20 janvier 1888
La Post de Strasbourg a annoncé que M.Speckel, représentant de
la compagnie de l'Est, avait été arrêté à Avricourt, mais cette
nouvelle a été démentie. Depuis, aucune mesure n'a été prise
contre M.Speckel. Havas.
22 janvier 1888
NEUF MAISONS INCENDIÉES. - Un violent incendie, dont la cause
paraît être accidentelle, vient de détruire neuf maisons à
Xousse. Malgré la prompte arrivée et le dévoûment des pompiers
d'Emberménil et de Vaucourt, peu de choses ont pu être sauvées.
Les pertes s'élèvent, à 36,150 fr.,
dont 41,000 assurés.
Le feu, attribué à un défaut de construction de cheminée, s'est
déclaré dans le grenier de M. Nicolas Cointin ; activé par le
vent et les matières combustibles renfermées dans les greniers
de ces diverses maisons, il s'est étendu avec rapidité aux
habitations de MM. Louis Girard, Charles-Philippe Janin, Henri
Kuntsmann, Jean-François Baptiste, Louis Montagnon, Joseph
Baptiste, Jean-Baptiste Friat, Charles Janin, assurés, et
Jean-Georges Leh, locataire de M. Villermain, non assuré.
Il n'y a eu aucun accident de personne.
26 janvier 1888
Les incendies de Xousse
Nous avons annoncé, le vingt-trois janvier, qu'un violent
incendie avait détruit, à Xousse, neuf maisons d'habitation. Le
préfet de Meurthe-et-Moselle a envoyé aussitôt un secours de
cent cinquante francs sur les fonds du département et, à sa
demarde, le ministre de l'intérieur vient d'adresser un secours
de cinq cents francs.
7 février 1888
On nous écrit de Blâmont :
« Un bal organisé par les jeunes gens de la ville, au profit du
bureau de bienfaisance, sera donné le dimanche douze février
1888, à sept heures et demie du soir, dans la grande salle de
l'hôtel de ville de Blâmont. »
Nous félicitons les organisateurs de ce bal. Il faut que partout
on se mette à l'œuvre pour créer un mouvement d'affaires
toujours profitable au commerce local, surtout quand les pauvres
y trouvent leur compte.
14 février 1888
La maison du Printemps, de Paris, possède à Avricourt un
comptoir. Les employés ne pourront plus porter l'indication
Printemps sur leurs casquettes et sur les boutons de métal de
leurs vestons, lorsqu'ils auront à se rendre pour leurs affaires
à Deutsch-Avricourt.
18 février 1888
Le nommé Henri Meyer, âgé de dix-huit ans, a été arrêté par la
gendarmerie d'Avricourt au moment où il voulait passer la
frontière pour se soustraire à l'obligation du service
militaire. Il a été condamné à quinze jours de prison.
28 février 1888
MORT DE FROID. - Sigisbert- Auguste Chatin, âgé de quarante-sept
ans, mendiant, bien connu dans la commune de Harbouey, a été
trouvé mort dans un pré situé à huit cents mètres du village par
MM. Hagniel et Colin, propriétaires à Harbouey.
M. Henriot, docteur en médecine, qui a visité le cadavre, a
reconnu que Chatin était mort d'une congestion pulmonaire
occasionnée par le froid.
25 mars 1888
Un chien, inconnu dans la commune de Nonhigny, y a été abattu
après avoir mordu plusieurs animaux de son espèce. L'examen du
cadavre a établi que ce chien, qui ne portait pas de collier,
était enragé. Toutes les mesures de sûreté ont été aussitôt
prises.
31 mars 1888
TRIBUNAL CORRECTIONNEL de LUNÉVILLE. - Audience du 28 mars :
Prosper-Auguste Marchal, dix-huit ans, domestique à Barbas,
outrage public à la pudeur.-Cinquante francs d'amende.
Jules Jacquemin, vingt-sept ans, né à Avricourt
(Alsace-Lorraine), journalier; sans domicile, déjà condamné six
fois, vol de cordes, de couvertures en laine et autres objets
mobiliers au préjudice de M. Lay, de Dombasle, et de M. Velche,
de Sommerviller ; infraction à un arrêté d'expulsion. - Huit
mois de prison.
1er avril 1888
M. Chapard, receveur des postes à Igney-Avricourt, de passage à
Blâmont, s'est brisé la jambe droite en tombant accidentellement
de sa hauteur sur la chaussée.
15 avril 1888
L'ENTRÉE EN ALSACE-LORRAINE. - Une note publiée dans plusieurs
journaux a annoncé que des ordres avaient été donnés par les
autorités allemandes pour supprimer toute formalité à l'entrée
en Alsace-Lorraine. Ce renseignement ne concorde pas avec ceux
que nous avons reçus des gares frontières et particulièrement d'Avricourt
. Les refus de permis d'entrée sont sans doute moins nombreux
que dans les journées qui ont suivi le premier avril, mais ou en
a encore relevé quelques-uns, ces jours derniers. Voici du
reste, d'après un journal officiel allemand, l'état actuel de la
réglementation en cette matière : Toute personne qui pénètre en
Alsace- Lorraine pour y séjourner doit être munie d'un permis de
séjour, demandé au Kreisdirector avant même de passer la gare
frontière.
Toute personne qui doit non pas séjourner en Alsace-Lorraine,
mais y passer une journée sans y coucher, n'est pas astreinte à
la formalité du permis.
Les commissaires de police n'ont point reçu d'instruction pour
refuser l'entrée a toutes les personnes qui se présentent sans
permis. Il n'y a pas de prescription générale. Il n'y a que des
cas particuliers.
Le commissaire de police conserve le droit d'examiner, en face
de chacun de ces cas, s'il doit ou non exiger la présentation du
permis de séjour.
Il n'y a donc pas, on le voit, interdiction générale d'entrer.
Seulement le nombre des interdictions particulières n'est limité
que par la volonté spéciale de chaque commissaire.
On ne .peut donc pas dire à l'avance qu'on sera autorisé à
entrer ou qu'on sera consigné à la frontière. C'est une
expérience à tenter dans chaque cas particulier, d'après le
caractère de chaque voyageur et de chaque commissaire.
29 avril 1888
TRIBUNAL CORRECTIONNEL DE LUNÉVILLE. - Audience du 25 avril
1888.
Outrages envers les gendarmes Ravaux et François, de la brigade
de Blâmont, coups volontaires à M. Houillon, cultivateur à
Verdenal, et ivresse manifeste: François Marchand, quarante-sept
ans, aubergiste, demeurant à Verdenal. Cent francs et cinq
francs d'amende.
19 avril 1888
Un fou
Plusieurs journaux de Paris ont publié la note suivante :
« M. Jules Ferry est arrivé lundi soir, à cinq heures, à Nancy,
A la descente du wagon, Un inconnu a essayé de s'approcher de
lui et l'a violemment interpellé. Il a été immédiatement arrêté.
