5 janvier 1862
En glissant sur la Vezouze avec plusieurs de ses camarades, un
jeune enfant de Domêvre a vu tout à coup la glace s'entr'ouvrir
sous ses pieds, et il est tombé dans un endroit profond de deux
mètres, où il aurait infailliblement péri, sans le dévouement du
sieur Baptiste (Hyacinthe), journalier, qui a fait preuve d'un
sang-froid et d'une adresse remarquables.
4 février 1862
Le diocèse de Nancy vient de perdre un de ses prêtres actifs et
dévoués. Samedi dernier, veille de la fête de la Purification de
la très-sainte Vierge, les funérailles de l'abbé Crouvezier, qui
a administré la paroisse d'Ogéviller pendant 25 ans, ont été
célébrées au milieu d'un immense concours de prêtres et de
fidèles, accourus de toutes les paroisses environnantes, malgré
le mauvais temps, pour rendre les derniers honneurs à cet
excellent prêtre qui était aimé de tous ceux qui avaient
l'avantage de le connaître. Quoique atteint d'une maladie
très-grave depuis plusieurs mois, il remplissait tous ses
devoirs avec un zèle et un courage bien au dessus de ses forces.
Le dimanche 19 janvier, il a encore chanté la grand'messe à
Ogéviller ; mais depuis quelque temps des confrères charitables
le remplaçaient dans ses annexes. Aussitôt que ses parents et
ses amis apprirent que sa maladie était dangereuse, ils
s'empressèrent d'aller lui porter les secours et les
consolations que réclamait sa pénible situation. Le lundi 27
janvier, ils le décidèrent à recevoir les sacrements de l'Eglise
et à mettre ordre à ses affaires temporelles. Ses paroissiens
conjurèrent le Ciel par des prières et des communions ferventes
de le conserver à leur affection et à leur amour; mais Dieu en
avait décidé autrement. La maladie fit des progrès très-rapides
; et comprenant lui-même toute la gravité de sa position, il ne
s'occupa plus qu'a prier Dieu constamment, à se soumettre à sa
sainte volonté, et à lui exprimer les plus vifs sentiments de
résignation, d'amour et de confiance. Vendredi, 31 janvier, il a
rendu, sans agonie et sans effort, sa belle âme à Dieu, après
que ses confrères et ses paroissiens eurent récité les prières
des agonisants.
L'abbé Crouvezier était un prêtre pieux et modeste qui se
défiait beaucoup de lui même. Il eut quelque peine à accepter la
paroisse d'Ogéviller, parce qu'il ne se croyait pas capable de
l'administrer. On a de moi, disait-il, une trop haute idée. Plus
tard, M. Dieulin, vicaire-général, admirait la prudence avec
laquelle il triomphait des graves et nombreuses difficultés
qu'il rencontra dans l'exercice de son ministère. A différentes
reprises, ses supérieurs lui ont offert des paroisses plus
importantes et moins difficiles que celle d'Ogéviller ; mais il
les a refusées constamment, parce qu'il ne s'en croyait pas
digne.
Il aimait singulièrement à prier. Sa grande consolation était de
réciter son office et son chapelet. Un de ses amis lui faisait
observer un jour que les prières qu'il faisait à l'église avec
ses paroissiens les jours de dimanches et de fêtes et pendant le
carême, étaient un peu longues, et qu'il ferait bien de les
abréger, Il lui répondit : Mais nous avons tant besoin de prier;
et puis mes paroissiens aiment beaucoup ces prières, et ils m'en
voudraient, si j'en omettais quelques-unes.
Mais ce qui le caractérisait plus particulièrement, c'était la
bonté; non pas cette bonté qui se borne à de belles et
gracieuses paroles et qui est si commune de nos jours ; mais
cette bonté qui fait qu'on néglige ses propres intérêts pour les
intérêts d'autrui. Il n'attendait pas qu'on vint lui demander un
service ; il lui suffisait de savoir qu'on avait besoin de son
secours pour l'offrir sur-le-champ, et l'accepter, c'était
l'obliger lui-même. Il trouvait toujours quelques raisons pour
excuser les torts des autres, quand il ne pouvait les justifier.
