4 février 1847
La ville de Blâmont mérite d'être citée au premier rang parmi
les communes qui s'imposent des sacrifices de tous genres, pour
venir en aide aux malheureux. Dès le commencement de la mauvaise
saison, le conseil municipal a volé 1° 1,000 fr. pour l'hospice,
qui entretient 30 pauvres, et qui est pauvre lui-même ; 2° 4,000
fr., pour maintenir le prix du pain à un taux modéré, à l'aide
de bons qui sont distribués, par quinzaine, aux indigents, aux
familles peu aisées, aux ouvriers ; 3° 5.455 fr. pour divers
travaux.
La quête annuelle au profit des pauvres a produit 3,000 fr., et
il s'est trouvé des propriétaires qui ont bien voulu céder, à 41
fr. les 123 litres, le blé nécessaire à l'approvisionnement du
bureau de charité. Ce bureau fait aux indigents une distribution
hebdomadaire de 5 à 600 kil de pain, sans compter la soupe, la
viande, le linge, pour les vieillards et les malades.
Enfin, ces jours derniers, une souscription, par coupons de 500
fr., a produit 23,000 fr.; cette somme est destinée à des achats
de blé au loin, et, s'il le faut, à l'étranger.
Pour faire le bien, pour le faire en commun, toutes les opinions
se sont fondues en une seule, et la fusion a été complète.
6 mai 1847
L'église de Blâmont vient de s'enrichir d'un magnifique autel,
en pierre, exécuté avec un rare bonheur par M. Jules Laurent,
architecte-décorateur à Nancy. Ce jeune homme, à peine âgé de
vingt-cinq ans, promet à l'art et à son pays une illustration de
plus. Il s'est livré avec foi et amour à l'étude des magnifiques
traditions de l'art chrétien au moyen-âge, et il a voué sa vie à
les faire revivre dans notre siècle. Au milieu du mouvement
universel qui ramène aujourd'hui toutes les nobles intelligences
à l'admiration des monuments de l'architecture ogivale, -
oeuvres de foi et de piété que l'incrédulité des siècles passés
n'était plus digne de comprendre, - il a voulu, lui aussi,
apporter sa pierre à ce travail puissant de réhabilitation.
L'autel de Blâmont est son premier essai, et cet essai, nous le
disons sans crainte d'être démenti, ne serait pas indigne d'un
grand maître. Cet autel est en belle pierre blanche, dans un
style noble et sévère, admirablement proportionné, dans ses
grandes lignes, à l'architecture simple de l'église qui date du
14e au 15e siècle. Sur le devant du tombeau l'ogive se promène
avec une mâle et chaste élégance ; au milieu est un admirable
Agnus Dei. Sur le tombeau posent deux gradins qui soutiennent le
tabernacle. Ce petit monument surtout est de toute beauté; l'art
y a prodigué ses plus belles décorations. Il est orné, sur ses
flancs, de quatre statuettes représentant les Evangélistes qui
semblent garder là, comme des sentinelles vigilantes, le dépôt
de la foi et les trésors eucharistiques. Ces admirables
figurines taillées dans la pierre même du tabernacle sont
l'ouvrage de M. Laurent. Au-dessus du tabernacle s'élève une
exposition où l'on place, en l'absence du Saint-Sacrement, un
magnifique Christ en bronze dont le travail répond parfaitement
au genre de l'autel. Enfin le tout est terminé par une jolie
petite flèche flanquée de clochetons. Tel est cet autel, vrai
petit bijou qui par l'élégante simplicité de l'ornementation et
l'harmonie des proportions satisfait tout à la fois l'oeil, le
goût et l'art.
L'église de Blâmont va incessamment encore recevoir deux petits
autels collatéraux, de même genre que le maitre-autel et sortant
des mêmes ateliers. Précédemment déjà on y avait posé, au fond
du choeur, un admirable vitrail comme M. Maréchal de Metz sait
en faire. Il représente J.-C. entouré de la sainte Vierge et de
saint Joseph. Le fini des peintures s'y mêle heureusement à
l'éclat des couleurs. On regrette seulement que les personnages
n'aient pas un peu plus de hauteur. Tous ces travaux accomplis
dans peu de temps et avec de très-faibles ressources attestent
le bon goût et la piété des habitants de Blâmont, non moins que
l'intelligente activité de leur digne curé. Ch. B.
