucun renseignement sur la retraite du fugitif, ou fouilla toutes les maisons et l'on creva les matelas, les sommiers de tous les lits pour voir si leur proie ne s'y était pas blottie.
« Un jeune homme s'était procuré à tout hasard une carte d'état-major de la région des Hauts-de-Meuse, afin de se guider plus sûrement dans le cas où il eût été obligé de chercher son salut dans la fuite. Hélas ! il paya cher cette précaution...
« De grandes cartes murales ornaient l'école de Saint-Maurice. Un sous-officier les déchira à coups de sabre.
« Ce qui semble caractériser les Allemands, c'est la crainte, la terreur de l'espionnage. Ils se méfient de tout et de tous.
Leur ombre même doit leur donner la chair de poule.
« Dès qu'ils eurent envahi le village, les soldats s'emparèrent des bicyclettes pour faire plus rapidement une tournée d'inspection dans les maisons. La même question revenait invariablement sur leurs lèvres :
- Vous avez le téléphone ?
- Non.
En dépit des plus énergiques dénégations, ils examinaient les moindres objets, vidaient les tiroirs, sondaient avec leurs baïonnettes la terre des jardins, le sable des cours, répétant avec une sorte d'anxiété : « Téléphone ? Téléphone ?
« Je me souviens qu'un grand diable tomba soudain en arrêt devant mon réveille-matin. Le tic-tac lui causait une extraordinaire inquiétude. Il désigna de son doigt tendu l'innocente pendule de trois francs :
« - Téléphone ?
« - Mais non... une pendule... rectifiai-je en contenant une folle envie de pouffer au nez du Boche effaré.
« - Si votre pendule est téléphone, vous serez fusillée... »
« Il fallut montrer le fonctionnement de l'appareil et prouver que les mouvements d'horlogerie n'ont rien de commun avec les appels d'une sonnerie électrique.
« Les cadrans de l'église de Saint-Maurice furent avancés d'une heure, afin qu'ils indiquassent l'heure allemande ; mais le mécanisme se détraqua et les aiguilles sont depuis lors immobiles.
« S'ils craignent les manoeuvres d'espionnage, les ruses, les guet-apens, les Boches ne cessent par contre de tromper la confiance qu'ont nos officiers dans le respect des lois de la guerre : ils ont fréquemment tiré sur les formations sanitaires et j'ai appris qu'aux environs de Woël-en-Woëvre ils avaient de loin agité un drapeau tricolore pour attirer nos soldats dans une embuscade. Cette perfidie réussit ; nous avons eu une trentaine de blessés dans ce traquenard « Vers le 4 ou 5 octobre, une convocation de l'autorité militaire rassembla devant la mairie tous les hommes de 17 à 60 ans. Les malades mêmes furent arrachés hors de leurs lits. Une centaine de personnes furent ainsi réunies et enfermées aussitôt dans un magasin, puis dans la salle de récréation (?) de l'école des filles. Les malheureux y restèrent quinze jours.
« De semblables dispositions étaient prises à Dommartin-la-Montagne, Hattonchâtel, Hattenville, Doncourt, Saint-Hilaire, etc.
« Quand nous interrogions les officiers pour connaître les motifs de cette mesure, ils répondaient : « On ne sait pas ». Les femmes étaient sévèrement gardées à vue. Une sentinelle, baïonnette au canon, veillait. Impossible de quitter sa chambre, même pour les nécessités naturelles, sans être accompagnés d'une sentinelle.
« Pendant plusieurs jours, les femmes furent contraintes d'aller avec les infirmiers sur le champ de bataille pour ramasser les blessés et, certes, la besogne ne manqua pas : les soldats français visaient juste !
« Enfin, le 20 octobre fut la date fixée pour le départ. Où serait-on conduit ? Mystère. Des officiers annoncèrent que nous serions évacués sur Mars-la-Tour ; ils annoncèrent le lendemain que Conflans était le but de notre voyage. Les étapes étaient longues. Des vieux, des femmes tombaient de fatigue. La caravane se composait d'environ quatre cents prisonniers civils que l'on chargea comme des bestiaux à raison de soixante-dix par wagon, sans un brin de paille pour se coucher ou le moindre siège pour s'asseoir un instant, au milieu des ordures, dans une atmosphère fétide, irrespirable.
« Pendant deux nuits et trois jours, le triste convoi roula de Metz à Rastadt, et de là sur Amberg, où les prisonniers reçurent un brassard ou furent marqués d'un signe dans le dos, avant d'être enfermés au camp de concentration :
« - Nous sommes marqués pour l'abattoir, fit l'un d'entre nous... On nous aura traités comme des cochons jusqu'au bout... »
Ce que fut l'existence des Meusiens au camp d'Amberg, nous l'avons décrite à mainte reprise : jeûnes, sommeils sur la terre humide, baraquements insalubres, châtiments corporels à la moindre incartade, privation de nouvelles, insultes, toutes les humiliations, tous les supplices qui ruinèrent, hélas ! tant de santé et provoquèrent tant de morts :
« - La France avait bien délégué le consul argentin pour faire une enquête, conclut notre interlocutrice ; mais les bourreaux eurent soin de lui voiler notre misérable situation... C'est un enfer, un criminel enfer où l'Allemagne exerce sur des êtres sans défense les raffinements de sa monstrueuse kulture. »
ACHILLE LIEGEOIS.

AU BOIS LE PRÊTRE
Les officiers et leurs hommes

D'une lettre écrite dans le Bois-le-Prêtre par un des jeunes officiers qui, à toute heure, s'y battent furieusement pour la conquête d'un élément de Tranchée ennemie, nous détachons ce fragment qui montre de quel admirable esprit de solidarité patriotique et d'étroite camaraderie devant le péril sont animés les chefs et les soldats - tous héros.
Quoiqu'il souffre cruellement d'une affection qui le prive déjà de l'oreille droite, on verra que l'auteur de cette lettre ne se sent nulle envie de rejoindre quelque part un poste d'embusqués :
- « Ma situation exacte, écrit-il à sa famille est maintenant celle-ci : L'oreille droite est perdue sans retour. Tout au plus entendrai-je faiblement quand la perforation du tympan sera fermée. Quant à l'oreille gauche, elle guérira. Dans ces conditions, je n'ai pas le droit moral de nie faire évacuer. Nos hommes comptent trop sur nous et nous ne sommes déjà pas de trop. Si nous ne pouvons toujours les mener à la victoire, du moins avons-nous l'autorité nécessaire pour prendre toute décision utile qui protégera leur vie qui nous est confiée. Il y a entre l'officier et ses hommes une fraternité dans la guerre que, sans raison majeure on n'a pas le droit de rompre et ce sentiment existe si fortement que l'on a vu des hommes risquer la mort pour aller chercher leur capitaine ou leurs lieutenants morts ou blessés.
Il est maintenant 8 h. 25. A 9 heures commence un bombardement pour nous permettre une heure plus fard, de faire le bond en avant traditionnel. Si nous réussissons, nous pourrons donner la sépulture à cinq des nôtres tombés dans les fils de fer boches il y a une huitaine. J'écrivais à M..., hier, qu'avant-hier, dans une reconnaissance, j'avais découvert dans un fourré un amas de morceaux boches déchiquetés par un obus 155.
En accordant à chacun ce qui lui manquait, je crois qu'ils étaient huit ; mais dans quel état ! Un entre autres n'avait plus de tête, ni la jambe ni son bras droits, par contre il avait sac au dos.
Dans la tranchée, quand on le peut, tout est prétexte pour oublier le froid, la pluie, Les Boches, d'autant plus qu'il y a toujours la farce inévitable quand ils sont à une vingtaine de mètres (et c'est le cas dans notre bois) de leur envoyer la boîte de conserves vide sur la figure ! »

RETOUR DE CAPTIFS

M. Paul Dongé, âgé de 65 ans, représentant à Toul, qui, au moment de l'ouverture des hostilités, se trouvait à Jarny, chez sa fille, Mme Leroux, vient de revenir à Nancy après avoir été emmené prisonnier en Allemagne, où il est resté plusieurs semaines au camp de Lindau.
Pendant sa captivité, M. Dongé a eu pour compagnon le jeune Alfred Bastien, âgé de 13 ans, originaire de Nancy, qui habitait à Etain. Pendant le bombardement de cette ville, ce jeune garçon fit preuve du plus grand courage en allant sur les champs de bataille ramasser les blessés et leur porter des secours.
Le jeune Bastien, dont le père est mobilisé et dont la mère avait pu s'échapper, vint se réfugier à Conflans-Jarny, d'où il fut emmené par les Allemands.
De retour en France, il a été rapatrié à Grenoble.

A VIC-SUR-SEILLE

Nous recevons la lettre suivante :
Monsieur le Directeur de l' « Est républicain », Nancy.
N'y aurait-il pas possibilité de savoir si parmi les prisonniers de guerre allemands internés en France, il ne s'en trouverait pas du régiment n° 138, alors en garnison à Dieuze, avant la guerre. Et si, parmi ces prisonniers, ne figurerait pas un volontaire de ce régiment, du nom de Yuncke Heinrich, ou Juncke (je ne puis préciser l'orthographe).
En voici les raisons : Le 5 ou le 6 août (je ne puis fixer la date, tous mes papiers et notes étant restés à mon domicile), entre dix heures et dix heures et demie du matin, ce volontaire, étant de faction devant le bureau de poste de Vic-sur-Seille, rue Dampierre, entendit un exprès qui venait me prévenir qu'un dragon français, faisant partie d'une patrouille qui sillonnait la plaine, aux portes de Vic, était tombé de cheval, blessé par des uhlans embusqués derrière une haie, et qu'il gisait sur place, son cheval ayant rallié la colonne. En toute hâte, nous courûmes au secours du blessé, avec quelques jeunes gens de la localité qui faisaient partie de la Croix-Rouge et qui m'avaient choisi comme chef.
Mais, pendant le peu de temps qu'on perdit à aller chercher le brancard, l'Allemand, qui comprenait le français, avait enfourché sa bicyclette et, avant que nous fussions arrivés près du blessé, il déchargeait sur ce malheureux, incapable de se mouvoir, trois coups de fusil à la distance d'une dizaine de mètres.
On ne ramena qu'un cadavre !...
Le bandit teuton revint ensuite en ville, en brandissant triomphalement le casque de notre pauvre dragon, qu'il venait d'assassiner si lâchement et aussitôt il fut remplacé devant la poste par un autre factionnaire.
Dans le courant de l'après-midi, ce gredin revint rôder autour de la poste et, quelques instants après, il jouait du piano avec la fille, âgée de seize ans, du docteur Lansberg, médecin immigré !... ce qui indigna, exaspéra même les voisins, qui ne se cachèrent pas pour déclarer hautement que c'était un scandale et une honte.
Notre malheureux soldat s'appelait Henry, Nicolas, de Reims, du 8e régiment de dragons, à Lunéville. Il fut le premier soldat français tombé sur le territoire de Vic. Il est enterré au cimetière de la ville.
Je dois ajouter à la honte du capitaine des douanes allemandes de Vic-sur-Seille, nommé Barthellang, qu'il ne se découvrit même pas sur le passage du cadavre de cette victime tombée au champ d'honneur.
Quand on vint nous quérir pour aller ramasser le blessé, ce brave Barthellang, qui croyait qu'il s'agissait d'un soldat allemand, prononça en public les paroles suivantes :
« C'est tout de même lâche de la part de ces Français, cachés dans les bois et qui tirent sur les nôtres, qui sont à découvert ! »
Et lorsque les brancardiers rapportèrent le corps du dragon, devant ce brave, casqué, botté, éperonné, qui se multipliait depuis huit jours et faisait énormément de zèle, je ne pus m'empêcher de faire la remarque suivante :
« C'est encore plus lâche de ne pas se découvrir devant un mort, et si c'était un Prussien, moi je me serais découvert ! »
Il faut croire que cette leçon l'avait piqué, car il s'excusa, disant qu'il avait été surpris et qu'il n'y avait pas songé.
C'est encore ce vaillant capitaine des douanes qui changeait de costume chaque fois qu'il entendait dire que les Français approchaient. Il en était blême. Il faisait pitié, quand il courait les rues en civil et en casquette, disant qu'il était « employé civil, qu'il était Lorrain » et qu'il défendrait les indigènes contre les Allemands, etc.
Une fois qu'il n'était plus question de l'entrée des Français à Vic, il revêtait de nouveau son uniforme, à la vue des siens, et lorsqu'un aéroplane français passait au-dessus de la ville, il dirigeait le tir de ses douaniers sur l'avion et criait : « Noch ein Schwein ! »
Je certifie l'authenticité de tout ce qui précède et, dès aujourd'hui, par des personnes échappées du pays, tous ces faits peuvent être prouvés Le 18 août, deuxième jour de l'occupation française, un téléphoniste du génie français, qui avait pris possession du « Kaiserlich Postamt », lequel avait été, sur mon initiative, transformé en « R. F. Postes » et surmonté d'un drapeau tricolore, remplaçant le fameux écusson qui représente le hibou germanique, me raconta qu'une patrouille française venait de découvrir, à la lisière du bois de Morville-les-Vic, le cadavre, pendu par les pieds, d'un autre dragon du même régiment, blessé et capturé par les Boches, qui lui avaient préalablement crevé les deux yeux.
Ces simples faits se passent de commentaires.
Ils nous édifient, si nous ne l'étions dejà depuis longtemps, sur la façon barbare dont ils traitèrent nos malheureux prisonniers et blessés au début des hostilités.
Sans être des barbares comme eux, en présence de tels faits, nous devrions songer que notre pitié ne peut exister pour de lâches assassins, et que, lorsque les auteurs d'actes aussi révoltants et aussi barbares tombent entre nos mains, ils doivent, tout simplement, être traités comme ils le méritent.
Il est loisible à la commission d'enquête de se fournir de documents qui l'édifieront sur les faits ci-dessus rapportés.

A SAULCY-SUR-MEURTHE

Le village a beaucoup souffert. Quatre-vingt-neuf maisons, parmi lesquelles la presque totalité du tissage et trois des cités ouvrières de M Gillotin, ont été la proie des flammes, quelques-unes du fait du bombardement, la plupart victimes de la torche incendiaire des Allemands, fin août et premiers jours de septembre.
Le château et le patronage des jeunes filles n'ont pas été détruits par le feu, mais les murs et l'intérieur sont considérablement endommagés.
Dans l'église, qui, elle, n'a pas beaucoup souffert, tous les troncs ont été vidés, les uns, arrachés, gisent à terre, les autres, ainsi que la grande porte d'entrée, ont leurs serrures fracturées.
Le presbytère a échappé à la destruction. Il n'y a à signaler que des carreaux cassés, des persiennes et la toiture endommagées. Quant à l'intérieur, le pillage l'a mis dans un état indescriptible.

LES PROGRÈS DE L'ARMÉE BELGE

Paris, 12 mars, 15 h. 05.
En Belgique, deux divisions de l'armée belge ont progressé, sur différents points, de quatre à cinq cents mètres, notamment dans la direction de Schoorbakke (sud-est de Nieuport).
Sur le reste du front, rien à ajouter au communiqué d'hier soir.

LES GÉNÉRAUX
Maunoury et Villaret blessés

Paris, 13 mars, 1 h 04.
Au cours de l'inspection d'une tranchée de première ligne, à trente mètres de l'ennemi, le général Maunoury, commandant une de nos armées, et le général Villaret, commandant un corps de cette armée, ont été blessés par une balle, tandis qu'ils examinaient les lignes allemandes à travers les créneaux.
Les médecins n'ont pu encore se prononcer sur la gravité des blessures.

TRANCHÉES CONQUISES
dans les Flandres en Champagne, en Alsace

Paris, 13 mars, 0 h. 58.
Voici le communiqué officiel du 12 mars, 23 heures : A l'est de Lombaertzyde, nous avons enlevé un fortin allemand à une centaine de mètres en avant de notre ligne de tranchées.
A 3 kilomètres d'Armentières, les Anglais ont occupé le hameau d'Epinette.
Dans le secteur de Neuve-Chapelle, les progrès de l'armée britannique se sont poursuivis.
Après avoir repoussé deux fortes contre-attaques, les Anglais se sont emparés de la partie des lignes allemandes sises entre le hameau de Piètre et le moulin du même nom, en faisant environ 400 prisonniers, dont 5 officiers.
En Champagne, dans la soirée de jeudi, nous avons enlevé en avant de la croupe au nord-est de Mesnil, plusieurs tranchées ennemies. Nous avons fait des prisonniers dont des officiers.
Dans la journée de vendredi, nous avons progressé légèrement dans la même région.
Plus à l'ouest, parallèlement à la route de Tahure, nous avons occupé plusieurs tranchées allemandes.
Dans les Hauts-de-Meuse, un élément de tranchée où les Allemands avaient réussi à prendre pied hier soir a été repris par nous dans la matinée.
Au Reichachkerkopf, nous avons repoussé une attaque de nuit et progressé de 200 mètres.

