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20 avril 1841
Dans la journée du 9 de ce mois, Christophe Colin, âgé de 2 ans,
fils du sieur Colin demeurant à Vého, arrondissement de
Lunéville, ayant été
laissé seul un instant, pendant que sa mère était aller chercher
de l'eau à la fontaine, le feu a pris à ses vêtements et malgré
les prompts secours qu'il a reçus, il est mort le lendemain des
suites de ses blessures.
27 mai 1841
Dans la nuit du 16 au 17 un autre incendie a consumé dans la
commune de Barbas, arrondissement de Lunéville, les maisons
ainsi qu'une partie du mobilier, appartenant aux sieurs Louviot,
Nicolas, cultivateur, et Marchai, Jean-Baptiste,
garde-champêtre: la perte est évaluée à 6,500 fr. Il y avait
assurance sur ces propriétés. La cause de cet incendie est
inconnue.
29 mai 1841
On nous adresse de curieux détails relativement à un orage qui a
éclaté sur la ville de Blâmont dans la nuit du 23 au 24 de ce
mois.
Blâmont, le 24 mai 1841
Monsieur le Rédacteur,
En arrivant sur les hauteurs qui avoisinent Blâmont, le voyageur
contemplait avec étonnement la flèche de l'église paroissiale et
cherchait à comprendre le mécanisme qui la tenait arrêtée dans
les airs. D'abord, il voyait une tour massive, dont l'épaisse
maçonnerie avait résisté à l'incendie allumé par les Suédois,
dans les guerres du 17 e siècle ; puis, s'élançait, à une grande
hauteur, le toit pyramidal qui, par l'effet de la tempête ou par
le poids des âges, s'était contourné sur lui-même en forme de
spirale allongée. Inclinée, en avant et en arrière, cette
aiguille de forme étrange, conservait, malgré les vents, son
menaçant équilibre, et elle offrait un symbole assez fidèle de
la foi religieuse du peuple qui s'agite partout à son ombre : le
tonnerre vient d'en faire justice. Dans la nuit du dimanche au
lundi, vers dix heures, un orage terrible grondait sur les
sommités des Vosges; bientôt il se détache, et s'avance avec un
fracas effroyable vers le territoire de Blâmont ; tout-à-coup
une épouvantable détonation se fait entendre, la terre tremble,
on attend avec anxiété. C'était la foudre qui tombait sur le
clocher de la ville et qui venait y produire les ravages les
plus tristes et les plus curieux. Permettez-moi de les retracer,
en quelques lignes, à vos bienveillants lecteurs; ces détails me
paraissent dignes de fixer l'attention de nos savants. On est
généralement persuadé, monsieur le Rédacteur, que le fer est un
conducteur assuré du fluide électrique : cependant les traces
laissées par le tonnerre dans la tour de Blâmont, semblent
contredire une opinion établie d'ailleurs sur des expériences
nombreuses. La croix de fer qui surmonte le clocher n'a pas été
atteinte; elle se trouve maintenant appuyée sur un faisceau de
bois déchiqueté et percé à jour; à partir de cette croix,
jusqu'à la distance d'un mètre, en descendant, tous les bardeaux
sont enlevés et dispersés; plus bas, une immense quantité de ces
menues planches sont arrachées çà et là. Sur le pourtour de la
flèche, et particulièrement sur le côté qui regarde l'Orient :
le toit est découvert et criblé comme par les décharges de
l'artillerie; les débris ont volé dans toutes les directions et
cependant les poutres qui se dressent jusqu'au sommet n'ont
presque pas souffert. Arrivée à l'horloge, dont les rouages sont
de fer, la foudre n'y a rien dérangé, mais le cadran qui est en
bois peint, conserve des traces visibles de son passage : les
chiffres 9, 10, et la moitié d'onze, sont complètement effacés ;
ce sont précisément les heures pendant lesquelles le tonnerre
grondait dans la contrée; elles sont couvertes d'une large
teinte noire. De là, descendant jusqu'au bas de la tour, sans
s'arrêter à aucune parcelle de fer, le fluide a lézardé le mur
en plusieurs endroits, a fendu des pierres énormes, et,
négligeant les ornements de métal qui décorent les fonts
baptismaux, il a séparé et défoncé le couronnement solide qui
leur sert de base ; alors, s'échappant à travers une fenêtre
dont les vitraux ont été brisés, il a disjoint quelques portions
de muraille, jeté des fleurs artificielles hors d'une armoire
qui avait été fermée, et n'a aucunement endommagé les énormes
barreaux qui protègent la croisée. Les curieux arrivent en foule
pour observer les prodigieux effets du tonnerre qui a sillonné
partout, cette vieille tour sans y mettre le feu. Comment se
fait-il que ce terrible météore ait épargné le fer (1), et qu'il
ne l'ait touché nulle part, tandis qu'il était acharné sur le
bois et sur la pierre ? Cette question mérite d'être examinée
pour une juste appréciation des phénomènes électriques.