»
Un de nos lecteurs nous écrit à ce propos : « Faudra-t-il donc
demander désormais aux journaux de Paris les nouvelles de Nancy
? »
Nous répondrons à notre correspondant que nous n'avons pu donner
la nouvelle publiée par nos confrères uniquement parce qu'elle
était fausse.
M. Jules Ferry n'a été interpellé par personne à la gare de
Nancy. Nous vivons en une cité polie, où Aubertin n'a point
encore fait école.
Dans le train qui amenait M. Ferry à Nancy se trouvait un
inconnu qui jetait dés pièces d'argent par les fenêtres du
wagon. Il fut signalé à l'agent de police de service qui le
conduisit au poste.
Cet individu déclara se nommer Devaux Vincent. Il est originaire
de Frémonville : Il avait été déjà interné à Maréville où il à
été réintégré. Il est atteint de folie furieuse. On a dû lui
mettre la camisole de force.
C'est sans doute en le voyant se débattre à la gare, entre les
mains de l‘agent, que les correspondants des feuilles de M.
Boulanger ont pensé qu'ils se trouvaient en face d'un
boulangiste et d'une manifestation antiferryste. La méprise est
piquante.
3 mai 1888
SOCIÉTÉS DE TÏR. - Nous recevons la très intéressante
communication qui suit :
« Il est bon de se reposer un peu des questions politiques pour
aborder un sujet moins irritant et qui ne peut que réunir toutes
les bonnes volontés, car c'est d'une question de patriotisme pur
dont il s'agit.
» Le 41e régiment territorial va compter une société de tir en
plus, dont le siège sera à Badonviller. Le résultat est dû à la
bonne volonté de M. Messier, maire de Badonviller, qui, appuyé
par le patriotisme de tous, à la suite d'une conférence qui a eu
lieu dans cette ville le 15 avril, a pu obtenir, séance tenante,
l'adhésion de plus de. cent sociétaires. En réalité, sauf les
démarches réglementaires, la société de tir est fondée et elle
prospérera ; d'ici peu elle comptera plus de 200 sociétaires.
» D'un autre côté, à Blâmont, par suite d'une propagande active
et intelligente de quelques officiers de cette localité, la
séance de tir de dimanche dernier 29 avril a été extrêmement
brillante, tant par l'affluence des tireurs que par leur bonne
volonté et leur bonne tenue.
» Samedi soir, à huit heures, à Domêvre-sur-Vezouse, grâce à
l'appui de M. le maire, une réunion a eu lieu. La salle de la
mairie était comble, et un instant après les quelques paroles
qui y étaient pro-
noncées, 40 adhérents nouveaux venaient s'inscrire.
» Le lendemain dimanche, dans la salle offerte gracieusement par
M. Béna, à la gare d'Igney-Avricourt, le résultat était le même.
» La société de tir de Blâmont grandit et prospère comme ses
soeurs des autres cantons ; elle compte plus de 350 sociétaires.
» Tous ont compris que le salut de la France ne peut résulter
que des efforts combinés des intelligences et des coeurs.
Espérons donc pour l'avenir et pour nos jeunes générations
auxquelles il faut donner l'exemple. »*
16 mai 1888
LE PASSAGE DE LA FRONTIÈRE. - Un Allemand immigré en Alsace et
qui vient de faire un voyage en France écrit à la Post, de
Strasbourg, pour se plaindre des vexations auxquelles sont
soumis, de la part des employés allemands, les voyageurs qui
passent la frontière. A la station allemande d'Avricourt ils
sont soumis à une foule de questions inutiles, tandis que les
employés de la station française d'Avricourt sont infiniment
plus coulants.
Le correspondant de la Post ajoute qu'arrivé en France il a
visité plusieurs centres manufacturiers sans être le moins du
monde inquiété. A son retour en Alsace, il passa par la ligne de
Belfort à Mulhouse, et, arrivé à Montreux-Vieux, il fut de
nouveau soumis à un interrogatoire d une rigueur extrême et qui
lui parut inutile : Où allez-vous? Que venez vous faire chez
nous? Des petites filles de quinze ans furent soumises au même
interrogatoire. Un jeune homme de vingt-deux ans reçut l'ordre
de rentrer en France d'où il venait.
« Je dois avouer, dit en terminant le correspondant,que ce
procédé sur le territoire allemand a fait sur moi l'impression
la plus pénible, et je demande à quoi doivent aboutir de telles
mesures ? Une chose est certaine : depuis que le gouvernement
allemand a pris cette attitude sévère, notre commerce est en
souffrance. Les Français ou les Alsaciens résidant en France ne
passeront la frontière qu'en cas de nécessite extrême, même
s'ils ont affaire en Alsace. Voilà la saison des voyages qui
commence. On devrait venir chez nous pour visiter les villes
d'eaux. Eh bien, je le demande, qui donc voudra encore mettre
les pieds sur le territoire allemand si on y rencontre, de
telles difficultés? »
La Post approuve les plaintes de son correspondant et demande
que le gouvernement donne des ordres à ses fonctionnaires, afin
que les mesures de précaution prises à la frontière soient
appliquées à l'avenir avec plus de tact mesure.
7 mai 1888
L'ENTRÉE EN ALSACE-LORRAINE. - On nous écrit de Nancy, le quinze
mai :
«Monsieur le rédacteur, si je ne veux faire en Alsace-Lorraine
qu'un court voyage d'une journée, ne puis-je passer la frontière
sans inconvénient ? Il me semble, d'après l'article de la Post,
que les mesures sont maintenant moios rigoureuses à l'égard de
ceux qui ne doivent pas passer la nuit sur le territoire annexé.
»
Nous ne pouvons répondre à la question qui nous est adressée,
car à la frontière il n'y a plus de règle générale. Il n'y a
plus que des cas particuliers. Le commissaire allemand laisse
passer ou ne laisse pas passer, selon son bon plaisir. Deux
personnes qui se trouvent dans des conditions identiques se
présentent à Avricourt. L'une passe, l'autre ne passe pas.
Pourquoi ? Personne ne peut le dire.
Il convient de remarquer que non seulement les Français se
voient mis dans l'impossibilité de franchir la frontière, mais
aussi des Allemands. On cite des commerçants de la Hesse,du
grand-duché,
d'Alsace-Lorraine qui, après avoir voyagé en France pour leurs
affaires, sont arrêtés à Novéant ou à Deutsch- Avricourt . Ils
finissent toujours par rentrer. Une fois revenus au logis, ils
vont se plaindre à leurs journaux. C'est ainsi que le Vaterland,
de Bonn, et la Gazetle de Francfort publient des réclamations
très vives de personnes contrariées à la frontière. La
Landeszeitung inflige un blâme à ces journaux.