ARRIVÉE DE
450 internés français
à SCHAFFHOUSE

Extrait d'une lettre, du 16 février 1915, d'une jeune fille zurichoise, à sa cousine, Zurichoise, se trouvant à Nancy :
...
Je vais te raconter ce que j'ai vu et vécu la semaine dernière, où j'ai eu le spectacle navrant des misères de la guerre et d'y compatir.
Depuis environ quinze jours, des internés civils français traversent la Suisse, à leur retour d'Allemagne. Un de nos anciens garçons de course, employé aux chemins de fer fédéraux, nous rendit compte, mardi dernier, de l'état lamentable dans lequel ces malheureux, évacués par ce peuple si chrétien, arrivaient à Schaffhouse. Leurs habits n'étaient plus que des loques ; des bébés étaient enveloppés dans des journaux. Il avait vu cela de ses yeux.
Nous nous décidâmes de suite de faire ce qui était en notre pouvoir pour venir en aide à ces infortunes.
Nous fîmes un grand ballot de tout ce que nous pûmes ramasser en fait de vêtements, pour le déposer chez le président du comité chargé de centraliser les envois qui affluaient de tous les côtés. Ta mère y envoya un énorme ballot. La bonne madame S... mit la garde-robe de ses petits enfants au pillage, etc., etc. Jeudi, le 11 février, nous partîmes pour Schaffhouse, mon cousine B..., Mme N... et L... et moi.
Vers trois heures et demie, le train amena en gare de Schaffhouse 450 vieillards, hommes et femmes de 60 à 80 ans. Une pauvre vieille de 83 ans était si misérable et si faible, qu'il fallut la transporter d'urgence à l'hôpital. Il y avait aussi des jeunes garçons de 12 à 16 ans. Beaucoup s'étaient rajeunis pour se soustraire à l'hospitalité de ces aimables Allemands.
Par une faveur spéciale, nous fûmes autorisés à sortir sur les quais avec les membres du comité et nous pûmes ainsi assister à l'arrivée de nos chers Français.
Leurs figures tristes, apathiques, amaigries par les privations, témoignaient des souffrances et des tortures morales endurées par ces malheureux pendant les cinq mois de leur captivité.
On les partagea en groupes. Tout alla très vite. Ils avaient pris l'habitude de l'obéissance passive au « kommando allemand ».
Un groupe fut dirigé vers la maison de l'Union catholique, un autre dans la « Raudenburg » et un autre à l'hôtel du Cygne.
On leur servit un bon café au lait avec pain à discrétion. Ils avaient un excellent appétit, n'ayant plus rien mangé depuis qu'on les avait embarqués, à quatre heures du matin, dans des wagons à bestiaux, en gare de Rastadt (Bade).
Dans l'entre-temps, nous sortîmes pour acheter des gâteaux, des croissants, du chocolat, des chaussettes, des fichus, car nos Français devaient être bien traités.
La distribution de notre marchandise nous procura l'occasion de faire la causette avec eux. Bientôt toute contrainte disparut, et nos aimables Français, redevenus confiants, nous firent le récit de leurs aventures. Il y en avait qui venaient de Hambourg, de Cologne, de Grafenvohr, où on les avait parqués dans des baraques, des écuries. Il fallait travailler, avec pour stimulant des bourrades et des coups de crosse.
Quelques-uns ont emporté un « bon souvenir » du pain dit « pumpernickel ». On les régalait de café à l'orge grillée, de choucroute, de soupe tournée à l'eau. C'était vraiment tentant, n'est-ce pas ? Nos gâteaux, nos croissants et notre chocolat furent les bienvenus.
Nous passâmes d'une table à l'autre, beaucoup de ces bons vieux et de ces bonnes vieilles étaient assis, tristes et silencieux à leurs tables, n'osant pas parler ; d'autres dévoraient avidement les journaux français qu'on leur distribuait et dont ils avaient été privés depuis si longtemps. C'était un spectacle impressionnant.
Mon frère et moi interrogeâmes une vieille dame vers laquelle nous nous sentîmes particulièrement attirés, quant aux circonstances de son internement. Elle nous raconta qu'elle avait une gentille pette propriété avec jardin à F..., près Verdun, qu'un jour en jardinant, une troupe de soldats allemands l'obligea de les suivre, lui laissant à peine le temps d'ôter ses sabots et de se chausser convenablement. Défense de rien emporter. Il lui fallut tout abandonner et les suivre telle qu'elle était. Elle n'a jamais revu sa maison. Tout ce qu'elle sait, c'est que tout le village a été brûlé.
Et combien y en a-t-il dans ce cas ?
Cette dame était remarquable de douceur, de résignation et d'une confiance inébranlable en Dieu. Elle ne manifesta aucune haine.
Elle nous promit de nous donner de ses nouvelles et j'attends avec impatience une lettre de notre chère Esther L..., notre nouvelle amie.
Pendant que nous causions ainsi, une dame du comité se mit au piano pour jouer la « Marseillaise ».
Tous se levèrent comme touchés d'une commotion électrique. Ils étaient trop émus pour pouvoir chanter le premier couplet.
Mais, au deuxième couplet, tous, jeunes et vieux, comme soulagés « d'une Alpe écrasante », chantèrent avec entrain et chaleur, comme animés d'un feu sacré, pendant que les larmes inondaient leurs pâles figures.
Je ne puis te dire ce que j'ai ressenti en ce moment inoubliable.
Il se fit alors un grand silence. Mais, tout à coup, semblables au grondement des vagues, retentirent successivement de formidables « Vive la Suisse ! » C'était grandiose.
Les différents groupes furent ramenés ensuite à la « Raudenburg », où tous furent habillés.
La grande salle avec ses monceaux d'effets atteignant le plafond ressemblait à une vraie foire. Il y avait des tas de chemises, de sous-vêtements en laine, caleçons, pantalons, pardessus, des chapeaux et casquettes et des sacs pleins de chaussures.
Une autre division était réservée aux vêtements pour dames et jeunes filles, et enfants. Presque tous ces effets étaient absolument neufs et avaient afflué de toutes les parties de la Suisse.
On fit entrer les internés par groupes de vingt ; chaque personne reçut un sac à linge et pouvait ensuite choisir ce qu'il lui fallait. Tout le monde fut équipé à neuf des pieds à la tête. Beaucoup n'étaient chaussés que de sabots et avaient leurs pieds enveloppés de chiffons.
On remit en outre à chaque personne une lavette et un pain de savon, dont elles avaient bien besoin.
Un certain nombre purent même jouir du bienfait d'un bain aux bourgeons de sapins.
Ce fut une métamorphose complète. Nous nous trouvâmes en présence de gens propres, gais et heureux de vivre, allant de surprise en surprise. Car, pour bien finir, on leur servit un excellent souper composé de soupe aux gruaux d'avoine, petites saucisses, nouilles, pommes de terre, vin, fruits et cigares.
Ma cousine et moi nous aidâmes au service. Nous nous amusions de remplir trois ou même quatre fois les assiettes d'une soupe qui nous faisait venir l'eau à la bouche. Ces braves gens nous dirent :
« - Nous n'avons plus l'habitude d'un bon dîner pareil. »
Beaucoup de ces malheureux nous racontèrent comment ils furent arrachés de chez eux et comment leurs familles furent dispersées.
Un brave homme qui travaillait dans un moulin des environs de Verdun, n'a plus revu sa femme et ne sait ce qu'elle est devenue. Sa figure triste et minée par le chagrin faisait peine à voir. Tel jeune homme ne sait ce que sont devenus sa mère et ses frères et soeurs.
Oh ! ma chère, je n'en finirais pas si je devais te raconter toutes ces misères.
Comme notre train pour Zurich partait à 8 heures, il fallait nous séparer de nos chers amis, et c'est avec peine que nous en prîmes congé. On n'en finissait pas de se serrer les mains et de se dire au revoir.
Ils nous disaient : « Jamais nous n'oublierons la Suisse. C'est un vrai paradis après l'enfer.
Leur train partit de Schaffouse à dix heures du soir, se dirigeant directement sur Genève par Zurich.
Retrouveront-ils leurs foyers, et dans quel état ?
Quel bonheur de nous trouver si tranquilles en Suisse, alors que tout autour il n'y a que larmes et deuils.
L'autre jour, quelques aéros vinrent en vingt-sept minutes de Berne à Zurich. La croix blanche sur fond rouge se détachait nettement de l'azur du ciel et nous n'avions pas à craindre les fléchettes. Nous nous dîmes :
« Honneur à la Croix blanche sur fond rouge et aux trois couleurs françaises. »

Nos progrès s'accentuent
DE L'YSER A L'ALSACE
Les beaux succès des Anglais

Paris, 13 mars, 15 h. 10.
Dans la boucle de l'Yser, l'armée belge a consolidé et élargi les résultats obtenus par elle dans la journée de jeudi.
Les troupes britanniques ont continué à progresser. Elles ont franchi le ruisseau des Layes, qui coule parallèlement à la route de Neuve-Chapelle à Fleurbaix, entre cette route et Aubers.
Elles ont enlevé, dans cette région, plusieurs tranchées ennemies. Elles ont atteint à la fin de la journée, la route dénommée rue d'Enfer, qui se dirige, du nord-ouest au sud-est, vers Aubers, et dessert un faubourg de cette localité.
Au sud-ouest de Piètre, elles ont enlevé plusieurs groupes de maisons organisées défensivement. Le nombre total des prisonniers de la journée est d'un millier. Les Allemands ont perdu plusieurs mitrailleuses.
A gauche et à droite de l'armée anglaise, les troupes françaises ont appuyé son action par un feu très vif d'artillerie, de mitrailleuses et d'infanterie.
En Champagne, nos progrès ont continué, en fin de journée, sur les pentes nord de la croupe est du Mesnil. Nous avons fait 150 prisonniers, dont 6 officiers.
Dans les Vosges, au Reichackerkopf, l'ennemi, après un bombardement violent, a tenté de prononcer une attaque qui a été arrêtée net par notre feu.

Aux EPARGES et au BOIS LE PRÊTRE

Paris, 14 mars, 0 h. 35.
Voici le communiqué officiel du 13 mars, 23 heures :
Après de vifs engagements les jours précédents, un calme à peu près complet des deux partis a caractérisé, sur tout le front la journée d'aujourd'hui, qui a été marquée seulement par quelques actions d'artillerie.
Nous avons consolidé partout nos positions.
A la suite des déblaiements effectués aux Eparges, sur le terrain gagné par nous, nous avons trouvé deux nouvelles mitrailleuses allemandes, ce qui porte à quatre le nombre des mitrailleuses perdues par l'ennemi sur ce point.
Dans le bois Le-Prêtre, nous avons enrayé net une tentative d'attaque.

MARCHÉ DE NANCY

Nancy, 14 mars 1915.
Peu d'approvisionnement en légumes frais, qui sont représentés par les choux-fleurs, artichauts, endives du Midi et quelques radis de couche. La baisse des oeufs continue.
Voici les prix fixés par la mercuriale : Boeuf, 2 fr. à 3 fr. le kilo ; veau, 2 fr. 80 à 4 fr. le kilo ; mouton, 2 fr. 40 à 3 fr. 60 : lard frais, 2 fr. 40 à 2 fr. 80 le kilo ; lard sec, 2 fr. 40 à 2 fr. 50 le kilo ; grillade.
1 fr. 80 à 2 fr. 40 ; beurre, 3 fr. 40 à 4 fr. 40 le kilo ; oeufs, 1 fr. 20 à 1 fr. 50 la douzaine: pommes de terre, 10 fr. à 25 fr. les 100 kilos.

La VIE, c'est l'ACTION

Nancy, le 14 mars.
Les Français qui ne font pas métier de dîner tous les soirs avec des diplomates ont été assez vivement surpris du subit revirement de la Grèce. Ils n'ont pas été loin de soupçonner que le vaillant Achille préférait laisser la place au prudent Ulysse.
Ce n'est point, paraît-il, tout à fait cela. Mais il y a beaucoup de vraisemblance qu'il en soit presque ainsi.
Que la Grèce oublie ses traditions et ses intérêts jusqu'à abandonner tout espoir de revanche sur le Turc, il n'y a pas probabilité. Venizelos était l'homme qui voulait prendre cette revanche tout de suite, et partir avec les Alliés contre Constantinople. Le roi Constantin n'a pas été de cet avis. Son origine, ses attaches et ses alliances germaniques l'ont assurément influencé plus qu'il ne convenait. Cependant le nouveau ministère, s'il n'a pas l'énergie et la clarté de vues du précédent, ne pourra pas longtemps résister à la poussée populaire.
Il n'en est pas moins vrai que la Grèce a remplacé malgré elle un gouvernement actif par un gouvernement passif.
Les Alliés, s'il le faut, feront sans elle. Mais il serait mauvais qu'un peuple méditerranéen comme l'Hellade s'abstint dans une action qui, suivie par elle, servirait sa gloire et ses intérêts.
Venizelos a dit que le dommage causé par ce revirement inattendu est irréparable. Personne ne le voudra croire jusqu'à la solution définitive.
Nous espérons toujours que la Grèce n'arrivera pas trop tard, et que la prudence d'Ulysse cédera devant la vaillance d'Achille.
En Roumanie les affaires ne paraissent guère plus avancées qu'au début de la guerre. Nous avons reçu il y a quelques mois des lettres enthousiastes de personnalités éminentes roumaines. Elles brûlaient du désir d'entrer en campagne. Les mêmes personnalités ne sont pas moins enthousiastes aujourd'hui, mais leur action, n'a pas encore abouti, et ne parait pas avoir progressé. Pourtant quelle chance meilleure jamais se présentera pour ce pays de satisfaire ses aspirations nationales ? Des manifestations de sympathie sont choses excellentes. On accordera que ce n'est pas suffisant pour créer un droit.
En Italie, le prince de Bülow recommence ses visites aimables, et la presse germanique s'évertue à couvrir par de plaisantes propositions le bruit du canon dans les Dardanelles. On ramène sur Trieste et le Trentin l'attention italienne qui s'était tournée anxieusement vers les rives du Bosphore.
Les journaux allemands n'hésitent pas à insinuer que le kaiser exercera sur l'Autriche une énergique pression pour amener son alliée à céder le Trentin. Et cette suggestion qui avait d'abord à bon droit semblé bouffonne, les neutralistes l'utilisent à nouveau pour, hypnotiser l'Italie.
Il y a donc partout. - et nous ne disons rien de la Bulgarie, - un renouveau de succès apparents pour la diplomatie allemande, à la fois combattante et neutraliste.
Ce qui est le plus curieux et le plus caractéristique, c'est que en Italie comme en Grèce et en Roumanie les populations et la presse qui est leur reflet veulent une coopération, immédiate avec les Alliés, tandis que les gouvernements, ou plutôt les rois, font tous leurs efforts pour désagréger cette volonté.
La question est donc de savoir qui, dans cette lutte où les peuples ont engagé leur liberté comme les rois ont engagé leur autorité, sera vainqueur, et si le roi cèdera au peuple ou le peuple au roi.
Ainsi par la guerre actuelle les nations sont mises en présence de leurs droits, de leurs devoirs, de leurs intérêts. Il faut qu'elles se décident, et qu'elles se décident au plus tôt, sous peine d'abandonner leurs droits, de faillir à leurs devoirs et de compromettre leurs intérêts.
Il n'est plus temps de tergiverser. L'heure est passée où l'on pouvait espérer des profits sans courir de dangers.
Quand le premier obus anglo-français tombera sur Constantinople il sera trop tard pour offrir une vaine collaboration. Les nations balkaniques auront laissé échapper une merveilleuse occasion de réaliser leurs justes aspirations.
Nous espérons toujours que le bon sens des peuples et leur loyauté auront raison des hésitations entretenues chez eux par la fausseté impudente des diplomates germains.
L'abstention n'est pas la vie. La vie, c'est l'action.
RENÉ MERCIER.

DEVANT MORHANGE
Un coin du champ de bataille
(20 AOUT 1914)
Comment le capitaine Louis Brugnière, du 37e d'infanterie, fut tué à la tête de sa compagnie

Nous extrayons d'une longue lettre écrite par un officier du 37e de ligne, le lieutenant Lienhart, en traitement dans un hôpital du Midi, l'intéressante description qui retrace avec une saisissante netteté la physionomie d'un coin du champ de bataille où la 8e compagnie de ce glorieux régiment soutint contre les tranchées allemandes une lutte admirable.
Son capitaine trouva là une mort héroïque.

Le 19 août, au soir, après quelques jours déjà de pénibles combats., le deuxième bataillon du 37e de ligne cantonnait à Habondange.
Avant de prendre quelques heures de repos bien mérité, le capitaine Brugnière, le sous-lieutenant Pénard et moi nous devisions sur le succès probable de notre offensive. Déjà on parlait de passer une bonne nuit le lendemain à Morhange !
Après avoir mangé avec plaisir une excellente omelette, aimablement servie par une brave, paysanne lorraine, nous nous endormons.
Le lendemain 20, on nous réveille de bon matin. Il est 4 heures. Tout de suite le bataillon se met en marche. Dès le sortir de Habondange, force nous est de prendre les formations de combat pour éviter les premiers obus qui nous harcèlent déjà.
Nous allons ainsi jusqu'à Pévange. Là, notre compagnie - la huitième - sur Les ordres du capitaine, s'abrite derrière une ferme. Nous restons là environ une demi-heure, sous une véritable grêle d'obus.
A ce moment je suis aux côtés du capitaine Brugnière. Il me parle de l'attaque probablement imminente. Il me donne encore quelques conseils au sujet de ce qu'il va falloir faire. Puis, ostensiblement, nous causons de banalités pour donner courage aux hommes et pour leur prouver par notre peu d'émotion que le danger n'est pas aussi grand qu'il en a l'air.
Je me rappelle toujours la fière et noble attitude du capitaine en ce pénible moment d'avant l'action.
Les minutes passent. L'instant où nous allons donner approche. Déjà une compagnie du régiment est partie à l'attaque dans la direction de Morhange. Un peu d'angoisse et surtout la crainte de l'imprévu se lit dans les yeux de tous ceux qui nous entourent Mais comme ils seront crânes, tout à l'heure, nos petits troupiers !
Un ordre vient du colonel. Il faut immédiatement partir à l'assaut. Vivement le, capitaine, qui avait quelques instants considéré avec attendrissement une petite photographie, la remet dans son portefeuille et replace le tout sur son coeur.
Nous nous serrons les mains avec émotion et, pour affermir encore notre courage, il nous dit, au sous-lieutenant Pénard et à moi : « A ce soir, mes amis... » Hélas ! le soir, je devais être le seul officier vivant de notre belle compagnie.
Chacun de nous vole à son poste de combat, section par section la compagnie s'égrène dans les champs en ligne de tirailleurs. Les obus pleuvent littéralement autour de nous. Par un sinistre contraste, un gai soleil illumine tout et chauffe déjà.
Il est six heures du matin.
Un obus vient d'éclater juste sur la ligne de ma section, tue un homme, en blesse deux autres qui poussent aussitôt des cris lamentables ; mais toujours on marche droit au but.
Maintenant nous gravissons la côte au sommet de laquelle nous apercevrons sans doute l'ennemi qu'il nous faudra combattre et nous y trouverons la compagnie qu'il s'agit de renforcer.
De temps en temps, un obus nous tue quelques hommes ; mais il n'a pour seul effet que de nous faire avancer plus vite vers le but de nos efforts. Nous approchons de la crête en bon ordre et, somme toute, avec le minimum de pertes.
Jusqu'ici, tout va bien. Hélas ! le plus abominable piège nous attendait. On était à deux pas d'y tomber. Cent mètres avant d'atteindre la crête, alors que nous cherchions des yeux la compagnie que nous allions renforcer, nous sommes pris brutalement par un feu d'infanterie d'une violence inouïe. Il faut immédiatement arrêter la marche sous peine d'être un instant écrasés tous.
Tout le monde se couche, sans que pour cela cesse la terrible fusillade ennemie. A n'importe quel prix il faut savoir ce que nous avons devant nous. Le capitaine et moi nous nous mettons à genoux et, de nos jumelles, nous fouillons le terrain.
Mais point n'est besoin d'instruments d'optique : la sinistre réalité est là, devant nous, toute proche !
Juste de cette crête que nous espérions occuper, les ennemis nous fusillent depuis de solides tranchées. Tranquillement, comme à la chasse, ils nous visent. Sur la gauche une mitrailleuse nous prend d'enfilade et redouble l'intensité du feu déjà si violent partout.
Depuis un moment je remarque que le sifflement des balles augmente autour de moi. Je pense que, démasqué et désigné à l'ennemi par mes galons, je suis particulièrement visé. J'en fais à haute voix la remarque au capitaine distant de moi d'environ vingt mètres :
- Oui; me dit-il, c'est sûr ; nous sommes visés... Nous nous heurtons à un retranchement formidable. Il est très difficile d'avancer, impossible même. Je crois bien qu'il... »
Mais le pauvre capitaine Brugnière n'achève point sa phrase. Je le vois s'affaisser et tomber la face en avant. Il est touché. Immédiatement je rampe vers lui pour lui porter secours et si, comme je l'espère, il n'est que blessé, le faire coûte que coûte, transporter sur l'arrière.
Hélas ! à peine à ses côtés, la triste réalité m'apparaît. Mon capitaine est mort, tué glorieusement, face à l'ennemi. Une balle l'a frappé entre les deux yeux ; elle est sortie derrière l'oreille droite où elle marque un point rouge.
La mort a été foudroyante.
...Les événements ne devaient pas nous être favorables en cette journée. Pendant quatre heures, j'ai tenu avec ma compagnie, sous un feu meurtrier, attendant l'occasion qui décidément ne voulait pas s'offrir de nous élancer à l'assaut de la plus voisine tranchée.
A dix heures, ma compagnie n'était plus en état de tenter une attaque heureuse.
Derrière moi, je vois des unités qui battent en retraite. Notre avance est définitivement enrayée. Sur ma droite, l'ennemi sort de ses tranchées et commence la contre-attaque. Je vais être tourné. Il faut me replier au plus vite. Alors a lieu cette pénible retraite qui devait le soir ramener toute notre armée sur la rivière de la Seïlle.
C'est au cours de cette retraite, à midi, que j'ai été blessé par un éclat d'obus...

RAPATRIEMENT D'OTAGES LORRAINS

Récemment, nous avons publié les noms d'otages lorrains recueillis dans le département du Gard, arrondissement d'Alais, dont la résidence, à ce moment, n'était pas connue.
La Chambre de Commerce de Nancy nous transmet des adresses actuelles de la plupart de ces réfugiés, dont nous donnons ci-dessous la liste :

MEURTHE-ET-MOSELLE
Baudry Louis, sous-agent technique des poudres et salpêtres à Montpezat ; Guldener François, retraité des douanes à Montpezat ; Herment Célestin, ouvrier de ferme à l'Assomption (Nîmes) ; Thirion Jean-Baptiste, garde particulier, parti pour Périgueux, chez M. Hausen, rue Lamartine, 1 ; Crouvizier Eugène, employé de chemin de fer à Bezouce (Gard) ; Franquin Charles, cultivateur à Bezouce ; Faconde Emile, maçon à Bezouce ; Lhote Joseph, cantonnier à Bezouce ; Baudoin Juliette, épouse Roi lot, sans profession à Saint-Gervasy (Gard) ; Rollot Abel, fils, sans profession à Saint-Gervasy ; Staar Eugène, cultivateur à Domazan ; Deguet Alfred, cultivateur à Domazan ; Bouffier Eugène, cultivateur à Domazan ; Litsche Marie, sans profession à Jonquières ; Litsche Marie-Thérèse, sans profession à Jonquières ; Royer Augustine, sans profession à Lecques; Royer Ida, sans profession à Lecques ; Royer Hélène, sans profession à Lecques ; Unger MarceUe, sans profession à Lecques ; Unger Suzanne, sans profession à Lecques ; Unger André, sans profession à Lecquee ; Crochat Ernest, manoeuvre à Fouqrues ; Zurflut Louis, manoeuvre à Fourques ; Contai Auguste, manoeuvre à Fourques.

MEUSE
Adam Maria, sans profession à Aubais ; Charlus Amable, sans profession à Clarensac ; Charles Catherine, sans profession à Clarensac ; Gaude Marie, née Charles, sans profession à Clarensac ; Gaude Marcelle, sans profession à Clarensac ; Gaude Robert, sans profession à Clarensac ; Burlereaux Emile, cultivateur à Bezouce ; Burelereaux Théophile, cultivateur à Bezouce ; Burlereaux Marie, sans profession à Bezouce ; Burelereaux Léocadie, sans profession à Bezouce ; Burlereaux Hélène, sans profession à Bezouce ; Burlereaux Clémentine, sans profession à Bezouce ; Thenot Léon, cultivateur à Saint-Gervasy ; Thenot Denise, sans profession à SaintGervasy ; Gasson Flarence (?), cultivateur à Lecques ; Gillet Charles, manoeuvre à Parques ; Bellissont Michel, clerc de notaire à Fourques ; Quenel Jacques, 70 ans, Arnouville-sous-les-Côtes, à Assomption (Nîmes) ; Filio Auguste, 76 ans, Hubeville, à Assomption (Nîmes) ; Mangin Isidore, 80 ans, de Hubeville, à Assomption (Nîmes); Donde Blaise, 87 ans, de Arnouville-sous-les-Côtes, à Assomption (Nîmes) ; Taquant Nicolas, 78 ans, de Voison, à Assomption (Nîmes) ; Marchal Zénot, à Laudun : Poncelet Théophile, à Laudun ; Gavard Louis, à Laudun ; Bouchet Gabriel, à Saint-André-de-Roquepertuis ; Lamiable Alfred, à Saint-Alexandre, par Pont-Saint-Esprit ; Doyen Joseph, à Laudun ; Noël Alexis, à Laudun ; Marquet Jules, à Laudun.