La foi vive dont il était rempli, donnait souvent à ses paroles
une animation extraordinaire, et parfois l'on eût dit qu'il
était en colère, mais ce n'était qu'une indignation légitime
provoquée par quelque désordre ou quelque injustice. Le Sauveur
du monde, si plein de douceur et de mansuétude, a pris aussi
parfois un ton et un langage sévères à l'égard des orgueilleux
pharisiens. Il savait à l'avance que fatigués de ses reproches
si sanglants, ils finiraient par le crucifier, et cette
considération ne l'a jamais arrêté : il cherchait à sauver les
âmes à ses propres dépens. Ainsi faisait l'abbé Crouvezier ; et
l'on voyait si bien que les reproches qu'il adressait partaient
de son cœur, que ceux qui en étaient l'objet ne pouvaient
s'empêcher de l'aimer et de l'estimer. En butte à une opposition
tracassière, il lui a fallu combattre bien des préjugés, pour
réaliser le bien qu'il a fait. Quelle lutte n'a-t-il pas
soutenue pour doter sa paroisse d'une école de filles dirigée
par une Sœur de la Doctrine chrétienne, et pour faire exécuter
dans son église des réparations nécessaires et urgentes!
Comme saint Paul, il se dépensait lui-même tout entier pour le
service de ses frères. Avait-il quelque pauvre paroissien
malade? Il lui procurait avec une générosité extraordinaire,
toutes les choses nécessaires, le pain, la viande, le bois, le
vin, tout ce qui pouvait concourir à un prompt rétablissement.
On s'étonnait de sa prodigalité. Mais lui seul en avait le
secret. Quand il était seul, il vivait comme un trappiste; un
peu de pain et de l'eau, voilà toute sa nourriture. C'est ce qui
a hâté sa fin ; sa complexion forte et vigoureuse et ses
abondantes transpirations exigeaient un genre d'alimentation
plus substantielle.
Il possédait l'art de se mortifier en toutes circonstances. S'il
se trouvait à une table bien servie, il demandait qu'on voulut
bien lui servir certains mets ou certains morceaux, parce que,
disait-il, il les aimait beaucoup; et c'était toujours ce qu'il
y avait de plus commun ou de moins délicat. S'il recevait chez
lui quelques confrères, il les traitait très-honorablement, et
souvent il avait pour lui seul du vin mauvais, donnant pour
raison qu'il l'aimait mieux que l'autre. Outre les fatigues
attachées à l'administration de la paroisse d'Ogéviller et de
ses deux annexes, Reclonville et Buriville, il passait une bonne
partie de la nuit au confessionnal, et ne manquait pas chaque
année d'aller, au temps pascal, aider ses confrères voisins qui
réclamaient son secours ; d'où il revenait chez lui vers onze
heures et minuit, et quelquefois à une heure du matin. Il était
plein de miséricorde au tribunal de la pénitence et les vieux
pécheurs s'adressaient à lui avec une entière confiance. Oh !
qu'il était heureux, lorsqu'il rapportait au bercail quelque
brebis égarée ! Il n'est donc pas éttonnant que sa mort ait
plongé dans le deuil et l'affliction la plus profonde toute sa
paroisse sans aucune exception et toutes les paroisses
environnantes. Que ses amis et ses paroissiens se consolent; ils
comptent un protecteur de plus dans le Ciel.
L'abbé Crouvezier est mort âgé de 56 ans. Il était de
l'association de prières.
8 mars 1862
Un incendie a éclaté le 4 du courant, vers sept heures du soir,
à Frémonville, dans le domicile d'un pauvre vieillard. Grâce à
l'agilité et au zèle des pompiers et des notables habitants de
Cirey, de Blâmont et de la commune théâtre du sinistre, on est
parvenu, après une heure de travail, à maîtriser le feu, qui n'a
consumé qu'une maison habitée par plusieurs ménages. Trois des
voisins ont, cependant, beaucoup souffert.
5 avril 1862
On annonce le suicide par strangulation du sieur Jean-Nicolas
Dedenon, âgé de 61 ans, propriétaire à Autrepierre.