18 mai 1888
Chute mortelle
M. Boulanger, maçon à Ancerviller, démolissait, en compagnie
d'ouvriers, une maison sise à Montreux. Ils venaient de
desceller les poutres d'un plancher et s'étaient retirés, à
l'exception de M. Boulanger, qui devait donner le dernier coup
de pioche pour entraîner la chute du plancher.
La poutre sur laquelle Boulanger avait pris place tomba tout à
coup, entraînant l'ouvrier qui fut en partie couvert par les
décombres. Ses compagnons de travail le dégagèrent aussitôt.
Boulanger se plaignait de vives douleurs dans diverses parties
du corps. On alla chercher un médecin, mais Boulanger expira
avant son arrivée.
SURVEILLANCE DE LA FRONTIÈRE. - La Gazette de l'Allemagne du
Nord publie un procès-verbal dressé par le commissaire allemand
chargé de l& surveillance de la frontière à Avricourt et d'où il
résulte qu'un jeune compositeur d'imprimerie,né à Breslau, qui
voulait se rendre chez sa soeur à Reims, et qui était muni d'un
passeport allemand; a été arrêté à la frontière par le
commissaire français, qui lui a enjoint de rebrousser chemin et
de se procurer un permis du préfet de Nancy avant de mettre de
nouveau le pied sur le terrain français. Voici le texte de ce
procès-verbal :
« Dressé à la gare d'Avricourt-Allemand, le 26 avril 1888.
» Devant le commissaire de la frontière à paru le sieur Benno
Littauer, de Breslau, et a fait la déclaration suivante :
» Je me nomme Benno Littauer, je suis né le 15 octobre 1870, à
Breslau, fils de Jules Littauer et de Jeannette Studinsky,
israélites ; je suis non marié et je possède de la fortune ; je
suis compositeur d'imprimerie et n'ai pas encore satisfait à la
loi militaire; je mai subi aucune condamnation ni fait de la
prison préventive.
» Le 24 avril je me suis rendu par le train de 2 h. 42 à Igney-
Avricourt pour prendre le train suivant pour Reims, afin d'aller
voir mon beau-frère, Adolphe Lewkowitz. Arrivé à la frontière,
j'ai été arrêté par le commissaire de police, qui, sur ma
déclaration que. je voulais me rendre à Reims, m'a enjoint de
retourner incontinent sur Le territoire allemand et de demander
un permis au préfet de Nancy avant d'entrer de nouveau en
France. Le commissaire de police ne m'a pas laissé passer, bien
que je fusse porteur d'un passeport de la police de Breslau et
que j'eusse environ 35 fr. sur moi. Le renvoi m'a profondément
peiné, car je voulais aller voir ma soeur malade.
» Signé : Benno LITTAUER.
» Contresigné : Le commissaire de police de la frontière.
1er juin 1888
LE 31 MAI A LA FRONTIÈRE
Dès onze heures vingt minutes, vingt-.sept voyageurs avaient été
refoulés à la gare de Deutsch- Avricourt .
Quatre-vingt-dix passeports ont été délivrés à Nancy le matin du
jeudi trente et un mai.
Les passeports sont délivrés à Nancy par la première division
qui a reçu des ordres pour que la délivrance fût opérée avec la
plus grande célérité.
Ils sont ensuite transmis à l'ambassade allemande par
l'intermédiaire de maisons de banque qui ont des correspondants
à Paris.
Une fois à l'ambassade allemande, ils sont l'objet d'un examen
détaillé. L'ambassade demande des renseignements à la direction
de la police de Strasbourg. Selon la réponse de celle-ci, le
visa est ac-
cordé ou refusé.
Mais même lorsqu'il est accordé, les délais de renvoi demandent
encore un temps assez long; une huitaine en moyenne, jusqu'à
présent. On espère cependant que ce délai pourra être
ultérieurement abrégé.
Les voyageurs qui avaient pris place dans l'Express-Orient,
lequel est arrivé à Deutsch- Avricourt, jeudi, à deux heures
vingt-sept du matin, ont dû exhiber le passeport. Le passage a
été refusé à plu-
sieurs d'entre eux.
Un consul grec, non muni du passeport, s'est vu refuser l'entrée
en Alsace-Lorraine.
La compagnie internationale des wa- gons-lits avait muni tous
ses employés de passeports. Un maître d'hôtel employé dans le
train, bien que revêtu de la tenue des employés, ne s'étant pas
pourvu de cette pièce,a dû retourner à Igney-Avricourt.
La compagnie des chemins de fer de l'Est avait depuis quelques
jours déjà donné l'ordre, aux employés préposés à la
distribution des billets, de ne délivrer aucun ticket pour les
stations d'Alsace-Lorraine, sans rappeler aux voyageurs qu'ils
devaient être munis d'un passeport. Pendant plusieurs jours
encore, cette recommandation sera faite aux voyageurs.
En prévision du refus de laissez-passer, l'administration avait
envoyé à ses agents des gares frontières l'ordre de prendre une
mesure spéciale: les billets des voyageurs à qui l'entrée a été
refusée étaient rendus valables jusqu'à une station qui leur
permît de prendre une autre direction.
Trois personnes dans une situation précaire, venant d'une des
gares extrêmes du réseau et n'ayant pu passer la frontière, ont
été ramenées gratuitement dans la localité d'où elles étaient
parties la veille.
A Deutsch Avricourt ; un piquet de soldats assistait le
commissaire de police dans son examen des passeports ; les
personnes qui n'en possédaient point étaient accompagnées
jusqu'à la frontière par un soldat en armes.
Plusieurs étrangers, parmi lesquels deux voyageurs anglais et
plusieurs Italiens, munis du passeport ordinaire, mais non visé
par l'ambassade d'Allemagne à Paris, ont été obligés de regagner
Avricourt.
Quelques voyageurs se dirigeant sur Château-Salins ont été
arrêtés à Chambrey. Ils ont dû regagner la station de Moncel.
A Novéant, les mêmes faits se sont produits.De nombreux
commerçants de Pont-à-Mousson, se rendant à Metz par le train de
sept heures six du matin, pour assister au marché aux grains,
ont été arrêtés dans cette station. Ils ont été consignés au
buffet de la gare de Novéant en attendant le passage du premier
train se dirigeant de Metz sur Pagny.
Des femmes, des enfants mêmes se rendant à Novéant ou à Ancy ont
été renvoyés. Une institutrice congréganiste, à Prény, a dû
revenir sur Pagny.
En résumé, dans toutes les gares frontières, le passeport a été
rigoureusement exigé. Etrangers, femmes seules, enfants, non
munis de cette pièce ont été arrêtés au passage.