COMMENT NOS HÉROS ONT ENLEVÉ VAUQUOIS

Paris, 15 mars, 0 h. 30.
Une note officielle raconte comment les Français ont attaqué, le 28 février, et se sont emparés, après trois jours de lutte, du plateau et de la moitié du village de Vauquois, à la lisière est de l'Argonne, pris par les Allemands fin septembre, et où nous nous sommes maintenus malgré toutes les attaques.
Vauquois avait, pour les Allemands, l'inappréciable avantage de masquer leurs opérations au nord de Varennes et de leur permettre de ravitailler leurs troupes de l'Argonne.
Vauquois est aussi un admirable observatoire, dominant Les environs.
La position était une véritable forteresse.
Le 28 février nous avons occupé le plateau de Vauquois et pénétré dans le village où nous avons engagé des combats de rues âpres et féroces, mais une contre-attaque allemande nous obligea à reculer.
Une heure après, dans un élan spontané d'enthousiasme, les Français reprennent d'assaut et chassent les Allemands, mais ils doivent encore reculer.
Le 1er mars, les Français, résolus à en finir, montent quatre fois à l'assaut de Vauquois. Ils sont refoulés avec des pertes sérieuses.
Le 2 mars, l'assaut du plateau recommence. Les Français pénètrent dans le village et s'y installent.
Quatre contre-attaques allemandes sont repoussées.
Les jours suivants, malgré de violentes contre-attaques, nous conservons les positions conquises.
L'importance de ces résultats est justifiée par la ténacité de l'ennemi.
L'impression produite chez nos adversaires a été très forte.
La note signale de nombreux actes d'héroïsme et conclut que la perte par l'ennemi de Vauquois, qui cesse d'être ainsi pour les Allemands un observatoire incomparable, a eu par la suite un résultat capital

LE RETOUR DES OTAGES

Les habitants des régions de France occupées par l'ennemi qui sont rapatriés par la Suisse sont, après quelques jours ou semaines de repos en Haute-Savoie dirigés vers un département du Centre ou du Midi. A diverses reprises, M. le Préfet a été saisi de demandes par lesquelles les intéressés sollicitaient l'autorisation de rentrer en Meurthe-et-Moselle ; il n'a pu, à son grand regret, les accueillir en raison des instructions formelles qu'il a reçues de l'autorité militaire.
Mais toutes les fois qu'il s'agira de ce cas si particulièrement intéressant de Français emmenés comme otages par l'ennemi ayant subi en Allemagne les rigueurs de la captivité, et dont la famillle réside actuellement en Meurthe-et-Moselle, M. le Préfet considère le retour auprès de sa famille de ce compatriote si éprouvé comme si hautement désirable qu'il fera tout ce qui sera en son pouvoir pour le rendre possible. Les demandes de ce genre doivent être adressées à la Préfecture (Cabinet du Préfet).

Reims et Soissons bombardés
POUR SE VENGER DE LEURS ÉCHECS
Nous occupons Emberménil

Paris, 14 mars, 15 h. 20.
Lest troupes belges ont continué à progresser dans la boucle de l'Yser. Leur artillerie, appuyée par notre artillerie lourde, a détruit le point d'appui organisé par les Allemands au cimetière de Dixmude.
L'ennemi a bombardé Ypres. n'y a eu plusieurs victimes dans la population civile.
L'artillerie allemande a également bombardé la cathédrale de Soissons et le quartier environnant.
Au nord de Reims, en face du bois du Luxembourg, l'ennemi a tenté de s'empanner d'une de nos tranchées avancées, il a été repoussé. Reims a été alors bombardé.
En Champagne, nous avons, à la fin de la journée du 13 mars, repoussé deux contre-attaques et enlevé, en poursuivant l'ennemi, plusieurs de ses tranchées. Dans l'une d'elles, nous avons trouvé une centaine de morts environ et du matériel.
En Argonne, au Four-de-Paris, une attaque a tenté de déboucher contre nos lignes. Elle a été arrêtée net.
En Lorraine, nos patrouilles ont occupé Emberménil.
Dans les Vosges, actions d'artillerie.

BEAU FAIT D'ARMES ANGLAIS A NEUVE-CHAPELLE

Paris, 15 mars, 1 heure.
Voici le communiqué officiel du 14 mars, 23 heures : Une escadrille anglaise a bombardé Westende Elle a obtenu des résultats.
Le succès des Anglais à Neuve-Chapelle s'affirme comme tout à fait complet. Ils ont avancé sur un front d'environ trois kilomètres et une profondeur de douze à quinze cents mètres, enlevant successivement trois lignes de tranchées et un fort ouvrage au sud de Neuve-Chapelle.
Des contre-attaques allemandes d'une grande violence ont toutes été repoussées. L'ennemi a subi des pertes considérables. Il a laissé aux mains des Anglais un nombre de prisonniers sensiblement plus élevé que celui annoncé tout d'abord.
L'artillerie britannique de campagne et l'artillerie lourde avaient préparé très efficacement et ont soutenu l'action vigoureuse de l'infanterie.
En Champagne, nous avons consolidé notre nouveau front par des progressions sur divers points. Nous avons assuré notre installation sur les lignes des crêtes enlevées à l'ennemi.
En Argonne, entre le Four-de-Paris et Bolante, nous avons pris trois cents mètres de tranchées et fait des prisonniers, dont des officiers. L'ennemi a contre-attaqué deux fois dans la journée et il a été complètement repoussé.
Sur les Hauts-de-Meuse, aux Eparges, les Allemands ont tenté une attaque qui a été arrêtée net par notre feu. Il en a été de même à Chémois au nord de Badonviller.

EN ALSACE

Arrestations sensationnelles à Mulhouse
On vient d'arrêter à Mulhouse, sous l'accusation de manifestations de sentiments français, sept membres de la fraction socialiste du conseil municipal. Parmi ces derniers se trouvent le député alsacien à la première Chambre, Martin, puis MM. Wieky et Muller-Moeglin. On ne connaît pas exactement la nature du délit qui leur est reproché.
On sait que le désaccord règne depuis longtemps à Mulhouse entre les socialistes allemands et alsaciens. Récemment le député Emmel, un Allemand immigré, chef du parti socialiste au conseil municipal, écrivait dans la « Mülhauser Volkszeitung » qu'il rédige, que l'Alsace-Lorraine serait ruinée économiquement si elle redevenait française. Là-dessus, son organe fut boycotté par le parti socialiste et lui-même destitué de ses fonctions de chef du parti au conseil municipal.

Grand incendie dans le port de Strasbourg
Un incendie, qui dure depuis quinze jours, est en train de dévorer un des plus grands entrepôts de houille du port de Strasbourg, situé sur l'île que forment deux bras du Rhin, nommée « Sporeninsel ». Environ 4.000 wagons de houille sont détruits. Le feu ne peut-être maîtrisé, l'eau qui y est jetée formant croûte et favorisant la combustion interne. Les dégâts sont immenses. Ces réserves avaient certainement aussi toutes sortes de raisons d'être. Elles sont entièrement détruites. Le feu dure encore. Une enquête policière est ouverte.

UNE oeUVRE PHILANTHROPIQUE A ANNEMASSE

A la vieille du retour en France, par milliers, des internés civils dont les tristes convois vont de nouveau s'échelonner entre les camps de concentration allemands et la France, qu'il soit permis de noter rapidement les services que n'a cessé de rendre à nos malheureux compatriotes le comité de secours d'Annemasse.
Annemasse, c'est le modeste village situé sur la frontière, à l'extrême limite de la Savoie. Cinq kilomètres le séparent de Genève. Une ligne de tramway, ayant son terminus devant la gare, mène dans la belle saison les innombrables touristes qui, après les excursions en Suisse, viennent chez nous admirer les ressources naturelles de ce magnifique pays.
Que ce soit pour une ascension au belvédère des Treize-Arbres, au sommet du Solève, que ce soit pour une visite à la merveilleuse vallée du Giffre, vers Samoens ; que ce soit pour une randonnée à Thonon, à Evian, sur les bords enchanteurs du Léman ; que ce soit enfin pour une halte avant de partir en automobile dans la direction des glaciers de Chamonix ou des sites pittoresques du Faucigny, les coquets et confortables hôtels d'Annemasse sont assurés d'une clientèle qui apporte l'animation, le luxe et la richesse.
Mais quel contraste avec le morne défilé des pauvres gens que la guerre amena cet hiver !
Pour faire face aux nécessités d'une organisation qu'il fallut tout d'abord improviser, les bonnes volontés se multiplièrent et, si l'hospitalité écossaise jouit de la réputation que l'on sait, il est juste d'ajouter qu'elle souffrirait parfois d'une comparaison avec l'accueil que les réfugiés ont reçu en Savoie.
Dès le 1er septembre, un comité de secours se créait, sous la présidence de M. le docteur Favre, maire d'Annemasse ; d'utiles et dévouées collaborations se groupaient aussitôt Les noms de M. Foraizon, vice-président ; E. Bosson, trésorier ; Lyonnaz, secrétaire ; Imbert, Corsat, Pellet, Gay, etc., s'inscrivaient en tête d'une liste de vingt-quatre personnalités n'ayant au coeur que le généreux souci de soulager les misères, de consoler les deuils, de sécher les larmes dans les foyers éprouvés par la guerre.
Le comité de secours se proposa pour but la répartition des premiers convois de réfugiés entre les principales communes de la région.
A mesure que les convois arrivaient, les délégations se succédaient dans la gare pour souhaiter la bienvenue aux pauvres gens chassés par la terreur de l'invasion : on distribuait aux enfants le linge, les aliments, les layettes, les vêtements nécessaires ; on assurait aux parents le vivre et le couvert Les besoins s'accrurent. La charité grandit Le bureau de bienfaisance d'Annemasse associa son initiative à l'oeuvre dont les résultats prouvaient que la philanthropie ne recule jamais devant l'étendue des sacrifices et qu'elle n'a rien fait tant qu'il reste quelque chose à faire.
On décida alors de venir en aide à tous les mobilisée indigents d'Annemasse ; on versa des allocations aux familles trop pauvres pour payer leur modeste loyer - sans recourir aux avantages du moratorium qui, en certains endroits, avive les différends entre locataires et propriétaires.
Le charbon et le bois furent délivrés en quantités suffisantes pour que la cheminée s'égayât en hiver d'une jolie flamme ; puis à l'occasion des fêtes de Noël, on augmenta la ration des soupes communales, sans négliger l'envoi d'un mandat de cinq francs à tous les soldats sur le front.
Le comité de secours et le bureau de bienfaisance rivalisaient entre eux de zèle actif et c'est de leur étroite union, de leur solidarité infatigable dans le dévouement que sortit la création d'une « maison familiale des réfugiés », une sorte d'hôtel dont la transformation s'adapta parfaitement aux exigences de la situation : un réfectoire, une salle de travail en commun rassemblaient quelques familles à qui une douce sollicitude restituait l'illusion de la maison incendiée ou détruite là-bas, en Lorraine et dans le Nord...
Des sympathies proches ou lointaines répondaient comme un écho fidèle et douloureux aux appels du Comité de secours ; le Consistoire de Genève envoyait son obole ; des institutions religieuses, des syndicats, des municipalités, celle de Lyon entre outres, consolidaient tant bien que mal l'équilibre d'un budget où le chapitre des dépenses enflait sans cesse.
On ouvrit enfin aux internés et aux réfugiés l'hospice d'Ambilly - tout proche. Puis, quand la mort, hélas ! vint frapper parmi les enfants et les vieillards, une attention dont la délicatesse se passe de tout éloge, accompagna la fin de ces malheureux.
Des avis, des « faire-part » furent répandus à profusion dans les hôtels, les habitations privées, afin qu'au cimetière une assistance d'amis témoignât encore des sentiments inspirés par ceux dont la détresse, la tristesse et le désespoir ont trouvé en Savoie une aide, un encouragement, une petite consolation...
Voilà ce qu'ont fait les Savoisiens ; voilà ce qu'ils sont prêts à refaire pour les milliers de prisonniers civils que l'Allemagne leur enverra à partir de la semaine prochaine.
En Lorraine, où la sensibilité des coeurs s'éveille si facilement aux nobles inspirations, de la solidarité, il nous a paru bon, aujourd'hui, de signaler comment, sans bruit, sans forfanterie, Annemasse a accueilli bon nombre de nos infortunés compatriotes.
ACHILLE LIÉGEOIS.

FRUCTUEUSE JOURNÉE
Dans la région d'Arras, dans l'Aisne, en Champagne et en Argonne nos progrès ont été particulièrement brillants.

Paris, 15 mars, 15 heures.
L'armée belge a continué à progresser dans la boucle de l'Yser et au sud de Dixmude.
Les troupes Britanniques, très violemment attaquées dans la soirée d'hier, à Saint-Eloi (sud d'Ypres) se sont légèrement repliées, puis ont contre-attaqué et repris une partie du terrain cédé. Le combat continue.
Dans la région de Neuve-Chapelle, pas de modification.
En Argonne, l'ennemi a tenté, à la fin de l'après-midi du 14, une troisième et très violente contre-attaque pour reprendre les tranchées conquises par nous entre le Four-de-Paris et Bolante. Comme les précédentes, cette contre-attaque a été repoussée.

Paris, 16 mars, 0 h. 52.
Voici le communiqué officiel du 15 mars, 23 heures : La journée a été marquée par de nombreuses actions favorables.

En Belgique
Dans la région de Lombaërtzyde, notre artillerie a bombardé, très efficacement les ouvrages ennemis.
Les Allemands ont essayé de reprendre le fortin qui leur avait été enlevé dans la nuit du 11 au 12 mars, mais ils ont été repoussés en laissant une cinquantaine de morts sur le terrain. Nos pertes sont insignifiantes.
Au sud d'Ypres, l'armée britannique, que l'attaque allemande d'hier avait obligée à se replier au delà de Saint-Eloi, a repris le village et la presque totalité des tranchées voisines, malgré plusieurs contre-attaques de l'ennemi.

Vers Arras, le Nord et la Somme
Au nord d'Arras, une attaque très brillante de notre infanterie nous a permis d'enlever d'un seul bond trois lignes de tranchées sur l'éperon de Notre-Dame-de-Lorette et d'atteindre le rebord du plateau. Nous avons fait une centaine de prisonniers, parmi lesquels plusieurs officiers et sous-officiers, détruit deux mitrailleuses et fait exploser un dépôt de munitions.
Plus au sud, dans la région d'Ecurie-Roclincourt, près de la route de Lille, nous avons fait sauter plusieurs tranchées allemandes et empêché l'ennemi de les reconstruire.
Dans la région d'Albert, près de Carnoy, les Allemands ont fait sauter une mine sous nos tranchées et en ont occupé l'entonnoir. Nous les en avons chassés. Ils s'y sont réinstallés, mais une nouvelle contre-attaque nous a permis de reconquérir la position et nous nous y sommes maintenus depuis lors. Nous avons réussi à remettre en état toute notre organisation défensive.

Dans la vallée de l'Aisne
Dans la vallée de l'Aisne, près de Vissens, au nord-ouest de Nouvron, nous avons pris sous notre feu deux compagnies allemandes, qui ont subi de très fortes pertes.

En Champagne
En Champagne, nous avons réalisé de nouveaux progrès et gagné du terrain dans le bois au nord-est de Souain et au nord-ouest de Perthes.
Nous avons repoussé deux contre-attaques en avant de la croupe 196, au nord-est de Mesnil, et élargi, dans ce secteur, nos positions. Nous avons fait des prisonniers et pris des lance-bombes.

Dans l'Argonne
En Argonne, l'activité a été très grande depuis hier.
Dans la région de Bagatelle, deux contre-attaques ennemies ont été repoussées.
Nous avons démoli un blockhaus et en avons occupé l'emplacement Nous nous y sommes maintenus.
Entre le Four-de-Paris et Bolante, l'ennemi a tenté deux nouvelles contre-attaques qui ont échoué comme les trois premières.
A Vauquois, notre infanterie a prononcé une attaque, qui l'a rendue maîtresse de la partie ouest du village. Nous avons fait de nombreux prisonniers.

Au bois Le Prêtre
Au bois Le-Prêtre, au nord-ouest de Pont-à-Mousson, Les Allemands ont fait sauter à la mine quatre tranchées avancées, qui ont été complètement détruites. Ils y ont pris pied après l'explosion.
Nous avons reconquis les deux premières et la moitié de la troisième.
Entre le bois Le-Prêtre et Pont-à-Mousson, au Haut-de-Rieupt, l'ennemi a prononcé une attaque qui a été repoussée.

FRIAUVILLE
(Canton de Conflans)