13 avril 1862
M. l'abbé Erard, curé à Emberménil depuis 1836, est décédé, le
10 courant, à l'âge de 62 ans. Il était membre de l'Association
de prières.
3 mai 1862
Un commencement d'incendie, dont la cause est ignorée, s'est
déclaré au presbytère de Repaix. Les secours sont arrivés
immédiatement, et la perte, qui sera couverte par l'assurance,
ne dépasse pas 500 fr.
17 mai 1862
Un menuisier d'Ancerviller, nommé Barbier (Charles-Auguste), âgé
de 37 ans, veuf en secondes noces et père de deux toutes jeunes
filles, s'était rendu à Blâmont pour y chercher les éléments
principaux d'un repas qu'il devait offrir à ses parents, invités
par lui à assister au service anniversaire de la mort de sa
dernière femme. Il ne se remit en route que tard dans la soirée,
et, une pointe d'ivresse aidant, il s'écarta de la grande route
sur le territoire de Domêvre, et tomba dans la Vezouze, où son
cadavre fut retrouvé le lendemain.
24 juillet 1862
Le nommé Chenébel (Léopold), âgé de 25 ans, a été arrêté le 18
de ce mois à Saint-Aubin (Meuse). C'est l'auteur soupçonné d'un
meurtre accompagné de vol dont un sieur Barbier, d'Ancerviller,
près de Blâmont, a été la victime dans le courant du mois de mai
dernier.
12 septembre 1862
La commune de Verdenal possédait, à 1,400 mètres du village, une
source dont les eaux viennent d'être amenées et réparties dans
la localité en cinq belles fontaines, débitant à la minute 300
litres d'eau en moyenne. Les travaux de conduite ne laissent
rien à désirer sous aucun rapport ; ils ont été dirigés et
exécutés par MM. Antoine, architecte à Lunéville ; Gigout,
entrepreneur à Charmes (Vosges), et Clasquin, maître
maçon à Verdenal.
Après avoir ainsi satisfait à de pressants besoins matériels, le
conseil municipal de cette commune a voulu pourvoir à des
besoins intellectuels qui n'ont pas moins d'importance. Deux
personnes généreuses de la localité, qui ne renferme que 350
âmes, ayant fait une donation de 6,000 fr. pour l'établissement
d'une école de filles, il s'est mis en instance près de
l'autorité supérieure et a voté une imposition extraordinaire,
afin de pouvoir subvenir à toutes les dépenses. Cette louable
initiative ne peut qu'être encouragée, et nous ne saurions trop
louer de tels efforts.
17 novembre 1862
A Gondrexon, deux femmes, la mère et la fille, l'une âgée de 72
ans, l'autre de 30, veillaient ensemble, occupées à écosser des
fèves. Vers dix heures, la septuagénaire alla se coucher. Une
heure après environ, l'aïeule, dont la chambre touche à la
cuisine, fut réveillée par un pétillement de flamme et par une
odeur d'étoffe brûlée. Elle se leva aussitôt et trouva sa fille,
la veuve Chapel, près de la pompe, éteignant le feu qui
consumait ses vêtements. Quand la malheureuse femme se crut hors
de danger, elle se plaignit seulement d'avoir la main droite un
peu brûlée, et elle voulut se déshabiller seule. Le lendemain,
ses deux fils, s'apercevant que cette brûlure avait de la
gravité, car on voyait les os, voulurent appeler un médecin. La
veuve Chapel s'y opposa, disant qu'elle ne souffrait pas. Le
troisième jour, elle eut le délire et expira.
Lorsqu'on l'ensevelit, on eut la preuve de son incroyable
stoïcisme: elle avait, en effet, tout le côté droit du corps
brûlé, depuis le bas du ventre jusqu'à l'estomac, et elle a dû
endurer des souffrances atroces.
19 décembre 1862
Le sieur Lhôte (Michel), âgé de 43 ans, cultivateur à Vého,
venait d'atteler deux chevaux à sa mécanique à battre le blé,
lorsqu'il eut les vêtements saisis par un engrenage. Lancé
contre le mur, puis sous les pieds des chevaux, il eut le crâne
enfoncé. Sa mort fut immédiate. Il avait trois enfants et allait
être père d'un quatrième.