M. Studt, sous-secrétaire d'Etat, s'était rendu le 29 mai à
Avricourt, pour s'assurer de l'exécution des prescriptions
relatives aux passeports : il n'est rentré que dans la soirée du
même jour à Srasbourg.
Les étrangers à la frontière
Des négociations sont entamées avec le cabinet de Londres, en
vue de modifier, au profit des voyageurs anglais, les
prescriptions rigoureuses concernant les passeports exigibles à
la frontière d'Alsace-Lorraine. M. de Bismarck a déclaré à sir
Malet qu'il allait autoriser l'ambassadeur d'Allemagne à Londres
à délivrer sans formalité les passeports nécessaires, la mesure
ne visant que les sujets français.
Des instructions confidentielles ont été adressées au comte
Munster, ambassadeur d'Allemagne à Paris, pour l'inviter à
restreindre la délivrance des passeports aux Français qui en
feront ta demande.
Des agents de la police politique de Berlin vont être mis à la
disposition de l'ambassade de Paris pour effectuer les enquêtes
qui précéderont la délivrance de chaque passeport.
De France en Suisse et en Autriche
Pour gagner Bâle sans emprunter le territoire de
l'Alsace-Lorraine et sans se soumettre à la formalité du
passeport, les Lorrains n'ont qu'à rejoindre la grande ligne
Paris-Belfort-Delle-Délémont. Le point de contact le plus
rapproché pour les Nancéiens et les Spinaiiens, par exemple, est
Lure. Seulement certains trains rapides ne s'arrêtent pas dans
cette dernière station. Si on veut correspondre avec eux, il
convient de se diriger sur Vesou
6 juin 1888
A Deutsch-Avricourt
La gare de Deutsch-Avricourt présente l'aspect d'un désert. Les
trains arrivant d'Alsace-Lorraine amènent un ou deux voyageurs.
Les trains venant de France sont dans le même cas.
Le transit des voyageurs a diminué des quatre cinquièmes. Il n'y
a guère que les habitants des communes avoisinant la frontière
qui s'exposent aux ennuis du voyage, car si l'on sait avec
quelle facilité on sort du pays annexé; personne n'ignore plus
les difficultés qu'on éprouve pour y rentrer.
M. Guldener, commissaire de police à Deutsch-Avricourt, assisté
de deux commissaires et de quatre gendarmes, se tient sur le
quai de la gare et exige de tous les voyageurs sans exception,
l'exhibition du passeport.
Un jeune Russe,étudiant à l'école nationale des beaux-arts, à
Paris, s'est vu, malgré l'exhibition de ses papiers, obligé de
retourner sur ses pas. Il aurait, paraît-il, témoigné d'une
façon assez énergique son mécontentement. Une dame anglaise, se
rendant en Allemagne, a été également arrêtée. Le beau-frère de
M. Clémenceau, député, a subi le même sort le trente et un mai,
au matin. Un voyageur de nationalité brésilienne et plusieurs
Espagnols ont essuyé un refus net.
Le deux juin, une femme, domiciliée en Alsace-Lorraine, se
trouvant dans un état de grossesse fort avancé, s'est vu
interdire le passage. Elle fut consignée dans une salle de la
gare de Deutsch-Avricourt. Elle fut prise des premières douleurs
de l'enfantement ; on se décida à la laisser monter dans un
train qui la ramena chez elle. Il est probable qu'elle aura
accouché en route.
Le premier juin, de nombreux pensionnés français résidant en
pays annexé s'étaient rendus à Lunéville pour toucher le montant
de leur pension ; on leur refusa l'entrée à leur retour.
Plusieurs cherchèrent à gagner, à pied, leur résidence. Deux
d'entre eux, deux vieillards, refusés à un train, s'étant
présentés une deuxième fois à la gare allemande, ont été mis au
violon.
Une actrice russe, retournant en Russie, a dû retourner à Paris
prendre un passeport et revenir ensuite ; elle a pu grâce à la
compagnie des chemins de fer de l'Est faire ces deux voyages
sans bourse délier.
Une habitante de Nancy, ayant des affaires importantes à traiter
avec un notaire de Sarrebourg, a été obligée de se rencontrer
avec ce fonctionnaire, dans la gare même de Deutsch-Avricourt.
Un magistrat de Bar-le-Duc, autorisé par un télégramme du kreis-director
de Sarrebourg à venir assister à l'enterrement d'un de ses amis,
n'a pu pénétrer en Alsace-Lorraine.
Mardi matin, deux employés de MM. Schuler et Buisson,
commissionnaires à Lunéville, qui depuis douze ans, vont tous
les matins, chercher, à la gare allemande, les marchandises
adressées à leurs patrons, n'ont pu pénétrer sur le territoire
annexé.
Plusieurs Américains, d'origine allemande, arrivant en ligne
directe de New-York, ont été refoulés.
La police allemande témoigne de la même rigueur en ce qui
concerne les employés du chemin de fer chargé de la remise des
bagages et du matériel. Il leur est interdit de pénétrer dans
les salles de la gare de Deutsch-Avricourt, et ils sont
consignés sur les quais.
Le train poste qui part d'Avricourt pour Strasbourg à 6 heures
13 du matin, se composait de quatre voitures seulement, un seul
voyageur y avait pris place.
A la suite de la mesure autorisant les voyageurs munis d'un
billet pour Munich ou au-delà à ne pas présenter le passeport,
quelques voyageurs ayant pris un billet pour Munich descendaient
à Strasbourg.
Un gendarme accompagne aujourd'hui les trains transportant des
voyageurs pour cette ville et les oblige à remonter dans leur
wagon, s'ils en descendent, n'ayant pas présenté de passeport à
leur entrée en Alsace-Lorraine.
Le village français d'Igney-Avricourt ne possède pas de boucher,
et selon son bon plaisir le douanier allemand de service
interdit le passage de la ligne frontière aux employés français,
à leurs femmes, ou à leurs enfants qui vont s'approvisionner
dans la partie annexée.
Plusieurs fonctionnaires et employés français font aujourd'hui
venir leurs provisions de Blâmont.
Le train de plaisir contenant de cent à cent cinquante personnes
est arrivé à Avricourt mardi à 11 heures 37 du matin.
L'administration a décidé, dans l'intérêt des voyageurs, que le
train ne dépasserait pas la station française, et que les
voyageurs qu'il a amenés se rendraient à Deutsch-Avricourt par
le train ordinaire qui part d'Igney à une heure et demie.
On annonce que de nombreuses personnes qui viennent d'arriver
par ce train sont sans passeport.
23 juin 1888
Procès-verbal, pour outrage public à la pudeur, a été dressé
contre la nommée Marié Bathelot, femme Madeleine, âgée de
soixante-douze ans, domiciliée à Blâmont.