D'une lettre adressée le 11 mars, à un ami réfugié à Nancy, par M. Victor François, constructeur mécanicien à Friauville, rapatrié le 1er mars par Annemasse (Haute-Savoie), où il a retrouvé sa femme, sa fille, sa bru et l'enfant de celle-ci, âgé de dix mois, il résulte que M. Magre, sous-préfet de Briey, s'occupe de nos malheureux compatriotes avec une activité et un dévouement dignes de tous les éloges.
Après un temps assez long passé en captivité chez ces brutes à face humaine, ils sont enfin heureux de fouler le sol de notre mère-patrie. C'est une pitié, écrit M. François, de voir tous ces pauvres gens dans l'état lamentable où ils ont été tenus par la barbarie teutonne, qui se décide enfin à nous les renvoyer.
On en attend, paraît-il, au moins trente mille !
Deux convois journaliers de chacun cinq cents arrivent régulièrement à Annemasse. Il y en a de tout âge, de tout sexe ; de la Meuse, des Ardennes, de la Somme, de l'Aisne, de Meurthe-et-Moselle et probablement de tous nos départements envahis. Des pauvres vieillards impotents et infirmes, des faibles femmes, de tout jeunes enfants : ils emmenaient tout ! Ils « vidaient » les villages dont les habitants étaient dirigés sur Rastadt (duché de Bade) où ils attendaient pendant un laps de temps plus ou moins long leur transfert dans leurs camps de concentration, parqués dans des locaux infects, remplis d'une vermine grouillante qui les inondait de dégoût et d'horreur. A leur arrivée à Schaffouse, ville frontière de la Suisse allemande, les habitants font à nos malheureux compatriotes un accueil grandiose et ils méritent de ce fait une reconnaissance éternelle.
Les autorités françaises expédient ces rapatriés dans toutes les directions ; après avoir été réconfortés, nettoyés et même rhabillés par les Suisses, ils sont dirigés vers Grenoble, Nice, Toulon et le littoral méditerranéen.
Les hommes sont restés bien plus longtemps captifs que les femmes et les enfants, desquels ils furent séparés brusquement. Cette séparation, fut pour les familles le moment le plus dur, le plus terrible de leur captivité.
Le séjour chez ces sauvages a été horrible.
Voici en quelques mots et bien en raccourci l'odyssée de nos malheureux concitoyens : Le départ de Friauville eut lieu le 10 janvier, dans l'après-midi ; embarqués à Mars-la-Tour, les pauvres émigrants malgré eux quittèrent cette localité à six heures du soir et débarquèrent à Rastadt le lendemain soir à sept heures.
Logés dans une forteresse suintant l'humidité - comme dans une cave - leur couchette, leur grabat plutôt, se composait d'une poignée de crin végétal, de quelques copeaux d'emballage, sans paillasse, une vieille toile pour couvrir le tout ; une couverture affreuse et sordide, en laine, « qui marchait toute seule. ».
La nourriture était à l'avenant : du café (et quel café !) le matin, avec une ration de kamis-brod, pain noir, horriblement noir, immangeable.. Un pain qui devait être la ration de deux personnes était partagé en trois, probablement pour leur éviter des indigestions. A midi, soupe aux trognons de choux ou au rutabaga, ou encore aux pommes de terre avec une pincée de riz mal nettoyé, contenant une espèce de harcelle ou hachis de paille.
Dans cette soupe, on oubliait régulièrement de jeter un maigre morceau de viande, et cet oubli se renouvelait quatre ou cinq fois par semaine ; le soir, un bouillon léger, très léger, avec un peu d'orge perlé, des déchets de riz ou soupe à la farine dans laquelle la viande brillait toujours par son absence.
Le dimanche soir, et quelquefois un jour ou deux par semaine, la soupe était remplacée par une espèce de calé, qui n'avait de café que le nom et la couleur. Quelquefois cet ordinaire était remplacé par un morceau de fromage invariablement avarié.
Il fallait être littéralement affamé pour toucher à ces aliments. Comme on le voit, nous sommes loin des magnifiques jambons et des excellentes saucisses dont nos ménagères ont le secret en Lorraine et dont les goinfres du kaiser avaient soin de s'emparer dès qu'ils entraient dans nos maisons, dussent-ils pour les découvrir renverser tout, fouiller partout, de la cave au grenier, jusque dans les jardins, quand la terre paraissait fraîchement remuée, sous les tas de fagots, enfin partout où leur expérience de cambrioleurs leur avait appris à connaître et découvrir les cachettes.
Dans cette forteresse de Rastadt se trouvaient internés un millier de soldats français, prisonniers et blessés. La moitié de ces malheureux n'avaient plus qu'une jambe ou un bras. D'autres se soutenaient avec des béquilles. Tous avaient perdu beaucoup de sang et ne recevaient néanmoins que la nourriture décrite plus haut.
Leurs lits, si on peut appeler cela des lits, étaient infects, une vraie pourriture. Les officiers et les sous-officiers avaient en plus une paillasse rembourrée de quelques copeaux.
Le traitement et la nourriture étaient les mêmes pour les officiers; un adjudant d'infanterie était obligé d'aller chercher sa gamelle, comme les soldats et les otages civils et comme tout le monde, il attendait son tour, quelquefois plus d'une demi-heure.
M. François ne peut dire si les officiers étaient astreints à aller eux-mêmes chercher leur pitance ; ce qui l'a écoeuré le plus, dit-il, c'est la barbarie avec laquelle on traitait indistinctement tous ces malheureux.
Le chef, un monstre de sergent, avait toujours avec lui un grand chien loup qu'il excitait sans cesse, pour activer la sortie des prisonniers français de leur hideux réduit et il se servait de ce chien, absolument comme un berger envers son troupeau. Heureusement que le chien était moins cruel que le maître (et probablement plus intelligent que lui). Il se dressait contre les victimes, mais ne les mordait pas.
Le 22 janvier, départ de Rastadt à neuf heures du matin pour le camp de Holzminden (Brunswick). Arrivée le lendemain, à deux heures du soir. Tous ces pauvres diables furent logés dans des baraquements en planches, moins humides qu'à Rastadt, heureusement, car tout le convoi, composé de deux cent cinquante personnes, était fortement grippé et enrhumé.
La nourriture était la même qu'à Rastadt, aussi peu abondante que peu variée, sauf que deux fois par semaine on leur fit faire connaissance avec certaine soupe au hareng ou à la morue qu'ils se rappelleront longtemps !
Leurs tyrans les ramenèrent le 15 février dans leur camp de Rastadt, tant redouté, à cause de cette humidité pénétrante qui était leur terreur.
Durant le séjour à Holzminden, un vieillard octogénaire, Jean-Louis Harment, vit la fin de des souffrances, ainsi que M. Edouard Jullien, ferblantier, natif de Conflans. En repassant à Rastadt, M. François Chardebas, septuagénaire, succomba également.
On pense ce que fut l'agonie de ces martyrs.
Enfin, le 1er mars, ils rentraient en France, heureux d'être délivrés de leurs bourreaux, attendant, avec confiance, leur retour définitif au pays natal pour y achever leur guérison morale et physique, dès que les hordes - dignes des Huns - seront refoulées. Espérons que ce sera bientôt.
M. Francois ajoute qu'à part les vols, les pillages méthodiques et les orgies habituelles à ces gens de « haute kultur germanique », le village de Friauville n'a pas trop souffert du bombardement Cependant deux énormes obus, entre autres, sont tombés au milieu du village, près de l'église, probablement visée, précisément devant ses ateliers, et ont causé de grands dégâts matériels, en même temps qu'ils faisaient deux victimes : le lieutenant d'infanterie Dubief, fils du député de Mâcon, ancien ministre, et un soldat de sa compagnie.
Les batteries françaises étaient postées au sud et à l'ouest du village et crachaient leurs obus, celle du sud dans la direction de Jarny (20 août, jour du massacre des habitants de cette commune) et celle de l'ouest dans la direction de Boncourt et Abbéville.
Le 15 décembre, M. François se vit brutalement appréhendé et enfermé dans un poulailler situé dans une écurie, assez loin de sa maison.
De ma prison, dit-il, où j'ai été tenu au secret jusqu'au jour du conseil de guerre (10 janvier), c'est-à-dire vingt-cinq jours, je pouvais examiner notre maison où ils ont tout pillé et brûlé ; le haut était converti en salles de récréation et de bal, car il y avait continuellement dans le village un bataillon du 130e d'infanterie et un du 8e bavarois, ainsi qu'une batterie du 34e d'artillerie et une du 70e, qui se relayaient à tour de rôle dans leurs retranchements.
M. François était accusé d'espionnage et d'entretenir des relations téléphoniques avec les troupes françaises.
Or, le téléphone n'existait pas. C'était leur rengaine habituelle ; c'était le prétexte à massacres et à pillages systématiques.
Enfin, le 10 janvier, à 10 heures du matin, le conseil rendit un jugement acquittant l'accusé, mais malgré cela il fut le soir même dirigé avec les autres otages dans les prisons de l'Allemagne.
Ce même jour, dix-huit ménages, 14 hommes, 17 femmes, 11 enfants furent arrachés de leurs foyers. Ce sont les familles : Pierson, veuve Royer, Petit, Chardebas, Harment Jean-Louis, Cochard, Harment Célestin, Marchand, Miraucourt Joseph, Pêche Joseph, Royer, retraité ; veuve Véry Anna et ses enfants, Michel, tailleur ; Jullien Edouard, Plouet, etc.
M. François ajoute que les brutes du kaiser les ont évacués pour voler plus librement literie, linge, meubles, etc. Tous ces objets étaient expédiés chez eux. Ce qui ne leur convenait pas ou n'était pas transportable était détruit ou brûlé.
Après avoir volé, pillé, torturé d'innocentes victimes, ils s'en débarrassent aujourd'hui, heureusement. Mais il ne faut pas croire que c'est le moindre sentiment d'humanité qui les inspire.
Ne serait-ce pas plutôt la sainte frayeur des représailles à venir ; ou bien seraient-ils déjà dans l'impossibilité de les nourrir ?
Peut-être bien que ces deux raisons sont plausibles. L'essentiel, pour le moment, est que tous ces malheureux soient désormais à l'abri de la brutalité et de la fureur de ces hordes sauvages qui se prétendent civilisées et qui ne sont que la honte de l'humanité.

M. MAGINOT
vient en béquilles à la Chambre

M. Maginot, député de Bar-le-Duc, ancien sous-secrétaire d'Etat au ministère de la guerre, qui fut gravement blessé sur le champ de bataille, est venu cet après-midi au Palais-Bourbon.
L'ancien sous-secrétaire d'Etat à la guerre n'est pas encore complètement remis de sa blessure, car il ne peut marcher qu'à l'aide de béquilles. Il a été l'objet, de la part de ses collègues, de touchantes marques de sympathie.

RETOUR D'OTAGES LORRAINS

Nous donnons ci-dessous une nouvelle liste, communiquée par la chambre de commerce de Nancy, d'otages lorrains récemment rentrés en France et recueillis dans le département du Gard.
L'adresse actuelle d'un certain nombre d'entre eux n'est pas encore connue :

MEURTHE-ET-MOSELLE
Paquin Barbe, 52 ans, de Bouxières ; Paquin Jean, 66 ans, de Bouxières ; Oleff Marguerite, 85 ans, de Bouxières ; Boilard Joseph, 66 ans, de Bouxières ; Marceau Pauline, 25 ans, de Villerupt ; Lagarmite Ida, 14 ans, de Villerupt; Lagarmite Louis, 8 ans, de Villerupt ; Manoeuvre Anna, 53 ans, de Bouxières ; Delize Marie, 66 ans, de Bouxières ; Waithier Marie, 58 ans, de Bouxières ; Morhain Marie, 65 ans, de Bouxières ; Mougenot Appoline, 75 ans, de Bouxières ; Théry François, 72 ans, de Bouxières ; Notaire Léonie, sans profession, à Beauvoisin (Gard) ; Notaire Claire, sans profession à Beauvoisin (Gard) ; Gardet Armandine (ou Mataillet), sans profession à Beauvoisin (Gard) ; Gardet Louis-Maurice, sans profession à Beauvoisin (Gard) ; Gardet Léon-Paul, sans profession à Beauvoisin (Gard) ; Gardet Suzanne, sans profession, à Beauvoisin (Gard) ; Simon Victor, chef de chantier, à Beauvoisin (Gard) ; Linterger (Lintingre), cultivateur, à Beauvoisin (Gard) ; Martin Charles; cultivateur, à Beauvoisin (Gard) ; Trese Théophile (Tresse), cultivateur, à Beauvoisin (Gard) ; Depoutot Joseph (Detot), cultivateur, à Beauvoisin (Gard) ; Fristsch Eugénie (Bisel), Journalière, à Gajan (Gard).

MEUSE
Lagarmite Joséphine, née Simon, 51 ans, de Chauvency ; Certeux Juliette, 63 ans, de Montmédy ; Mettavant Jules-Nicolas, retraité, à Vergèse (Gard) ; veuve Poirot, née Lebrun Augnstine, coquetière, à Gajan (Gard).

L'oeUVRE DES BARBARES DANS LA RÉGION D'ÉTAIN

M. Cathelinaux, juge de paix du canton d'Etain, a remis à notre confrère les Républicain de la Meuse, de Verdun, la partie essentielle du rapport qui suit, rapport qu'il a déposé entre Les mains de M.
le sous-préfet de Verdun, le 31 août dernier. Nous en reproduisons ces extraits :
...Lundi dernier, 24 août, les Allemands ont bombardé la coquette petite cité d'Etain - ville ouverte - non seulement sans avoir prévenu les habitants ainsi que l'exige la convention de Genève, mais encore sans que mes compatriotes aient manifesté la moindre hostilité envers les Allemands qui, à ce jour, du reste, n'avaient pas encore pénétré dans la ville.
Le bombardement, fait avec de l'artillerie lourde, dura de deux heures à cinq heures du soir environ. Des maisons furent brûlées ; d'autres s'écroulèrent ; des habitants, M. Fabry père, M. et Mme Thuriot et d'autres dont nous ne connaissons pas le nombre furent tués ou ensevelis sous les décombres de leurs maisons.
Pendant la nuit qui suivit ce bombardement, la ville semblait être un immense incendie.
Non contents de leur oeuvre, les Allemands recommencèrent le bombardement le lendemain mardi et achevèrent de détruire ce que celui de la veille avait laissé.
Mais où furent commis des actes de barbarie sans nom, ce fut dans les villages voisins, Warcq et surtout Rouvres.
A Warcq, sur l'Orne, petit village de 250 habitants environ, M. Gustave Guerrier, cultivateur, sortant de chez lui, fut tué,, froidement, sans le moindre motif, par les Allemands sous les yeux des siens, Une partie du village fut ensuite brûlée ; ce qui avait échappé à l'Incendie fut dévasté.

A ROUVRES
Rouvres, petit village de 400 habitante environ, fut incendié par les Allemande et les malheureux habitants qui voulaient fuir les flammes étaient refoul »s par les uhlans et, sous les yeux de leurs parente, tués impitoyablement à coups de lance et à coups de revolver. Quarante-six habitants de Rouvres ont été ainsi massacrés à ma connaissance.
Croyez que je n'exagère nullement ces horreurs.
Voici du reste la liste des noms des quarante-six habitants de Rouvres dont les cadavres ont été reconnus dans les rues de ce village. Cette liste, que je vous remets a été dressée devant moi, alors que j'étais entouré peut-être de vingt habitante de Rouvres, qui tous m'attestaient l'authenticité des faits qui m'étaient révélés.
Il faut qu'il soit bien établi que ces malheureux n'ont pas été tués par les hasarda de la guerre, mais assassinés lâchement, froidement, par les uhlans, sans le moindre motif.
Je vous conjure de contrôler ces faits ;y il vous est facile de le faire. Vendredi dernier, j'ai amené à Sens un certain nombre d'habitants de Rouvres qui sont généreusement hospitalisés dans cette ville.
Je vous indique notamment comme témoins : M. Niclos, propriétaire à Rouvres ; Mme Perrin, propriétaire à Rouvres, actuellement à Sens.
Ces deux personnes vous donneront les noms des autres témoins aussi hospitalisés dans cette ville. Elles vous diront que des maris, des pères, sans la moindre provocation, ont été assassinés par les soldats allemands sous les yeux de leurs femmes et de leurs enfants. Elles vous citeront, comme elles l'ont fait pour moi, les noms de ces malheureuses victimes, et à cette liste, elles ajouteront celle des femmes massacrées et celle des enfants tués devant leurs parents. Ces pauvres gens vous diront aussi que des jeunes filles, des jeunes femmes ont été outragées odieusement par des soldats allemands et ensuite éventrées... Tous les survivants m'ont révélé ces horreurs et ils vous citeront les noms des victimes comme ils l'ont fait à moi-même. Ces gens hospitalisés à Sens vous diront aussi qu'environ quinze jeunes filles ou femmes dont on vous donnera aussi les noms, ont été emmenées comme otages par les Allemands dans la direction de Metz.
Voici la liste des personnes assassinées à Rouvres par les Allemands. Cette liste a été remise par M. Niclos, Mme Perrin et autres hospitalisés à Sens :
MM. Dulpli père et fils, Renio, Bône, femme Brouet Loïse, Nageot et sa femme Victor Prot, Francis Bilaine, Edmond Vohl, Ferdinand Renaudin, Périn, Blore, Léonard Denis, Désré Boucher, Hubert Bertin, Dérel père, Arsène Bougeau, Lerouge, Adrien Adam, Sérard et sa femme, Justin Bourgeau, Cauffement, Silvin, Petitier fils, André Martin, Mme Perrin, Wuillaume, Emile Périn et ses deux commis, Edmond Morin et ses deux enfants, Isidore Emile, Beloni Boucher fils, Lefèvre, Beauche et sa femme, Mousselère, enfant Chatelar, Simon et sa femme, Morin Delori.

A HEIPPES
Arrivée des Allemands le mercredi 8 septembre. Départ précipité le samedi 11 septembre, à six heures du soir. Le pillage de la commune fut, comme tout jours, complet. Neuf maisons ont été bombardées, mais toutes sont encore habitables.
Arrivée des Allemands le 5 septembre. Sortie des Boches le 12.
Trois habitants ont été tués. M. Havette adjoint, fut fusillé. Mme Havette, femme du précédent, fut tuée par un obus. Une jeune fille, gravement malade, fut également tuée dans son lit par un éclat d'obus.
Une maison détruite, quinze chevaux enlevés. Douze bêtes à cornes, cinquante moutons et environ douze porcs furent volés. Pillage complet du village.
Les femmes et les enfants furent enfermés pendant quatre jours dans l'église et les hommes dans une grange: Par deux fois, les Allemands conduisirent hommes et femmes sur la ligne de feu, dans l'intention évidente de gêner le tir des Français. De plus, ils obligèrent les hommes valides du village à enterrer leurs morts.
Il n'a pas été possible de savoir exactement pour quelle raison M. Havette avait été fusillé.
Voici la version qui paraît la plus probable.
M. Havette, enfermé dans une grange aurait demandé la permission d'en sortir pour procéder à l'enterrement de sa femme, tuée ainsi que nous l'avons dit plus haut. Il ne serait pas rentré dans le délai fixé ou aurait cherché à s'échapper.
Le maire de Saint-André est resté à son poste. Autour du village, le combat fut extrêmement violent. De nombreux cadavres allemands furent enterrés sur le territoire de la commune.

CHACUN SON DESTIN

Nancy, 15 mars.
Nous avons une tendance bien compréhensible à blâmer les neutres d'être neutres, et nous trouvons avec la plus merveilleuse facilité les raisons les meilleures contre la neutralité.
Nous sommes d'ailleurs en cela mille fois excusables. En même temps que nous défendons notre pays, ne défendons-nous pas en effet le patrimoine moral et matériel aussi, de toutes les nations ?
Nous avons été attaqués par un peuple de proie qui a débuté dans l'invasion par le pillage, l'incendie et l'assassinat, qui a violé toutes les lois humaines.
Pour arriver jusqu'à nous l'Allemand a détruit deux neutralités, celle du Luxembourg, celle de la Belgique, sans donner d'autres raisons que la nécessité militaire.
Cela seul devait suffire à révolter les neutres, à les armer contre celui que la « nécessité militaire » un jour ou l'autre pouvait amener chez eux. Et cela devait mettre à nos côtés tous les signataires, tous les garants des Conventions déchirées par les Germains. A quoi bon signer un traité si l'on ne se sent le courage et la force de le faire respecter ?
Quelle sécurité peut avoir dans l'avenir un pays neutre si, pour défendre sa neutralité, les puissances qui l'ont décrétée et garantie ne se lèvent point ?
Mieux encore. Les pays neutres deviennent un danger puisqu'ils établissent une frontière inviolable pour les nations loyales, et n'offrent qu'un chemin ouvert pour les peuples de guerre et de sang.
Toutes ces raisons, et d'autres encore, qui prennent leur source dans le droit et dans la liberté, se sont ajoutées au désir que nous avions de sentir à côté de nous, en des circonstances graves, des amitiés solides et agissantes.
Mais la paix est une chose tellement merveilleuse que les neutres n'ont point voulu, pour des raisons de droit et de fait, et même pour des bénéfices probables, en abandonner le charme.
On leur en a tenu peu de rancune. Nous nous battons pour nous, nous nous battons pour eux. Qu'importe ! A nous quatre, Serbes, Russes, Anglais et Français, nous accomplirons la besogne, indispensable, et nous nettoierons de tout danger l'Europe que l'Allemagne prétendait asservir.
L'Italie, les Etats-Unis, la Grèce, la Roumanie, la Bulgarie, les Pays-Bas ne nous donnent à la vérité qu'une affection manifestée par de précieux mouvements d'opinion. Ce n'est pas d'un effet décisif sur la marche des opérations, mais il est réconfortant de savoir qu'on est aimé, même si l'amour reste platonique.
Il faut bien se convaincre que les peuples marcheront avec nous le jour où ils ne risqueront pas grand'chose. Leur intérêt seul les guidera. Ils peuvent se tromper sur la date. Nous apprécions peut-être mal, nous aussi, l'opportunité de leur entrée en action.
Ne soyons donc pas plus pressés qu'eux. Ne fondons pas nos espoirs sur autrui. Comptons exactement sur nous-mêmes. Si les nations qui ne sont pas nos côtés ont commis une erreur en restant trop longtemps dans l'expectative, et qu'elles en éprouvent plus tard un grand regret, elles n'auront qu'à s'en prendre à elles-mêmes.
Pour nous, travaillons ferme à détruire, jusqu'à ce qu'il n'en reste rien, l'oppression allemande. Le monde entier en profitera ? Tant mieux pour lui. Il en profiterait davantage s'il collaborait tout de suite à l'oeuvre si courageusement accomplie par nos soldats ? Nous n'y pouvons rien.
Chacun est maître de sa destinée, s'il voit clairement son devoir et s'il l'accepte sans hésitation.
Pour nous libérer, pour libérer nos enfants, pour libérer l'univers de la servitude que voulait imposer la Germanie, nous avons consenti d'immenses sacrifices.
A ceux qui ne sont pas décidés à combattre pour leur propre cause nous apporterons quand même la délivrance.
Mais s'ils veulent des profits, encore faudra-t-il qu'ils aient couru des risques.
RENÉ MERCIER.

DE LA MER DU NORD A L'ALSACE
nous prenons et reprenons
QUELQUES TRANCHÉES

Paris, 16 mars, 15 heures.
L'armée belge a consolidé les résultats obtenus par elle dans les journées précédentes.
L'armée britannique, après avoir repris Saint-Eloi, a reconquis également les tranchées au sud-ouest du village et a obligé l'ennemi à évacuer les tranchées au sud-est, complètement bouleversées par l'artillerie.
En Champagne, nouveaux progrès au nord-est de Souain.
Au bois Le Prêtre, nous avons repris aux Allemands le reste des tranchées enlevées par eux hier matin, ou, plus exactement, leur emplacement, car les organisations défensives avaient été complètement bouleversées par les explosions de mines.
Sur les pentes du Grand-Reichackerkopt, une attaque ennemie nous avait enlevé, hier matin, une tranchée ; nous l'avons reprise et avons fait des prisonniers.