On nous écrit de Blâmont : La distribution annuelle des prix,
aux élèves des écoles primaires de notre ville, a eu lieu le
dimanche, 2 mai. Ces prix sont donnés après un examen qui ne
dure pas moins d'une douzaine de jours. Le comité local passe la
revue, interroge tous les enfants sur les matières qui font
l'objet de l'enseignement primaire L'attention des examinateurs
se porte surtout sur les enfants pauvres, qui ont plus
particulièrement besoin d'être suivis de près, et qu'une
instruction élémentaire et pratique, doit aider concurremment à
l'instruction religieuse, à sortir de cette espèce d'ilotisme
dans lequel ils végètent. Désormais, les parents dont les
enfants auront manqué à l'école, sans motif valable, seront
privés pendant quinze jours, du pain de charité, et plus s'il y
a récidive. D'autre part, le conseil municipal a alloué, sur la
proposition du maire, une somme de 100 fr., à une pauvre femme
dont les enfants se font remarquer depuis des années, par leurs
succès et leur tenue, propre et décente. Le mandat de payement a
été remis par le maire, à l'aîné de ces enfants, en même temps
qu'il le couronnait pour le prix de conduite de l'école des
garçons.
29 juin 1847
Visite de Monseigneur l'Évêque dans son diocèse. [...]
De Lunéville, Monseigneur s'est acheminé vers Emberménil, où il
devait coucher ; maïs il voulait auparavant remplir un devoir
pieux de religion et de vraie amitié envers son grand vicaire
défunt, en allant prier sur sa tombe. C'est dans cette vue que
le prélat se dirigea vers le petit village de Xousse, où repose
la dépouille mortelle de M. Dieulin. Il serait difficile de
peindre l'émotion qu'éprouvèrent les habitants de cette
paroisse, en voyant arriver au milieu d'eux leur évêque, à pied,
escorté de quelques prêtres et des membres de cette famille
affligée qui étaient allés à sa rencontre ; en le voyant se
transporter à l'église, et puis venir s'agenouiller sur cette
fosse qui renferme tant de souvenirs chers à son cœur, et tant
d'espérances moissonnées par la mort !
Après cette visite douloureuse et consolante tout à la fois,
Monseigneur a bien voulu accepter chez Mme Dieulin, cette mère
de douleurs, une collation qui lui fut offerte en réunion de
famille ; enfin, une voiture de campagne le ramena à Emberménil.
Puisse celle démarche, puissent les paroles touchantes et les
procédés paternels du bon prélat, avoir versé pour longtemps le
baume de la consolation dans les cœurs brisés par la douleur
d'une si grande perte !
A Nonhigny, le 7 juin, trois jeunes sœurs, issues de parents
anabaptistes, firent avec une joie ineffable, abjuration entre
les mains de Monseigneur; elles reçurent ensuite le baptême, la
sainte communion et la confirmation dans la même matinée, au
milieu d'une
population attendrie jusqu'aux larmes et rendant grâces à Dieu
d'avoir si bien éclairé ces jeunes âmes.
24 août 1847
Par ordonnance royale du 7 août, l'église de Chazelles (canton
de Blâmont), est érigée eu succursale.
28 août 1847
Voici, d'après le Moniteur, les noms des individus déportés, qui
appartiennent à nos départements : [...]
Jules Vigneron, 31 ans, menuisier, né à Ogéviller.
30 novembre 1847
On écrit de Leintrey, le 23 novembre ; Hier, à six heures du
soir, un incendie dont la cause est encore inconnue, a eu lieu
dans cette commune. Cinq familles sont dans la misère la plus
grande, par suite de ce sinistre ; la perte est évaluée à
environ 10.000 fr ; une partie est assurée. Un nommé Larue qui
était couché, ainsi que deux de ses enfants, ont failli être
victimes de ce malheureux évènement.
Les habitants de Leintrey, les pompiers de cette commune et ceux
d'Emberménil ; les habitants des communes environnantes se sont
fait remarquer par leur zèle et leur dévoument. On cite, ajoute
la Meurthe, comme s'étant plus particulièrement distingués :
MM..les curés de Leintrey et de Xousse qui se sont beaucoup,
exposés pour enlever une partie du mobilier d'un malheureux, et
pour ses actes de courage, M. Benoit, médecin à Leintrey. On ne
doit pas non plus oublier les pompiers de la commune de
Gondrexon qui, l'adjoint à leur tête, avec une pompe portative,
ont pénétré dans l'intérieur d'une maison et sont parvenus à
préserver des flammes, une chambre et le mobilier d'une des
victimes de ce malheureux évènements. Honneur donc aussi à ces
baves pompiers ! |