27 juin 1888
UN OFFICIER ALLEMAND
à Avricourt français
Le lundi vingt-cinq juin un officier allemand du 97e régiment
d'infanterie en garnison à Sarrebourg est venu à Avricourt
français en tenue.
Il s'est accoudé pendant un quart d'heure au passage à niveau du
chemin de fer qui est en territoire resté français.
L'incorrection était flagrante,car il n'est pas possible de se
tromper en cet endroit. La frontière est assez nettement marquée
pour que personne ne s'y trompe.
Le commissaire spécial dut faire observer à l'officier allemand
qu'il y avait de sa part méconnaissance absolue des ordres de
son propre gouvernement.
Un rassemblement s'était formé devant l'officier étranger. Le
commisaire s'appliqua à calmer les esprits et y réussit.
L'officier reconnut la fermeté correcte de cette attitude et
regagna le territoire annexé.
Nous croyons savoir que le gouvernement allemand, qui s'est
toujours flatté d'être rigoureusement obéi par son personnel, se
préoccupe de ces manquements successifs à la discipline. Il est
bien obligé, en effet, de constater que chaque fois qu'il y a
violation de frontière, c'est toujours par un gendarme, un
douanier ou un officier de la même nationalité. On ne relève
anrun fait de cette nature à la charge de l'armée française et
des fonctionnaires français.
Redoublons de vigilance sur nous-mêmes et ne donnons jamais
prise sur nous. Notre sang-froid absolu déjoue peut-être bien
des calculs.
5 juillet 1888
CONSEIL MUNICIPAL DE BLAMONT . - M. Jean Baptiste Goeury,
sculpteur, nouvellement élu conseiller municipal, vient de faire
don à la ville de Blâmont d'un magnifique buste de la
République, en pierre, sculpté par lui-même et très bien modelé.
Un autre conseiller municipal, M. Jules Séliquer,
serrurier-mécanicien, a offert en même temps d'établir
gratuitement la console en fer forgé qui devra supporter ce
buste.
7 juillet 1888
BOHÉMIENS A LA FRONTIÈRE. - On nous écrit de Lunéville :
a Le jeudi cinq juillet, une troupe de Bohémiens arrive a là
gare d'gney, venant d'Allemagne, par le train d'Avricourt. Ces
nomades amenaient avec eux un wagon de chevaux et un wagon
d'ours. Comme un arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle interdit
aux gens de cette sorte l'entrée sur le territoire du
département, le commissaire spécial arrête la bande au passage
et la réexpédie avec ses hôtes incommodes par le premier train
se dirigeant vers le pays annexé.
» Mais le commissaire spécial allemand ne se soucie pas de
recevoir les Bohémiens, et il les fait remonter dans le train
qui après quelques minutes de station dans la gare de Deutsch-Avricourt,
rebrousse chemin vers la station française.
» Le commissaire spécial français, par application de l'arrêté
préfectoral, refuse de laisser pénétrer les Bohémiens plus avant
sur le territoire français. Il les embarque dans un nouveau
train,
» Mais lecommissaire allemand, ne tenant pas plus a recevoir
cette sequelie internationale, les Bohémiens sont refoulés
derechef. Cette horde d'ambulants ne pouvait installer un
campement, à cheval sur la frontière, sans s'exposer à tomber
sous le coup de la police française et de la police allemande,
Elle ne pouvait pas non plus faire la navette avec ses ours,
d'une gare à l'autre, par dessus la limite, jusqu'à la
consommation des siècles.
» Le commissaire français, jugeant à bon droit que cette comédie
devenait ridicule, a fini par trouver un expédient ingénieux
dans celte affaire où Salomon eût été embarrassé de prononcer.
Il a gardé les Bohémiens, puis il les a expédiés en pays annexé
par voie de terre. De cette façon la solution de cet épineux
problème ne lui incombe plus. Mais le problème n'est pas pour
cela résolu. Les gendarmes allemands vont retomber sur les
Bohémiens, d'autant plus que ceuxci n'ont pas la notion la plus
élémentaire des passeports et le jeu recommencera sur un autre
point. Il va peut-être falloir réunir un congrès pour trancher
ce litige international. Pourvu que les ours ne se mêlent pas de
passer notre frontière, spontanément, sans souci de l'arrêté
préfectoral. »
21 juillet 1888
Procès-verbal vient d'être dressé contre un pauvre sourd-muet,
âgé de cinquante ans, ne possédant plus toutes ses facultés
mentales et habitant Blâmont. Ce malheureux a été rencontré se
promenant complètement dévêtu, sur une route. Sur l'observation
que lui fit une personne qui le trouva ainsi, il alla aussitôt
remettre ses vêtements qu'il avait déposés dans un fossé bordant
la route qu'il suivait.
SUICIDE PAR AMOUR. - On a trouvé le 19 juillet au matin, sur la
voie ferrée, à deux kilomètres de la gare d'Avricourt, sur la
ligne de Cirey, territoire d'Igney, le corps décapité d'un jeune
homme, qui a été reconnu pour le nommé Alexandre Schwab, né à
Sisdin, canton de Berne (Suisse). Il était en condition chez un
cultivateur d'Igney, M. Cuny.
Schwab s'est suicidé pour un chagrin d'amour, ainsi qu'il le
déclare dans deux lettres qu'il avait écrites.
Il a attendu le passage du dernier train du 18 et s'est place
sur le rail à la sortie d'une tranchée, de telle sorte qu'on ne
pouvait le voir facilement, en raison de l'heure, car il était 8
heures 1/2.
La levée du corps a été faite par la gendarmerie et le maire d'Igney.
Le frère de ce jeune homme est instituteur à Sisdin.
27 juillet 1888
ATTENTAT A LA PUDEUR. - A la suite d'une lettre adressée au
procureur de Lunéville, par M. Simonaire, aubergiste à Reillon,
la gendarmerie de Blâmont a ouvert une enquête sur les
agissements du nomné Voinot, domestique à Leintrey. Cet individu
se serait fait conduire par une petite fille âgée de cinq ans et
demi, à la recherche du buraliste de Reillon et dans les champs
se serait livré, sur cet enfant, à cinq reprises différentes, à
des attouchements obscènes.
15 août 1888
Mme Marie-Joseph Simon, domestique chez M. le curé de Pexonne,
avait donné l'hospitalité pendant une journée entière à une
femme qui lui a dit s'appeler Léonie Brénot, domiciliée à
Autrepierre. Mme Simon a constaté après le départ de cette femme
que divers vêtements lui avaient été volés.
21 août 1888
La gendarmerie de Blâmont a arrêté, à Repaix, la nommée Marie
Brénot, auteur du vol d'habillement et d'argent commis au
préjudice de la bonne du curé de Pexonne.
22 août 1888
UNE ANCIENNE INSTITUTRICE DE BLAMONT . - Nous lisons dans le
Patriote de l'Ouest-.