ILS CONTRE-ATTAQUENT
pour reprendre
LEURS TRANCHÉES

Communiqué officiel du 16 mars, 23 heures :
Dans la nuit du 15 au 16 mars, l'ennemi a essayé de reprendre les tranchées qu'il avait perdues sur l'éperon de Notre-Dame-de-Lorette. Il a été repoussé et nous lui avons fait des prisonniers.
En Champagne, dans la région de Perthes. nous avons fait, ce matin, exploser un fourneau de mine et occupé l'entonnoir, autour duquel s'engagea une lutte très vive, mais que nous tenons.
Quelques progrès ont été réalisés au nord de Beauséjour.
En Argonne, au cours de la nuit du 15 au 16 mars, les Allemands ont prononcé des contre-attaques entre le Four-de-Paris et Bolante, ainsi qu'à Vauqois. Toutes ont été repoussées.
Trois retours offensifs de l'ennemi au bois Le Prêtre ont été facilement enrayés.

RETOUR D'OTAGES LORRAINS

La Chambre de commerce de Nancy nous communique les listes ci-dessous d'otages lorrains rentrés d'Allemagne et recueillis dans l'arrondissement d'Alais.
L'avant-dernière mention, à la suite de chaque nom, indique le lieu d'origine ; la dernière indique la résidence actuelle.
a) Réfugiés de Meurthe-et-Moselle (55 personnes) ;
b) Réfugiés de la Meuse (332 personnes);
c) Réfugiés des Ardennes (7 personnes) ;
d) Réfugiés de l'Alsace-Lorraine (15 personnes) ;
e) Réfugiés d'origine inconnue (8 personnes).

a) MEUTHE-ET-MOSELLE
Antoine André, 15 ans, Longwy, à Brignon ; Bardin Scholastique, 68 ans, Herbéviller, à Ners ; Cellard Honorine, 69 ans, Longwy, à Brignon ; Claude Ch.-Nicoias, 71 ans, Herbéviller, à Boucoiran ; Collin Gabriel, 16 ans, Herbéviller, à Boucoiran ; Claude Sébastien, 70 ans, Herbéviller, à Ners ; Corniette Célestin, 66 ans, Herbéviller, à Ners ; Commette Anna, 58 ans, Herbéviller, à Ners ; Durand Hortense, 31 ans, Herbéviller, à Corbes ; Mme Danloup, 66 ans, Herbéviller, à St-Christol; François Gabriel, 7 ans, Herbéviller, à Lézan; Perbal Clémence, 53 ans, St-Supplet, à Saint-Jean-de-Maruejols ; Fay Céline, 42 ans, Herbéviller à Brignon ; Gagneur Juliette, 32 ans, Herbéviller, à Lézan : Gagneur Hélène, 10 ans, HerbévilIer, à Lézan; Gasson mère Gerbéviller, à Lézan; Gasson Gabriel, Herbéviller, à Lézan ; Guillemin, 53 ans, Herbéviller, à Alais, chez M. Chotard ; Gagneur (veuve), 71 ans, Herbéviller, à Lézan; Gagneur Charles, 4 ans, Herbéviller, Lézan ; Gagneur Gabriel, 6 ans, Herbéviller, Lézan ; Gerbaut Marie, 20 ans, Mars-la-Tour, à Alais, chez M. le docteur Alexandre ; Guep Philippe, 62 ans, Herbéviller, à Cassagnoles ; Hariad Marie, 54 ans, Herbéviller, à Anduze ; Hariad Denise, 19 ans, Herbéviller, à Anduze ; Haillard Ernest, 13 ans, Herbéviller, à Anduze, Huburger, 52 ans, Réchicourt, à Saint-Jean-de-Maruejols ; Jadot Céline, 46 ans, Herbéviller, à Vézenobres ; Jadot René, 12 ans, Herbéviller, à Vezenobres ; Jadot M.-Thérèse, 16 ans ; Herbéviller, à Vezenobres ; Leblanc Henri, 65 ans, Herbéviller, à Corbés ; Leblanc Larmina, 51 ans, Herbéviller, à Corbés ; Lemoine Laurence, 40 ans, Herbéviller, à Saint-Servais; Louvot Angéline, 8 ans, Gouraincourt, à Paris ; Louyot Maria, Gouraincourt, à Paris ; Louyot Jules, huit ans, Gouraincourt, à Paris ; Louyot Marguerite, 5 ans, Gouraincourt, à Paris ; Lacaille Eugénie, 65 ans, Herbéviller, à Alais-Chantiily ; Marcha Ernest, 60 ans, Herbéviller, Alais, chez M. Cazagnon ; Marcha Virginie, 52 ans, Herbéviller, Alais, chez M. Cazagnon, Morge Louise, 42 ans, Herbéviller, à Chamborigaud ; Masse Constant, 78 ans Herbéviller, à Ners ; Masse Euphrasie, 69 ans, Herbéviller, à Ners ; Perraud Marie, 35 ans, Longwy, à Brignon ; Perraud Jean, 14 ans, Longwy, à Brignon ; Pagin Alexandre, 68 ans, Herbéviller, à Lézan ; Pagin Jean, 18 ans, Herbéviller, à Lézan ; Pagin Alexandrine, 56 ans, Herbéviller, à Lézan; Picard Bouda, Herbéviller, à Alais, boul. Gambetta ; Protin Mélina, 47 ans, Herbéviller, à Cassagnoles ; Protin Cécile, 16 ans, Herbéviller, à Cassagnoles ; Philipp Marie, 11 ans, Herbéviller, à Cassagnoles ; Royer Henri, 13 ans, Puxieux, à Alais ; veuve Vincent, 56 ans, Saint-Baussant, à Alais, chez M. Terrada ; Flanget, veuve Soulier, 69 ans, Saint-Supplet, à Ners.

b) MEUSE
Aubry Catherine, 80 ans, Herbeuville, à Alais, 1, rue Napoléon, chez M. Flavier ; veuve Adam, 72 ans, Essey-et-Maizerais, à Alais, place de l'Abbaye, chez M. Michel ; Adam Aline, 35 ans, Essey-et-Maizerais, à Alais, place de l'Abbaye, chez M. Terrada; Aubry Lucienne, 16 ans, Herbeuville, à Lédignan ; Aubry Emile, 38 ans, Herbeuville, à Lédignan ; Aubry Rose, 67 ans, Herbeuville, à Brigon ; Aubry Clémence, 12 ans, à Brignon ; Aubry Jenny, 42 ans, Herbeuville, à Brignon ; Aubry Simonne, 50 ans, Herbeuville, à Brignon; Aubry Ernest, 72 ans, Herbeuville, à Brignon ; Aubry Adrienne, 76 ans, Herbeuville, à Brignon ; Aubry Nicolas, 72 ans, Herbeuville, à Brignon ; Allemand Hélène, 19 ans, Herbeuville, à Vézenobres ; Allemand Ernest, 10 ans, Herbeuville, à Vézenobres ; Allemand Emilie, 50 ans, Herbeuville, à Vézenobres; Brenot Claire, 41 ans, Herbeuville, à Saint-Jean-du-Gajrd ; Brenot Jean, 11 ans, Herbeuville, à Saint-Jean-du-Gard ; Brenot Hélène, 9 ans, Herbeuville, à Saint-Jean-du-Gard ; Bertin Angèle, 30 ans, Romagne, à Alais, chez M. Gibert, rue Hoche ; Bertin Hélène, 4 ans, Romagne, à Alais, chez M. Gibert, rue Hoche ; Bertin Elise, 10 ans, Romagne, à Alais, chez M. Genichl, boulevard Gambetta ; veuve Babon, 72 ans, Ornes, à Lézan ; Babon Lucien, 26 ans, Ornes, à Lézan ; Babon Paul, 5 ans, Ornes, à Lézan ; Babon Yvette, 2 ans, Ornes, à Lézan ; Babon Paulette, 3 ans, Ornés, à Lézan ; Bastin Joseph, 64 ans, Etain, à Chamborigaud ; Bastin Marie, 63 ans, Etain, à Chamborigaud ; Bouzet René, 69 ans, Herbeuville, à Saint-Jean-de-Maruejols ; Bouzet Marie, 59 ans, Herbeuvilie, à Saint-Jean-de-Maruejols ; Bertrand Jean, 75 ans, Combres, à Brouzet-les-Alais ; Barthélemy Elvire, 56 ans, Combres, à Brouzet-les-Alais ; Barthélemy Lucie, 26 ans, Combres, à Alais-Chantilly, chez M. Boyer; Barthélemy Henriette, 14 ans, Combres, à Alais-Chantilly, chez M. Boyer ; Boucher Emilie, 65 ans, Ornes, Brouzet-les-Alais ; Beyer Mathilde, 41 ans, Combres, à Saint-Jean-de-Maruejols ; Brochin, 25 ans, Marcheville, à Alais, chez M. Loiret, ingénieur; Brochin, 55 ans, Marcheville, à Alais, chez M. Loiret, ingénieur ; Bourru Henri, 16 ans, Saint-Hilaire-en-Woëvre, à Sainte Jean-du-Gard ; Bourru Marie, 8 ans, Saint-Hilaire-en-Woëvre, à Saint-Jean-du-Gard; veuve Bloquet, 70 ans, Ville-en-Woevre, à Alais, hôpital ; Beyer Berthe, 80 ans, Comores, à Saint-Christol ; Beyer Eugène, 73 ans, Combres, à Concoules ; Beyer Jeanne, 23 ans, Combres, à Concoules; Beyer Laure 33 ans, Combres, à Alais, hôpital ; Bertrand Blanche, 26 ans, Gremilly, à Les Mages ; Bertrand Emide, 3 ans, Gremilly, à Les Mages ; Bertrand Hélène, 3 ans, Gremiily, à Les Mages ; veuve Bougeois, 60 ans, Combres, à Alais, chez M. Chotard, rue d'Avejan ; Burnerau Marie, 56 ans, Saulx-en-Woëvre, à Les Mages ; Bertin, 25 ans, Chaumont, à Saint-Jean-du-Gard; Bertin Lucie, 8 ans, Chaumont, à Saint-Jean-du-Gard ; Bertin Germaine, 3 ans, Chaumont, à Saint-Jean-du-Gard ; Bertin Marie, 24 ans, Chaumont, St-Jean-du-Gard; Bertin Joseph, 74 ans, Chaumont, St-Jean-du-Gard ; Bertin Victorine, 68 ans, Chaumont, à Saint-Jean-du-Gard ; Bruy Annette, 65 ans, Etain, à Ners ; Bossu Denis, 8 ans, Essey-et-Maizerais, à Cassagnoles ; Colignon Marie, 76 ans, Billy-les-Mangiennes, à Vézenobres ; Cochenet Joséphine, 72 ans, Billy-les-Mangiennes, à Vézenobles ; Cacar Lucien, 19 ans, Loison, à Massannes; Cacar Berthe, 7 ans, Loison, à Massannes ; Cacar Aline, 40 ans, Loison, à Massannes ; Cacar Maurice, 5 ans, Loison, à Massannes; Cacar Marcel, 1 an, Loison, à Massannes ; Cacar René 2 ans, Loison, à Massannes ; Clément Aglaé, 57 ans, Billy-les-Mangiennes, à Vézenobres; Charton Victor, 62 ans, Ornes, à St-Jean-du-Pin ; Charton Zélie, 64 ans, Ornes, à St-Jean-du-Pin ; Charton Louise, 15 ans, Ornes, à Saint-Jean-du-Pin; Christophe Marcel, 66 ans, Senon, à Paris, 167, boulevard Malesherbes ; Mme Christophe, 66 ans, Senon, à Paris, 167, boulevard Malesherbes ; Cirantoine Eulalie, 55 ans, Combres, Saint-Jean-de-Maruejols ; Cirantoine Léonie, 31 ans, Combres, à Saint-Jean-de-Maruejols ; Ceenaenne Virginie, 39 ans, Ornes, à Chamborigaud ; Ceenaenne Marguerite, 1 an, Ornes, à Chamborigaud ; Ceenaenne Léa, 15 ans, Ornes, à Chamborigaud; Ceenaenne Lucie, 8 ans, Ornes, à Chamborigaud ; Colmez Théophile, 63 ans, Herbeuville, à Lézan ; Colmez Emilie, 59 ans, Herbeuville, à Lézan ; Colmez Jeanne, 21 ans, Herbeuville, à Lézan ; Cirantoine Madeleine, 14 ans, Combres, à Les Mages; Cirantoine Félicie, 36 ans, Combres, à Les Mages; Cirantoine Claire, 20 ans, à Anduze ; Cirantoine Paula, 17 ans, à Anduze ; Cirantoine Lucie, 12 ans, Combres, à Anduze ; Cirantoine Léon, 7 ans, Combres, à Anduze ; Christophe Flavie, 58 ans, Senon, à Cardet : Cirantoine Maria, 27 ans, Combres, à Anduze ; Charton J.-Baptiste, 92 ans, Ornes, à Seines ; Mlle Colzon, 62 ans, Ornes, à Seynes ; Charles Louise, née Pierson, 33 ans, Saulx-en-Woëvre, à Alais, route de Bruege, chez M. Vandraussen ; Charles Georges, 8 ans, Saulx-en-Woëvre, à Alais, route de Bruege, chez M. Vandraussen ; Champleau Euphrasie, 49 ans, Saulx-en-Woëvre, à Chamborigaud; Champleau Blanche, 18 ans, Saulx-en-Woëvre, à Chamborigaud ; Cirantoine Alice, 26 ans, Combres, à Mons; Cirantoine Mélina, 63 ans, Combres, à Mons ; Clement J.-P., 65 ans, Parfondrupt, à Boucoiran ; Collin Nicolas, 15 ans, Parfondrupt, à Boucoiran ; Cochar André, 15 ans, Parfondrupt, à Boucoiran ; Cirantoine, née Leyet, 41 ans, Combres, à Ners ; Cirantoine Emile, 12 ans, Combres, à Ners ; Cirantoine Prosper, 9 ans, Combres, à Ners ; Didelot Alvina, 32 ans, Loison, à Lézan ; Didelot Simone, 9 ans, Loison, à Lézan ; Didelot André, 3 ans, Loison, à Lézan ; Didelot Louise, 60 ans, Loison, à Lézan ; Didelot Lucia, 23 ans, Loison, à Lézan ; Dessoye Marie, 33 ans, Combres, à Corbès ; Dessoye Georgette, 18 ans, Combres, à Corbès ; Dessoye Euphrasie, 33 ans, Combres, à Saint-Jean-de-Maruejois ; Datery Anastasie, 61 ans, Remagne-sous-les-Côtes, à Saint-Jean-de-Serres ; Dessoye Maria, 25 ans, Combres, à Saint-Jean-de-Maruejols ; Drion Victor, 60 ans, Billy-les-Mangiennes, à Les Mages; Dreiquert Louis, 66 ans, Parfondrupt, à Boucoiran ; Debestriez Jules, 61 ans, à Parfondrupt, à Boucoiran ; Desloudin Mélanie, 66 ans, Billy-les-Mangiennes, à Vézenobres ; Favier Aimé, 15 ans, Combres, à Alais, chez M. Maltier, avenue de la Gare ; Favier Anna, 32 ans, Combres, à Concoules; Favier Lucienne, 13 ans, Combres, à Concours ; Favier Lucien, 13 ans, Combres, à Concoules ; Farnier Marie, 47 ans, Billy-les-Mangiennes, à Vézenobres ; Farnier Maria, 8 ans, Billy-les-Mangiennes, à Vézenobres ; Farnier Mathilde, 10 ans, Billy-les-Mangiennes à Vézenobres ; Girard Félicie, 45 ans, Ville-en-Woëvre, à Anouze : Girard Alice, 13 ans, Ville-en-Woëvre, à Anduze ; Gasson Amédée, 51 ans, Combres, à Saint-Christol ; Gasson Marguerite, 48 ans, Combres, à Saint-Christol ; Goubot Marie, 55 ans, Loison, à Alais, chez M. Heleuse, place Saint-Jean ; Guillaume Pierre, 72 ans, Billy-les-Mangiennes, à Méianne-les-Alais ; Georges Hélène, 40 ans, Loison, à Alais-Tallagrand ; Gousset Léa, Loison, à Chamborigaud ; Gousset Emile, Loison, à Chamborigaud ; Georget Aline, 46 ans, Saulx-en-Woëvre, à Cardet ; Georget Pierre, 3 ans, Saulx-en-Woëvre, à Cardet ; Georget Gilbert, 13 ans, Saulx-en-Woëvre, à Cardet ; Georget Reine, 21 ans, Saulx-en-Woëvre, à Cardet ; Georget Lucien, 11 ans, Saulx, à Cardet; Georget Maurice, 15 ans, Saulx-en-Woëvre, à Cardet ; Georget René, 8 ans, Saulx-en-Woëvre, à Cardet ; Georget Maria, 23 ans, Saulx-enWoëvre, à Cardet ; Georget Clémence, 10 ans, Saulx-en-Woëvre, à Cardet ; Gouchat Jeanne, 30 ans, Vaudoncourt, à Concoures ; Georges Flavie, 39 ans, Loison, à Alais, chez M. Duir ; Georges Yvonne, 13 ans, Loison, à Alais, chez M. Duir ; Gardeur Marie, 65 ans, Billy-les-Mangiennes, à Saint-Privas-les-Vieu ; Cardeur Zélie, 36 ans, Billy-les-Mangiennes, à Saint-Privas-les-Vieu ; Geydon François, 74 ans, Saulx-en-Woëvre, à Ners ; Gillin Rosalie, 75 ans, Saulx-en-Woëvre, à Cassagnoles ; Henrion Marie, 40 ans, Romagne-sous-les-Côtes, à Brgnon ; Henrion René, 12 ans, Romagne-sous-les-Côtes, à Brignon ; Henrion Joséphine, 8 ans, Romagne-sous-les-Côtes, à Briernon; Herbelet Emilie, 34 ans, Combres, à Cendras ; Herbelet René, 3 ans, Combres, à Cendras ; Heynard Eugène. 65 ans. Billy-les-Mangiennes, à Les Muges ; Humbert Mathilde, 51 ans, à Billy-les-Mangiennes, à Saint-Hilaire ; Humbert Gabrielle, 11 ans, Billy-les-Mangiennes, à Melannes-les-Alajs; Hudron Louise, 37 ans, Combres, à Lézan ; Hudron Aline, 7 ans, Combres, à Lézan ; Hudron Marcel, 5 ans, Combres, a Lézan ; Henri François, 60 ans, Pareid, à Boucoiran ; Henri Adèle, 57 ans, Pareid, à Boucoiran ; Hennequin Honorine, 18 ans, Romagne-sous-les-Côtes, à Brignon ; Hennequin Blanche, 15 ans, Romagne-sous-lesCôtes, à Brignon ; Hennequin Marie, 26 ans, Romagne-sous-les-Côtes, à Brignon ; Kodich Jules, 10 ans, Combres, à Concoules; Kodich Eugénie, 44 ans, Combres, à Concoules ; Lacaille Alice, 15 ans, Cambres, à Saint-Christol ; Laroche Jeannne, 34 ans, Champlon-en-Woëvre, à Saint-Jean-du-Gard ; Laroche Rohert, 7 ans, Champlonen-Woëvre, à Saint-Jean-du-Gard ; Laroche Maurice, 14 ans, Combres, à Saint-Jean-du-Gard; Laroche Gabriel, 45 ans, Combres, à Saint-Jean-du-Gard ; Laroche Lucie, 8 ans, Combres, à Saint-Jean-du-Gard ; Laroche Marguerite, 5 ans, Combres à Saint-Jean-du-Gard ; Laroche Léontine, 45 ans, Combres, à Saint-Jean-du-Gard ;. Laroche Léon, 12 ans, Combres, à Saint-Jean-du-Gard ; Laroche Marcel, 8 ans, Combres, à Saint-Jean-du-Gard ; Laroche Aline, 11 ans, Combres, à Saint-Christol ; Lacaille Nicolas, 72 ans, Combres, à Saint-Jean-du-Gard ; Lacaille Pierre, 75 ans, Combres, à Alais ; Lacaiille Louise, 13 ans, Combres, à Alais ; Lacaille Ernest, 15 ans, Combres, à Alais Fabre ; Lacaille Germaine, 7 ans, Cambres, à Alais, hôpital ; Lacaille Marie, 42 ans; Combres, à Saint-Jean-du-Gard ; Lecir Stéphane, 63 ans, Combres, à Corbés; Lecir Lucie, 25 ans, Combres, à Corbés ; Lavigne Julie, 36 ans, Billy-les-Mangiennes, à Méjannes ; Lavigne Henri, 2 ans, Billy-les-Mangiennes, à Méjannes ; Lepezel Edith, 19 ans, Senon, à Saint-Jean-de-Maruejols ; Lepezel Zélie, 57 ans, Senon. à
Saint-Jean-de-Maruejols ; Lebrin Noémie, 36 ans, Combres, à Alais-Bouillon-Duval ; Lebrin Simone, 7 ans, Combres, à Alais-Bouillon-Duval ; Lebrin Alice, 2 ans, Combres, à Alais-Bouillon-Duval ; Laurent Clotilde, 40 ans, Loison, à Alais-R.-S.-P. ; Lacaille Valérie, 57 ans, Combres, à Alais-Blachère-Chantilly; Lacaille Yvonne, 9 ans, Comtes, à Alais-Blachère-Chantilly ; Lacaille Marguerite, 29 ans, Combres, à Alais-Blachère-Chantilly ; Lavigne Mélanie, 50 ans, Marcheville, Saint-Jean-de-Maruejols; Leloup Valentine; 32 ans, Marcheville, à Chamborigaud ; Leloup Yvonne, 7 ans, Marcheville, à Chamborigaud ; Leloup Suzanne 4 ans, Marcheville, à Chamborigaud; Laurent Amélie, 59 ans, Combres, à Anduze ; Libor Alfred, 68 ans, Combres, à Les Mages ; Leloup Placide, 71 ans, Marcheville à Alais-Hôpital ; Leloup Léonie, 68 ans, Marcheville, à Alais-Hôpital ; Lajoux Eugénie, 60 ans, Marcheville, à Paris-Aon S.P.; Ladoucet Jean, 15 ans, Parfondrupt, à Boucoiran ; Lafeuillard Pierre, 68 ans, Parfondrupt, à Boucoiran; Lacoq Célestin, 67 ans, Parfondrupt, à Boucoiran; Ladoux J.-Baptiste, 70 ans, Parfondrupt, à Boucoiran ; Lambert Charles, .74 ans, Champion, à Ners; Lacaille Félicie, 68 ans, Combres, à Ners ; Livorin Louise, 28 ans, Saulx-en-Woëvre, à Lédignan; Livorin Maurice, 6 ans, Saulx-en-Woëvre, à Lédignan ; Laroche Marie, 49 ans, Saulx-en-Woëvre, à Lédignan ; Laroche Maria, 18 ans, Saulx-enWoëvre, à Lédignan ; Laroche Jeanne, 15 ans, Saulx-en-Woëvre, à Lédignan ; Laroche Noémie, 41 ans, Champion, à Lédignan ; Laroche Alice, 4 ans, Champion, à Lédignan ; Laroche Henri, 13 ans, Champion, à Lédignan ; Laroche Marguerite, 13 ans, Champion, à Lédignan; Laroche Louise, 15 ans, Champion, à Lédignan ; Laroche Simone, 5 ans, Champion, à Lédignan; Leroy Félicie, 60 ans, Champion, à Lédignan; Molinet Ernest, 37 ans, Romagne, à Saint-Jean-de-Serres ; Molinet Marguerite, 18 ans, Romagne, à Saint-Jean-de-Serres ; Molinet Henri, 9 ans, . Romagne, à Saint-Jean-de-Serres. ; Minot Camille, 60 ans, Combres, à Alais, Grande-Rue, 84 ; Minot Adèle, 59 ans, Cambres, à Alais, Gr.Rue, 84 ; Macar Fortuné, 68 ans, Combres, à Alais, rue Massan ; Michelot Stéphanie, 74
ans, Loison, à Alais, chez M. Crouzet, rue République; Margin Clotilde, 54 ans, Combres, à Lézan; Margin Léonie, 23 ans, Combres, à Lézan ; Margin Hélène, 21 ans, Combres, à Lézan ; Margin Léon, 12 ans, Combres, à Lézan ; Meyer Marthe, 12 ans, Combres, à Alais, chez M. Boudon, rue Avajan; Mathieu (femme), 65 ans, Senon, à Paris; Marchal Catherine, 34 ans, Gremilly, à Brouzet; Marchand François, 68 ans, Saulx-en-Woëvre, à Cassagnoles ; Marchand Julie, 64 ans, Saulx-on-Woëvre, à Cassagnoles ; Maillefert Gabriel, 20 ans, Saulx-en-Woëvre, à Lédignan ; Maillefert Valérie, 42 ans, Saulx-en-Woëvrë, à Lédignan ; Mandin Elisabeth, 32 ans, Billy-les-Mangiennes, à St-Christol; Mandin René, 8 ans, Billy-les-Mangiennes, à St-Christol ; Mangin Louise, 3 ans. Billy-les-Mangiennes, à St-Christol ; Mangin Marie, 17 ans, Billy-les-Mangiennes, à St-Chrisol ; Mangin Marthe, 15 ans, Billy-les-Mangiennes, à St-Christol ; Mangin Marthe, 15 ans, Billy-les-Mangiennes, à Saint-Christol ; Mangin Juliette, 15 ans, Billy-les-Mangiennes, à Saint-Christol ; Mantoulet (Mme), 40 ans, Billy-les-Mangiennes, à Saint-Christol ; Niclot Marie, 33 ans, Loisom, à Lézan ; Niclot Suzanne, 4 ans, Loison, 4 Alais, chez M. Claparede ; Nemtelet Léonie, 65 ans, Billy-les-Magiennes à Vézenobres ; Noël Marie, 8 ans, Billy-les-Mangiennes, à Vézenobres ; Noël Maria, 40 ans, Billy-Ies-Mangiennes, à Vézenobres ; Noël Madeleine, 13 ans, Billy-les-Mangiennes, à Vézenobres ; Noël Charlotte, 3 ans, Billy-les-Mangiennes, à Vézenobres; Noël Cyprien, 11 ans, Billy-les-Mangiennes, à Vézenobres ; Noël Fernande, 10 ans, Billy-les-Mangiennes. à Vézenobres ; Noël Justin. 9 ans, Billy-les-Mangiennes, à Vézenobres ; Pomerine Jean, 5 ans, Combres, à Corbés ; Poussignon René, 9 ans, Combres, à Corbés ; Pierret (veuve), 50 ans, Billy-les-Mangiennes, à Saint-Hilaire-Brethmas ; Paquel Jeanne, 12 ans, Bar-le-Duc, à Alais; Preth Marie, 60 ans, Etain, à Alais (décédée) ; Pleiffer Adélaide 36 ans, Combres, à Anduze ; Pleiffer Jeanne, 14 ans, Combres, à Anduze ; Pleiffer René, 13 ans, Combres, à Anduze ; Petit Marie, 60 ans, Combres, St-Christoi ; Paussem (Vve), 63 ans, Essey-et-Maizerais, à Alais ; Michel, place de l'Abbaye ; Pierson Adélaïde, 66 ans, Saulx-en-Woëvre, à Alais, chez M. Vandraussen ; Pierson Emile, 66 uns, Saulx-en-Woëvre, à Lédignan ; Pierson Marie-Elise, 61 ans, Saulx-en-Woëvre, à Lédignan; Predier Louise, 22 ans, Saulx-en-Woëvre, à Lédignan ; Perrin Paulin, 29 ans, Saulx-en-Woëvre, à Lédignan ; Pid Gabriel, 7 ans, Saulx-en-Woëvre, à Lédignan ; Picard Eugène, 22 ans, Herbeuville, à Vézenobres ; Reynaud Marie, 60 ans, Romagne-sous-les-Côtes, à Saint-Jean-du-Gard ; Reynaud Julia, 26 ans, Romagne-sous-les-Côtes, à Saint-Jean-du-Gard ; Reynaud Albert, 3 ans, Romagne-sous-les-Côtes, à Saint-Jean-du-Gard ; Robert Jeppa, 10 ans, Herbeuvilie, à Saint-Jean-du-gard; Rouyer Auguste, 65 ans, Herbeuville, à Saint-Jean-du-Gard ; Rouyer Eugénie, 67 ans, Herbeuville, à Saint-Jean-du-Gard; Rone Cécile, 65 ans, Billy-les-Mangiennes, à Saint-Hilaire-Brethmas ; Rone Henri, 6 ans, Billy-les-Mangiennes, à Saint-Hilaire-Brethmas ; Rone Henri, 6 ans, Billy-lesMangiennes, à Saint-Hilaire-Brtehhmas ; Rone Fernand, 4 ans, Billy-les-Mangiennes, à Saint-Hilaire-Brethmas ; Rone Jeanne, 1 an, Billy-les-Mangiennes, à Saint-Hilaire-Brethmas ; Rayot Maria, 21 ans, Marchéville, à Alais, chez M. Royer ; Robert Germaine, 19 ans. Apremont, à Alais, hôpital ; Ragot Angèle, 3 ans, Herbeuville, à Saint-Gervais ; Mlle Rolin, 34 ans, Ornes, à Seyraes ; Rollin Alice, 6 ans, Ornes, à Seynes ; Rouyer Coralie, 53 ans, Combres, à Chamborigaud ; Rouyer Aline, Combres, à Chamborigaud; Rouyer Marie, 46 ans, Combres, à Mons ; Rouyer Louise, 24 ans, Combres, à Chamborigaud ; Robuiron Adeline, 65 ans, Billy-les-Mangiennes, à Vézenobres ; Schneider Désiré, 67 ans, Combres, à St-Christol; Sauce Nîcolas. 76 ans, Champion, à Lédignan; Sauce Claris, 70 ans, Champion à Lédignan ; Schmitt Maria, 44 ans, Herbeuville, à Vézenobres ; Schmitt Célina, 15 ans, Herbeuville, à Vézenobres ; Toutechair Irma, 42 ans, Herbeuville, à Anduze ; Touttechair Henri, 7 ans, Herbeuville, à Anduze ; Tonnelier Euphasie, 75 ans, Billy-les-Mangiennes, à Alais, GrandRue, 65 ; Trichon Juliette, 30 ans, Herbeuville, à Saint-Gervais ; Tarcis Berthe, 5 ans, Combres, à Breuzet ; Tarcis Lucien, Combres, à Breuzet ; Tarcis René, Combres, à Breuzet ; Tremelet Marie, 60 ans, Mangiennes, à Chamborigaud ; Tremelet Simone, 2 ans, Mangiennes, à Chamborigaud ; Tremelet Lucien, 10 ans, Mangiennes, à Chamborigaud ; Tremelet Marie, 6 ans, Mangiennes, à Chamborigaud ; Trémelet Berthe, 12 ans, Mangiennes, à Chamborigaud ; Tonnelier Théophile, 72 ans, Billy-les-Mangiennes, à Les Mages ; Tuilier (Mme), 60 ans, Marchéville, à Alais, chez M. Loiret, Avejan ; Thomassin Marie, 56 ans, Herbeuville, à Cassagnoles ; Throusseard Gabriel, 22 ans, Billy-les-Mangiennes, à Vézenobres ; Umbert Constance, 54 ans, Combres, à Brouzet-les-Alais ; Umbert Guillaume, 47 ans, Combres, à Alais, rue Roque, 9; Umbert Angèle, 12 ans, Combres, à Alais ; Visto Marguerite, 12 ans, Chaumont, à Saint-Jean-du-Gard ; Very Thomassin, 61 ans, Romagne, à Saint-Jean-de-Serres; Visto Lucie, 10 ans, Chaumont, à Saint-Jean-du-Gard ; Villeram François, 69 ans, Parfondrupt, à Boucoiran ; Vincent Bessaline, 62 ans, Parfondrupt, à Boucoiran ; Wadel Elise, 65 ans, Herbeuville, à Anduze ; Walem Marie, 13 ans, Herbeuville, à Vézenobres ; Naudum Marguerite, 16 ans, Billy-les-Mangiennes, à Saint-Christol ; Jeorges Marie, 52 ans Loison, à Alais, chez M. E. Bastide, rue Avéjan.