Aujourd'hui, on démolit ce que la foudre n'a point abattu; on
va, dit-on, coiffer le pauvre clocher d'un humble toit à deux
pentes égales, qui ne ressemblera pas mal à un colombier juché
sur une église gothique. Nous espérons quelque chose de mieux de
la science architecturale des habitants de Blâmont.
(1) Le phénomène signalé par l'auteur de la lettre provient
précisément de ce que le fer et autres métaux conducteurs ont la
propriété d'être parcourus par le fluide électrique sans donner
lieu à explosion, et que les corps non conducteurs, au
contraire, offrent une résistance qui détermine à leur surface
les altérations et les déchirures qu'on y observe, lorsqu'ils
sont atteints de la foudre. N. du R.
8 juin 1841
Une lettre que nous avons insérée dernièrement dans notre
feuille, a fait connaître à nos lecteurs les funestes résultats
de l'orage qui avait éclaté sur la ville de Blâmont, et détruit
une partie du clocher gothique de l'église paroissiale de cette
ville. Ce qu'il y a de plus triste, c'est que les hommes vont
venir en aide avec leur propre force destructive, aux désastres
déjà causés par la foudre. En effet, l'on prétend qu'on se
dispose à détruire ce que le tonnerre n'a point abattu, et qu'au
lieu de reconstruire l'élégante flèche qui s'élançait dans les
airs d'une manière si pittoresque, on parle de substituer un
toit à deux pentes. Nous aimons à douter encore, de la réalité
de ce projet; du moins, pour notre part, nous protesterions
contre son exécution. Nous savons que trop souvent il est arrivé
qu'on remplaçât par d'ignobles toitures à deux pans coupés, les
flèches gothiques qu'il n'eût guère coûté davantage de réparer,
et que l'on ne se fait pas scrupule d'agir de la sorte quand
surtout l'on a affaire aux églises de petites villes ou
d'humbles villages. S'imaginerait-on que personne ne daignera
prendre la défense de l'art aussi longtemps qu'il ne sera
outragé que dans temples villageois ? On le dirait en vérité,
car c'est aux grandes villes qu'on applique la totalité des
allocations votées par les chambres, pour la restauration des
monuments, et l'on s'occupe peu des autres constructions si
intéressantes qui embellissent ça et là nos campagnes, et dont
la disparition priverait nos paysages de leur plus belle
richesse.
En fait de restauration monumentale, l'étendue de la population
des villes ne devraient avoir aucune influence sur les décisions
prises par le conseil des bâtiments civils : la question d'art
doit passer avant tout. Espérant qu'on n'a pas pris
irrévocablement le parti d'employer tous les fonds disponibles,
sans y faire participer ceux de nos monuments ruraux qui en sont
dignes, nous avons cru opportun de publier les réflexions qui
précèdent, et nous les présentons à nos lecteurs avec d'autant
plus de confiance, que nous pouvons citer à leur appui l'opinion
de M. le comte de Montalembert, qui, dans son livre intitulé, du
Vandalisme et du Catholicisme dans l'art, plaide avec une
éloquence chaleureuse et des formes si originales et si
incisives, la cause des monuments, qu'il appelle, avec raison,
les sublimes débris de notre passé.
« Ce n'est pas au clergé, dit-il, c'est au conseil des bâtiments
civils, siégeant à Paris, qu'il faut attribuer et reprocher
l'odieux système que l'on suit partout à l'encontre des clochers
d'églises rurales. Il est à peu près reconnu par tout le monde
que les flèches gothiques, ou en pointe, sont le plus bel
ornement des horizons de nos campagnes. Mais malheur à celle qui
exige des réparations. Fût-elle la plus antique, la plus noble,
la plus gracieuse du monde, point de pitié. Dès qu'on y touche,
il faut la remplacer par deux pans coupés, ou par une sorte de
calotte ou chaudière. C'est la règle prescrite par le conseil
des bâtiments, qui ne souffre pas qu'on s'en écarte, quand même
a on aurait tout l'argent nécessaire pour payer quelque chose de
mieux. La ville de Charmes, dans les Vosges, avait près de cent
mille francs de fonds municipaux disponibles, pour une
réparation de cette nature : on ne l'en a pas moins forcée à
remplacer, par un capuchon en forme de marmite renversée, la
flèche élégante et fière, qui de trois lieues à la ronde ornait
le paysage. On pourrait citer une foule d'autres exemples de ce
genre. Le résultat général de cette sorte de progrès consiste à
abaisser partout les croix de village de trente à quarante
pieds. Belle victoire pour la civilisation ! » J. G.
14 décembre 1841
Le 5 de ce mois, M. Dubois, demeurant à Blâmont, a fait
chauffer, au plus haut degré, du son qu'il a mis dans un sac et
qu'il a ensuite appliqué sur la croupe d'un de ses chevaux qui
était malade. Pendant la nuit le sac et le son ont pris flamme
et comme l'écurie était fermée de manière que la fumée ne
pouvait en sortir ni l'air extérieur y entrer, trois chevaux
quatre vaches et toutes les volailles qui se trouvaient dans
l'écurie ont été asphyxiés. On ne s'est aperçu de ce désastre
que le 6 au matin. Le feu a atteint quelques perches qui ne se
sont pas enflammées faute d'air. |