« Nous avons annoncé, dans notre avant-dernier numéro, le départ
de Mlle Robert, directrice de l'école normale de filles
d'Angers.
» Notre premier établissement d'instruction primaire fait, en
Mlle Robert, une perte réelle, et nous regrettons vivement qu'on
n'ait pas trouvé une autre combinaison pour relever l'école
normale de Saint-Etienne. Nous félicitons les Stéphanois qui, à
la vérité, s'enrichissent à nos dépens, mais ce n'est pas de
leur faute, et nous ne pouvons nous empêcher de déplorer que le
département de Maine-et-Loire soit invariablement sacrifié à
tous les autres.
» Mlle Robert dirigeait d'une façon remarquable notre école
normale et le choix qui a été fait d'elle pour l'école normale
de Saint-Etienne prouve que M. le ministre connaît la valeur de
son personnel.
» Mieux eût valu pour nous qu'il la connût moins.
» Avant de diriger l'école d'Angers, Mlle Constance Robert était
sortie avec le no 1 de l'école supérieure primaire de
Fontenay-aux-Roses. »
Nous sommes d'autant plus heureux de reproduire ces lignes qu'il
s'agit d'une de nos compatriotes, dont la famille est très
honorablement connue à Lunéville et à Blâmont, où Mlle Constance
Robert avait modestement débuté en qualité d'institutrice.
29 août 1888
Un jeune voleur, disant s'appeler Henri Lécolier, être âgé de
13ans et natif de Raon-l'Etape, après avoir excité la pitié de
M. Robert, cultivateur à Ogéviller, en lui racontant qu'il était
orphelin et fatigué de mendier, s'est enfui du domicile de ce
cultivateur qui lui avait offert du travail, en emportant divers
vêtements estimés trente francs.
30 septembre 1888
La gendarmerie de Blâmont a dressé procès-verbal contre M.
Dieudonné, propriétaire à Barbas, dont le chien a été surpris
chassant un lièvre dans la plaine.
M. Dieudonné n'a pas de permis de chasse.
6 octobre 1888
TRIBUNAL CORRECTIONNEL DE LUNÉVILLE
Audience du 5 octobre
Vol d'effets d'habillement. - Henri Lécolier, domestique à
Ogéviller, acquitté ayant agi sans discernement.
Outrage public à la pudeur. - Jean-Claude Colin, cultivateur à
Blâmont, cent francs d'amende; Marie Engel, femme Kim.
journalière à Blâmont, seize francs d'amende.
Coups et blessures volontaires: Jules-Engène Vigneron, menuisier
à Ogéviller. Seize francs d'amende.
18 octobre 1888
HYGIÈNE PUBLIQUE
Nous croyons devoir résumer très brièvement le rapport que M. le
docteur Poincaré, professeur à la faculté de médecine, directeur
du service départemental de l'assistance et de la vaccine, a
adressé au préfet sur l'exercice 1887.
Certaines administrations municipales négligent encore
totalement l'hygiène rurale. M. Poincaré désire que le préfet
leur adresse une circulaire. Dans des communes la liste des
indigents est démesurée. A Domêvre-sur-Vezouse, elle comprenait
400 inscrits sur 800 habitants. Le maire en a rayé 200.
M. Hally demande que l'hygiène soit sérieusement enseignée à
l'école - et dans les villages par des conférenciers. Il est
urgent de faire fonctionner à la campagne comme en ville des
commissions des logements insalubres.
Des écoles, comme celles de Sornéville, Mazerulles, Custines,
sont encore complètement défectueuses. A Rosières-aux-Salines,
l'école est dans une rue étroite, sans trottoir, d'un accès
difficile, l'escalier est une véritable échelle. Les élèves sont
entassés. Humidité, obscurité, rien ne manque.
Dans cette même localité, le cimetière occupe le milieu de
l'agglomération, dans un terrain tellement inondé que, les trois
quarts de l'année, les morts sont immergés dans l'eau. Grâce au
docteur Sprauel, on a nommé une commission pour étudier les
moyens de remédier à ce déplorable état de choses. « Cette
commission, dit le docteur Poincaré, a reconnu la nécessité
d'établir un nouveau cimetière sur une colline voisine, mais,
depuis, elle ne semble vouloir y enterrer que la question
elle-même. »
Blâmont, où la Vezouse crée des foyers de putréfaction, devrait
bien imiter Thiaucourt qui a curé le Mad. Le docteur Henriot
montre les suites néfastes de cette négligence pour les
habitants de Blâmont.
Le docteur Contai note qu'à Saulxures-les-Vannes et à Barisey,
on marche dans les rues, dans les corridors, sur un véritable
fumier ; les habitants jettent leurs déjections n'importe où. La
voirie est détestable. A Blénod-lez-Toul, on a construit un
abattoir, mais on a trouvé le moyen d'en faire une nouvelle
cause d'infection. L'égout qui transporte les détritus passe
contre les maisons ; la pente en est insuffisante et les regards
s'ouvrent sous les fenêtres des maisons.
« C'est dans ce quartier que la fièvre typhoïde, la scarlatine
et même le choléra, dit le rapporteur, ont sévi avec le plus
d'intensité et de gravité. » Un ruisseau - souvent à sec - est
surplombé par des latrines, d'où on voit tomber les déjections.
Le docteur Bermont insiste pour que l'on dote d'eau potable
plusieurs communes de la circonscription de Norroy-le-Sec.
Gibeaumeix, Barisey, Bulligny, sont réduits à consommer des eaux
de puits contaminées d'une manière irrémédiable et ont toujours
payé un très large tribut à la fièvre typhoïde.
20 octobre 1888
La gendarmerie de Blâmont a dressé procès-verbal d'une rixe
survenue à Blâmont, dans une maison particulière, entre le nommé
Charles Lamblin et les époux Toubhans.
25 octobre 1888
LA CLOCHE DE LA VACCINE
Un mode d'avertissement, employé dans la circonscription d'
Ogéviller, serait peut-être à imiter dans les autres. A
l'arrivée du médecin vaccinateur, une sonnerie particulière de
la cloche de l'église se fait entendre jusque dans les
habitations les plus reculées du village. A ce signal convenu,
toutes les mères accourent en même temps, sans faire attendre le
médecin et ne sont plus exposées à refroidir leurs enfants par
une longue attente, si le vaccinateur est en retard et ne se
trouve pas exactement au rendez-vous annoncé la veille ou
plusieurs heures à l'avance par une batterie de tambour.
31 octobre 1888
Le nommé Alphonse-Joseph Gonzalez, âgé de trente-quatre ans, né
à Cogners (Sarthe), ancien professeur, a été arrêté à Blâmont,
en flagrant délit de vagabondage.