c) ARDENNES
Gaias Jean. 10 ans, Termes, à Boucoiran ; Lépine Virginie, 66 ans, Termes, a Boucoiran ; Lépine Félicie, 45 ans, Termes, à. Boucoiran ; Landerfin Léonie, 15 ans, Mouron, à Boucoiran ; Mézières Alice, 50 ans, Termes, à Brignons ; Orlier Jean. 71 ans, Termes, à Alais (décédé) ; Orlier Augustine, 69 ans. Termes, à Alais (décédée)

d) ALSACE-LORRAINE
Bresson Charlotte, 26 ans, Mulhouse, à Lédignan; Brenot Louise, 8 ans, Mulhouse, à Saint-Jean-du-Gard ; Collin Elisabeth, 50 ans, Strasbourg, à Les Mages ; Collin Lucien, 17 ans, Strasbourg, à Les Mages ; Meyer Georges, 16 ans, Strasbourg, à Alais, chez M. Peyre; Meyer Marcel, 15 ans, Strasbourg, à Alais, chez M, Peyre ; Meyer Marie, 39 ans, Strasbourg, à Alais ; Meyer Louis, 7 ans, Strasbourg, à Alais ; Meyer Roger, 4 ans, Strasbourg, à Alais ; Martin Eugénie, 13 ans, Strasbourg, à Les Mages ; Nort Jeanne, 18 ans, Valdoie, Belfort, à Lédignan ; Ningaud Marie, 57 ans, Mulhouse, à Lédignan ; Ningaud Emile, 19 ans, Mulhouse, à Lédignan ; Vilhelm Louise, 57 ans, Riedisbrin, à Lédignan ; Wals Berthe, 34 ans, Lutterbach, à Lédignan.

c) ORIGINE INCONNUE
Brenaux, à Saint-Gervais (Oise) ; Bouda Irma, 44 ans, à Ners ; Bouda Eugénie, 63 ans, à Ners : Colmar Marie, 32 ans, à Nîmes, dépôt des réfugiés ; Koldmes Célina, 69 ans, à Chamborigaud ; Rivière Gabriel, 47 ans, à Vézenobres ; Rivière Lucien, 12 ans, à Vézenobres ; Thomas Marie, 27 ans, à Brignon.

L'HORREUR ALLEMANDE

MM. Georges Payelle, premier président de la Cour des Comptes ; Armand Mollard, ministre plénipotentiaire ; Georges Maringer, conseiller d'Etat, et Edmond Paillot, conseiller à la Cour de Cassation, ont remis à M. le président du Conseil des ministres un nouveau rapport sur le traitement auquel ont été soumis nos prisonniers civils.
Nous en extrayons les faits qui touchent notre région, et dont les télégrammes Havas nous ont donné déjà un abondant résumé :.

Le supplice de deux sexagénaires
Le 23 septembre, MM. Woimbée, âgé de 61 ans, et Fortin, âgé de 65 tous deux cultivateurs à Lavignéville (Meuse), ont été arrêtés chez eux sous le prétexte qu'ils étaient francs-tireurs ; or, Woimbée avait eu un pied cassé deux mois auparavant, et Fortin, atteint de rhumatismes chroniques, était depuis longtemps dans l'impossibilité de marcher sans le secours d'un bâton. Les Allemands les emmenèrent dans leur costume de travail, sans leur laisser le temps de prendre d'autres vêtements, et les joignirent à un convoi comprenant une trentaine de soldats prisonniers. Fortin, qui ne pouvait avancer, fut attaché avec une corde, dont deux cavaliers tinrent les extrémités, et il dut, malgré son infirmité, suivre le pas des chevaux. Comme il tombait à chaque instant, on le frappait avec des lances pour l'obliger à Ise relever. Le malheureux, couvert de sang, suppliait en grâce qu'on le tuât. Woimbée finit par obtenir l'autorisation de le porter jusqu'au village de Saint-Maurice-sous-les-Côtes avec l'aide de plusieurs de nos soldats. Là, les Allemands ayant fait entrer les deux vieillards dans une maison, les forcèrent à se tenir debout pendant deux heures, face au mur et les bras en croix, tandis qu'eux-mêmes maniaient bruyamment leurs armes pour faire croire à leurs victimes qu'ils allaient les fusiller, ils se décidèrent enfin à les laisser s'étendre à terre et leur donnèrent un peu de pain et d'eau. Depuis plus de vingt-quatre heures Woimbée et Fortin n'avaient pas mangé.
A Bantheville (Meuse), le jeune Félix Miquel, âgé de 15 ans, qui s'était caché derrière un tas de fagots pour n'être pas arrêté, reçut du soldat qui le découvrit, un violent coup de sabre qui lui fendit les lèvres ; puis, tandis qu'on l'emmenait, comme il essayait de se sauver dans un bois, il se heurta à une sentinelle qui, d'un coup de baïonnette, lui enleva une phalange de la main gauche.
189 habitants de Sinceny (Aisne), envoyés à Erfurt, y sont arrivés après un voyage de quatre-vingt-quatre heures, pendant lequel chacun d'eux n'a reçu qu'un seul morceau de pain d'environ 100 grammes, En traversant la Belgique, quelques-uns ont été un peu ravitaillés par des dames, mais la plus grande partie de ce qu'elles leur ont donné a été mangée par les gardiens.

Les captifs de Combres
Le 22 septembre, à sept heures du matin, tous les habitants de la commune de Combres (Meuse) furent arrêtés et conduits sur le flanc d'une colline, où on les fit stationner dans un endroit découvert exposé au feu de notre artillerie et à celui des tirailleurs français dont on voyait parfaitement les tranchées. Comme, pour se faire reconnaître des nôtres, ils agitaient leurs mouchoirs et. leurs chapeaux, l'artillerie ne tarda pas à se taire et l'infanterie ne tira pas.
A sept heures du soir, ils furent ramenés au village. On leur donna alors une heure pour aller prendre chez eux ce dont ils pouvaient, avoir besoin, faculté d'ailleurs bien vaine, les maisons ayant été à peu près complètement pillées, et on les prévint que ceux qui manqueraient au rassemblement seraient impitoyablement fusillés. A huit heures, on les enferma dans l'église, puis le lendemain, à quatre heures du matin, on les en fit sortir pour les exposer de nouveau aux obus sur le même coteau que la veille. Ils eurent la chance de n'être pas atteints, à l'exception d'une femme qui fut légèrement blessée. De retour à Combres, au commencement de la soirée, ils furent, comme pendant la nuit précédente, emprisonnés dans l'église, où ils restèrent cinq jours. Enfin, le commandant les prévint qu'ils allaient partir pour Herbeuville. Dans cette localité on ordonna aux hommes de sortir des rangs, et, le jour suivant, après leur avoir fait faire des marches inutiles, on les emmena à Mars-la- Tour, Là, les Allemands leur apportèrent un baquet contenant des choses infectes parmi lesquelles se trouvaient des morceaux de viande à moitié crue; et l'on vit les malheureux se jeter sur cette nourriture nauséabonde et la saisir à pleines mains, n'ayant ni gamelles ni cuillers pour la recueillir.
Enfin, le 28, à cinq heures du soir, les prisonniers durent monter dans des wagons à bestiaux pour être transférés un camp de Zwickau. Quand le train passa à Frankenthal, les gardiens ouvrirent les panneaux des fourgons pour exhiber les captifs aux enfants des écoles rassemblés dans la gare, avec le reste de la population.
Tandis que les hommes de Combres partaient pour l'Allemagne, leurs femmes et leurs enfants étaient consignés dans l'église du village. Ils y furent maintenus pendant un mois, passant les nuits assis sur les bancs. La dysenterie et le croup sévissaient parmi eux, et les femmes n'étaient autorisées à porter les déjections que tout à proximité des portes, dans le cimetière.

Inondée de pétrole
On a vu un jour un interné dont le torse était tellement couvert de poux qu'ils y formaient une véritable couche vivante. Dans tous les camps, d'ailleurs, la vermine qui pullulait constituait pour les prisonniers un supplice d'autant plus intolérable que l'administration ne faisait rien pour y remédier. Il paraît même, qu'à Güstrow les soldats sa moquaient ouvertement de ceux qui essayaient de détruire les insectes dégoûtants dont ils étaient infestés. A Landau, cependant, ils ont tenté d'en débarrasser la veuve Minaux, de Beney (Meuse), âgée de 87 ans. Pour cela ils n'ont rien trouvé de mieux que de l'inonder de pétrole après l'avoir déshabillée A la suite de cette opération, la pauvre vieille est tombée gravement malade et elle est morte le 20 janvier.

Maladie et mortalité
Dans la plupart des camps, l'état sanitaire était fort mauvais et la mortalité considérable. On n'y recevait pour ainsi dire pas de soins. Les médecins allemands qui passaient se contentaient d'examiner les malades. En dehors de la teinture d'iode, ils ne prescrivaient pas de remèdes. Quant aux docteurs français, internés eux-mêmes en assez grand nombre, ils faisaient de leur mieux, mais ils ne disposaient d'aucun médicament Les cas de bronchite et de pneumonie étaient particulièrement nombreux. A Holzminden, on voyait des hommes tomber d'épuisement. Une vieille femme de Saint-Sauveur (Meurthe-et-Moselle), Mme Thirion y est restée malade, étendue sur une. paillasse pendant trois semaines, sans pouvoir obtenir, malgré ses demandes réitérées, qu'on lui amenât un médecin.
Celui-ci est venu seulement le jour où elle est morte. Cent trente prisonniers civils environ sont décédés à Grafenwoehr. « On s'y éteignait comme des bougies, car on n'avait plus la force de se tenir sur ses jambes », nous a dit le maire de Montblainville. Tant à Rastadt qu'à Zwickau, vingt-cinq habitants d'Hannonville et treize de Combres sont morts.