6 novembre 1888
Escroquerie
M. Mougeol, épicier et entrepreneur de broderies à Domêvre,
avait autorisé sa femme à se présenter à la banque Mézière, de
Blâmont, et à toucher à ladite banque tout l'argent nécessaire
pour faire son commerce de broderie. M. Xillier, ancien caissier
de la banque Mézière, ayant fondé une banque, continua, sans
plus s'en préoccuper, à satisfaire aux demandes de Mme Mougeol.
Mais il acquit la certitude que Mme Mougeol lui remettait de
fausses traites et que l'argent qu'elle se faisait donner en
cachette de son mari était envoyé à une personne habitant
Epinal, rue Glande Gellée, pour revendiquer une part de la
fameuse succession de Jean Thiéry. Les sommes ainsi escroquées à
la banque s'élèvent à 5,200 francs.
M. Mougeol se refuse à reconnaître cette dette, l'autorisation
donnée à sa femme concernant simplement la banque Mézière.
8 novembre 1888
On écrit le 4 novembre d'Avricourt à la Gazette de Metz :
« Hier après midi, un jeune homme de 19 ans, fils du sieur A.
Kiefer, aubergiste à Arzheim (Palatinat), a été arrêté par le
gendarme Artmann, parce qu'il n'avait pas de papiers de
légitimation.Après avoir été dépouillé d'un couteau et d'un
revolver qu'il portait dans sa botte, le jeune homme a été
conduit dans la prison d'Avricourt où il s'est ouvert, avec les
verres brisés de ses lunettes, les artères du cou et des deux
bras. Le prisonnier, par suite de l'énorme perte de sang, n'a
pas tardé à perdre connaissance. Un médecin, prësent par hasard,
a fait panser le blessé, qui a été transporté à l'hôpital de
Sarrebourg. Ce matin, le père du jeune homme est arrivé à
Avricourt. On a appris alors que le jeune tomme avait volé à son
père une somme de 200 m., avec laquelle il voulait déserter en
France. L'état du jeune Kiefer est désespéré. »
13 novembre 1888
LA MUNICIPALITÉ DE BLAMONT
On nous écrit de Blâmont :
« Le compte rendu de l'enterrement de M. Jacquemin, ancien
instituteur à Blâmont, publié par le Journal de la Meurthe et
des Vosges, numéro du quatre novembre, contient des insinuations
malveillantes à l'adresse de la municipalité de Blâmont.
Par respect pour celui qui n'est plus, nous n'engagerons pas de
polémique sur une tombe à peine fermée. Ce que nous voulons,
c'est réduire toutes ces déclamations à leur juste valeur.
» Le correspondant du Journal de la Meurthe et des Vosges tient
ses concitoyens en bien petite estime. Qu'il apprenne qu'à
Blâmont comme ailleurs, il y a encore beaucoup de familles
honorables en dehors de celles qui ont les moyens de faire
donner des leçons particulières à leurs enfants.
» Ce correspondant fait grand éloge du dévoûment professionnel
de M. Jacquemin. Sur ce point, nous ne lui contestons rien. Nous
nous contenterons de lui faire observer que si la municipalité
de Blâmont avait attendu le numéro du quatre novembre 1888 du
Journal de la Meurthe et des Vosges pour reconnaître les mérites
de M. Jacquemin et lui en tenir compte dans la mesure de ses
ressources, M. Jacquemin aurait couru grand risque de n'en
profiter qu'après décès.
» Que le Journal de la Meurthe et des Vosges se rassure, M.
Jacquemin n'a jamais été inquiété par les puissants du jour pour
ses convictions politiques et religieuses.
» Le même journal nous blâme d'avoir gardé sur la tombe un
silence religieux. Qu'il nous permette de lui rappeler qu'un des
prédécesseurs de M. Jacquemin, dont nous tairons le nom par
déférence pour la famille, un homme de mérite et convaincu comme
lui, a été de longues années instituteur à Blâmont.
» Ses appointements étaient maigres, comparés à ceux
d'aujourd'hui. On sait ici ce qu'étaient à cette époque le
logement de l'instituteur et la salle d'école de Blâmont : une
chambre basse, humide, privée d'air et de lumière. Les puissants
d'alors trouvaient cela plus que suffisant pour les enfants du
peuple et le logement assez bon pour un maître d'école. C'est
dans cette salle insalubre que M.B... a travaillé courageusement
pendant vingt ans à l'instruction de la jeunesse de notre ville.
Sa mémoire est restée profondément gravée dans le coeur des
honnêtes gens, mais nous croyons qu'un mot d'adieu et de
souvenir sur sa tombe aurait fait honneur aux puissants d'alors.
» Nous l'attendons encore ! »
22 novembre 1888
Arrestation d'un employé français
Divers journaux ont annoncé - en donnant le fait comme un
incident de frontière - que la gendarmerie allemande avait
arrêté un employé de la gare d'Igney-Avricourt . Voici dans
quelles circonstances cette arrestation a été opérée.
M. Soufrignon, facteur enregistrant à la gare d'Igney-Avricourt,
a loué à un habitant d'Avricourt, un champ situé sur le
territoire d'Alsace-Lorraine. M. Soufrignon cueillait des choux
dans ce terrain loué, lorsque le propriétaire y vint également.
Les deux hommes se prirent de querelle et s'injurièrent
réciproquement. M. Soufrignon appela son propriétaire « Prussien
» ; celui-ci fit aussitôt signe à un gendarme qui se trouvait
non loin de là.
Le gendarme accourut et voulut arrêter Soufrignon qui parvint à
s'échapper.
Il allait regagner notre territoire, lorsqu'un employé du
télégraphe allemand l'arrêta et le maintint jusqu'à l'arrivée du
gendarme.
Soufrignon fut conduit à Sarrubourg, Il est aujourd'hui relâché
et a repris ses occupations ordinaires.
28 novembre 1888
TENTATIVE D'ASSASSINAT
Samedi, à une heure de l'après-midi, le nommé François Engel,
âgé de soixante-huit ans, berger à Ancerviller, se présentait à
la gendarmerie de Blâmont, déclarant qu'il venait de tuer sa
femme, Marie Heipp, âgée de soixante-trois ans, domiciliée à
Barbas.
Les gendarmes mirent aussitôt Engel en état d'arrestation et se
rendirent à Barbas.
La femme Engel, bien qu'alitée et la tête enveloppée de linges
sanglants, put faire la déclaration suivante :
« Depuis neuf mois, j'habite Barbas, avec ma fille Amélie. J'ai
dû quitter mon mari à cause des mauvais traitements qu'il nous
faisait subir. Depuis que nous vivons séparées de lui, il vient
nous voir de temps en temps pour recevoir l'hospitalité et se
faire héberger, car ses habitudes d'intempéramce l'ont réduit à
une profonde misère.
» Samedi, vers onze heures du matin, Engel arriva. Il mangea
avec nous et paraissait très gai. A midi, ma fille et moi
l'avons quitté pour aller conduire le troupeau de la commune de
Barbas aux champs. Vers midi et demi, j'ai laissé ma fille et
suis revenue chez moi.
» Près de la porte de la cuisine, mon mari, qui était caché
derrière, se jeta précipitamment sur moi, me renversa sur le sol
et me frappa sur la tête à plusieurs reprises avec un objet que
je n'ai pu voir, le premier coup m'ayant étourdie.»
Les gendarmes en visitant l'état des lieux trouvèrent, à
l'endroit indiqué par la femme Engel, une véritable flaque de
sang, et non loin de là, par terre, un gros bâton ensanglanté à
une de ses extrémités.
M. Hanriot, docteur en médecine, n'a pu se prononcer
immédiatement sur la gravité et les suites des blessures reçues
par la femme Engel.
Le Journal d'Alsace dit que dans la matinée du vingt-trois
novembre, un soldat en uniforme de cuirassiers, en garnison à
Lunéville, s'est présenté au maire d'Avricourt, qui lui a remis
des habits civils et l'a laissé ensuite continuer sa route. Ce
fait a produit quelque sensation parmi les employés tant
allemands que français stationnés à la gare d'Avricourt.
7 décembre 1888
Une pince en fer, du poids de vingt-cinq kilogrammes, a disparu
la nuit de la carrière de M. Mougin, à Mignéville ;
l'auteur du vol est inconnu.
18 décembre 1888
INCENDIE
Le douze décembre, M. Charles Carier, âgé de trente-trois ans,
journalier à Barbas, fut réveillé par les beuglements de sa
vache. Etonné de l'entendre crier la nuit, M. Carier se leva et
aperçut une forte clarté éclairant la route. Il sortit aussitôt
de sa demeure et constata que le feu était dans son écurie. Il
en enfonça la porte. Le feu s'était déclaré dans des bottes de
paille placées à huit mètres environ de la porte. Il allait
détacher la vache, lorsque celle-ci tomba asphyxiée. M. Carier
ne put relever l'animal qui fut quelques instants après enseveli
sous les décombres. M. Carier voyant ses efforts inutiles,
courut à son habitation, réveilla Mme Carier qui emporta son
enfant. Puis il remplit des sacs de linge et d'objets auxquels
il tenait le pins et jeta le tout par les fenêtres.
Le feu s'était développé avec une telle rapidité, qu'un quart
d'heure après la maison d'habitation était en feu et M. Carier
dut descendre du premier étage, où il cherchait à sauver son
mobilier, par une échelle, l'escalier étant envahi par les
flammes.
Les habitants de Barbas, réveillés par les cris de M. Carier et
de MM. Hachair et Bridais, arrivés les premiers au secours de
l'incendié, apportèrent un précieux concours aux trois hommes et
aux pompiers de la localité. On parvint à sauver un peu de
mobilier et à préserver les maisons voisines.
Les causes du sinistre sont inconnues.
Les dégâts et les pertes s'élèvent à neuf mille francs. Il y a
assurance.
20 décembre 1888
DEUX MAISONS BRÛLÉES
M. Fuchs, âgé de quarante-deux ans, préposé des douanes à
Frémonville, était réveillé la nuit, vers quatre heures du
matin, par les cris poussés par son père et un de ses enfants
couchés dans une chambre située au premier étage de leur
habitation. M. Joseph Fuchs se leva aussitôt et aperçut en
traversant sa cuisine que les écuries et le grenier dépendant de
sa maison étaient en feu. L'escalier conduisant au premier étage
était déjà la proie des flammes. M. Fuchs appela sa femme et, à
l'aide d'une échelle, fit sortir ses deux enfants et son père de
la chambre où ils étaient enfermés.
Le feu s'étendait avec rapidité. M. Fuchs eut encore le temps de
rentrer une fois dans sa demeure et de s'emparer de quelques
vêtements et de divers papiers.
Mobilier et linge, tout fut brûlé.
Les habitants de la commune et les pompiers d'Harbouey firent
tous leurs efforts pour préserver la maison de M. Mercy, voisin
de M. Fuchs, ils n'y purent parvenir. Les flammés gagnèrent la
toiture de la maison de M. Mercy, ce dernier réveilla sa famille
et dut faire sortir de son écurie les trois vaches qui s'y
trouvaient attachées.
Une légère partie de son mobilier a été sauvée. Les causes de
cet incendie sont inconnues. Les pertes s'élèvent pour M. Fuchs
à cinq mille francs et pour M. Mercy à neuf mille francs.
21 décembre 1888
Tribunal correctionnel de Nancy
Audience du vingt décembre 1888
Jules Prévôt, vingt et un ans, domestique à Harbouey, est
inculpé du vol d'une montre commis au préjudice d'un autre
domestique. - Quatre mois.
25 décembre 1888
DEUX ÉTRANGÈRES
Mme Pérouf, ménagère, domiciliée à Blâmont, a hébergé pendant
huit jours la veuve Wachtel, âgée de quatre-vingt-quatre ans,
domiciliée à Strasbourg, et sa fille, la femme Kohler, demeurant
à Paris,
rue du Mont-Blanc, 6. Pendant ces huit jours, la femme Pérouf a
subvenu à tous les besoins de ces deux étrangères qui n'avaient
aucune ressource. La femme Kohler a fait divers petits emprunts
à des gens de la localité, promettant de payer avec l'argent
qu'elle attendait tous les jours et qui devait provenir soit de
son notaire de Paris, soit de la vente d'une maison située à
Strasbourg.
Elle a même souscrit des billets qui n 'ont aucune valeur. Puis
elle est partie pour Paris, manifestant le désir d'emmener sa
mère.
Mme Pérouf, dans l'espoir de s'assurer le paiement de ce qui lui
est dû, ne laissa partir que la femme Kohler.
Depuis ce jour on n'a reçu aucune nouvelle. Plainte a été
déposée à la gendarmerie d'Avricourt.
La veuve Wachtel, interrogée, a fait la déclaration suivante: «
Etant expulsée d'Alsace-Lorraine, j'ai envoyé une dépêche à ma
fille. Elle est venue me chercher. Avant de quitter Strasbourg,
elle a habité quinze-jours avec moi. Nous sommes venues ensuite
en France, et après six jours de séjour à Igney-Avricourt nous
avons gagné Blâmont. Ma fille est partie pour Paris en emportant
mes vêtements et mes papiers. Je m'ennuie de rester seule, sans
parents à Blâmont. J'ai une pension de deux mille francs que mon
beau-frère me fait. Il habite Berlin et il est très ami avec M.
de Bismarck. »
Une enquête est ouverte.
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