A VERDUN
Comment fut capturé un aviatik

Le communiqué officiel du 4 mars (23 h.) nous avait appris que, près de Verdun, au fort de Vaux, un avion allemand avait été abattu sur nos lignes et que les deux aviateurs étaient prisonniers.
Voici, sur cet heureux incident, quelques détails intéressants et authentiques.
Vers cinq heures et demie, un avion ennemi apparaissait à l'horizon et s'avançait sur Les Hauts-de-Meuse, salué par une canonnade intense qui partait des forts de Moulainville et de Douaumont, encadré par l'éclatement des obus ; il piqua aussitôt et vint atterrir à cent cinquante mètres d'une batterie. Les artilleurs distinguent les deux aviateurs : les entourer est l'affaire d'une minute. Un officier français leur ordonne de lever Les bras en l'air ; ils obéissent ; de descendre de leur appareil, ils le font.
L'avion est un « aviatik »l de 120 HP, pouvant faire 160 kilomètres à l'heure. Il n'est pas blindé et ne possède pas de mitrailleuse. Les deux Allemands possèdent chacun un revolver dans sa gaine et un ceinturon portant un poignard ; ils remettent tous deux ces deux armes avec leurs lunettes et leurs cartes à un officier.
Le pilote est un lieutenant nommé Theldeck, Saxon d'origine, âgé de 24 ans, et fait partie de la réserve. Il parle un peu le français ; aux questions qui lui sont posées, il répond très poliment qu'il est marié et père de deux enfants. Interrogé sur la guerre, il dit : « La guerre va très bien pour nous ; nous avons fait prisonniers 124.000 Russes ; au nord de Reims, nous avons une armée considérable, prête à foncer sur Paris. Je suis prisonnier, la guerre est finie pour moi. J'appartiens au parc d'aviation de Metz. J'étais envoyé en mission à Montmédy, mais je me suis trompé de route ; je croyais atterrir dans les lignes allemandes ».
On ne sait toutefois s'il a dit la vérité ou s'il a peur des obus.
Quant au sous-officier observateur, il a la figure beaucoup moins sympathique. C'est une vraie tête d'Allemand, un Poméranien, à l'expression cruelle ; il enrage et serre les poings. Après avoir été conduits au fort de Souville, les deux prisonniers ont été, après interrogatoire, dirigés sur Verdun.
Le lendemain, leur appareil a été démonté. On s'est aperçu que le tuyau de compression des gaz avait été crevé par une balle.
L' « aviatik » teuton a été expédié à Saint-Cyr, où il doit être exposé comme trophée de guerre.
Comme autres trophées de guerre, mais pas glorieux ceux-là, le lieutenant Theldeck avait des cartes postales photographiques, représentant des villages de la Meuse détruits par leur armée. Il n'était pas fier quand il lui a fallu les remettre à nos officiers ; sans doute qu'il lui répugnait de nous faire constater officiellement leur oeuvre sauvage de destruction. Une de ces cartes, que nous avons en ce moment sous les yeux, porte, en effet, imprimée l'indication : « Holphotograph E. Jacobi 1914, n° 2. » C'est une vue de Rouvres (canton d'Etain) incendié méthodiquement après le massacre de plusieurs hommes, femmes et enfants, le 24 août 1914.

RETOUR D'OTAGES LORRAINS

Nous donnons ci-dessous une nouvelle liste, communiquée par la Chambre de commerce de Nancy, d'otages lorrains, réfugiés dans le Gard, avec leurs adresses actuelles.

MEURTHE-ET-MOSELLE
Chaumont, 15) ans, partie pour Violès (Vaucluse) ; Chaumont Marcelle, 14 ans, partie pour Violès (Vaucluse) ; Chaumont Lucienne, 10 ans, partie pour Violès; Laroche Marie, 33 ans, partie le 3 mars pour Saint-Jean-de- Serres (Gard) ; Laroche Raymond, 11 ans, parti le 3 mars pour Saint-Jean-de-Serres (Gard) ; Laroche Yvonne 10 ans, partie le 3 mars pour Saint-Jean de-Serres (Gard); Labille Marie, née Colas, 36 ans, à Saint-Marcel-de-Careiret (Gard) ; Labille Edmond, 11 ans, à Saint-Marcelde-Careiret (Gard); Labille, 9 ans, à Saint-Marcel-de-Careiret (Gard) ; Félix Philippe, 63 ans, retraité à La Chapelle-Masmolène (Gard) ; Muller Laurent, 54 ans, retraité, à Uzès (Gard).

MEUSE
Rozat Louise, née Galland, 31 ans, à La Bastide-d'Engras (Gard) ; Rozat Pierre, 4 ans, à La Bastide-d'Engras (Gard) ; Rozat Victorine, 71 ans, à La Bastide-d'Engras (Gard) ; Urbain Rose, épouse Galland, 35 ans, à La Bastide-d'Engras (Gard) ; Urbain Marie-Louise, 16 ans, à La Bastide-d'Engras (Gard) ; Urbain Henri, 14 ans, à La Bastide-d'Engras (Gard); Urbain Léon, à La Bastide-d'Engras (Gard); Lacroix Camille, 16 ans, électricien, à Uzès (Gard) ; Colon Emile, 70 ans, manoeuvre, à Sanilhac (Gard) ; Marchal Louis, 48 ans, charpentier à Saint-Victor-des-Oules (Gard) ; Grosjean Louis, 58 ans, menuisier, à Sanilhac (Gard) ; Jacquet Jean-François, 63 ans, cultivateur à Uzès (Gard) ; Janin (ou Jamin) Gabriel, 52 ans, retraité, à Uzès (Gard).

AU CAMP D'AMBERG
Une institutrice lorraine apprenait à ses élèves des chants patriotiques

Notre confrère le « Matin » a envoyé à Annemasse un de ses collaborateurs qui s'y est rencontré avec une des jeunes institutrices revenues du camp d'internement d'Amberg.
Deux d'entre elles, Mlles C... et V..., à qui nos lecteurs doivent d'intéressants détails sur l'occupation allemande à Combres, à Saint-Maurice-sous-les- Côtes et dans d'autres localités des Hauts-de-Meuse, occupèrent leurs loisirs à créer des cours que les petites Lorraines fréquentaient assidûment.
Mlle C..., raconte en ces termes les incidents par lesquels fut marqué son rôle d'éducatrice à Amberg Ah ! notre petite école du camp d'Amberg, et les sages, les studieux écoliers français que nous eûmes là, en pays ennemi ! Ma collègue et moi, nous étions partagé les élèves en nombre à peu près égal.
Les classes commençaient le matin à neuf heures, se terminaient à onze heures et reprenaient de une heure à trois heures et demie. Le matériel scolaire faisait bien un peu défaut : quelques porte-plumes, crayons, ardoises, mais aucun livre. Les maîtresses devaient y suppléer en prenant dans leur mémoire les textes de dictées, de récitation.
Notre mémoire, heureusement, en était bien fournie. Seulement - comme par hasard - la plupart des « morceaux choisis » que nous nous rappelions ainsi se trouvaient être d'inspiration patriotique.
Ces pauvres gosses n'avaient-ils pas, plus que jamais, besoin qu'on leur parlât de cette France, dont ils avaient été brutalement arrachés, de cette France pour laquelle leurs papas, leurs mamans, eux-mêmes souffraient ? Ils apprirent tous le « Soir de la bataille », de Victor-Hugo et le « Clairon » de Déroulède. Sur un rang, à l'heure de la sortie, ils entonnaient à pleine voix le « Passage du régiment », un alerte pas redoublé que chantent aussi ceux de chez nous. Ils martelaient, avec un tel brio, les « ra-ta-plan ! » des tambours, au refrain, que les sentinelles allemandes les entendaient sûrement du dehors ! A ces instants-là, vraiment, notre école « sentait la poudre » !
Certain après-midi, un grave incident se produisit.
J'avais, à la classe du matin, écrit sur mon tableau noir la première strophe d'un chant patriotique intitulé : « Lorraine », qui avait servi de texte à une dictée pour mes élèves du « cours moyen ». Il commençait par ces vers :
Lorraine. héroïque Lorraine,
Vois, notre France est là...
Ecoute sa voix souveraine,
Toi, Metz, écoute-la.
Lorraine, sois prête, sois calme, sois fière.
Songe au prochain péril !...

L'heure de la sortie allait sonner et je m'apprêtais à effacer le texte subversif, lorsque l'un des officiers du camp fit soudain son entrée. Il était accompagné de plusieurs amis, parmi lesquels deux dames - je sus depuis que c'étaient deux institutrices allemandes, curieuses, sans doute, de connaître les méthodes pédagogiques de chez nous.
Tous ces visiteurs parlaient et lisaient parfaitement notre langue. Leurs yeux se portèrent vers le tableau que je m'évertuais à masquer, et l'officier, après avoir échangé avec eux quelques paroles, dit, s'adressant à un de mes élèves, bambin de huit ans :
- Tu comprends ce que cela veut dire, toi, « songe au prochain péril » ?
L'enfant, interloqué d'abord, m'adressait une muette interrogation.
- Allons, lui dis-je, réponds à monsieur le lieutenant, puisqu'il te le demande...
Alors, le gosse, se redressant : « Oui, je comprends... seulement, ce n'est pas le prochain péril... c'est le présent ! » Et se tournant vers moi : « Mais nous l'aurons, la Lorraine, n'est-ce pas, mademoiselle !... »
Le lieutenant se pinça les lèvres, blêmit, puis fit brusquement demi-tour, suivi des dames abasourdies. - Eh bien ! nous voilà propres ! pensai-je.
A notre grand étonnement, l'affaire n'eut pas de suite. Mais, quelques jours plus tard, nous quittions Amberg, mon amie et moi, pour le camp de Rastadt. Après une courte détention dans ce sinistre séjour, nous rentrions en France.

Les deux institutrices, à leur rentrée en France, s'empressèrent de mettre leur zèle, cette fois, à la disposition de l'administration et du comité de rapatriement.
Mlle V... fut assez heureuse pour retrouver, au bout de quelques jours, ses vieux parents qu'un heureux concours de circonstances avait par hasard amenés à Saint-Jeoire, à quelques kilomètres seulement d'Annemasse.
De son côté, Mlle C..., envisageant avec tristesse qu'il lui faudrait bientôt renoncer à rendre les services que son patriotisme s'efforçait de multiplier sans cesse, sollicita la faveur de diriger une classe enfantine dans une école de la Haute-Savoie.
Emu par les démarches qu'elle fit auprès de lui, M. Surugue. préfet du département, promit d'accueillir favorablement les généreuses propositions de l'institutrice lorraine, si l'autorisation en était accolée par l'inspection académique de la Meuse.
Nous avons encore présents à la mémoire les termes émouvants d'une lettre écrite par Mlle C... à l'inspection de la Meuse :
- Jamais, je n'ai si profondément senti et compris la signification du mot de patrie, écrivait-elle... Jamais je n'ai si bien partagé les sublimes sentiments qui inspirent chez nos soldats tant d'héroïsme dans le sacrifice... »
Les institutrices lorraines ont apporté dans leur mission volontaire au camp d'Amberg un peu de ces sentiments-là et, par leur manière de servir la France, elles se rapprochent fraternellement de ceux qui tombent glorieusement pour elle.
A. L.

UN AVION ENNEMI EN FUITE

Mercredi, 17 mars, vers 4 heures et demie de l'après-midi, un avion allemand survolant à une grande hauteur Malzéville, fut aperçu par nos artilleurs qui lui envoyèrent plusieurs coups de canon.
Le Taube fît aussitôt demi-tour pour regagner les lignes ennemies.

UN ZEPPELIN
au-dessus de Pont-à Mousson

Mercredi soir 17 mars, vers dix heures et demie, les artilleurs en position sur les hauteurs des environs de Pont-à-Mousson ont aperçu un zeppelin qui se dirigeait vers l'intérieur de nos lignes.
Quelques coups de canon furent tirés contre le dirigeable qui aussitôt vira de bord pour regagner son hangar de Metz.

ÉTAT DES RAPATRIÉS DE MEURTHE-ET-MOSELLE
rentrés par le convoi du 9 mars 1915

Saint-Sauveur. - Adam Juliette, 44 ans; Adam Maurice, 12 ans ; Bernart Marie, 73 ans ; veuve Gond Elise, 60 ans ; Mansuy Célestin, 68 ans ; Mansuy Pauline, 60 ans; Mansuy Sidonie, 42 ans ; Mansuy Raymond, 7 ans, dirigés sur Nice.

Angomont. - Barreth Marie, 61 ans ; Becker Laurent, 67 ans ; Becker Madeleine, 60 ans ; Becker Rosalie, 28 ans ; Chazel Joséphine, 53 ans ; Clément Marie, 44 ans; Clément Adrienne, 17 ans ; Clément Maria, 45 ans ; Collignon Marie, 19 ans ; Collignon Clémentine, 53 ans ; Demange Prosper, 63 ans ; Demange Marie, 64 ans ; Haas Marie, 43 ans ; Haas Jeanne, 17 ans ; Harmdt Elie, 84 ans ; Hoblinger Marie, 53 ans ; Jeannequin Joseph, 75 ans ; Jeannequin Marie, 31 ans; Jeannequin Marcel, 8 ans; Labé Rosalie, 57 ans ; Marchal Marie, 41 ans ; Marchal Henriette, 50 ans ; Marchal Marie, 6 ans ; Maire Jean-Baptiste; 61 ans ; Maire Marie, 63 ans ; Paradis Catherine, 53 ans ; Simonet. Delphine, 43 ans, dirigés sur Nice.

Halloville. - Briey Juliette, 43 ans ; Brinet Jules, 77 ans ; Charpentier Augustine, 25 ans ; Claude Auguste, 60 ans ; Gérard Julien, 75 ans ; Guenaire Charles, 68 ans ; Jacques Joseph, 77 ans ; Jacques Célestine, 75 ans ; Jacques Maria, 45 ans; veuve Marchal Clémence, 63 ans ; Maréchal Emile, 73 ans ; Martin Marie, 43 ans; Martin Germaine, 14 ans ; Martin Georges, 11 ans ; Ollard Claire, 33 ans ; Ollard Simone, 2 ans, dirigés sur Nice.

Montreux. - Courrière Marie, 58 ans ; Finance Joséphine, 73 ans ; Finance Joséphine, 65 ans ; Finance Aline, 32 ans ; Finance Charles, 76 ans, dirigés sur Nice.

Emberménil. - Franc Charles, 51 ans, hôpital d'Annemasee.

Hannonville-au-Passage.- Gérard Marie, 31 ans ; Gérard Gabrielle, 9 ans ; Gérard Georgette, 7 ans ; Gérard Charlotte, 6 aria, dirigés sur Nice.

Avricourt. - Guenaire Augustine, 66 ans, dirigée sur Nice.

Val-et-Châtillon. - Lefèvre Hortense, 50 ans; Lefèvre Claire, 7 ans ; Piant Lucie, 47 ans, dirigés sur Nice.

A VIGNEULLES
Fusillée par les Allemands

Une lettre de Gondrecourt apprend que Mde Lefèvre, de Vigneulles, a été fusillée par les Prussiens parce qu'elle avait adressé des observations à un soldat qui insultait sa fille Eugénie. Cette dernière et ses deux frères ont été emmenés prisonniers en Allemagne.

A SAINT-MIHIEL
Un prisonnier de treize ans

M. Albert Cim a raconté le fait suivant relatif aux prisonniers civils emmenés par les Allemands :
« Un chef de bataillon, en garnison à Bar-le-Duc, est parti avec son régiment dès le début de la guerre et a disparu à la suite d'une bataille dans le nord de la France. Sa femme s'est réfugiée avec ses trois enfants aux environs de Bar-le-Duç, dans son village natal, proche de Saint-Mihiel. Comme le village était bombardé, elle s'est transportée à Saint-Mihiel avec sa vieille mère et ses enfants. Elle était très malade, par suite de toutes ces émotions, et, à peine arrivée à Saint-Mihiel, elle y est morte.
Les Allemands se sont emparés de cette localité et ont emmené prisonniers en Allemagne la grand'mère et les trois petite enfants. Ils viennent die les renvoyer en France, après une captivité de plusieurs mois et des plus douloureuses, mais ils ont égardé l'aîné des enfants, un gamin de treize, ans », disant : « Si la guerre dura plusieurs années, il pourrait marcher contre nous. »
« Ils ont arraché des bras de sa grand'mère ce petit garçon, dont la douleur et le désespoir étaient « horrible à voir », écrit-il. »
De tels actes de cruauté ne doivent pas étonner de la part des barbares d'outre-Rhin. Ils en ont, hélas ! commis bien d'autres...

UN BRILLANT SUCCÈS EN CHAMPAGNE
Leurs contre-attaques n'aboutissent qu'à de sanglants échecs vers Arras et dans la Somme ; dans le bois Le-Prêtre, nous leur faisons payer la récente explosion de mines.

Paris, 17 mars, 15 heures.
Sur l'Yser, l'armée belge a réalisé d nouveaux progrès et repoussé une contre-attaque allemande, Sur le front de l'armée britannique, canonnade assez violente.
Au nord d'Arras, l'ennemi a tenté, sans succès, à' la fin de l'après-midi, une nouvelle contre-attaque sur les tranchées de l'éperon de Notre-Dame-de-Lorette.
Soissons et Reims ont été bombardés. Deux obus ont atteint la cathédrale de Reims.
En Champagne, au nord de Mesnil et à l'ouest de la croupe 196, nous nous sommes emparés, sur un front d'environ cinq cents mètres, d'une crête importante tenue par l'ennemi.
En Argonne, plusieurs contre-attaques allemandes, entre Bolante et le Four-de-Paris, ont été repoussées.
Duel d'artillerie en Woëvre.
Un de nos aviateurs a bombardé des casernes de Colmar.

Paris, 18 mars, 0 h. 10.
Voici le communiqué officiel du 17 mars, 23 heures :
Au nord d'Arras, malgré une troisième contre-attaque prononcée par l'ennemi dans la nuit du 16 au 17 mars, nous nous sommes maintenus dans les tranchées que nous avions conquises sur les rebords des hauteurs de Notre-Dame-de-Lorette.
Dans la région d'Albert, de violents combats se sont livrés autour d'un entonnoir, dont nous avons organisé les bords.
En Champagne, nos succès se sont affirmés brillamment. L'ennemi, malgré ses efforts, n'a réussi sur aucun point à reprendre même une partie du terrain conquis par nous Dans la région de Perthes, nous avons continué à progresser dans le bois qui s'étend entre Perthes et Souain. Au nord de Perthes, nous avons conservé, malgré trois contre-attaques, les tranchées conquises sur la route de Perthes à Tahure.
Au nord de Mesnil la position conquise hier, 16 mars, a plus d'importance encore que ne l'indiquait le communiqué précédent. En fait nous nous sommes emparés de la crête militaire située à l'ouest de la croupe 196, sur une longueur de huit cents mètres et du terrain situé au sud sur quatre cents mètres de profondeur. Cette avance nous donne non seulement le haut du terrain, mais surtout la vue sur le revers nord de la grande croupe qui s'étend de Perthes à Maisons-de-Champagne.
L'ennemi en a bien senti l'importance, car il a tenté, dans la matinée, pour reprendre le terrain perdu, une contre-attaque des plus violentes. L'opération a été menée par un régiment de la landsturm, encadré par la garde.
Les Allemands ont été littéralement fauchés par nos mitrailleuses. Les rares survivants ont regagné leurs tranchées, poursuivis par nos feux.
En somme, toutes ces tentatives infructueuses se traduisirent pour l'ennemi par des pertes considérables.
En Argonne et dans la région de Vauquols, canonnade assez violente, sans action d'infanterie. Tous les gains précédemment réalisés ont été consolidés.
Au bois Le Prêtre, quelques éléments allemands qui s'étaient maintenus près de nos tranchées dans les entonnoirs produits par l'explosion du 15 mars, en ont été définitivement chassés.

LES G.V.C.
DE LA RÉSERVE DE L'ARMÉE TERRITORIALE

La zone dans laquelle pouvaient se rendre les hommes de la réserve de l'armée territoriale affectés à la garde des voies et communications, momentanément renvoyés dans leurs foyers, avait, précédemment, une limite sud et ouest.
Dans le but de permettre aux mobilisés des régions qui ne sont plus occupées de rentrer dans leurs foyers, les nouvelles limites ont été définies ainsi : La limite est et nord des cantons de Steenworde, Hazebrouck, Norrent-Fontes, Heuchin, Saint-Pol, Avesnes-le-Comte, Doullens, Domart, Villers, Corbie, Moreuil, Ailly-sur-Nove, Maignelay, Saint-Just, Estrées- Saint-Denis, Compiègne (partie située à l'est de l'Oise et au sud de l'Aisne), Villers-Cotterets, Oulchy-le-Château, La Fère-en-Tardenois, Fisme, Ville-en-Tardenoy, Ay : la ligne formée par :
1° La limite nord-est. de l'arrondissement de Châlons jusqu'à la voie ferrée Reims-Suippes ;
2° La voie ferrée Reims-Suippes-Sainte-Menehould, Verdun ;
3° Le cours de la Meuse de Verdun à la limite sud du canton de Souilly ; limite est des cantons de Souilly, Triaucourt, Vaubecourt, Vavincourt ; la ligne formée par :
1° La ligne nord du canton de Commercy, sur la rive gauche de la Meuse ;
2° La voie ferrée Commercy-Toul ;
3° Le cours de la Moselle de Toul à la Meurthe ;
4° Le cours de la Meurthe ;
5° La limite nord du canton de Gérard mer jusqu'à la frontière.

L'accès des localités, se trouvant sur cette limite est autorisé aux hommes qui y sont domiciliés.
Les hommes ayant leur domicile dans la partie du territoire comprise entre l'ancienne et la nouvelle limite, c'est-à-dire entre les lignes 1 et 2, et qui sont libérés, ou le seront à l'avenir, pourront seuls y fixer leur résidence.
Quant à ceux dont le domicile est situé au delà de la ligne 2, ils continueront, comme par le passé, à ne pouvoir fixer leur résidence au delà de la ligne 1 et devront faire connaître le lieu qu'ils ont choisi comme résidence, de manière à être rapidement touchés par l'ordre d'appel qui leur sera adressé dès que l'autorité militaire jugera utile de les convoquer à nouveau.

ÉVACUÉS DE MEURTHE-ET-MOSELLE
rentrés en France par le convoi du 14 mars

Allencombe. - Bouvat Joseph, 62 ans ; Rouvat Rosalie, 61 ans; Rouvat Joséphine, 29 ans; Bouvet Aline, 20 ans, dirigés sur Saint-Etienne.
Angomont. - Mougel Joseph, 54 ans ; Mougel Joséphine, 55 ans ; Mougel Emma, 21 ans ; Mougel Lucie, 22 ans ; Mougel Marie, 17 ans, dirigés sur Saint-Etienne.
Allencombe. - Reimbold Clémentine, 66 ans ; Wolff Joséphine., 38 ans ; Wolff Marks, 12 ans ; Wolff Marguerite. 10 ans ; Wolff Louise, 5 ans, dirigés sur Saint-Etienne.

Rapatriés directement du Luxembourg
Longwy. - Robert Marthe, 39 ans ; Robert Jeanne, 12 ans ; Robert Solange, 8 ans et demi ; Robert Marie, 4 ans et demi ; Robert Maurice, 2 ans.

LES DUELS D'ARTILLERIE ET LES PROGRÈS DE L'ARMÉE BELGE
Nos avions ont bombardé Conflans

Paris, 18 mars, 15 h. 05.
L'armée belge a continué sa progression sur l'Yser Son artillerie a canonné un convoi ennemi sur la route de Dixmude à Essen.
De la Lys à l'Oise, action d'artillerie.
L'ennemi a particulièrement bombardé l'éperon de Notre-Dame-de-Lorette et les villages de Carnoy et de Maricourt.
Rien de nouveau à signaler en ce qui concerne les opérations en Champagne.
En Lorraine, duel d'artillerie. 1 Un de nos aviateurs a bombardé la gare de Conflans.

UN ZEPPELIN SUR CALAIS
tue sept personnes
Nos progrès en Champagne et en Alsace

Paris, 19 mars, 1 h. 20.
Voici le communiqué officiel du 18 mars, 28 heures : Un zeppelin a jeté des bombes sur Calais. Il visait la gare, où il n'a fait aucun dégât matériel sérieux, mais il a tué sept employés.
En Champagne, nous avons réalisé des gains sensibles à l'ouest. et au nord-est de la croupe 196.
Au nord-est de Mesnil, l'ennemi a contre-attaqué et a été repoussé. Notre gain s'est prolongé à l'est dans le ravin qui part de la croupe 196, dans la direction de Beauséjour.
Dans le bois de Consenvoye, au nord-est de Verdun, et à Hartmansvilerkopf, nous avons gagné un peu de terrain par rapport à nos positions antérieures. Les pertes de l'ennemi sont très élevées. Ses tranchées sont pleines de morts

ATROCITÉS ALLEMANDES
DANS LA RÉGION DE LONGWY

Nous lisons dans Le Matin :
« Un habitant de Longwy-Bas, qui revient des lignes allemandes, nous a fourni tes intéressants renseignements qu'on va lire sur le sort de sa malheureuse cité et de ses environs :
« Les soldats allemands du corps d'occupation touchent 15 pfennigs par jour pour l'achat de leur pain, qui vaut actuellement 0 fr. 45 le kilo.
« Tout le matériel des usines a été démonté et expédié en Allemagne.
« La défense de Longwy, assurée par 6.000 soldats, a coûté la perte de plus de 10.000 Allemands.
« A Herserange, M. Petit, maire, pour assurer l'alimentation de la population de sa commune, qui, outre l'élément féminin, compte 218 Français, 96 Belges, 26 Luxembourgeois, 18 Italiens et 2 Russes, était allé acheter des pommes de terre dans une commune située à quelque dix kilomètres. Il demanda à la kommandatur un laissez-passer qui lui fut refusé, mais les Allemands n'oublièrent point d'aller réquisitionner les tubercules qu'ils amenèrent dans la commune et dont ils firent payer la valeur aux habitants, alors que M. Petit en avait déjà acquitté le montant.
« Au début de la guerre, 28 autos allemandes, qui s'étaient trompées de route, débouchèrent à Longlaville où se trouvaient les troupes françaises. Les conducteurs furent tués et les autos incendiées. Quand les Allemands revinrent, ils accusèrent les habitants de la commune d'avoir commis cet acte et commencèrent par brûler huit maisons. Comme, d'autre part, des coups de feu tirés par nos soldats étaient primitivement partis de l'hôtel de la Métallurgie, tenu par Mme Jacquet, celle-ci fut fusillée.
« Le lendemain avait lieu l'enterrement de cette victime. A l'heure exacte de la levée du corps, cinq coups de canon furent tirés sur l'immeuble.
« A Chenières, des dragons allemands, venus en patrouille, se rendirent chez le maire, exigeant des vivres. On leur donna du vin et du jambon. A peine avaient-ils mangé que, devant la porte de son habitation, ils fusillèrent le magistrat municipal. Ils firent ensuite des perquisitions dans l'immeuble et, dans la cave, découvrirent six de ses ouvriers qu'ils firent remonter. Les femmes de ces derniers durent creuser leurs fosses et, quand leurs maris furent fusillés, on les mit dans l'obligation de les inhumer.
« A Ville-au-Montois, 18 jeunes filles de 17 ans durent, totalement dévêtues, passer une nuit dans une grange avec une compagnie de soldats allemands. L'une d'elles décéda quelques jours plus tard à l'hôpital. La mère du secrétaire de mairie, Mme Remy, âgée de 82 ans, a été fusillée.
« Le nombre des exactions commises dans cette région dépasse de beaucoup celui paru dans le rapport officiel. »

ILS VEULENT VERDUN
Extraits de quelques lettres allemandes

On sait que la prise de Verdun a été, à plusieurs reprises, annoncée en Allemagne où l'on est encore persuadé que les Allemands ont entrepris le siège de la forteresse après l'avoir investie. L'opération cependant paraît un peu longue. On en peut juger par les extraits suivants de deux lettres trouvées sur des prisonniers.
L'une de ces lettres est datée de M..., 2 février ; elle trahit l'impatience, mais elle est animée d'une certaine confiance patriotique :
« Voici que nous sommes déjà en février et Verdun n'est toujours pas entamé. Mais vous pouvez être certain que la guerre ne sera pas terminée aussi longtemps que nous n'aurons pas pris possession de ce « Sedan » de la guerre mondiale. C'est près de Saint-Mihiel que dans quelques années « j'ai l'intention de me bâtir ma maison de campagne sur territoire allemand ». Ayez seulement confiance, nous arracherons la victoire définitive, quand même la guerre durerait jusqu'à l'automne. »
L'autre lettre, datée du 14 février, est d'un ton plus amer, et c'est sur l'Angleterre que se reporte toute la haine du correspondant déçu :
« Comment se fait que la forteresse de Verdun existe toujours ? Crois-tu que je devrais venir moi aussi pour vous aider ? Mais à partir du 18 février 1915, la danse va commencer avec les Anglais, ces coquins fieffés, cette bande de vauriens. Nous sommes dans une telle rage et une telle colère que « nous voudrions déchirer les Anglais en cent millions de morceaux. »

NOUVEAUX BONDS HEUREUX
Notre offensive complète son succès de Notre-Dame-de-Lorette. Dans l'Argonne et aux Eparges ils subissent de sérieux échecs.

Paris, 19 mars, 15 heures.
A Notre-Dame-de-Lorette, nous noua sommes rendus maîtres des boyaux de communication qui, des tranchées de la crête prises par nous, descendaient vers le village d'Ablain. Nous les avons détruits, après en avoir tué, chassé ou pris les défenseurs.
En Argonne, entre Bolante et le Fourde Paris, nous avons, après un combat très violent, progressé d'environ cent cinquante mètres.
Dans le bois de Consenvoye, nous avons la nuit dernière repoussé une contre-attaque allemande et maintenu nos gains du 18 mars.
Aux Eparges, nous nous sommes emparés du saillant est de la position, dans lequel l'ennemi avait réussi à se maintenir depuis les combats du mois dernier.
Nous avons repoussé deux contre-attaques dans la journée d'hier et une troisième au cours de la nuit.

Paris, 20 mars, 0 h. 44.
Voici le communiqué officiel du 19 mars, Journée assez calme sur la plus grande partie du front.
Dans la vallée de l'Aisne, combat d'artillerie assez vif.
En Champagne, en avant de la cote 196, au nord-est de Mesnil, l'ennemi, après avoir violemment Bombardé nos positions, a prononcé une attaque d'infanterie qui a été repoussé avec de gros
ses pertes pour l'ennemi.

A SAINT-PIERREMONT

Des 90 maisons du village, 52, y compris le presbytère, furent incendiées par l'ennemi, les autres ont été éventrées par les obus, un désastre qui jeta à la rue 43 familles réduites de ce fait à la plus affreuse misère.
L'église a été bombardée et à moitié détruite tant par l'artillerie française, parce qu'elle servait de point de repère à l'ennemi, que par l'artillerie allemande qui, à la, fin de la terrible lutte, voulut exercer des représailles.
Les vitraux des dix fenêtres, vitraux avec personnages en pied ou en médaillons, sont tous détruits, une perte de 5 à 6.000 francs.
La sacristie, garnie entièrement d'ornements neufs, a été détruite avec tout ce qu'elle contenait.
De la toiture et du plafond de l'église réparés à neuf, au mois d'avril 1914, il ne reste plus que la charpente à peu près intacte.

A DOMPTAIL

Les malheureux habitants, pendant que la bataille faisait rage sur Les territoires de Xaffévillers, de Saint-Pierremont, de Magnières et qui, malgré l'ordre d'évacuer que leur avait donné l'autorité militaire, s'étaient obstinés à rester dans leur maison, furent enfermés par l'ennemi dans l'église. Ils y restèrent dix-neuf jours, et, quand ils en sortirent, ils étaient méconnaissables : ils avaient manqué totalement de pain et n'avaient mangé que quelques pommes de terre arrachées à la hâte par de braves gens de Domptail, sous la pluie des obus.

AU CHATEAU DE BECOURT
Le 26e de ligne

Du correspondant de guerre du Soleil du Midi :
Dunkerque, mars 1915.
Tous les patriotes - c'est-à-dire tous les Français - qui parcourent avec émotion les pages glorieuses des citations à l'ordre du jour, pouvaient lire, il y a quelques jours :
Houcarou, réserviste au 26e de ligne, remplit des missions difficiles : a coopéré à la capture de 123 prisonniers réalisée par un détachement chargé de la défense d'un village ; s'avançant seul au-devant de groupes d'Allemands qui se sont rendus.
Feuillot, adjudant réserviste au 26e : dans ia nuit du 7 au 8 octobre, a coopéré de la façon la plus intelligente et la plus active, à la défense du village attaqué par 7 compagnies allemandes. En l'absence de cadres, a pris lui-même le commandement de plusieurs patrouilles en contact immédiat de l'ennemi et avec un détachement de 5 hommes a fait 45 Allemands prisonniers.
Lieutenant-colonel Collin, commandant le 26e d'infanterie..., par son énergie, a réussi, dans les combats des 7 et 8 octobre, à mettre en déroute des forces importantes d'Allemands, leur occasionnant la perte de 7 officiers et 700 soldats, dont 900 tués et 400 prisonniers.
Ces quelques lignes cachent dans leur laconisme voulu un des actes les plus héroïques de la lutte de titans que soutiennent avec une ardeur toujours inlassable nos vaillants troupiers. Et, depuis que j'écoute et que je note, dans mes randonnées sur les fronts de Lorraine et des Flandres, des récits de guerre, il en est peu qui m'ait aussi profondément remué. J'ai le vague souvenir d'avoir lu dans les journaux parisiens la valeureuse équipée d'un groupe de cuisiniers faisant à eux, seuls de nombreux prisonniers. Est-ce à l'affaire que je vais conter qu'il était fait allusion ? Je l'ignore. Mais j'en possède les détails d'un des héros - et non des moindres - de cet audacieux fait d'armes et si je tiens à le narrer c'est qu'il est la preuve tangible de ce que peut obtenir l'esprit d'initiative uni à la décision et à la bravoure.
Tout près de ... le soir du 3 octobre, Le 26e régiment d'infanterie est désigné pour relever le 65e, à ... Près du village, sur une éminence, est situé un château, entouré d'un bois épais. Du 3 au 7 tout est calme ; les hommes occupent les tranchées et la bourgade, vaquant à leurs travaux coutumiers. Le 7, à midi, les batteries allemandes de 77 commencent à bombarder les positions de nos troupes et la sérénade. infernale dure jusqu'à minuit.
Le 3e bataillon a la charge de défendre les tranchées de première ligne. A la faveur de la nuit, un fort contingent ennemi parvient à se glisser au milieu de nos effectifs, et traversant une compagnie, se dirige vers le château, tout en sonnant du clairon. La nuit est sombre, le ciel chargé de lourds nuages. Les sonneries boches résonnent lugubrement dans l'air et l'on, perçoit alors le bruit des pas des assaillants.
Au château de... se trouvent seulement le commandant du bataillon Weiler, l'adjudant Feuilot et quatre sergents-fourriers. Dans le village tout proche sont quarante et quelques cuisiniers en train de procéder à la confection du « frichti » des hommes.
Bientôt, les pas se rapprochent ; on frappe à la porte du château, tandis qu'une voix calme dans le silence : « Ouvrez, ce sont les Anglais qui arrivent ! » Aucune réponse ne vient de l'intérieur. Sans insister davantage, la patrouille boche s'éloigne. En hâte, on prévient le commandant, tous les cuisiniers, sous la conduite des sous-officiers, se réunissent sur la place intérieure du castel. Ils arrivent avec leurs marmites et leur défilé, en cette heure critique, a quelque chose de comique, malgré la gravité de la situation.
Face au château et à cette place, se trouve un petit parc, auquel on accède par quatre avenues qui descendent en serpentant, sur les flancs d'une colline. C'est par là qu'est venue la patrouille ennemie. c'est par là seulement que l'on peut accéder à ...; c'est donc là que va s'organiser la défense.
Avec une étonnante rapidité, toutes les précautions sont prises pour arrêter la marche des assaillants, dont on soupçonne la venue prochaine. Des meubles, des charrettes, une carriole forment bientôt barricade devant chaque avenue. A l'extrémité du parc est une petite porte que l'on ferme à double tour. Une mitrailleuse, la seule que possède encore la compagnie, est mise en batterie devant l'avenue la plus vaste.
En quelques minutes, tout a été prévu pour la résistance. Les meubles les plus divers et les plus hétéroclites s'enchevêtrent les uns dans Les autres, formant barrières. Les cuisiniers, abandonnant louches, plats et marmites, ont été placés derrière ces hâtives défenses et les fusils chargés, les cartouchières pleines, ils attendent dans un ordre parfait et un calme impressionnant l'heure de l'attaque. Les Boches maintenant peuvent venir ; le siège sera dur, la place vaillamment défendue.
Vers minuit trente, alors que chaque « poilu » est à son poste, prêt à vendre chèrement sa peau, un. premier contingent prussien s'avance en colonnes par quatre se dirigeant vers la première avenue, sur le côté droit du château. L'instant est émotionnant. Un léger frisson parcourt la poignée d'hommes qui se préparent à vaincre ou mourir.
Tapis derrière leur barricade, nos soldats les laissent s'avancer. Lorsqu'ils ne sont plus qu'à vingt mètres, un commandement sec retentit : « Feu à répétition ! » Surpris, les assaillants font demi-tour, laissant une quinzaine de morts sur le carreau.
Mais, sur le chemin face au château et encaissé au milieu des rochers, apparaît bientôt une seconde troupe en tête de laquelle sont deux bicyclistes. Quelques feux de salve mettent en déroute les ennemis et les deux bicyclettes deviennent la propriété de nos soldats. Les Boches se replient sur nos lignes. Alors, les défenseurs du château se mettent hardiment à leur poursuite et se répandent dans le bois : bientôt ils sont cernés. Que faire ? L'instant est critique. Séparée du gros des troupes, cette poignée d'hommes va-t-elle succomber ?
Sans hésitation, un des sous-officier prend avec lui deux « poilus » parlant couramment l'allemand, dont un instituteur.
Les trois braves suivent la première colonne ennemie qu'ils ont vu se diriger vers une clairière. En passant près d'une bicoque en planches, ils essuient plusieurs coups de feu. Ils ripostent aussitôt, pénètrent dans la baraque et, après avoir tué quatre Prussiens, en saisissent trois qui se rendent.
Ce premier succès excite l'ardeur de nos hardis lignards, qui se disposent à ramener les trois prisonniers. En cours de route, ils rencontrent deux cuisiniers qui se joignent à eux. Ils croisent une patrouille et l'attaquent.. Quatre Prussiens tombent ; le cinquième est pris. Comme des alouettes attirées par un miroir, les Boches arrivent isolément et bientôt la troupe des prisonniers augmenté. Parmi eux est un sous-officier. On le fouille et on trouve sur lui un sifflet.
« Le gradé qui nous commande, me raconte alors un des héros de cette aventure presque fantastique, siffle dans l'instrument boche et une nuée de soldats se précipite - quarante-trois exactement. L'instituteur leur commande : « Halte ! Venez un à un les bras en l'air. » Les Prussiens s'exécutent ; nous les mettons aussitôt, en colonne par quatre et nous les ramenons triomphalement au château. Lorsque nous arrivons, le nombre des prisonniers s'était encore accru, car par dizaines ils accouraient vers nous pour fuir nos compagnons qui, prévenus de l'attaque, commençaient à les pourchasser. Le chiffre total, que nous avons conduit à cinq, s'élevait à cent vingt-trois, et le brave instituteur avait bien du mal à transmettre à tous les ordres de notre chef de section.
« Pendant que nous poussions ainsi devant nous le troupeau dont nous avons fait la conquête, notre compagnie, par un mouvement tournant, avait rabattu les ennemis sur nos lignes. Et ce fut au petit jour une véritable battue que les nôtres organisèrent. Avec la science de nemrods consommés, les camarades du bataillon cernèrent les Boches - tels des groupes de sangliers - et firent près de trois cents prisonniers, tandis que trois cents cadavres allemands jalonnaient dans le petit bois de X...
« Parmi les sept officiers capturés, se trouvait le lieutenant-colonel Weiss, qui, blessé d'une balle lui ayant traversé la main et l'avant-bras jusqu'au coude, avait, avec une énergie farouche, mis une latte pour soutenir le membre mutilé et tenait encore dans sa main crispée son sabré de combat. Fouillé, cet officier supérieur fut trouvé porteur d'un plan d'attaque du château de X... Nous apprîmes par ce document que les troupes assaillantes se composaient de sept compagnies.
« Alors que se continuait la lutte, les cuisiniers, qui, les premiers, avaient soutenu le choc, s'en étaient revenus tranquillement vers leurs marmites, et, avec autant de calme que si rien ne s'était passé, ils s'étaient remis à préparer la soupe pour les « poilus », auxquels l'ardeur du combat, allait certainement aiguiser l'appétit. Et ils apportaient ce matin-là un soin tout particulier à la confection du rata, tandis que, tels des ours en cage, les prisonniers boches tournaient dans la cour du château, regardant d'un oeil d'envie la bonne soupe aux choux mijotant sur le feu et stupéfaits surtout, semblait-il, de voir le petit nombre de Français qui s'étaient rendus maîtres de leurs sept compagnies.
« Cette défense du château de X... fut. d'ailleurs d'une incontestable utilité, car si les Boches avaient pu s'en rendre maîtres notre bataillon eût été dans une triste situation et les ennemis auraient occupé un point stratégique important. »
Tel est le récit fidèle de ce que fut le combat des 7 et 8 octobre, dans ce petit coin désormais illustre. Et n'avais-je pas raison en commençant de vous dire que l'esprit d'initiative et la décision sont les facteurs les plus importants de la victoire ?
JEAN DE CELMARE.

(à suivre)

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